De là découlent les deux corollaires suivants
I. Le pouvoir purement arbitral, qui n'a pas la faculté d'imposer l'obéissance, comme est par exemple celui de ces juges privés ou arbitres choisis par les parties en litige, ne saurait suffire aux besoins d'une société parfaite. Garce pouvoir, précisément parce qu'il n'est que dirigeant, et non pas coactif, n'empêche ni l'une ni l'autre des parties de se conduire à son gré et d'après ses intérêts particuliers. Par suite, il est incapable d'amener tous les membres à appliquer les moyens prescrits par le pouvoir législatif, d'après le sens et le mode voulus par lui.
II. Nul ne peut être juge dans sa propre cause, d'autant plus que notre jugement quand il est question de nos propres intérêts se laisse facilement entraîner par la passion plutôt que fléchir par l'équité. Néanmoins, le chef de la société est le véritable juge des questions qui le concernent comme tel ; d'abord parce qu'il répugne que sous ce rapport-là même, il soit soumis à une autorité autre que la sienne : ensuite parce que la conservation de la société, et la réalisation de sa fin sont intéressées à ce que le dépositaire des pleins pouvoirs de la société, ait le droit de prescrire les mesures qui lui paraissent les plus opportunes, et de soumettre les jugements des autres à son propre jugement (II).
Du pouvoir coactif.
22. Proposition. Toute société parfaite doit être investie d'un pouvoir coactif.
Je le prouve : Un pouvoir simplement directif, comme serait une espèce de pouvoir enseignant, qui indiquerait les moyens à prendre et la manière de les appliquer, ne saurait Suffire à l.i société pour l'aider à atteindre sa lin. Il lui faut en outre un pouvoir coaciif, afin de réduire les rebelles au devoir par la force extérieure. La nécessité de ce pouvoir se fait même assez fréquemment sentir. Car il se trouve dans toute société des récalcitrants qui refusent d'accepter les moyens proposes par l'autorité législative ; — il s'en trouve qui repoussent les décisions du pouvoir judiciaire enjoignant de les appliquer convenablement ; il en est qui troublent les autres dans leur tendance pacifique vers le but proposé, qui cherchent à bouleverser l'économie des moyens mis en œuvre par la société. Ce n'est pas, en efïel, l'ignorance seule, c'est encore la malice et la perversité obstinées qui ravagent la société. Il y a même des défauts naturels qui sont une source de perturbation sociale. Mais la malice, la perversité obstinée et surtout les vices naturels ne sauraient être réprimés que par l'emploi de la force extérieure. Donc toute société parfaite doit être investie d'un pouvoir coactif.
De plus : Toute société parfaite doit être investie d'un pouvoir législatif (15) et d'un pouvoir judiciaire (20). Mais chacun de ces deux pouvoirs exige le pouvoir coactif (16, 21). Car sans lui, ils seraient dépourvus d'efficacité. Donc, etc. *.
23. De ce raisonnement découle naturellement toute la théorie du pouvoir coactif. Et d'abord il est facile d'en déduire que le fondement du pouvoir coactif est le besoin qu'a la société d'être protégée et défendue, pour qu'elle ne soit pas empêchée d'atteindre sa fin. Car elle est l'unique raison suffisante d'un semblable pouvoir (22 rapproché des nn. 7. 1Y. 12 et 14.).