‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 66 sur 235 · SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN

Il est assez difficile de mettre d'accord et de rallier à une même pensée les idées éparses que S. Augustin a émises dans tous ses ouvrages sur la beauté. On en rencontre dans ses lettres , dans ses Confessions , dans le livre de l'Ordre, dans le Traité sur la Musique. Malheureusement ces différents écrits appartiennent à diverses époques de sa vie , et se rapportent à des directions d'idées qui, sans être contraires, ne sont pas toujours parfaitement semblables. Nous avons, de plus, perdu les livres qu'il avait composés spécialement sur ce sujet, 1 et qui auraient pu nous donner le fond de sa pensée et la clef de son système. Privé de cette ressource précieuse , il faut donc se borner à tirer de ses volumineux écrits les passages qui ont rapport à notre matière, les comparer, les rapprocher et les expliquer.

Comment se fait-il que le même philosophe qui a écrit deux fois cette phrase que nous avons déjà citée : 2 Num amamus aliquid nisi pulchrum , « Pouvons-nous aimer autre chose que le Beau? » proposition qui a toute la valeur d'un principe et qui contient toute une théorie , comment se fait-il que le même philosophe ait écrit cette autre qui en semble la contradictoire : ce II est certain que nous ne pouvons aimer qu'une chose, et

1 De Pulchro et Apto. Cet ouvrage, qui fut son premier et qu'il avait dédié à un orateur romain , avait été composé avant sa conversion.

2 Conf. , liv. IV, c. 13. De Music. , VI , 13.

c'est le bien : Non amatur certe nisi bonum solwn. * y> « Le bien seul est aimé , dit-il ; pourquoi aimez-vous les choses créées ? parce qu'elles sont bonnes ; car bonne est la terre avec l'escarpement des montagnes, la douce inclinaison des collines et les larges allées ; bons sont les prés fertiles, agréables, entaillés de fleurs; bonne est la maison convenablement disposée; bon l'air modéré , serein , pur et salubre ; bonne la nourriture bienfaisante qui apaise la faim , répare les forces et soutient la vie. » Cette énumération, qui se prolonge un peu trop , se termine par le bien suprême , Dieu , dont l'amour est , pour l'homme , la source de tous les biens.

Comment concilier ces deux textes et accorder ces deux principes ? Est-ce le Beau , est-ce le bien qui est, suivant S. Augustin, l'objet, et par conséquent la cause de l'amour, la cause finale du moins? Le bien est-il identique au Beau à ce point qu'on en puisse indifféremment employer les noms l'un pour l'autre? C'est ce que nul passage de notre auteur ne m'autorise à supposer. Est-ce plutôt qu'il a changé d'avis? Je le croirais volontiers, car il semble blâmer dans ses Confessions le principe que le Beau est le seul objet de notre amour : « Amabam pulchra inferiora et ibam in profandum et dicebam amicis mets : num amamus aliquid nisi jmlchrum? » Ainsi donc, c'était quand il était plongé dans des amours coupables , quand il se perdait dans un abîme d'erreurs en poursuivant une beauté basse

1 De Trinit., VIII , c 3.

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