TROISIÈME PARTIE
On ne voit pas bien comment, si la beauté consiste dans une juste proportion, dans un nombre par conséquent, elle peut être identifiée au bien. Mais le nombre et la proportion se retrouvent également dans le monde moral , et si la beauté du corps ' « consiste en ce que l'homme ait les membres bien proportionnés, de même la beauté spirituelle consiste en ce que les pensées et les actions de l'homme soient bien proportionnées, suivant la lumière de la raison spirituelle. Cette dernière beauté , c'est l'honnête , c'est la vertu , et voilà pourquoi S. Augustin dit : ce J'appelle honnêteté cette beauté intelligible que nous nommons proprement spirituelle. »
En résumé, le bien, la connaissance, la ressemblance, sont les causes de l'amour, et le principe de S. Denys l'Àréopagite : « Tous les hommes aiment non seulement le bien , mais encore le Beau , » est repoussé par S. Thomas. Le Beau est ce dont la perception plaît ; l'impression esthétique est donc une perception agréable ; toute perception s'accomplit par le sens ; il y a dans le sens un certain nombre, une juste proportion, et toutes les choses qui ont cette juste proportion, analogue à celle du sens , plaisent au sens dans la perception, sans doute, car S. Thomas ne le dit pas expressément, parce que la proportion leur rend la perception plus facile.
La beauté est donc la proportion.
Ce sont là des idées très voisines de la doctrine d'Àristote.
1 Part. IIe, IIe, 115, art. 2. Honestum est idem spirituali decori.