Volo autem tos esse sine sollicitudine. I. CoB
III. Ici deux objections peuvent se présenter à l'esprit : l'une contre la pauvreté, Taulre contre l'obéissance religieuse.
Voici la première : faire l'aumône aux pauvres est une œuvre si agréable à Dieu et si douce au cœur! Eh bien ! cela est exclu par la pauvreté volontaire, et une fois que je me serai dépouillé de tout, il n'y aura plus moyen pour moi d'avoir ce mérite et cette consolation. Tel est le prétexte dont l'ennemi du salut peut se servir lui-même quelquefois, pour détourner une âme sensible de la perfection religieuse.
Il faut dire, répond saint Thomas, que le renoncement aux biens temporels, si on le compare à Taumône, est comme un bien universel comparé à un bien particulier, et comme le sacrifice d'holocauste, où l'on offre la victime tout entière, comparé aux autres sacrifices où l'on s'en réserve une partie K C'est pourquoi saint Jérôme, réfutant l'erreur de Vigilantius, parle en ces termes : a C'est une bonne chose de distribuer successivement ses biens aux pauvres ; mais il est meilleur encore de tout donner à la fois pour suivre Jésus-Christ, et après avoir retranché toute sollicitude terrestre, de vivre pauvre avec Jésus-Christ ». Ajoutez encore ce sacrifice du cœur lui-même, si plein d'abnégation et d'humilité, lorsqu'un religieux est réduit à dire au malheureux qui lui tend la main : Héla» ! je n'ai plus rien à donner !
L'objection contre Tobcissance religieuse est celle-
1. 2a 2ae. q. 18(5. a. 3. ."-d C^. a. 5. ad 5»", et a. C, ad 3™.
ci : les services les plus agréables à Dieu sont les services spontanés ; mais quand on a fait vœu d'obéir, la spontanéité fait place à la nécessité ; et il en est de même pour les deux autres vœux, qui ùtcnt désormais le mérite de la privation spontanée.
Il faut dire, répond toujours saint Thomas, que la nécessité de contrainte rend l'acte involontaire et par conséquent lui ôte son mérite. Mais telle n'est point la nécessité qui suit le vœu d'obéissance : car même alors Thomme reste parfaitement maître de sa volonté, et il agit parce qu'il veut obéir, quoique d'ailleurs peut-être la chose qu'on lui commande, à la considérer en elle-même, ne fût pas selon son inclination. Et c'est parce qu'il s'est imposé pour Dieu cette nécessité de faire les choses qui ne lui plaisent pas, que ses actions sont plus agréables à Dieu, alors même qu'elles sont moindres que d'autres qui eussent été de son choix: parce que l'homme ne peut donner au Seigneur rien de plus grand qi e de soumettre pour lui sa volonté propre à la volonté d'autrui.
Et il faut dire la même chose de la nécessité qu'imposent les deux autres vœux. Car parmi les biens auxquels il est possible de renoncer, se trouve la liberté propre, que l'homme chérit plus que tous les autres. C'est pourquoi s'ùter librement le pouvoir d'agir désormais contrairementà la pauvreté et à la /chasteté parfaite, c'est faire de sa liberté l'usage le plus agréable à Dieu. D'où saint \ugu>tin par-le ainsi au religieux: « Ne vous repentez point de vous être lié par des vœux : mni> plutôt soyez jovpux de ne pouvoir plus ce qui vous eût été peiuiis à
votre déliiment. l'ciieuse nécessite que celle qui force à mieux laire ! ^ »
SECTION II. — DES MOYENS FEC^NDAIBES DE PEBFECTION QUI SONT LES ItLGLEB.
Le Catéchisme des vœux indi(]ue en peu de mots* de quel secours sont les n'-gles pour faire tendre un religieux à la perfection. Mais il ncus re«le à donner sur ce sujet plusieurs explications utiles
I. Une règle, en latin régula et en grec canon, est un instrument d'architecture que tuut le monde connaît. Indispensable pour les constructions matérielles, la règle ne l'est pas moins pour l'édifice spirituel des vertus et delà perfection.
La qualité essentielle d'une règle esld'élre droite : régula, selon saint Isidore, c'est comme si l'on disait rectuia, à cause de la reclilude qui lui est inhérente ; et le philosophe Sénèque observe judicieusement t qu'agir d'après une règle que Ton aurait faussée soimême, c'est outrager le droit ^ » : belle maxime qui montre où est le désordre suprême, cause irrémédiable de tous les autres. La règle, dit aussi saint Grégoire, ne souffre ni addition, ni retranchement : autrement elle perd sa propriétéméme dérègle*. En un mol, si la rectitude manque à la règle, elle trompe
1. Non te TOTisee pœniteat, imo gaude jam tibi non licere quod cum tao detrimento licuiEset. Félix nécessitas quae in meliora compellit !