‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 147 sur 154 · Tract, de Keligione · texte numérisé non relu

Tract, de Keligione

fait, et non pa?; selon qu'il dit tout usaj^^e de la raison. C'est ainsi, par exemple, qu'elle saurait examiner et voir, si ce qu'on lui commande paraissait contraire à la règle ou au précepte.

ARTICLE ÎT.

l'obéissance comparée aux autres ^T.RTUS^

I. L'obéissance est inférieure en dignité aux trois vertus théologales , puisqu'elle est seulement une vertu morale. Mais on doit remarquer qu'entre beaucoup d'autres, elle a le privilège de renfermer un excellent exercice des vertus théologales ellesmêmes.

IL L'obéissance, dit saint Thomas, occupe la première place parmi les vertus morales. En effet, de toutes les vertus, la plus grande est celle qui fait mépriser le plus grand des biens créés, pour s'attacher à Dieu. Or, il y a en ce monde trois sortes de biens que l'homme peut sacrifier à l'amour divin. Les biens du dernier ordre sont les biens extérieurs; au-dessus d'eux sont les biens du corps ; et ceux qui dominent tous les autres sont les biens de l'âme, dont le principal est la volonté par laquelle l'homme use de tous les autres biens. De là il suit que l'obéissance, qui nous fait sacrifier à Dieu le bien de notre volonté propre, est par elle-même la plus grande et la plus méritoire de toutes les vertus morales.

Ajoutons, avec le mt'me saint docteur, que comme l'obéissance procède de la révérence et de la soumission que l'on rend à Dieu, elle appartient, sous ce rapport, à la religion et à son premier acte qui est la dévotion. Or la religion est la plus noble partie de la justice, laquelle est la première des vertus morales.

Enfin, la prééminence de l'obéissance paraît en ce qu'il faut, pour obéir, omettre tout autre acte de vertu qui ne serait pas d'ailleurs obligatoire : car l'homme doit laisser toute bonne œuvre facultative, afin de s'attacher au bien de l'obéissance, qui est pour lui un devoir. Et qu'il ne craigne point d'éprouver en cela quelque perte spirituelle, puisque l'obéissance vient compenser, par un bien meilleur, celui quil eût voulu faire et qu'il omet pour la pratiquer.

III. Un oracle sacré déclare que « l'obéissance vaut mieux que les victimes * » ; et le Pape saint Grégoire en donne la raison : « C'est que par les victimes on immole la chair des animaux, tandis que par l'obéi.ssance on immole sa propre volonté 2 ». Or ceci est également vrai du sacrifice de l'obéissance comparé à tout autre, tel que celui de l'aumône, de la mortification et même du martyre ; puisque ces choses perdraient toute valeur hors de l'accomplissement de la divine volonté.

Page 1