‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 38 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

or, qu'est-ce donc que cette concordance de l'imagination avec les règles générales de l'entendement , cette finalité de la nature avec les idées de la raison , si ce n'est des règles, des règles abstraites, des concepts parfaitement déterminés? Il fait donc entrer lui-même le concept après l'en avoir exclu, dans l'acte esthétique, et il ne lui reste plus aucune objection à opposer à ceux qui, comme nous, prétendent que son système aboutit à faire de l'acte esthétique un vrai jugement , un acte de l'entendement, qui fait entrer le particulier dans une loi générale. Je ne vois pas comment on pourrait le nier.

Si la finalité subjective et formelle de la nature avec les besoins de l'entendement est une idée abstraite et parfaitement déterminée ; si le plaisir du Beau a sa source unique dans la conscience du libre jeu de nos facultés de connaître , de l'harmonie de notre imagination et de notre entendement, conscience qui ne peut être et qui n'est qu'un acte de réflexion, je me demande comment on pourrait contester que Kant ramène l'état esthétique à un acte purement intellectuel? Toute sa théorie, si ingénieuse d'ailleurs et pleine d'observations et d'analyses aussi justes qu'originales, peut se résumer dans le mot d'Àristote : ce Tous les hommes se plaisent naturellement à penser et à connaître; » ils se plaisent à contempler leur esprit dans l'activité de ses opérations et à voir leurs facultés accomplissant, dans un accord harmonieux et un jeu libre, leurs actes et leurs fonctions diverses; c'est même un acte intellectuel à un degré éminent ; ce n'est

pas, en effet, un simple acte spontané et instinctif de connaissance , c'est la contemplation réfléchie des actes de l'esprit ; c'est une considération philosophique , scientifique de la vie intérieure de l'âme. Alors c'est la connaissance qui est belle , et la réflexion sur la connaissance qui est le plaisir du Beau. C'est une espèce d'harmonie, comme on l'a très bien observé, l placée non plus dans les objets, mais dans l'homme même, l'harmonie de nos facultés cognitives ; aussi les objets peuvent changer ou disparaître , ils ne sont pas nécessaires à la production du phénomène ; ils sont uniquement l'occasion pour l'esprit de subsumer les représentations 2 particulières qu'ils fournissent sous les conditions générales de la connaissance. Ce n'est pas la beauté qui détermine l'acte esthétique ; c'est l'acte esthétique, le jugement de goût, qui détermine la beauté.

C'est donc, comme on le voit, un acte intellectuel purement intérieur, une vue purement subjective et contemplative ; le sujet ne sort pas , n'a ni le besoin ni le désir de sortir de lui-même , et la modification qu'il éprouve n'est accompagnée d'aucun effort de production, d'expression extérieure ; c'est un acte solitaire et, à un certain point de vue, stérile. On ne voit pas comment l'art a pu naître. La nature suffit à donner à l'es-

1 M. Barni. Etude sur Kant.

2 L'intuition perçoit les objets isolés , ou plutôt , comme nous ne pouvons connaître les objets mêmes, perçoit isolément chacune de leurs qualités sensibles. En second lieu , l'imagination recueille et lie ces notions éparses , et, à chaque perception nouvelle, reproduit toutes les perceptions passées , ce qui constitue une image , une représentation.

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