‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 87 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ni infini , ni se suffisant à soi-même ; il ne tire pas sa beauté de lui-même : ce n'est donc qu'une beauté empruntée. Il faut monter plus haut pour trouver la source et l'origine d'où elle émane : et d'où peut-elle émaner, si ce n'est de l'absolu entièrement amorphe? Contempler la beauté réelle, c'est regarder en soi et y voir l'unité suprême ; comme un homme dont Apollon s'est emparé, contemple en lui-même le Dieu qui le possède et auquel il s'est identifié. Il résulte de là, que tant que cet œil intérieur de l'âme est obscurci par des passions , des vices ou des erreurs , il ne peut pas voir cette essence éblouissante, cette face auguste de la divinité qui n'entre pas dans l'âme des méchants. 1 Pour contempler la beauté il faut la posséder ; il faut être Beau pour juger de la beauté ; par conséquent il faut purifier par la lumière de la vérité et par la grâce de la vertu , toutes les pensées impures et ténébreuses qui s'opposent à la parfaite identification du sujet et de l'objet, de l'intelligence et de l'intelligible ; il faut que l'homme travaille lui-même à sa statue jusqu'à ce qu'il voie régner en lui la sagesse ; alors il devient à la fois la vue et la lumière ; il se fait, pour voir Dieu, semblable à Dieu : que dis-je identique à Dieu? il devient Dieu lui-même. La beauté n'est autre chose que la vertu; la vertu pour l'âme, c'est de s'assimiler à Dieu : or, Dieu est un esprit pur et parfait ; il faut donc que l'homme tue en lui toutes

1 S. Jean Chrisostôme. « Quand on a l'œil sain et vigoureux, on découvre les splendeurs du Beau qui planent au dessus de tout ce qui paraît désordonné. »

les sensations qui tiennent au corps et à la matière ; qu'il sorte de cette prison, de ce tombeau où il est enchaîné comme un captif privé de la lumière ; qu'il s'affranchisse de cette chair et de ce sang l où il est enseveli, dont les désirs impurs le souillent, et dont le poids le fait retomber loin du ciel et loin de Dieu. 2 On reconnaît facilement dans ce système , avec plus de développements et plus cle méthode , la plupart des idées de Platon. La beauté est une essence et pour ainsi dire une substance ; essence purement spirituelle, amorphe, absolue. Toutes les choses individuelles et particulières qui sont belles, ne le sont que par une participation à ce principe raisonnable qu'elles sont naturellement propres à recevoir. Cette raison pénètre la matière et l'amène à l'unité, parce que l'objet prend la forme de l'idée qu'il a reçue. INous avons déjà dit en quoi cette théorie nous paraissait inadmissible : elle identifie le Beau avec le vrai, et fait de l'acte du goût un acte de connaissance, système dont nous avons, dans la première partie de cet ouvrage, cherché à réfuter l'erreur. En outre, que la recherche de l'absolu soit permise ou interdite à l'esprit humain, qu'il puisse ou non sonder les mystères de la cause et de la substance, peu importe ici, et ce n'est pas le reproche que nous avons le droit et l'intention d'adresser à Plotin; mais il ne peut être permis, et il n'est

1 Cf. Bossuet.

2 Cf. Ennéad. 1. Tout le sixième livre.

Ennéad. V, liv. 8, ch. 1, 2, 3, 8, 10.

Ennéad. VI, liv. 7, ch. 30, 31, 32, 33, 34 et 22.

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