‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 24 sur 154 · Ego Doannus, et non mutor. Malach · texte numérisé non relu

Ego Doannus, et non mutor. Malach

2. Curtentavit Satanasmentiri teSpirituiSancto, et fraudar© de pretioagri? Nonne manens tibi manebat? Quare posuisti in corde tuo hanc rem? Non es mentitus hominibus, sed Deo. Audiens autem Ananias hsec xerba, cecidit et expiravit. ACT, 5.

règles. Dès que l'on met volontairement en péril sa propre fidélité, c'est toujours une chose extrême' ment grave ; et parmi toutes les tentations d'un religieux, il n'en est point de plus sérieuse, parce qu'il n'est point de dommage comparable à ceui qu'elle peut lui causer.

Aussi, pour peu que cette tentation se prolonge, il y a obligation de la découvrir à qui de droit; souvent c'est le seul remède au mal, et un remède plus efficace que tout autre. De même, la charité défend rigoureusement de la communiquer à ses frères: ce serait là un scandale très coupable puisque ce serait comme leur inoculer un poison. Ajoutons encore que ces sortes de confidences, faites à des égaux, même sans intention perverse, leur deviendront presque toujours nuisibles ; et d'ailleurs aucun d'eux, à parler en général, n'a grâce pour guérir des plaies de ce genre. Enfin, il y a un devoir grave de charité pour qui voit son frère en un tel danger: c'est d'en donner avis au supérieur, afin qu'il se hâte d'aller à son secours.

Puisque nous touchons à un point si important, nous devons indiquer les remèdes auxquels devront recourir elles-mêmes ces âmes que le dégoût de leur vocation, le relà< hement, ou la tentation de l'ennemi pousseraient à linfidélHé.

Un premier remède sera de revenir sérieusement à cette Considération du droit de Dieu : Je me suis donné, c'en est donc fait, et l'hésitation même ne m'est plus permise. Aux répugnances de ma mauvaise nature, aux impulsions de celui qui veut me perdre, je répondrai par l'énergie de ma volonté. Il

est vrai que j'ai, par ina faiito , lai-^sf' affaiblir rotte éner<^Me ; mais enfin, je suis toujours libre et maître de moi-niC'me avec le secours de Dieu. Loin de perdre conir, coinnie s'il mV-tait devenu impossible de vouloir ce que jai voulu jadis, je mappuierai sur la certitude inf\ullible de cette double vt'rité, que quand Dieu me commande une chose , c'est qu'elle m'est possible , et que celui-là même qui m'impose un devoir est certainement là avec sa grâce, si je la demande, pour mailler à remplir ce devoir *.

Un second renu*de est la considération du châtiment qui d'ordinaire atteint , même dès cette vie , l'âme intidèle à sa promesse. Vous sentez la peine pn-sente et votre imagination ne manque pas de l'exagérer encore. Eh f de grâce, pourrais-je vous dire d'abord, comparez-la donc avec des peines bien autrement lourdes, auxquelles le monde condamne les siens dans des positions où il faut pourtant rester. Mais enfin, quelle que soit pour vous la situation actuelle, êtes-vous bien .«;ûr que l'infidélité améliorera votre sort ? Ne savez-vous pas au contraire ce que montre à peu près toujours l'expérience ? Et au lieu de profiter vous-même de ses tristes leçons , voudrez-vous ajouter un exemple de plus à citer ?

Un troisième remède , dont la douceur sera plus efficace, est la considération qui va suivre, celle des promesses réciproques que votre Dieu vous a faites. Auparavant, je veux vous indiquer un précieux secret

1. Xam Deus impossibilia non jubet ; sed jubendo monet et facere rjuod possis et p°tpreqnr«l non possis, et adjurât ut possis, Coucil. Trident. Sess. Cr, C'a. 10.

pour vous aider, en général, dans les difTicultés que vous rencontrerez au service de Dieu. Ce secret consiste àneregarder jamais les choses que par leurcôté attrayant. Car chaque objet, dans tout ce que demandent le devoir ou la vertu, offre toujours deux aspects et comme deux visages : l'un qui effraie notre volonté, l'autre qui l'attire. Ici, Dar exemple, vous éprouvez des répulsions, parce que vous envisagez le côté pénible, qui montre l'obligation ou la difficulté; mais appliquez-vous donc plutôt à voir le côté agréable, qui vous présente un bienfait insigne de Dieu, et votre cœur en sera fortifié ; l'estime et la reconnaissance aideront puissamment Tamour de la vocation à se ranimer ; la prif-re fera le reste.

IL Dieu a daigné contracter avec moi.

Dans la promesse donnée, nous avons vu l'obligasion ; mais il y a aussi la promesse reçue, et il est juste de voir également le profit et les avantages. Car ne vouloir considérer dans ce contrat que ce qui nous pèse, ce serait une pusillanimité tout à la fois déraisonnable, nuisible à nous-mêmes et injurieuse à Dieu. Oui, tout honneur oblige sans doute, tout poste lucratif et tout contrat onéreux imposent des charges. Mais jetonsles yeux sur les mondains euxmêmes : ont-ils rien pour rien ? n'est-il pas vrai que ceux qui poursuivent la fortune ou la gloire regardent plutôt le profit que la peine ? a Et pour eux, dit l'Apôtre, il ne s'agit que d'un intérêt qui passe, tandis qu'il s'agit pour nous de Téternité K »

1. Et illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant ; nos autem incoiraptam. I. Cob. i).

Il est donc vrai qu'au luouioiit où je faisais ma pnunesse au Sei^Mieur , lui-niènie siinultanéineut tlai^'iiait s'enga^^er envers moi.

Dieu a contracté avec moi : pourrai-je jamais assez comprendre l'iionneur que ma fait en cela le Roi des rois? Tandis que d'autres, en si grand nombre, ne sont que des serviteurs vulgaires, il m'a admis dans sa maison pour que je sois au l'ang de ses familiers ; il m'a nommé l'un des otiiciers de son palais : que dis-je ? par ce contrat, il a élevé mon âme à la dignité d'épouse ! Sera-t-il possible que je cesse un seul jour de priser cet honneur et de vouloir y correspondre ?

Dieu , souverainement fidèle en ses promesses, a contracté avec moi ; quelle que soit ma faiblesse , je puis donc compter sur lui, pour avoir les forces dont j'ai besoin dans ma vocation. Quelles que soient les dillicultés. il sera toujours là prêt à me soutenir; c'est lui-même qui m'en assure par la bouche de son Apûtre '.

Dieu, le Tout-Puissant, a contracté avec moi. et je suis devenu excellemment sa propriété , par le don complet que je lui ai fait de tout moi-même. Or. quand ce grand Dieu possède une chose , il la défond, et personne n'est assez fort pour l'enlever de ses mains-.

Dieu, l'Etre inliniment clairvoyant , a contracté avec moi ; aucun de mes moindres services n'échappera à son attention , et tout sera fidèlement ,

l.Fidelis Deus. per quem vocati estis. I Cor. 1.

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