TROISIEME PARTIE
il aspire, et le principe transcendante! 1 qui lui permettra d'y arriver n'est point contenu clans V entendement. La raison est donc obligée de le tirer d'elle-même. Mais le concept que nous cherchons à nous en former sous l'impulsion du besoin intellectuel, est tout à fait contingent ; il est relatif à nos moyens de connaître et de réfléchir sur la nature à laquelle nous n'avons nul droit de le prescrire ; puisque si, ce la réflexion sur les lois de la nature s'accommode à la nature , » il n'est pas dit pour cela s que celle-ci se règle sur les conditions d'après lesquelles nous cherchons à nous en former un concept. 2 »
Ces principes , ces idées de la raison qui règlent notre réflexion sur la nature, ne sont donc que des règles de connaissance, des principes purement régulateurs fournis par la raison pure. La plus haute de ces règles ne peut être que celle-ci : les lois de l'entendement laissent encore dans les lois particulières de la nature quelque chose d'indéterminé ; pour effacer cet élément d'indétermination , il faut considérer ces lois empiriques et particulières encore de la nature, d'après une unité véritable , et pour nous faire une idée de ce que doit être cette unité , il faut la croire « telle que l'aurait établie un entendement qui, en donnant ces lois, aurait eu égard à notre faculté de connaître, et
1 Kant., Introd., Critiq. du Jug., p. 30. « J'appelle transcendantal , le principe qui représente la condition générale à priori sous laquelle seule les choses peuvent devenir des objets de notre connaissance ; » et « j'appelle métaphysique le principe qui représente la condition à priori sous laquelle seule des objets dont le concept doit être donné empiriquement, peuvent être déterminés davantage. »
2 Kant., Introd.. Critiq. du Jug. . p. 28.
voulu rendre possible un système d'expérience fondé sur les lois particulières de la nature. i »
Ce principe est celui de la finalité de la nature , c'est à dire l'idée que nous sommes conduits à nous faire que, dans ses lois particulières, la nature s'accorde avec le besoin que notre intelligence éprouve de lui trouver des principes universels. L'acte par lequel l'esprit opère cette connaissance est évidemment un jugement , puisque nous ramenons encore le particulier au général ; mais ce jugement n'est pas de la même nature que celui dont nous avons déjà parlé : c'est par une loi nécessaire que l'entendement applique aux phénomènes particuliers des principes qu'il trouve en luimême, tandis que les idées d'après lesquelles se règle la raison ne sont que des besoins intellectuels, des desiderata logiques qui n'emportent aucune réalité objective ; aussi ne les trouvons-nous pas directement, nécessairement; ce n'est que par une réflexion, par un retour de l'esprit sur l'infinie variété des lois de la nature , dont la confusion le travaille et l'irrite , qu'il éprouve le besoin et le désir de les ramener à l'unité. Les jugements fondés sur ces principes régulateurs de la raison sont donc réfléchissants, puisque le particulier seul était donné, que le général ne l'était pas, et qu'il a fallu un acte de réflexion pour le chercher et le trouver.
Le jugement réfléchissant est ainsi l'acte par lequel l'esprit parvient à apercevoir la finalité ou la concor-
1 Rant., Introd., Critiq. du Jug., p. 28.