‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 65 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

HISTOIRE DES PRINCIPAUX SYSTEMES D ESTHETIQUE , TANT ANCIENS QUE MODERNES. 1

L'histoire des systèmes de philosophie n'est pas la philosophie même : il reste toujours, dans la multitude des doctrines qu'elle nous présente, un choix à faire, et le principe de ce choix est déjà une philosophie; mais c'est une grande lumière pour pénétrer dans ces ténèbres où repose tout problème métaphysique ou psychologique, et l'esprit qui a eu un commerce fréquent arec les puissants génies qui en ont parcouru les profondeurs , sent se fortifier son regard et s'accroitre ses forces. C'est de plus, selon moi, un acte de conscience pour celui qui s'est aventuré à exprimer une opinion sur un de ces redoutables sujets, d'exposer ce qu'ont pensé à cet égard les grands maîtres de l'esprit humain, et de mettre sous les yeux les diverses doctrines où il a été recueillir avec bien de la peine sa gerbe empruntée. Je considère cette rapide histoire,

1 Tout ce qui concerne la critique de l'esthétique moderne, excepté l'analyse des systèmes de Schelling et de Hegel, a été ajouté au texte du mémoire adressé à l'Académie. C'est principalement pour dégager la responsabilité de l'illustre compagnie, et pour obéir à l'une de ses plus pressantes recommandations, que je signale ce détail qui intéresse fort peu le lecteur.

cette analyse critique succincte , non seulement comme un complément nécessaire , mais comme un utile contrôle de mon travail. Je l'ai déjà dit : je n'ai point inventé de système. Il sera facile au lecteur de retrouver ici dispersés tous les principes dont j'ai cherché à composer un système et que j'ai essayé de réunir et de lier en un faisceau ; il pourra en même temps juger si j'ai fidèlement interprété , si j'ai sagement critiqué ces doctrines qui ne laissent pas d'offrir, au moins à mon esprit, quelques obscurités difficiles à percer. Il y a plus : s'il trouve mon choix peu judicieux, et le système que j'ai adopté peu raisonnable, je lui ouvre un trésor de pensées , de théories , de systèmes , où il pourra puiser lui-même des principes plus solides ou plus lumineux : à côté de l'erreur, je place la source de la vérité ; à côté de l'ombre , je laisse au moins la lumière. Je commence par les systèmes ou les aperçus des anciens sur le Beau. Ils ne sont pas nombreux : quelques mots d'Àristote , les débris mutilés et incohérents d'un système chez S. Augustin, de brèves mais solides et profondes définitions chez S. Thomas, que je joins aux anciens parce qu'il s'appuie sur eux; enfin les grandes pensées de Platon et le véritable système de Plotin, voilà les richesses que nous offre l'antiquité. Je ne suivrai pas dans cette analyse l'ordre des temps; je ne fais pas une histoire de l'esthétique ; je n'ai point à montrer par quelles phases a passé l'idée du Beau dans la science philosophique, mais à dire ce qu'ont pensé sur ce grave et charmant sujet les grands esprits de l'antiquité et des temps modernes. L'ordre

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