‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 50 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que, dans le principe suprême, l'intelligence soit réduite à l'acte pur, absolument simple de la contemplation d'elle-même; s'il est vrai que l'unité, comme la dignité de ce moteur immobile de toutes choses, soit de ne pas sortir de lui-même , la création devient non plus seulement incompréhensible, mais impossible. L'homme et le monde sont ou le produit du hasard, ce qui n'a pas de sens, ou, comme est obligé de conclure Àristote, coexistent éternellement à Dieu. S'ils regardent encore ce Dieu , bien suprême qui les attire comme but et fin de tous leurs actes, ce Dieu métaphysique, solitaire, inaccessible, ne les regarde pas : il n'a de regards que pour lui-même. Ce n'est pas le vrai Dieu, celui qui a créé le ciel et la terre, qui a répandu la chaleur et la lumière , le souffle et la vie dans la matière créée et façonnée par ses mains ; qui , pour mettre le sceau à son ouvrage et la perfection à son travail , a fait un être à son image , c'est à dire semblable à lui-même , et qui , regardant avec amour cette création, cette génération, s'applaudit de son œuvre accomplie en la voyant si belle : vidit quod esset bona. l Sans l'amour du Beau en Dieu , je ne conçois pas la création ; sans ce même amour en l'homme , je ne comprends pas les productions de l'art, qui est comme la création humaine : je n'en vois plus ni la cause ni l'explication. Sans doute la création est , par son essence , inférieure , du moins

1 II est assez singulier de retrouver dans Platon la pensée et les paroles mêmes de la Bible : « Quand le mouvement, » dit-il dans le Timée, «■ et la vie (de ce monde) parut aux yeux du père qui l'avait engendré, il admira son œuvre, et, plein de joie, etc. »

en apparence , à la dignité de la pensée solitaire qui s'absorbe dans sa propre contemplation, et qui ne peut trouver qu'en elle-même un objet digne de cette contemplation infinie ; sans doute Dieu n'était pas fatalement condamné à créer ; mais enfin il a créé , et par conséquent il a voulu créer, et je ne vois rien qui ait pu incliner sa volonté , rien qui ait pu lui inspirer ce désir, rien qui ait pu lui arracher ce cri de joie et d'admiration à la vue de ce monde, fruit de sa conception, si ce n'est l'amour, qui est nécessairement l'amour du Beau et la production dans la beauté. On me dira : mais il manquait donc une perfection à la plénitude de son être, puisqu'il y a ajouté quelque chose. Je n'ai pas à résoudre ici une question étrangère à notre étude. Je connais toutes les difficultés que soulève le système de la création ; mais je sais aussi que toutes les autres hypothèses , anciennes ou nouvelles , et les plus nouvelles sont bien vieilles , par lesquelles on a prétendu expliquer l'origine des choses, sont encore plus obscures et plus inacceptables à la raison. J'y crois donc sans prétendre l'expliquer, et je me contente de dire que l'homme , image affaiblie et effacée, mais image ressemblante de Dieu, ne se conduit pas autrement. Pour lui aussi l'art est, par sa matière , au dessous de la pensée pure ; le Beau qu'il produit ou qu'il goûte paraît inférieur en dignité à la vérité qu'il contemple ou qu'il découvre. Lui aussi cependant il crée , et les ravissements célestes que lui apporte cette création imparfaite et limitée, cet enfant de son esprit et de son amour, sont tels qu'ils

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