‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 38 sur 154 · Voir S. Thomas ^" ijume. aueàt. m · texte numérisé non relu

Voir S. Thomas ^" ijume. aueàt. m

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l'opérions pour plaire à Dieu. Son but, à lui, est toujours de nous causer du dommage par cet appât trompeur , et de préparer artilicieusement notre ruine.

40 Entin , dans certaines natures impressionnables , le seul amour-propre peut réussir à produire de même un semblant de dévotion avec ses goûts sensibles ; et ce fruit de lamour-propre ne saurait être bon, lors même quil fait faire de bonnes actions , puisque l'intention les gâte , et que ces douceurs mensongères ne servent ([uà égarer l'âme de plus en plus hors de la voie du vrai service de Dieu.

Donc, pour résumer, il y a une suavité pureinent spirituelle , qui, comme le dit saint Paul , est toute au-dessus des sens : goûtée plus rarement par les âmes d'une dévotion commune, elle est fréquente dans les saints, qui, selon saint Denis *, partagent ainsi d's ici-bas les délectations des anges, à cause de la surabondance de leur charité. Quant aux douceurs de la dévotion sensible , elles peuvent être encore les indices dune charité ardente ; mais il s'en faut bien que ces indices soient infaillibles : car , d'un côté , un tempérament plus viril pourra être naturellement moins capable d'impressions sensibles, même dans des actes plus intenses de la volonté , quoiqu'il faille dire cependant que Dieu a donné souvent aux grandes âmes des cœurs pleins de tendresse. D un autre côté, les consolations sen-

1. Sancti homines multoties fiunt in communicatione délestationuin angelicarum.

sibles pourront être aussi les indices dune moindre charité, parce que ce sont les volontés faibles ou encore mal affermies que le bon esprit a coutume de soutenir de la sorte, et qu'il les donne même à des âmes qui n'ont pas encore la charité, pour les attirer à Dieu. Enfm , elles peuvent être des indices trompeurs de la charité , comme lorsqu'elles sont l'œuvre du démon ou de l'amour-propre.

La conséquence de tout ceci est que l'on doit, avant tout, s'attachera la dévotion substantielle.

Cependant ne peut-on pas aussi désirer et rechercher la dévotion sensible?

Je réponds, en premier lieu, par la citation d'une proposition que lEglise a condamnée dans Molinos, faux mystique du xvii^ siècle : « Celui qui désire et embrasse ladévotion sensible, fait mal en la désirant et en s'efforçant de l'avoir * »>. La vérité est donc dans la proposition contradictoire : Il ne fait point mal. Et, en effet, la dévotion sensible est un don de Dieu ; il faut donc l'estimer, et, s'il daigne l'accorder, il faut la recevoir avec reconnaissance. Elle peut être un secours nécessaire à notre faiblesse, pour nous soutenir dans le bien; il faut donc la demander avec un humble sentiment du besoin que nous pouvons en avoir. Elle est très-propre à nous faire avancer dans toutes les vertus ; il faut donc la désirer , s'efforcer de la mériter par la mortilicalion et la pureté de vie. et, quand Dieu nous la donne, en

1. Qui desiderat et amplectitur devotionera sensibilem. maie facit eam desideraudo et ad eam couando. Proposition condamnée.

user fidMement, comme d'un instrument de proiii spirituel.

Je réponds, en second lieu, que la dévotion sensil^lo pouvant être finisse, il faut bien prendre garde d'oîi elle proct'de, comme il a été dit. De plus , même quand le bon esprit en est Tauteur , elle est une do ces faveurs dont on peut user bien ou mal. Or, celuilà en abuse, qui, au lieu de s'en servir pour y pren- . dre des forces et s'y préparer au temps de l'épreuve, "ne pense qu'à en jouir pour elle-même : car c'est alors ce que saint Jean delà Croix appelle la sensualité spirituelle, par laquelle on s'attache avec dérèglement au don plutôt qu'au donateur. Aussi Dieu fait une grâce à ces âmes sensuelles lorsqu'il leur retire la consolation, comme le médecin du corps impose la diète pour guérir le mal causé par la gourmandise. Enfin, sachons bien que ce ne sont point les goûts sensibles qui nous rendent agréables à Dieu Loin de là, souvent nous lui plaisons d'autant moins alors que nous nous plaisons davantage à nousmêmes , et que nous nous applaudissons de voir, selon nous, les choses marcher si bien. Mais ne nous y trompons pas, ce qui plaît au divin Maître, c'est l'humilité et la conviction de notre misère , c'est la promptitude de notre volonté à faire la sienne en toutes choses , c'est le soin d'exercer les vertus solides, soit ([u'il nous donne beaucoup de consolatiojis spirituelles, soit qu'il nous en donne peu.

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