TROISIÈME PARTIE
lisent uniquement et par conséquent s'identifient dans l'être absolu, parfait, qui contient et qui est tout bien, toute vérité, toute beauté. Sans doute parce que l'intelligence infirme et finie de l'homme analyse les attributs, les isole les uns des autres , et les sépare de la substance qui les porte, la substance et ses attributs n'en forment pas moins un tout essentiellement un et identique , et d'une unité indestructible ; sans doute le Beau n'est pas une essence , c'est à dire une réalité vivante , quoique Platon nous la montre au rang des essences glorieuses qui forment le chœur céleste à la suite de Jupiter. d II n'est qu'une vertu , un rayonnement qu'on ne peut réellement détacher de l'astre qui projette toutes ces splendeurs ; mais du moment où les nécessités de la science et la nature du langage et de l'esprit humains ont conduit à ces abstractions et à ces analyses; du moment qu'on sort de l'être et de la réalité substantielle pour entrer dans le domaine des idées et de l'intelligence; du moment enfin qu'on a distingué les essences des trois idées , il faut maintenir ces distinctions logiques, sous peine de tomber volontairement dans les plus inextricables confusions.
Or, les platoniciens et les néo-platoniciens font cette distinction , et, après l'avoir faite , il ne leur est plus permis de la méconnaître. Les néo-platoniciens disent : « La beauté est un objet de l'intelligence , delà contemplation; 2 le bien, le bien seul est l'objet de
1 Platon, le Phèdre.
2 Plot.in, Ennéad-j, VI, 7, 22, 35. « Le bien n'est pas, comme la beauté , un objet de contemplation, mais d'amour.... La beauté est la plénitude de l'intelligence. V, 8, 3.
l'amour. » La vue la plus éveillée de la beauté laisse la raison froide, si l'âme n'est échauffée par l'amour du bien. « Sans l'influence du bien suprême, aucune chose n'aime, aucune chose n'est aimée. L'objet ne devient désirable que quand le bien l'illumine et vient donner aux choses les grâces , et à celui qui les désire, les amours. ï » Pour Platon, qui fait du Beau l'objet du désir de la production et de l'amour, il le distingue bien évidemment de la contemplation pure et spirituelle où le réduisent, à l'exemple d'Aristote, les Alexandrins ; par conséquent on ne peut concilier, ni dans sa doctrine , ni dans toute autre qui distingue ces deux idées, une définition qui, par l'un de ses termes, met la beauté dans le vrai, et par l'autre la met dans le bien; il faut donc non seulement l'enlever à Platon, mais l'effacer du «nombre des définitions discutables.
Suivant Platon, l'amour n'étant que l'amour de la beauté, 2 la beauté c'est ce qui est aimable. Mais qu'est-ce en soi que cette chose aimable? Ce n'est pas une réalité sensible ni la matière qui la constitue, car cette réalité sensible est changeante et périssable ; cette matière , la plus pure et la plus solide , n'est ni indestructible ni inaltérable. D'un moment à l'autre une des causes auxquelles elle est soumise , pourra la modifier, et changer en un objet affreux l'objet le plus aimable. De plus, cette réalité étant mêlée à toutes les
1 Plot., Ennéad., VI, 7, 22.
2 Cicér., Tusc. IV, 35. Auctore quidem Platone Stoïci amorem ipsum conatura amicitice faciundœ ex pulchritudinis specie definiunt.