‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 120 sur 154 · SECTION II. — DES DEVOIES DE LA FRATEBNITÉ RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SECTION II. — DES DEVOIES DE LA FRATEBNITÉ RELIGIEUSE

I. Il serait superflu de prouver que tout ce qui est dit dans l'Évangile de la fraternité chrétienne, doit s'appliquer d'une façon beaucoup plus spéciale à la fraternité religieuse. Or, quelle est la marque à laquelle Jésus-Christ Notre-Seigneur a voulu qu'on reconnût les siens? Il l'a dit lui-même, c'est l'union et la charité entre les frères : « En cela tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres * >. Aussi tel fut le caractère le plus frappant de l'Église primitive : c Ils étaient, rapporte le texte sacré, un seul cœur et une seule âme * >; et les pa'ïens, à ce spectacle si nouveau,

1 . In hoc cognoscent omnes quia mei discipuli estis, si dilectionera habueritis ad invicem. Joann. 1.-5.

2. Multitudinis autem credent'uui erat cor unum et anima uuu. ACT.

répétaient dans leur admiration : Voyez comme ils s'aiment t

Bientôt mallieuiciisement , et à mesure que le nombre des Croyants se nmltiplia. la charité vint à serelroidir dans les cœurs de plusieurs: c'est pourquoi l'ère des persécutions n'avait pas encore cessé, (lue l'Esprit de charité suscitait déjà ces institutions religieuses où il voulait couserver le t'eu sacré dans sa pureté première ; et tandis (jue le vulgaire des chrétiens avait souvent bien de la peine à garder strictement le précepte de la charité, une multitude de pieux asiles furent destinés à la montrer perpétuellement au monde dans toute sa perfection. Aussi que de moyens y ont été réunis pour produire et maintenir ce divin résultat! à ne parler que de l'holocauste même des vœux, n'est-ce pas un sacrifice que l'on oftre, non-seulement à Dieu, mais encore à ses frères en vue de Dieu ? et ne peut-on pas dire qu'il est également plein et de l'amour divin et de l'amour fraternel?

Combien donc chaque religieux doit s'appliquer à nourrir en soi-même cet esprit de charité, et à faire fleurir tellement dans sa personne cette reine des vertus, que du cœur de chacun son parfum se répande dans la communauté tout entière I

II. Pour aider la bonne volonté, nous signalerons brièvement, d'une part, ce que demande la charité fraternelle, et de l'autre ce qui l'altère.

Ce qu'elle demande par-dessus tout, ce sont des cœurs humbles et doux : de cette source on verra jaillir tout le reste: le désintéressement, la cordia-

lité, l'estime et la conliance réciproques, les préve nancos délicates, rempressement le plus ellectit' à rendre service, et, quand il en est besoin, le support iles défauts, et l'oubli prompt et complet des torts mutuels.

Ce qui altère la charité et l'union entre les frères, c'est, avant toute autre cause, l'égoïsmeavec sa distinction glaciale du mien et du tien, comme dit saint Clirysostôme ' ; et pour donner les détails, ce sont les prétentions et les hauteurs ; ce sont les jalousies, l'impatience, la rudesse et les paroles aigres; ce sont les indélicatesses et lesans-géne ou les susceptibilités, les bouderies et les rancunes ; ce sont les antipathies et les froideurs, ou les préférences et les amitiés exclusives; c'est l'esprit de curiosité et l'affectation de hnesse; ce sont les soupçons, les déliances et les rapports indiscrets ; enfin, c'est le penchant à la critique, aux contestations, à la singularité des i lées, à la raillerie et aux plaisanteries sur ses frères. Voilà une double énumération de choses qui, vu. notre nature défectueuse, peuvent donner à la charité fraternelle un exercice bien méritoire, de tous les jours et presque de toutes les heures. Pour s'encourager dans ce travail incessant, les motifs abondent; mais il suffirait déjà de se rappeler le mot du grand apôtre : c Celui qui aime son prochain a rem pli toute la loi - ».

m. A la charité fraternelle se rattachent étroitement la bonne édification et les égards mutuels.

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