SECTION III.— DE LA PERFECTION DE L'AMOUR DIVIN
§ I. Est-U possible à T homme d'aimer Dieu parfaitement * ?
La perfection de la cliarité peut s'enleiulre de deux manières : la première, par rapport à l'objet qu'il s'agit d'aimer; la seconde, par rapport à celui qui aime.
1'^ Relativement à l'objet de l'amour, la cliaritc est parfaite quand on aime une chose autant qu'elle est aimable. Or Dieu est aussi aimable qu'il est bon; et comme sa bonté e^t infinie, il s'ensuit qu'il est infiniment aimable. Mais aucune créature ne peut laimer infiniment, puisque toute vertu créée a sa limite. Sous ce rapport donc, la charité d'aucune créature ne peut être parfaile: il n'y a de parfait que lamour par lequel Dieu s'aime lui-même autant qu'il est digne d'être aimé.
Ici l'àme aimante n'a qu'une ressource dans son impuissance , celle de s'humilier à la vue d'une bonté qui mérite d'être infiniment plus aimée qu'elle ne saurait le faire; et puisque cependant Dieu s'aime autant qu'il est aimable, elle s'en réjouira, unissant le peu qu'elle peut offrir à cet immense amour qu'il se porte à lui-même.
20 Relativement à celui qui aime Dieu, la charité sera parfaite, s'il l'aime autant qu'il en est capable, ainsi qu'on va l'expliquer.
f H. De trois sortes de perfections de l'amour diiin^.
Que l'homme aime Dieu de tout son pouvoir et autant qu'il en est capable, c'est ce qui peut lui arriver de trois manit-res différentes.
La premii-re consiste à aimer Dieu tellement, que le cœur soit tout entier et toujours actuellement porté vers lui, et cette perfection sera celle de la patrie; elle n'est pas possible en cette vie, où l'infirmité humaine ne permet point de penser toujours actuellement à Dieu, ni de se porter incessamment vers lui par le mouvement de l'amour.
On pourrait avoir besoin de rappeler cette vérité à certaines âmes ambitieuses et indiscrètes qui veulent l'impossible.
Une seconde manière d'aimer Dieu parfaitement, c'est que l'homme mette habituellement en Dieu son cœur tout entier, de telle sorte qu'il ne pense et ne veuille rien de contraire à l'amour qu'il doit à Dieu, et qu'il écarte ainsi de son affection tout ce qui détruirait en lui la charité, à savoir, tout péché mortel. Cette perfection, qui est de précepte, se trouve en tous ceux qui possèdent la charité et sont en état de grâce avec Dieu. Le péché véniel ne lui est point contraire, parce qu'il n'ôte point l'habitude de la charité.
Il est une troisième manière d'aimer Dieu partaitement, qui occupe le milieu entre les deux autres : elle consiste en ce que l'homme mette toute son