‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 40 sur 154 · a 236. q. SI. a · texte numérisé non relu

a 236. q. SI. a

— iiO — lui est du, en rapportant à l honneur divin ses propres actes et ceux quelle fait produire aux autres vertus; et la sainteté consiste proprement en ce que Idnie s applique eUe-mrme à Dieu avec tons ses actes *. Doii Ton voit manifestement que toutes dt-ux, en délinitive, font une œuvre identique : la religion, pour payer la dette qui nous oblige envers laMajestr suprême ; la sainteté, pour faire atteindre à notre âme sa perfection, en l'appliquant à lEtre infiniment parfait. Et c'est encore l'œuvre qu'opère la charité, sous cet autre rapport qu'elle nous unit à Dieu par le cœur, et marque du sceau de l'amour divin les actes de toutes nos autres vertus.

Du reste, il est nécessaire de remarquer que , comme il y a, dans la pratique de la religion et de la charité, deux degrés divers, l'un indispensable au salut, et l'autre qui s'élève plus haut, ainsi l'on doit distinguer deux sortes de sainteté : l'une sans laquelle il n'y a point de ciel à espérer, l'autre qui ne s'arrête pas à cette mesure inférieure. Déjà, san> doute, on doit dire aux chrétiens ordinaires euxmêmes que vouloir, par un sentiment de lâcheté et comme par calcul, se contenter de viser au degré inférieur seulement, c'est se mettre dans un grand péril pour le salut, parce que, si on le manque, il n'y en a point d'autre au-dessous, et qu'il n'est que trop facile à notre faiblesse de le manquer en effet, dès lors qu'elle ne vise pas du moins un peu plus haut. Mais, quoi qu'il en puisse être des chrétiens du siècle,

1. Sanctitas dicitur, per quam mens hominis soipsam et suos actuB aY^plicat Deo.

nous verrons bientôt, en i)arhint de l'obligation où est le religieux, de tendre à la perfection, qu'il ne lui est pas permis de se contenter ni d'une charité ni d'une sainteté vulgaires, comme son nom l'avertit qu'une religion vulgaire ne saurait lui suflire.

II. Maintenant, saint Thomas nous exposera les deux éléments de la sainteté, avec leurs notions extrêmement nettes et précises. Le nom de sainteté, dit-il, renferme deux choses : la première est l'exemjv tion de souillure, qui permet à rûme de s'appliquer à Dieu; la seconde est une certaine fermeté dans le lien qui l'attache à Dieu K

lo Pour que l'àme soit en état de s'appliquer ellemême à Dieu avec ses actes, il est d'abord nécessaire qu'elle soit pure, selon ces paroles de l'Apûtre: « Quelle société pourrait s'établir entre la lumière et les ténèbres ^ ? > Or, la souillure de l'âme lui vient de ce quelle s'applique à des objets qui sont audessous d'elle ; car toute substance se corrompt par son mélange avec une substance inférieure : par exemple, l'or cesse d'être pur quand on le mêle au plonil3. Il faut donc que l'àme se dégage des choses basses qui la souillent, afin de pouvoir s'appliquer à la chose suprême qui est Dieu.

C'est la langue grecque qui a donné le mot par lequel on exprime ce premier élément de la sainteté : Agio^, sine terra, qui n'est point souillé par le contact de la terre. Ainsi une eau pure semble être

1 . Xomeii sanctitatis ridetur duo importare : niimditiam et firmitatem.

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