‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 70 sur 235 · SAINT THOMAS · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS

S. Thomas l ne s'éloigne guère des principes et de la conclusion du grand évêque d'Hippone : ce Puisque le bien de l'être est tout ce qui lui est naturel et convenable, la cause de l'amour est nécessairement le bien. » Qu'est-ce donc que le Beau? ce Le Beau et le bon sont la même chose , 2 puisqu'ils reposent sur une base commune , savoir la forme ; mais cela n'empêche pas que ces deux entités ne diffèrent rationnellement dans l'idée que nous nous en formons. En effet, le bon se rapporte à la faculté appétitive, puisqu'il est ce que toute chose appète, et forme par cela même la cause finale. Au

1 Somme ThéoL, I, IIe part., queest. 27, art. 1.

2 In subjecto, dit S. Thomas; mais par ce mot il entend évidemment autre chose que le sujet qui les perçoit ou les conçoit. Le mot subjectum équivaut ici philosophiquement comme étymologiquement à substratum , le fond, l'essence, si ce n'est même la substance.

contraire , le Beau se rapporte à la faculté cognitive , attendu que Ton appelle belles les choses qui plaisent à la vue ; il consiste dans une juste proportion où les sens retrouvent leur ressemblance avec bonheur; car ils ont eux-mêmes des rapports d'ordre et d'harmonie , car le sens est une espèce de raison , et il est même toute la faculté cognitive. l »

Plus loin, S. Thomas répète à peu près la même doctrine : c< Le Beau est en soi la même chose que le bon; 2 mais ils diffèrent rationnellement. En effet, le bien étant ce que tous les êtres appètent, ce en quoi l'appétit se satisfait, est de l'idée, appartient à la notion du bon; mais lorsque l'appétit se satisfait seulement dans la vue ou la connaissance d'un objet, l'objet est rationnellement du domaine du Beau ; et voilà pourquoi les sens qui ont le plus de rapport au Beau sont ceux qui sont cognitifs, la vue et l'ouïe, qui sont les ministres de la raison. Nous disons de belles vues , de beaux sons ; mais nous n'attribuons pas la beauté aux choses qui tombent sous le goût, sous l'odorat, sous le toucher. Ainsi on voit que le Beau n'est que le bien, auquel s'ajoute l'idée d'un rapport avec la faculté cognitive : de sorte qu'on appelle bon ce qui plaît luimême , et Beau ce dont la perception plaît. »

1 S. Thom. , I, queest. 5, art. 4. « Unde pulchrum in débita proportione consistit, quia sensus delectatur in rébus débite proportionatis , sicut in sibi similibus : nam et sensus ratio quœdam est et omnis virtus cognoscitiva. » Par un oubli fort singulier, cette phrase significative, qui rappelle l'axiome : nihil est in'intellectu nisi fuerit prius in sensu , a été omise dans la traduction de M. Lâchât. Ed. Vives, 1854.

2 Utrumque grœce quia scilicet amatores veluti ad se vocat sive allicit, ut ex Dionysio colligitur. Note sur ce passage de S. Thomas.

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