‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 67 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

et grossière, qu'il disait à ses amis : « Aimons-nous donc autre chose que la beauté ? »

Quoi qu'il en soit, alors qu'il n'avait pas encore reconnu ses erreurs , cette grâce , cette beauté l qui nous attirent vers les choses et font que nous les aimons , étaient, suivant lui, l'effet de l'accord harmonieux des parties, eonvenientia partium ; cette harmonie fait des parties un tout , et par cela même en constitue la beauté. 2 Et il distinguait avec raison ce rapport harmonieux des parties entre elles, de la convenance, apte, qui n'est plus qu'un rapport à un autre objet, d'une chose à sa fin.

L'accord le plus parfait est l'unité, et, par conséquent , la forme essentielle de toute espèce de beauté est l'unité ; 3 mais il n'y a d'unité qu'en Dieu ; les autres êtres, les corps, n'en ont que des vestiges, des empreintes, des traces ; cependant, quoique nul d'entre eux ne puisse réaliser l'unité parfaite où ils aspirent, tous cependant font des efforts glorieux pour l'atteindre, et au moins l'appellent et la désirent. Dans tous les arts, c'est la proportion, c'est l'harmonie qui plaît ; quand elle est présente , tout est beau : or, cette harmonie aspire à l'égalité et à l'unité. 4

Les choses sont donc belles parce qu'elles tendent

1 Conf.j IV, c. 13. Decus et species.

2 Conf., IV, c. 13. Animadvertebam et videbara in ipsis corporibus aliud esse quasi totum et ideo pulchrum : aliud autem quo-d ideo deceret , quoniarn apte accomodaretur alieui.

3 Ep. à Cœlest., 18. Alias. 63.

4 De Ver. relig., c. 30, § 55. In omnibus artibus eonvenientia placet : qua una salva et pulchra sunt omnia, ipsa vero eonvenientia eequalitatem unitatemque appétit.

à l'unité, et leur beauté se mesure suivant qu'elles remplissent parfaitement cette unité, ou bien qu'elles en sont plus éloignées et n'en ont qu'une apparence pauvre et menteuse. l

Mais l'unité, le rapport plus ou moins éloigné à l'unité , tout cela est du domaine du nombre , et même , puisque l'unité parfaite n'est qu'en Dieu, tous les objets n'ayant à l'unité que des rapports, tous ces rapports, qui constituent leur beauté, sont de véritables nombres ; par conséquent c'est évidemment par le nombre que les belles choses plaisent, c'est à dire sont belles;2 mais il y a une infinité de rapports et de nombres : ce qui plaît dans le nombre, c'est ce qui le rapproche de l'unité, c'est à dire l'ordre, ou le nombre régulier. L'ordre est donc l'essence de la beauté. 3 Là où le nombre préside à l'arrangement des parties, de manière à les lier en un tout, à les rapprocher de l'unité, il y a ordre et par conséquent beauté : or, ce n'est pas le sens , c'est évidemment la raison qui juge de l'unité, qui mesure les rapports des parties et des choses ; en un mot , c'est la raison qui voit la loi qui les ordonne, le nombre qui les gouverne et leur imprime la grâce du rhy thme ou de la proportion .

Tel est à peu près le sentiment de Diderot : ce J'appelle , dit-il , 4 Beau hors de moi , Beau réel , tout ce

1 De Ver. reîig., c. 31, § 59. Hanc ipsam unitatem summene impleant on lange infra jaceant et eam? quodam modo, mentiantur. De Ord., I, c. 8. Ratio sentit nihil aliud sibi placere quam pulchritudinem , et in pulchritudine figuras et in figuris dimensiones, et in dimensionibus numéros.

2 De Music, VI, 13. Hœc igitur pulchra numéro placent.

3 De Ver. relig., c. 31, § 59. Nihil est ordinatum quod non sitpulchrum.

4 Encyclop. Méthod. , mot Beau.

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