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il faut la nourrir pour qu'elle vive; puis on lui donne des forces jusqu'à ce qu'elle atteigne son développement parfait '. Selon ces trois degrés principaux et successifs, l'homme doit s'appliquer spécialement à des soins différents : le premier est celui d'éviter les péchés, le second celui d'exercer les vertus, et le troisième celui de vaquer à l'union avec Dieu.
En effet, l'âme nouvellement née à la vie de la grâce doit mettre alors sa principale étude à écarter le péché, et à lutter contre les concupiscences qui lui impriment un mouvement en opposition avec la charité Telle est la tâche des commençants, en qui la charité doit être nourrie et soutenue, afm qu'elle ne se corrompe et ne se perde point.
Ces aliments et ces moyens sont, entre autres choses, l'exercice de la crainte de Dieu, la tempérance, la mortification , l'usage diligent des examens de conscience et le recours aux sacrements.
Ensuite vient un second état de la charité, où le soin principal doit être de s'avancer dans le bien et de fortifier la charité par l'acquisition des vertus : c'est la tâche de ceux qu'on nomme propcientes, c'est-à-dire qui marchent en avant par les accroissements que prend en eux la charité. Ils ont pour leur grand et efficace moyen la méditation et l'imitation des vertus de Jésus-Christ et des saints.
Enfin il y a un troisième état de la charité, celui d'une certaine perfection acquise , où une âme,
1. Chantas, cum fuerit nata, niitritur ; cum fuerit nutrita, roboratur; cum fuerit roborata. p-rficitur; cum aut<m al perfectionem veneiit, dicit : Cupio dissolvi et esse cum Christo.
lorsqu'il est constaté qu'elle y est parvenue, peut et doit principalement s'appliquer aux exercices de l'union avec Dieu : car c'est le prr.pre des parfaits de jouir de Dieu, et, comme saint Paul, a de soupirer après leur délivrance pourélre avec Jésus-Christ' ».
C'est ainsi que, dansun mouvement corporel, il y a unpremier degré qui consiste à s'éloigner du point de départ; puis un second degré où l'on s'approche de l'autre terme ; puis enfin un troisième degré où l'on se repose dans le terme lui-même.
Ceux en qui la charité commence, se proposent sans doute aussi d'aller en avant ; mais leur principale étude doit être de résister aux péchés dont l'agression les moleste davantage. Par la suile, sentant moins la nécessité de ces combats, ils s'appliqueront avec plus d'assurance à leur avancement. Ils feront alors comme ces Israélites, qui rebâtissaient la ville de Jérusalem au temps d"Esdras - : d'une main ils élèveront l'édifice des vertus, mais de l'autre ils tiendront encore l'épée contre l'ennemi en cas d'attaque. De leur côté, les parfaits eux-mêmes n'abandonnent point l'œuvre de leur progrès spirituel puisque la charité d'ici-bas est toujours imparfaite, et que toujours elle a besoin décroître*. Et même ils ne peuvent pas entièrement néghger des ennemis qui sont aussi toujours à craindre, et bien souvent encore font sentir leur agression. Néanmoins,
1. Desiderium habens dissolvi et esse cum Christo. Pni- LIPP. I.