‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 78 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ici je ne puis m' empêcher de croire avec Àristote que ces brillantes et poétiques métaphores n'ont pas la précision de sens nécessaire à la science , et qu'en vérité elles sont un peu vaines et presque vides ; 1 si ces métaphores se peuvent résoudre en une proposition claire et nette , c'est évidemment en celle-ci : le Beau est le principe du bien. Il en est le principe, l'essence, puisqu'il en est l'excellence, et que la vraie nature, l'essence de toute chose, est ce qu'elle a de meilleur et de plus excellent. Ce n'est certainement pas d'une idée qui lui soit inférieure, qu'une idée excellente peut tirer son origine et surtout son principe. Le Beau est le bien devenu excellent et arrivé à sa perfection; c'est bien véritablement la maxime stoïcienne ; mais qui ne voit que ce principe établit entre les idées une hiérarchie tout à fait contraire aux idées platoniciennes, puisqu'elle met au sommet des essences idéales le Beau et en fait le père du bien. Les platoniciens, au contraire, et les alexandrins, fidèles en ce point du moins à la doctrine de leur maître , relèguent le Beau au rang d'effet : « Le Beau nous détourne quelquefois du bien même, de même que l'objet aimé fait oublier son père à l'amant. 2 » Dans la théorie de Platon, le bien est le principe suprême , souverain , absolu ; il est au dessus de l'acte, au dessus de l'être même dont l'acte est la mesure ; car il est la raison de l'être, comme le but où tend tout acte. Pour Platon, l'acte n'est pas, comme aux yeux cV Àristote, un principe pur et parfait, se suf-

1 Métaphys. , 1 . 30.

■2 Plot., Ennéad., VI, 7. 22.

fisant à lui-même , immobile et simple , cause première et fin dernière de tout mouvement. Loin d'être un mobile, l'acte est encore un mouvement ; tout mouvement a une fin révélée par un désir : or la fin de ce mouvement de l'acte est et ne peut être que le bien. Que peut-on donc concevoir, dans une théorie pareille, qui soit placé au dessus du bien , qui puisse en être appelé la perfection et l'excellence? Absolument rien, puisque c'est le bien qui domine , enfante et meut tout , puisque tout se rattache et retourne à lui comme au principe premier et au but dernier des choses. Mais non seulement cette définition , qui place le Beau au dessus du bien , ne peut pas appartenir à la vraie doctrine platonicienne qui la contredit expressément, mais elle ne peut même se concilier avec celle qui l'accompagne et qu'on donne toujours comme en étant le corollaire ou le complément. Ceux qui pensent que le Beau est l'excellence du bien, ne peuvent pas admettre en même temps qu'il soit l'éclat et la lumière du vrai. Ce sont, en effet, deux propositions contradictoires, au moins dans les termes , à moins qu'on n'identifie l'essence du vrai , celle du bien et celle du Beau , auquel cas la définition ne signifie absolument rien, n'explique rien, rigoureusement parlant, puisqu'on se borne à unir par une affirmation deux termes antérieurement déclarés identiques. Ce n'est pas la peine de poser une affirmation. À égale À : cela est plus certain qu'instructif. On peut, on doit faire, je le sais, une seule idée de ces trois, et dire que le vrai , le Beau , le bien , sont des choses substantiellement identiques, en ce sens qu'elles se réa-

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