‹ Les principes de la vie religieuse, ouChapitre 57 sur 154 · rs · texte numérisé non relu

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treiit nulle i)art autant <|Ut' dans la profession religieuse. Un clnvtien du sit'cle aura, je le suppose, uiie délennination é^ale à celle du relicfieiix de n rien refuser au Seigneur; mais cette volonté durer;, t-elle, ainsi abandonnée à elle-même ? Pourra-t-elle au besoin être soutenue, excitée, ranimée, comme elle lest au sein dune communauté religieuse, et parmi des frères qui nous viennent en aide dans nos défaillances? Mais encore, accordons quelle soit aussi bonne, aussi constante, et qu'elle produise des ^ actes égaux de vertus ; toujours est-il que le mérite ^ sera moindre, parce qu'il y manque celui du sacri- -^ iice religieux.

II. C'est ici le lieu d'examiner une curieuse objection que certains hommes du monde font queltjuetois aux religieux. En quittant le siècle, disentils, vous avez fui la difficulté; il y a là un maiique décourage, et votre vertu plus facile en ser-a moins méritoire.

D'abord, on pourrait demander à ceux qui parlent ainsi, si c'est bien réellement pour mériterdavantage .ju'ils tiennent eux-mêmes à ne point abandonner le monde.

On pourrait ajouter que si eux ou d'autres savent triompher du monde en restant au milieu de ses dangers, d'autres aussi, plus déhants, sentent avant tout la nécessité pour eux de fuir ces mêmes danger^, et que ceux-là font consister leur premier mérite à mettre en sûreté leurs intérêts éternels.

Mais voici une réponse de saint Thomas plus in& iructive et plus complète ^

l. 2«S«. q. 184. a. 8. ad 0=»,

Il tant clistiiifîuor doux sortes de difficultés pour la vertu : l'uiu' qui tient à l'œuvre mrnie, lors(|u'e)le est ardue : l'autre (jui provient des obstacles extérieurs.

La premirre accroît eftVctivement le mérite, parce qu'elle naît de rexrelleiice même de cette œuvre ardue (ju'il s'agit de faire.

Quant à la seconde espèce de difficulté qui vient du dehors, tantôt elle diminue la perfection delà vertu, et tantôt elle est Tindice d'une vertu plus parfaite. Elle diminue la perfection de la vertu dans celui qui n'aime pas assez la vertu pour vouloir se dégager des choses mêmes qui produisent l'obstacle. Elle est le signe d'une vertu plus parfaite dans celui qui, se voyant inopinément ou forcément en présence d'un obstacle, reste cependant lidèle à la vertu.

Or, il est manifeste que la première sorte de difliculté qui accroît le mérite est dans l'état religieux beaucoup plus que dans tout autre état, puisque l'on y tend à ce que la vie chrétienne offre de plus ardu et de plus parfait. Pour ce qui est de la difticuUé du second genre, il est bien vrai que les religieux tâchent de s'y soustraire en toutes choses, et c'est un effet de leur sagesse, comme c'est la preuve de leur amour pour la vertu, et la matière spéciale de leurs mérites. Du reste, ils ne nient pas que ceux qui sont forcés de rester en présence des diflicultés ne puissent y donner des signes d'une plus grande vertu, quand réellement ils sont lidMes.

III. A Tappui de cette réponse, ajoutons encore un grand principe du même saint Thomas, et qui est

partout d'une fréquente application dans le service de Dieu. La vertu, dit-il, consiste moins dans ladifliculté que dans le bien que l'on fait : de sorte que la grandeur d'un acte vertueux doit se mesurer plutôt par sa bonté que par sa difficulté : car c'est le bien. plus que le difficile, qui compte pour le mérite; d'où il suit qu'il faut regarder comme plus mt'ritoire, non tout ce qui est plus difficile ou plus pénible, mais ce (|ui est à la fois plus difficile et meilleur, ou ce qui tire de la difficulté un surcroît de bonté *. Or, le bien résulte de trois choses : delà bonté de l'objet, de la bonté de l'intention et de la charité. Par exemple, les martyrs sans doute ont beaucoup mérité en soutirant pour Jésus-Christ; mais la très-sainte Vierge méritait plus qu'eux tous par ses moindres actes, quoique peut-être la souffrance n'y fût pas toujours. Et c'est là une vérité pratique qui offre toute une direction, pour la consolation de ces âmes auxquelles il n'est pas donné de souffrir pour Dieu autant qu'elles le désireraient.

IV. Nous compléterons cette question du mérite de l'état religieux par un autre eiiseignementdu Docteur angélique : il s'adresse à ceux que la vue de leurs péchés passés et le besoin qu'ils sentent d'en faire pénitence préoccupent quelquefois plus vivement que la pensée ouïe désir de la perfection. Voici ses paro-

1. IVjid. q. 123, a. 12;et q. 27. a. 8. Eatio virtutis magis con- Ki>tit in bono quam in difficili; unde magis mensurandaest virtutis magnitudo seoundum rationem boni quam difficilis. — Plus facit ad rationem mcriti bonuin quam difficile ; unde non Dport<;t quod omne quod est difficilius, sit magis meritorium ; btd f^uod sic est difficilius, ut sit etiam melius.

les : « Sans doute, l'état religieux a été principalement institué pour faire acquérir la perfection, et c'est pourijuoi l'on y trouve îles exercices et des moyens qui retranchent les obstacles à la parfaite charité. Mais par là même qu'on ôte ces obstacles, on ôte à plus forte raison les causes du péché qui détruit totalement la charité. Et comme c'est en cela que consiste proprement et principalement la pénitence, savoir à retrancher les causes de nos péchés, il s'ensuit que nul état n'est plus propre à faire pénitence que l'état religieux. Aussi le droit canon cite l'exemple d'un grand coupable qui reçut le conseil d'entrer plutôt dans un monastère, que de subir la pénitence publique en restant dans le siècle; et la raison qu'il en donne est que la pénitence est ainsi tout ensemble et meilleure et plus légère *.

Quant aux œuvres satisfactoires que la profession religieuse donne également lieu de faire pour expier ses péchés, nous ne répéterons pas ce qui a été dit plus haut

SECTION III. — D'UNE CONDITION ESSENTIELLE POUR LE MÉRITE DU RELIGIEUX DANS SON ÉTAT.

Quoique le grand acte de la profession des vœux soit d'un excellent mérite devant Dieu, néanmoins une vérité qu'on ne saurait trop redire aux personnes qui ont fait cet acte est que son mérite, pour ne pas devenir entièrement illusoire, exige une in-

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