‹ Les principes de la science du beau;Chapitre 96 sur 235 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

qu'elles rapportent la représentation, non pas à un concept particulier, mais à la connaissance en général. L'analyse d'ailleurs justifie cette hypothèse; nous sentons *et nous pouvons observer que dans l'acte esthétique nos facultés cognitives sont en jeu ; nous sentons qu'elles s'exercent librement et qu'elles ne sont astreintes à aucune règle particulière de connaissance ; nous sentons que, dans ce libre jeu, elles conservent dans leurs relations une parfaite harmonie et qu'elles en jouissent. Le fondement du plaisir universel et désintéressé, produit par un objet représenté sans concept, est donc dans l'harmonie entre elles de nos facultés cognitives ; l'état esthétique est purement subjectif, et c'est l'esprit qui, par son jugement, détermine la beauté de l'objet, et non la beauté de l'objet qui détermine le jugement de goût.

Le point de vue de la relation qui constitue le troisième moment du jugement de goût , éclairera la définition fournie par les deux premiers, et achèvera de la faire comprendre, en la précisant et en la complétant.

La satisfaction sans concept, produite universellement par la beauté et qui est comme le sentiment intime de l'harmonie de nos facultés représentatives , éveille en outre en nous l'idée que l'objet peut être considéré comme ayant une fin relative à nous. La nature qui seule sollicite l'exercice de nos facultés cognitives, et à l'occasion de laquelle nous en sentons l'harmonie , peut être conçue à priori comme ayant avec elles une relation de finalité.

Une fin est l'objet d'un concept en tant que celui-ci

est considéré comme la cause de celui-là , que le concept est considéré comme la cause de l'objet. La propriété de ce concept d'être considéré relativement à l'objet comme cause, autrement dit, sa causalité, est la finalité du concept, forma finalis. Il y a une finalité objective et une finalité subjective ; une finalité matérielle et une finalité formelle.

La finalité que nous concevons dans le jugement esthétique à la nature , par rapport à nos facultés représentatives, n'est pas objective, c'est à dire considérée comme hors de nous ; nous ne connaissons pas à la nature, nous ne lui concevons pas hors de nous, nous ne voyons pas dans les objets esthétiquement contemplés , un concept de la causalité de la nature , comme le seraient le concept du bien , celui du devoir ; elle n'est pas non plus subjective, comme elle le serait si nous concevions la nature comme ayant pour cause et pour but de produire dans le sujet un attrait, une émotion ou un sentiment de plaisir ; elle n'est pas matérielle comme lorsqu'on dit en parlant de l'œil : la vue est la cause finale de l'œil , c'est à dire qu'en organisant l'œil tel qu'il est, la nature a eu un but, une idée de finalité matérielle, et ce but c'est la vue , et c'est ce but qui a déterminé la production matérielle de l'objet.

L'idée de finalité que nous concevons à la nature dans le jugement de goût, n'est donc, à proprement parler, ni objective ni subjective ; elle n'est pas matérielle : elle est formelle ; c'est la simple forme de la finalité. La concordance de la nature avec nos facultés de connaître peut être considérée comme une finalité ;

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