PLATON
On a, bien à tort, attribué cette théorie à Platon, qui l'a réfutée avec cette nuance de sophisme qui dé-
1 Cicér. Tuscul, IV, 14.
2 De Offre. 1 , 35. Décorum illud positum est in tribus rébus , formositate , ordine , ornatu ad actionem apto , difficilibus ad eloquendum.
3 De Offre. I, 36. Pulchritudinis duo gênera sint quorum in altero venustas sit , in altero dignitas.
4 De Offre. 1, 28. Hoc décorum movet approbationem eorum, quibuscum vivitur.
pare un peu la dialectique de l'Académie. Si le Beau est la cause du bien , dit-il dans YHippias , l la cause et ce dont elle est la cause sont deux choses différentes , et par conséquent le Beau et le bien sont deux choses différentes. Loin d'être le père du bien il en est plutôt le fils : il est l'effet plutôt que la cause. Pour avoir l'idée complète du bien , il faut embrasser et réunir dans une seule idée, la vérité, l'ordre et la beauté. Le Beau n'est donc plus ici qu'un indice, qu'un caractère, un élément de l'idée totale du bien. 2
La pensée vraiment platonicienne , la pensée même de Platon est celle qu'adopteront les néo-platoniciens et que formulera Plotin ainsi : ce Le bien est le principe de la beauté et de l'amour. 3 » Elle n'est guère d'accord, comme je l'ai déjà fait remarquer, avec la fameuse définition qu'on a si souvent attribuée à Platon : le Beau est l'excellence du bien et la splendeur du vrai , proposition qu'on chercherait en vain dans ses ouvrages exprimée en ces termes, et dont on aurait beaucoup de peine à extraire le sens et l'esprit du fond naturel de ses idées.
Quoi qu'il en soit , si cette magnifique image qui représente le Beau comme une perfection, comme une splendeur radieuse du bien, a un sens philosophique, et
1 Hipp. maj., trad. de M. V. Cousin, p. 145.
2 Platon , Philèb.j p. 94. Il est vrai que , par une concession qui semble une contradiction volontaire, il ajoute dans le même dialogue : « L'essence du bien vient de nous échapper ; elle est allée se jeter et se perdre dans l'essence du Beau ; car, en tout et partout, la juste mesure et la proportion sont une beauté, une vertu. » 11 en résulte toujours , qu'admettre une beauté morale., c'est perdre l'essence de la beauté dans l'essence de la vertu.
3 Plot., Ennéacl, VI, liv. VII, c 34.