ESDRAS, i
3. Perfectio vise non est perfectio sirapliciter, et ideo semper habet quo crescat. ?a 2c2. a. 24. a. 8. ad 3
leur ëtude principale est de vaquera l'union avec Dieu ; ce qu'ils funt, non pas dans une oisive quiétude, ni au détriment de leurs devoirs, mais par l'intention parfaite de Tamour quand il faut agir, par l'exercice de la présence de Dieu, par la contemplation de ses perfections et de ses ouvrages, par le soin de l'aimer dans toutes ses créatures et toutes ses créatures en lui. Et quoique les autres aussi recherchent cette union avec Dieu, toutefois ils ressentent plus de sollicitude soit à écarter les péchés, soit à s'exerrer et à s'avancer dans les vertus.
On voit que ces trois degrés de la vie spirituelle dans la charité ne sont autre chose que ce qu^on appelle encore la voie purgative, la voie illuminatiie et la voie unitive ; et le Docteur angélique nous enseigne très utilement la manière dont ces trois degrés doivent être entendus dans la pratique.
SECTION VII. — DU DÉCROISSEMENT ET DE LA PERTE DE LA CnARlTÉ *.
1. Directement, ensei:^ne saint Thomas, l'habitude de la charité ne peut être diminuée dans une âme ni par la cessation des acles, ni par le péché véniel.
Elle ne [leut l'être par la cessation des actes, puisque la clin rite n'est point une habitude naturelle de 1 homme, mais l'ouvrage de Dieu en lui.
Ell»î ne peut l'être par le péché véniel, parce que ce p'-ché, n'étant qu'un déré;^lementqui pnrte sur les moyens, n'attaque point la charité, qui se rapporte
à la fin. De pius, celui qui pèche sur un point secondaire ne mérite pas une peine princi[)ale, et Dieu ne se détourne pas plus de l'homme que l'homme ne se détourne de Dieu par son péché : ce qui arriverait si, pour avoir manqué relativement aux moyens, l'on souffrait une perte dans la charité qui unit à la fin.
D'où il faut conclure que la charité ne peut ctre diminuée directement par l'homme, si l'on considère sa suhstance, le degré d'union qu'elle a établi avec Dieu dans une âme, et le mérite correspondant de la vie éternelle.
Mais indirectement, l'homme peut affaiblir en luimême la charité, en ce sens qu'il peut en préparer la ruine, et par les péchés véniels et par la cessation des actes. Les péchés véniels préparent sa ruine, parce qu'ils disposent au péché mortel qui la détruit^ La cessation des actes de la charité est aussi une préparation à sa perle, en ce que l'habitude de la charité devient ainsi moins prompte à produire ses actes; et dès lors une habitude vicieuse peut facilement s'introduire dans l'âme, et y prévaloir par quelque péché mortel.
Saint Grégoire le Grand cite à ce sujet le triste exemple de sa tante Gordienne qui avait voué à Dieu sa virginité, et qui, par des décroissements quotidiens, en vint jusqu'à manquer à la foi jurée et à se perdre *.
1. Ccerit paulatim a calore amoris intimi per quotidiana décrémenta tepescere ; nnde factura est ut poftmo ium oblita dominici tiraoris, oblita pudiris, oblita rt."vt.ren x, oblita congecrationis, ccnductorein agronim suorum matrimonio
duxeiit.
On voit que, pour bien entendre le sens de tout ce passage de saint Thomas, il faut distinguer la substance de la charité, et sa chaleur en sa promptitude à produire les actes. Celle-ci n'est que trop exposée à se refroidir et à décroître en nous par les péchés véniels et par le relâchement.
II. Au ciel, où Ton voit Dieu face à face et dans son essence, la bonté et la beauté infinie, en se manifestant aux. bienheureux, ravissent tellement leur affection, qu'il ne leur est plus possible de perdre la charité. Mais, sur la terre où nous n'apercevons Dieu qu'à travers les voiles de la foi, nous sommes toujours exposés au malheur de perdre la charité par le péché.
Pour la détruire dans le cœur de l'homme, un seul péché mortel suffit : de sorte que celui qui par elle avait la vie de la grâce et le mérite de la vie éternelle, devient en un instant digne de la mort éternelle.
Quand il s'agit des vertus acquises, un seul acte Cjntraire ne détruit pas l'habitude vertueuse; il faut pour cela une suite d'actes répétés qui l'affaiblissent peu à peu, et finissent par Teffacer et la corrompre entièrement. Mais la charité étant une vertu infuse, elle dépend de l'action de Dieu qui l'a répandue et la conserve dans notre âme ; or cette action de Dieu peut se cemparer à la manière dont le soleil illumine l'air ; de même donc que la lumière cesserait d'exister dans lair, aussitôt qu'il surviendrait un obstacle à l'action du soleil, ainsi la charité cesse d'exister dans l'âme du juste, dès qu'un ubslacle vient inter-
cepter rinfluence divine. Mais il est manifesfe que tout péclié mortel est cet obstacle, puisque, par là même que l'homme préfTe son pèche' à l'amitié de Pieu, cette amitié, qui exige que les amis soient de môme volonté entre eux, se trouve rompue, et l'habitude de la charité est à l'instant perdue et immédiatement détruite.
Du reste, il faut remarquer que l'homme peut perdre la charité de deux manières : l'une directe, et l'autre indirecte. Il la perd directement par le mépris formel qull en fait : ce qui arrive quand il pèche par malice, et alurs elle est bien plus difficile à recouvrer. K la perd indirectement lorsqu'il pèche par surprise ou par un- entraînement de passion. C'est de cette seconde manière que saint Pierre perdit la charité ; mais il la recouvra promptement par la pénitence. D'où l'on voit qu'un péché de malice fait bien plus de mal à l'âme qu'un péché de fragihté