TROISIÈME PARTIE
l'accès contre l'insolence téméraire cle la foule et des profanes , par une ombre religieuse et de saintes ténèbres. Kant ajoute à ces caractères du génie philosophique de sa race, la difficulté d'une terminologie spéciale, d'un dictionnaire et d'un style tout particuliers. Si on veut, comme il le mérite, se rendre un compte exact du système esthétique de Kant, il faut s'attendre à des développements plutôt qu'à un résumé, à des longueurs plutôt qu'à une analyse rapide et brève. On ne résume que ce qu'on domine; on n'abrège qu'un ensemble dont on pénètre sans peine les détails, sans perdre l'unité du tout. On n'est jamais certain de s'être assimilé à ce point la pensée germanique ; on ne peut guère réduire un style si plein, une pensée si condensée, où chaque mot est calculé et a une portée souvent profonde ; on ne peut abréger cette phrase prodigieusement synthétique, repliée en tant de contours pénibles; au contraire, on est obligé de la déployer, de l'étendre, de l'allonger par conséquent, pour entrer et faire pénétrer l'esprit dans ces replis obscurs et comme à dessein obscurcis , où se cache, autant qu'elle s'exprime, la pensée neuve, originale, juste, profonde, du célèbre fondateur de la philosophie critique. Son génie, qui mérite bien cette attention, la nature de son esprit, qui réclame ces soins, seront nos excuses pour l'étendue disproportionnée des développements où nous nous croyons obligé d'entrer.
Tout le monde sait quelle est la pensée mère et le résultat final des travaux philosophiques de Kant.
Avant de suivre les anciens philosophes dans la recherche de la vérité, excité, dit-on, par la lecture de Hume , il a voulu examiner, par une critique approfondie , la valeur de nos facultés de connaître , et déterminer la limite de leur puissance légitime ; acceptant, sans les revoir ni les contrôler, les résultats de la psychologie admise, il a fait la critique des facultés de l'esprit telles que cette psychologie les lui indiquait, et de cet examen approfondi il a cru pouvoir conclure que l'entendement n'a aucune autorité pour juger de la réalité de ses objets, et que toutes les notions qu'il nous fournit, en ramenant à ses catégories les intuitions particulières que lui communiquent les sens, sont subjectives, c'est à dire qu'elles sont purement des modifications du sujet pensant, sans qu'on puisse légitimement en inférer l'existence et la réalité des objets pensés. Il n'y a pour nous que des phénomènes ; les choses extérieures peuvent être , mais nous ne pouvons affirmer qu'elles sont : a posse ad esse, consequentia non valet ; l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ne sont pas susceptibles d'une démonstration scientifique, théorique. Il est vrai que la raison, la raison pratique , en nous faisant connaître au fond de notre être la loi morale , comme obligatoire non seulement pour le sujet qui pense, mais obligatoire pour tous les êtres doués de raison, comme absolument obligatoire, a une autorité qui dépasse le sujet et nous fait pénétrer au sein de l'intelligible , dans l'absolu ; il n'en est pas moins exact de dire, que le système de Kant est un idéalisme , un scepticisme que le mot trans-