‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 28 sur 154 · a 2ïq. SI. a · texte numérisé non relu

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suprême abaissant sesrejrards du liant du rirl ot los promenant sur tout»^ la surlare de la teire. Il y ;.iperçoit trois classes d'iiommes bien dill'érentes.

La première se compose de tous ceux, hélas ! qui le méconnaissent, loublient et roffensent : classe innombrable de créatures intelliyientes «jui , en refusant le culte et l'hommage dus à leur auteur, violent les plus essentiels devoirs de la justice.

La seconde classe renferme ceux qui le reconnaissent , il est vrai , pour leur Seigneur et ne nient pas le droit qu'il a sur eux. Mais chez ces hommes , tout à leurs intérêts terrestres , que le souvenir de Dieu est rare t Que le soin de lui payer leur dette occupe peu de place dans leur vie ! Ce grand Dieu , «[ui devrait être tout pour eux, ne voit arriver à lui, de leur part , qu'un si petit nombre d'hommages ! Et autant les intervalles sont grands , autant les cœurs sont avares et froids ! Culte infime , qui n'est trop souvent qu'une formalité , et dans lequel ceux qui le rendent n'atteignent pas même l'indispensable ni la justice de stricte obligation !

La troisième classe jjrésente aux regards divins les hommes vraiment religieux : ce sont ceux qui . pénétrés de la un de leur création, et tirant les justes conséquences de cette fondamentale vérité , mettent en tète de leurs obligations celle qui regarde le Créateur. Au premier rang sans doute doivent se trouver ceux que Ton appelle les religieux , car ils sont entres eu religion, c'est-à-dire qu'ils se sont destinés par état à vérifier excellemment en eux la définition de la vertu de religion ; et quand ils sont tels en effet que l'indiquent leur nom et leur profession ,

c'est a>?iiivmentsur eux que le regard duSeigneur >e repose avec plus de complaisance, selon ce qu'il dit lui-même du lieu saint où l'on vaque spécialement à la religion : « Mes yeux et mon cœur seront là tous les jours*».

II. La vertu de religion rend à Dieu le culte et riiomraage qui lui sont dus. Mais en quoi consiste ( culte et cet hommage ? Le docteur angélique donne une double étymologie qui imprime dans l'esprit deux fécondes idées, et doîi il tire la notion substantielle de la religion. Le mot rellfjion , dit-il , vient du verbe latin religare, rattacher ; ou encore du verbe reelifjere. reélire, choisir de nouveau. Ainsi, la religion est ce qui nous relie à Dieu tout-puissant dont nous étions détachés. Elle est encore ce qui nous fait réélire Dieu que nous avions perdu par négligence , c'est-à-dire , selon la force du mot negligere , nec eligere, parce que notre cœur ne voulait plus de lui. En etïet, Dieu est celui auqueiriiomme doit serattacher principalement comme à son suprême et inséparable principe; et il est de mêmecelui vers lequel l'homme doit reporter son cœur égaré comme vers sa fm dernière : de sorte que ce Dieu qu'il avait perdu par négligence , il le ressaisisse par la foi opérant les bonnes œuvres*.

Telle est essentiellement la double idée du culte que nous devons à Dieu, et cette doctrine sur la religion sadresse au genre humain tout entier. L'homme, na-

1. Emnt ocxili mei et cor meum ibi cunctis diebus. 111 Reg. 9-

2. Ptclijrio a relitrando, quia r.os religat oinnipotenti Dco. — Reliîrio a'reeligendo, quia Deum reeligimus quem ainiseramus négligentes.

turcllcmcnt lit' à Dieu >on Créateur par son origino, l'était encore surnaturellenient par la fjrâce dont il avait été orné; mais le péché d'Adam l'en a mallieureusement détaché, et il a fallu un Réparateur pour le rattacher à son principe. Par suite du même péché, la volonté humaine, ne se souciant plus de Dieu , a porté ailleurs ses choix coupables ; et un Sauveur a été nécessaire pour guérir cette volonté , et la rendre capable de réélire Celui qui est sa dernière tin. Détaché encore trop souvent par de nouveaux péchés qui lui t'ont perdre Dieu, il lui faut, à l'aide de la grâce toujours mis/'ricordieuse de Jésus- Christ, faire de nouveaux elforts pour se relier encore au principe , et pour ramener sa volonté vers la lin. Ce doit être là le travail continu , le soin quotidien de l'homme sur la terre , et il appartient à la religion d'opérer cet ouvrage. Avoir de la religion, pratiquer sa religion n'est pas autre chose.

Mais ce principe universel et commun à tous, il est pour le religieux dune application toute spéciale: car c'est l'expression propre de tous ses devoirs , et il le presse de les remplir par ces deux suprêmes motifs : Dieu mon premier principe , Dieu ma dernière fin. Dieu mon principe auquel il faut que je me rattache toujours plus fortement et plus universellement ; Dieu ma lin, que mon cœur doit réélire sans cesse avec plus d'efficacité. Or pour cela , que d'efforts le religieux n'a-t-il point à faire ! Que de vides à combler ! Que de choses journellement à réparer î Que d'inclinations contraires à combatre ! Aussi est-ce pour cela même que la profession religieuse multiplie ses moyens; les vœux, les règles, les

exercices spirituol? , la direction des supérieurs , tout est dans le but de l'aider à se relier toujours pins parfaitement à son principe , et à réélire toujours plus énergiquement sa lin.

III. Voyons maintenant avec plus de netteté do quoi se compose la dette que la reli^non doit payer au Seigneur.

Premièrement, ce que l'homme doit à Dieu, c'est le culte de latrie . qui n'est du qu'à lui. Ensuite nous devons à Dieu l'obéissance dans tout ce qu'il exige par un précepte formel : ce qui exclut le péché, quel quil soit , grave ou léger. Mais en troisième lieu nous lui devons encore tout ce que nous sommes capables de faire pour son service et sa gloire , même sans qu'il commande sous peine de péché : car toutes nos œuvres lui sont dues à titre de Créateur et de Seigneur, de Principe et de Fin , et parce que nous sommes en toutes manières ses serviteurs. On appelle surerogatoirps. il est vrai, ces œuvres qu'il ne commande pas rigoureusement ; mais au fond , relativement à l'exigence de sa grandeur, il ne peut y avoir de notre part aucun acte ({ui soit de pure libéralité ; loin de là , quoi que nous fiassions pour lui. nous n'aurons jamais payé notre dette entière: et toujours il nous faudra dire en présence de ce Maître suprême : oc Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous n'avons fait que ce qui était de notre devoir * ». Délace nom de justes que l'on donne à tous ses serviteurs ; en pratiquant même des œuvres

1. Dicite : servi inutiles sumus : quod debuimus facere, fecimus. Luc. 17.

héroïques pour son honiKHir, ils ne font qu"; remplir une justice.

Or, (levons-nous dire maintenant au relii^ieux , est-il personne sur la terre qui suit ohlij^é envers Dieu plus justement et plus universellement que lui? Mais il faut ajouter encore : Est-il personne qui soit dans une position aussi favorable , pour pouvoir iacilement lui payer toutes les parties de sa dette ?

Un autre enseignement de saint Thomas sur la vertu de religion renfermera la manière pratique de s'acquitter de cette dette , et nous allons y voir trois choses : 1° la vie religieuse dans tous ses détails; 2*" l'essence de l'esprit religieux ; S*" le véritable exercice de la religion*.

I. La vertu de religion , dit le saint docteur . a deux espèces d'actes : les siens propres qu'elle produit formellement elle-même , et ceux qu'elle commande aux autres vertus, pour se les approprier en les rapportant à sa tin et leur donner ainsi plus de valeur.

Parmi les actes propres de la religion, les uns sont intérieurs, les autres extérieurs.

Ces actes intérieurs renferment le culte principal (juenous devons à Dieu. Le premier de ces actes et celui qui doit donner le branle à tous les autres , est la dévotion ; car la dévotion n'est rien autre chose qu'une ct^rtaine promptitude de la volonté pour

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