TROISIÈME PARTIE
que nous aimons à voir les représentations figurées, parce que de cette vue il résulte que nous apprenons ; nous tirons d'un raisonnement cette conclusion : ce qu'est chaque chose ; par exemple, que celui-ci est tel. * » « Il y a là un syllogisme qui nous apprend que cette chose est telle. 2 »
Il est impossible de dire plus catégoriquement que l'acte esthétique est un fait de connaissance. Les hommes aiment le Beau, parce que les hommes aiment naturellement à connaître. C'est un syllogisme, et le mot révèle tout le système. Le Beau ne peut donc être qu'une chose tombant sous le raisonnement, et, par conséquent, d'après l'axiome péripatéticien, sous le sens ; et en effet le Beau consiste « dans la grandeur et dans l'ordre. 3 » C'est la grandeur ordonnée. « Le Beau, soit dans l'être vivant, soit dans les choses, se compose de parties , et non seulement il faut que ces parties soient disposées avec ordre, il faut en outre que le tout ait une certaine grandeur et non pas toute espèce de grandeur; car la beauté consiste dans l'ordre et dans la grandeur. C'est pour cela qu'un animal trop petit ne saurait être très beau ; car la vue est troublée, et la sensation ne dure qu'un temps imperceptible. Il en est de même d'un animal trop grand ; on ne le voit pas tout entier en même temps ; l'unité, le tout échappe aux yeux. 4 » Or, l'unité est le caractère de tout ce qui
1 Poét. 4.
2 Rhét. I, 2. Cf. Rhét., II [, 10.
3 Poét. 7. Politiq. VII , 4.
4 Aristt. Poét. 7. L'édit. de Tytwhitt donne une leçon confirmée par quelques manuscrits et qui atténue un peu ce principe : le Beau se compose
est beau ; toute beauté doit ressembler à ce qui vit : être vivant, un et entier. *
Ainsi la beauté est d'essence matérielle, puisqu'elle se compose de parties et qu'elle a une certaine grandeur déterminée. « Les plus grandes formes du Beau sont l'ordre, la proportion, la limitation. 2 » Ce dernier terme emporte évidemment l'idée de corps , puisqu'il n'y a que les corps qui soient susceptibles d'être limités ; cependant la convenance et le rapport entre ces parties matérielles, la proportion et l'harmonie qui régnent entre elles , sont plus estimables que les choses mêmes où elles se manifestent. Àristote évite ainsi de tomber dans le grossier matérialisme d'Hippias ; mais en ne faisant plus de la beauté qu'un rapport numérique, tombant sous le calcul, il la réduit à n'être plus qu'une idée abstraite et logique, susceptible d'être saisie par l'intelligence seule, et soumise à des démonstrations scientifiques et mathématiques ; comme le bien lui-même , le Beau devient un objet des mathématiques. Il faut l'entendre pour le croire : a Ceux qui prétendent que les sciences mathématiques n'ont rien à dire sur le Beau et sur le bien , se trompent. En effet , ce sont ces sciences au contraire qui ont le plus à dire sur ce sujet ; car ce sont elles qui peuvent le mieux démontrer. Parce qu'elles ne les nomment pas ,
de parties. Tyrwhitt lit : toute beauté , soit vivante , soit chose qui se compose de parties.
1 Poêt., 23.
2 Métaph., vulgo XIII, c. 3. Ed. Duval et trad. Bessarion, XI, c. 3, p. 957. La limitation est l'extrémité des choses : c'est la forme de la grandeur et de tout ce qui a la grandeur.