‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 80 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

autres choses de même nature, se compare à elles : plus aimable que les unes, moins aimable que les autres, elle n'exprime pas ce qui est aimable en soi, puisque l'aimable devient plus ou moins et ne demeure pas stable. Ce qui est aimable en soi n'est pas non plus la sensation même ; car cette sensation n'est rien que le sujet modifié d'une certaine manière, et alors la beauté n'est plus rien en elle-même, et n'est qu'un certain état de l'âme dont les objets extérieurs sont l'occasion et non point la cause. S'ils n'en sont que l'occasion, la beauté est purement subjective, et ils n'en sauraient être la cause ; autrement ce seraient eux qui seraient beaux, et non pas la sensation qui serait belle ; ce qui détruirait le principe que l'on a admis. Ainsi, ni l'or, ni la jeune fille, ni le plaisir, ne sont la beauté. Si l'on entend par beauté la convenance et la proportion, elle n'est plus qu'un rapport, elle n'existe pas dans les parties ordonnées; en outre, comme elle suppose nécessairement des parties, elle exclut la beauté de tout ce qui est un et simple. Enfin cette définition , qui tend à conclure que les parties en elles-mêmes n'ont ni laideur ni beauté, et que leur arrangement seul les qualifie, est contredite par la plus vulgaire expérience : ce ne sont pas des parties laides dont la proportion peut faire un ensemble beau ; et si l'on analyse la beauté d'un tout, on verra la beauté éclater encore dans les parties. Si l'on entend par Beau, l'utile, l'utile n'étant qu'une relation , un intermédiaire, on peut demander toujours : utile à quoi? Si l'on répond utile au corps, on retombe dans les

hypothèses déjà combattues et détruites de la beauté sensible ; si Ton répond : ce qui est utile à l'âme, on confond le Beau avec le bien , qui peut en être considéré comme le père et doit par conséquent en être distinct. 1

Ce qui est aimable en soi , est une chose en soi : or, les choses sensibles constituant la région du temps et du changement, ne sont que la copie imparfaite ou altérée des réalités véritables , des pures essences , en un mot, des idées. Seules les idées sont quelque chose en soi : donc ce qui est aimable en soi , ou la beauté est une essence ou une idée. Maintenant qu'est-ce qu'une idée platonicienne ? C'est , dit Xénocrate , 2 la cause exemplaire de ce qu'il y a de constant et de perpétuel dans la nature ; c'est le type de la réalité, c'en est aussi l'essence; mais cette essence, qui est une généralité, un universel, est-elle ou non séparable des réalités dont elle est le type et l'essence ? Socrate, en rendant l'essence inséparable de la réalité, n'avait fait de l'idée qu'un être logique. Platon la rendit séparable : il en fit le principe d'où toutes les choses individuelles participent et tirent leur réalité et ce qu'elles ont de commun entre elles , le principe d'unité de leur vie et de leur substance ; par là il éleva l'idée au rang d'un être réel, par conséquent singulier et individuel , 3 subsistant par lui-même, indépendant et absolu.

1 L'Hippias.

2 Proclus in Parmenide.

3 Axi&tt., Métapky s. fi* M. \ achevot (Hist. de l'école d'Alexandrie, tom. I, p. 9 et 10) a contesté la justesse de cette appréciation des idées platoniciennes. Il prétend que la dialectique platonicienne se contente de distinguer

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