‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 81 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Les choses ne sont que parce qu'elles participent aux idées, et c'est par cette participation aux diverses essences ou idées qu'elles sont telles ou telles. Les idées sont donc le principe de la forme et de l'essence des choses qui participent à l'être sans le posséder. L'idée seule est la véritable essence. C'est donc parce que les choses participent à l'idée de la beauté que les choses sont belles. Mais comment concevoir cette participation? C'est principalement à cette théorie que le sévère Àristote applique les épithètes trop justifiées, de métaphore poétique, de fiction pure et de vaines paroles. La participation n'est qu'un mot vide de sens. Il est impossible de comprendre comment l'essence d'une chose peut être séparable de cette chose, c'est à dire comment cette essence peut être à la fois en elle et hors d'elle. Par cette participation, dit Aristote, les hommes ne sont plus une seule chose : ils en sont plusieurs , et plusieurs différentes ; un animal est un bipède ; car ils participent évidemment de ces deux idées. L'unité et la simplicité de l'essence disparaissent : or, qui dit essence , ne dit-il pas unité et simplicité?

Quoi qu'il en soit, toutes les idées du vrai, du Beau et du bien, forment, suivant Platon, la région du monde intelligible, le côté divin et immuable des choses. Ces

l'essence des individus sans les en séparer. C'est une assertion bien difficile à maintenir devant les textes d'Aristote. 3Iétaphys. XIII , c. 4. Cf , liv. VII , p. 169. Ce mot ne peut se borner à signifier distinct, car on ferait supposer que Socrate ne les distinguait pas. Hegel lui-même, qui voit dans les idées de Platon des objets intellectuels, reconnaît que ce sont des objets réels : ce sont les qualités des choses reconnues pour absolues

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essences sans couleur, sans forme, impalpables, 1 ne peuvent être contemplées que par la pensée ; elles sont l'objet de toute science , car on ne peut connaître que ce qui est; c'est la nourriture de toutes les âmes, la source de toute justice, de tout amour, de toute félicité ; l'âme y retrouve ce qui convient à sa nature et ce qui lui est semblable ; elle s'y retrouve elle-même , car elle aussi est une idée ; 2 mais elle se retrouve purifiée par ce chaste commerce. Comme un oiseau céleste, elle s'envole sur les ailes de la raison et de l'amour, libre de ce tombeau qu'on appelle le corps, que nous traînons après nous, et où nous sommes emprisonnés comme l'huître dans sa coquille.

Au milieu de ces essences , la beauté est perçue par le plus lumineux de nos sens , la vue , qui , malgré sa finesse, ne peut cependant contempler la sagesse dans tout son éclat ; car si sa claire image venait à frapper nos regards, nous sentirions des transports d'amour passionné tels que nous ne pouvons aujourd'hui même les concevoir. Aujourd'hui c'est la beauté , et non la sagesse, qui seule est visible à nos sens, qui seule est aimable.

Aussitôt qu'elle l'a perçue, l'âme éprouve un frémissement délicieux et profond, mélangé d'une certaine crainte, comme à l'aspect de la divinité. En effet, c'est Dieu lui-même qui la visite et qui , descendant en elle , y jette les transports et le délire de l'inspiration ; car

1 Plat., le Phèdre.

2 M. Vacherot cite, sans indication précise, ce passage du Theœtète, où l'âme est appelée une idée. Je n'ai pas pu le retrouver.

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