CHAPITRE III
Lis l'obéissance religieuse.
ARTICLE I
DIVERS PRINCIPES SUR l'oBÉISSANCE EN GÉNÉRAL*.
I. Il est essentiel à l'obéissance de faire l'œuvre commandée, non parce qu'elle plaît et qu'on la veut faire pour elle-même, mais précisément à cause du commandement et parce qu'elle est voulue par le supérieur : sans quoi ce n'est plus l'acte de l'obéissance.
De là vient que, dans les choses qui nous sont agréablés, l'obéissance est ordinairement moindre, ou devient même nulle ; tandis qu'elle est plus grande et réelle dans les choses difficiles ou qui ne vont pas à notre goût. Néanmoins , devant Dieu qui regarde et connaît les cœurs, il peut arriver que, même dans le premier cas, l'obéissance ne soit ni moins vraie ni moins méritoire, dès lors que la volonté se porte à obéir avec un égal dévouement pour Dieu.
H. Faire une chose contre le commandement sans avoir la volonté de l'enfreindre, ce n'est qu'une désobéissance matérielle ; et, s'il y a faute, elle appar-
tient formellement à une autre esp«Ve de péché, selon le motif et l'objet de l'acte, ou selon l'intention de celui qui pèche.
III. Un inférieur n'est tenu d'obéir à son supérieui que dans la matière où il lui est soumis, et dans les choses où le supérieur ne contredit pas l'ordre d'un pouvoir au-dessus du sien. Que si le commandement était injuste, il ne serait nullement obligatoire, puisque Dieu ne communique point aux hommes son autorité pour l'injustice. Il est cependant permis quelquefois à l'inférieur d'exécuter un commandement injuste: c'est, par exemple, quand l'injustice ne tombe que sur lui-même et qu il consent à la soutfrir. Il peut même arriver qu'on soit tenu d'exécuter cette sorte de commandement injuste, en vertu d'une autre obligation, comme d'éviter un scandale ou quelque autre dommage. Dans le doute, si le commandement est juste ou non, l'inférieur a le devoir d'obéir, parce que le droit de commander, qui est certain dans le supérieur, doit prévaloir sur une opinion douteuse.
IV. Obéir à l'homme en vue de Dieu, peut devenir facilement plus méritoire que si l'on obéissait à Dieu même déclarant immédiatement sa volonté. La raison en est qu'on y exerce davantage plusieurs vertus, telles que la foi , l'humilité, la dévotion, la force, etc. ; et c'est là en particulier l'avantage que Dieu a voulu attacher à l'obéissance religieuse.
Y. L'obéissance religieuse consiste en ce que l'homme, dans le but de plaire au Seigneur , se met
volontairement sous la dépendance d'un autre homme pour tout ce qu'il commandera selon la règle. Mais, comme il est dit dans le catéchisme des vœux, cette obéissance n'oblige par cUe-mme, sous peine de péché, que quand le sup<'rieur d/'clare qu'il commande en vertu du vœu. Pour ce qui est du simple pouvoir de domination que possède encore un supérieur dans la famille religieuse, on le compare justement à celui d'un père dans la famille naturelle ; cependant il faut remarquer que cette comparaison n'est pas de tout point exacte, puisque le commandement d'un père oblige toujours ses enfants sous peine de })éché, dès lors que la matière en est juste et raisonnable : ce qui n'a pas lieu pour une simple prescription du supérieur régulier.
VI. L'obéissance aveugle que les saints recommandent au religieux, comme la plus parfaite et la plus méritoire, consiste , dit Suarez * , à exclure la prudence de la chair, et non la prudence véritable et surnaturelle. Car l'obéissance étant une vertu si excellente, elle n'exige pas moins la direction de la prudence pour ses actes, que toute autre vertu morale. Mais ce qui lui est propre, c'est que le jugement de la prudence qui la guide se fonde plus sur un principe extrinsèque, savoir le jugement du supérieur, que sur lui-même dans les choses qui ne sont pas évidentes ; et on l'appelle aveugle parce qu'elle écarte alors son propre jugement. Or, elle l'exclut en tant que vicieux ou impar-