‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 91 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

cendantal décore et n'atténue pas ; il est moins complet que celui de Hume, parce qu'il n'est pas aussi conséquent , et que , par une contradiction flagrante et que rien ne peut lever, il attribue sans motif à la raison pratique une portée d'affirmation objective qu'il refuse sans cause à la raison théorique ou pure.

Quoi qu'il en soit , le caractère de cette philosophie est tout critique, et si, dans la morale, elle s'en dépouille, elle le reprend aussitôt dans l'examen de la faculté distincte que Kant a appelée le jugement, et à laquelle il s'efforce de rattacher l'explication des phénomènes esthétiques.

La critique de la raison pure nous apprend que , par une conséquence nécessaire de notre organisation intellectuelle, nous sommes obligés de ramener à des idées générales , à des catégories contenues dans l'entendement , telles que le temps et l'espace, les notions particulières que nous fournit l'intuition sensible ou la perception.

On comprend, en effet, que toutes nos perceptions seraient comme si elles n'existaient pas, pour la connaissance , si elles ne renfermaient rien de général. Infinis de variété comme de nombre , sans aucune cohérence , sans aucune liaison entre eux, les éléments empiriques de la connaissance, isolés, n'aboutiraient à rien de déterminé, si l'entendement, au moyen de ses principes, ne les consolidait en les fixant et en les liant par des notions générales. La faculté, et en même temps l'acte de cette faculté de ramener le particulier fourni par

l'intuition au général, de concevoir, de penser * le particulier comme contenu dans le général, c'est le jugement. Ces lois générales fournies par Y entendement, sous lesquelles l'esprit va déposer, subsume, comme dit Kant , les éléments donnés par la sensibilité ; ces principes qui rendent l'expérience possible et la constituent même, sont pour cette raison appelés constitutifs, et le jugement qui se fonde sur ces principes constitutifs, déterminant les connaissances que nous pouvons nous former de la nature, s'appelle le jugement déterminant. - Le jugement déterminant n'est, comme on le voit, que subsumant ; la loi d'après laquelle il opère cette subsumption lui est prescrite à priori par les nécessités dé la nature de l'esprit ; par conséquent il n'éprouve pas le besoin de chercher à trouver une loi par lui-même et ne ressent aucun plaisir à suivre celle qu'il subit.

Mais l'esprit n'est point encore satisfait : il éprouve le besoin d'idées plus générales que celles où il peut monter par le moyen des catégories de l'entendement; il désire s'élever à une unité plus haute encore, et embrasser, sous une loi plus vaste, les formes que peuvent prendre la nature et les lois particulières auxquelles elle parait soumise. L'unité des principes est le but où

1 Denken. Critiq. du Jug. Introd.

■2 On ne voit pas bien tout d'abord pourquoi Kant a fait du jugement l'acte d'une faculté spéciale. X'est-ce pas un acte de l'entendement? Ou l'entendement n'est-il qu'une table rase, une faculté inerte qui contient des idées, mais qui ne saurait les employer? On va voir tout à l'heure les raisons plus ou moins spécieuses qui ont inspiré à Kant la pensée de détacher de la critique de l'entendement , la faculté de juger qui paraît lui appartenir si proprement.

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