‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 95 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

déjuger, et il s'étend à beaucoup d'autres. La peine et le plaisir ne sont donc pas les caractères distinctifs et éminents du jugement. Si l'on écarte cette pensée bizarre , quoique profonde, et qu'on entre dans la description détaillée et la déduction savante du fait esthétique , on admirera la sagacité , la force , la pénétration de l'esprit analytique de Kant, et on trouvera dans son système des points aujourd'hui acquis à la science.

La Critique du Jugement esthétique est une théorie du Beau et du sublime.

On sait que la peine et le plaisir sont les caractères du jugement réfléchissant.

Si l'on considère un jugement de cette nature au point de vue de la qualité, et qu'on observe que la satisfaction qu'il nous fait éprouver est dégagée de tout intérêt, c'est à dire qu'on jouit de la vue ou de l'idée de l'objet sans le désirer lui-même et sans prendre aucun souci de son existence réelle, c'est un jugement esthétique, et l'objet d'une semblable satisfaction est appelé Beau. Le goût est le plaisir contemplatif et désintéressé résultant de la seule perception d'un objet ; c'est ce que Kant appelle le premier moment de l'acte du goût. Dans le second , on considère le jugement au point de vue de la quantité, et alors, dans un jugement, lorsque la satisfaction produite par l'objet est universelle, et que l'objet est représenté sans concept objectif, c'est le Beau.

Il ne faut pas qu'on puisse rapporter l'objet à un concept déterminé , car alors le jugement serait logique. Comment se fait-il donc que, quoiqu'il n'y ait

rien d'universellement partagé que la connaissance, le jugement esthétique ne soit pas un jugement de connaissance , et cause cependant une satisfaction universelle? Observons d'abord que l'universalité de la satisfaction n'est pas postulée, mais seulement réclamée; c'est un assentiment plutôt qu'un consentement. Les concepts , principes de la connaissance rationnelle des choses , sont de deux sortes : les concepts de la nature et ceux de la liberté. Le principe auquel nous rapportons l'objet Beau ne peut être ni l'un ni l'autre : ni un concept de la nature, parce qu'il n'est pas accompagné de plaisir aperçu , et que ce plaisir en tout cas ne serait pas désintéressé ; ni un concept de la liberté , en ce que la représentation par laquelle l'objet est donné dans un jugement esthétique, précède le plaisir attaché à cet objet, tandis que le sentiment moral est la faculté d'éprouver du plaisir ou du déplaisir par la seule conscience de l'accord ou du désaccord de nos actions avec le devoir. On ne reconnaît pas comme bonne une action, à la satisfaction qu'elle nous cause, comme on reconnaît une chose belle à ce caractère ; on ne se réjouit que parce qu'on la reconnaît pour bonne.

Ces deux explications étant également impossibles , le motif qui attribue à une représentation donnée la propriété de pouvoir être universellement partagée, ne peut être qu'un état de l'esprit déterminé par la relation des facultés cognitives1 entre elles, en tant

1 L'imagination et l'entendement.

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