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Lamour divin produit le zèle

Qu'est-ce que le zèle ? C'est proprement l'effort que tait celui qui aime, pour repousser et détruire tout obstacle contrariant son amour.

En général, plus lânie tend fortement vers un objet, plus aussi elle s'efforce d'écarter les choses qui l'arrêtent. Mais cela est vrai surtout de l'amour, qui, à mesure qu'il grandit, repousse avec plus d'énergie tout ce qui lui est contraire, à savoir, tout ce qui l'entrave dans la poursuite ou la jouissance du bien qu'il aime, et tout ce qui s'oppose au bien de son ami. Que si le zèle ne peut parvenir à repousser l'obstacle, il souffre et il gémit.

L'exercice du zèle des âmes est en même temps celui du zèle de la gloire de Dieu : car la grande gloire de Dieu est d'être connu et aimé de ses créatures raisonnables, et la grande pratique de la charité envers le prochain est de lui faire connaître son bien suprême et de l'aider à s'en assurer l'éternelle jouissance.

section v. — du second objet de la cnar.ité , ou de L'amour du prochain.

§ I. Du motif de la charité envers le prochain'^.

10 De ce que la raison d'aimer notre prochain

est l'amour même que nous devons à Dieu, il s'ensuit ([ue la charité embrasse aussi l'amour du prochain. En eiret, nous sommes obligés d'aimer ce (jui est de Dieu dans notre prochain, savoir, lesdons de Ui nature et de la grâce qu'il a mis en lui, et d'aimer le prochain pour qu'il soit lui-même à Dieu et en Dieu, par la grâce en cette vie et par la gloir»^. en l'autre. D'où il est manifeste que l'acte par lequel nous aimons Dieu et le prochain est, selon l'espèce, le même acte de charité ; et c'est ce ([uo l'apôtre saint Jean enseigne aux chrétiens : € Nous avons de Dieu ce commandement que celui qui aime Dieu doit aimer aussi son frère ^ ». Un amour du prochain qui n'aurait point Dieu pour motif serait par cela seul inutile au salut ; et il deviendrait coupable, s'il se portait sur le prochain comme sur sa fin principale, ou avec détriment de l'amour de Dieu.

Tel est doncle grand principe de la charité fraternelle. Comme il importe aux chrétiens, spécialement aux religieux, de s'en bien pénétrer! Et que nous avons besoin d'y revenir fréquemment, puisque l'amour-propre nous le fait oublier sans cesse ! 2o Ace sujet saint Thomas se propose une questioi\ qui peut sembler étrange au premier coup d'œil ; mais elle appelle une réponse où se trouvent plusieurs leçons fort utiles -.

Est-il plus méritoire d'aimer Dieu que d'aimer le prochain ?

1. Hoc mandatum habemus a Deo, ut qui diligit Dciim, diligat etfratreiripnnTn. I. JoAN. 4,

Je réponds, dil-il. que si l'on ron.si(lt''*re séparément riin ou l'aulre amour, il est liors de doute (jue Tamour divin est plus méritoire : car la récompense lui est due pour lui-même, puisque la suprême et dernière récompense sera de jouir de Dieu vers lequel tend le mouvement de cet amour.

Mais si l'on prend l'amour divin selon qu'une personne s'applique à l'exercer exclusivement, à l'amour du prochain selon qu'elle s'applique à l'aimer ]iour Dieu, alors l'amour du prochain renferme l'amour de Dieu, tandis que l'amour de Dieu ne renferme point l'amour du prochain. D'où il y aura comparaison du parfait amour de Dieu, lequel s'étend jusqu'au prochain, avec lamour de Dieu imparfait, parce que, comme nous a dit le saint Apôtre, « nous avons de Dieu ce commandement, que celui qui aime Dieu doit aimer aussi son frère » ; et dans ce sens, l'amour du prochain a la prééminence.

De là jaillissent trois conséquences pratiques : la première, que celui-là se trompe, qui croit aimer Dieu et mériter davantage en se retirant des exercices de la charité du prochain, contrairement à sa vocation et à son état, pour s'appliquer plus à son aise aux exercices de la dévotion. La seconde, que les actes de l'amour du prochain cependant ne reçoivent leur mérite que de l'amour de Dieu : d'où sort la nécessité, comme le dit si bien saint Ignace, « de s'assurer, avant d'agir, si c'est vraiment de l'amour divin que descend cet amour qu'on éprouve pour le prochain, en sorte que, dans la cause pour laquelle on l'aime. Dieu apparaisse manifeste-

miTit * ». La Iroisirme leçon est que cet amour du prochain a un besoin essentiel, pour qu'il reste plein de l'amour de Dieu, qu'on le retrempe fre'quemment dans les exercices propres deTamour divin, qui sont les exercices spirituels.

§ 11. Exposition du second commandement de la charité ^

a Vous aimerez votre prochain comme vousmême ^ » Les paroles de ce commandement signalent d'elles-mêmes la raison de l'amour qui est dû au prochain, et la manière dont il faut l'aimer.

1° La raison de l'aimer se trouve dans le mot de prochain, proximus : car voilà pourquoi nous devons aimer tous les hommes de l'amour de charité: c'est qu'ils sont très proche de nous, étant comme nous les images naturelles de Dieu, les enfants de Dieu comme nous, et capables aussi bien que nous de cette gloire, en laquelle nous serons un jour transformés à jamais tous ensemble dans le sein de Dieu. Et l'Écriture emploie tantôt le mot de prochain, tantôt celui de frère, tantôt celui d'a/ni, toujours pour exprimer la même affinité.

2° La manière d'aimer notre prochain est exprimée par ces mots : comme vous-même. Le précepte ne dit donc pas qu'on doit l'aimer à l'égal de soi-même.

i . Prima régula est, ut amor ille qui me movet, descendat desursum ex amore D-i Dommi nustri, ita ut sentiam priraum in me hune esse propter Deum, et in causa reluceat Deus, Exerc. Spirit. reg. jiro eleemosynis.

S. Diliges proximum tuum sicut teipsum. Matth. 22.

mais scmf'hibhmeut ; et cela par trois endroits : premièrement, du coté du mutif, aimant son prochain pour Dieu, comme on est obligé de s'aimer ainsi soi-m<'me; et par là l'amour que nous aurons pour les autres sera i^aint. Secondement, du cùlé de la règle, qui ne permet pas de condescendre au désir d'autrui pour le mal, mais seulement pour le bien» de même qu'on ne doit céder à ses propres désirs que pour ce qui est honnête et bon ; et par là l'amour du prochain sera juste. Troisièmement, du côté de la fm, c'est-à-dire qu'il ne faut pas aimer ses frères pour son propre intérêt, mais en leur voulant du bien comme on s'en veut à soi-même; et par là l'amour du prochain sera vrai : car Taimer pour son profit ou son plaisir, ce n'est pas aimer véritablement le prochain, mais s'aimer soi-même.

§ m. La perfection de l'amour du prochain *.

Dans la charité qui regarde notre prochain, il faut distinguer deux sortes de perfection :

La première, sans laquelle il n'y aurait pas même de charité, veut que Ton écarte de son afiection tout ce qui par le péché mortel détruirait en soi-même rhabitude de cette vertu.

La seconde perfection s'élève beaucoup plus haut et tient à trois choses : à son extension, à son intensité et à son effet ou exercice.

1* La charité du prochain sera parfaite en exten. sion, si l'on aime non-seulement ses proches et ses

amis , mais encore les inconnus et les étrangers et LiltL'riearement même ses ennemis : car, dit saint Augustin, « c'est là le propre des parfaits enlants de Dieu * ».

Autant cette perfection de la charité, qui embrasse dans Sun alTection tout homme sans exception, est digne de la sainte ambition des religieux, autant elle demande d'efl'urts, à raison des dillicultés qu'elle rencontre. Le principal obstacle n'est pas dans les défauts ou les torts d'autrui, c'est celui que nous posons nous-mêmes en oubliant toujours qu'il faut aimer le prochain pour Dieu, et non pour ce qui nous plait en sa personne.

2*^ La charité du prochain sera parfaite en intensité, si l'on est disposé à ne reculer devant aucun sacrifice, quand il s'agit de lui prouver son amour; et c'est ainsi que, pour le bien de ses frères, nonseulement on méprisera les avantages temporels, mais qu'on sera prêt même à supporter le travail, la peine, la souffrance, et ultérieurement même la mort.

3^ La charité du prochain sera parfaite dans son e/Jet ou son exercice, si l'on emploie à l'avantage de ses frères, non-seulement tous les biens temporels, mais encore tous les biens spirituels dont on peut disposer, et ultérieurement, si l'on se dévoue et se dépense soi-même à leur service comme le faisait le grand Apôtre -.

Telle est la charité fraternelle dans tous ceux qui

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