‹ Les principes du droit public de l'égliseChapitre 14 sur 34 · DEUXIÈME SECTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SECTION

DE LA NATURE DE l'ÉGLISE ET DU POUVOIR QU'ELLE POSSÈDE EN VERTU DE SA NATURE.

39. Nous avons voulu renfermer dans un seul syllogisme tout le système du pouvoir de l'Église en tant qu'il émane de la première des sources de ce pouvoir, qui est la nature même de l'Eglise. C'est la proposition majeure de ce raisonnement que nous venons d'établir dans les pages qui précèdent. Car nous avons exposé les droits que possède toute société parfaite d'abord sur ses membres, puis sur ceux qui lui sont étrangers. Que les partisans exagérés du pouvoir laïque ou du pouvoir civil, de quelque nom qu'ils se parent, veuillent bien y songer. S'ils refusent d'admettre nos principes, dans toute leur rigueur, ils compromettront la cause même dont ils se sont faits les défenseurs. Car une fois ces bases que nous avons posées détruites ou amoindries, les droits du pouvoir civil crouleront ou seront amoindris avec elles, puisque la société civile ne saurait avoir d'autre point d'appui que celui-là. La puissance de l'Église, au contraire.

demeurera debout dans son attitude imposante, fondéequ'elle est sur la volonté même de son divin fondateur Jésus-Christ. Car telle est l'autre source d'où elle jaillit. Or qui ne voit combien celle-ci est de beaucoup plus noble et plus féconde que la première? Nos adversaires sont donc forcés de nous accorder tout ce que nous avons affirmé et démontré touchant les droits que possède une société parfaite sur ses membres et sur les étrangers, selon le rang qu'elle occupe vis-à-vis d'eux. Notre unique tâche pour le moment sera : 1° de démontrer que l'Eglise de Jésus-Christ est une société parfaite, 2° de faire voir le rang qu'elle occupe relativement aux autres sociétés. Mais avant d'aborder ce travail, il importe de donner la vraie notion de l'Église. La solution des deux questions à traiter en découlera nécessairement comme un simple corollaire.

L'Église de Jésus- Christ est une société instituée par le Christ-Dieu, dont la fin propre est de conduire les hommes à la vie éternelle, et cette fin lui est tellement propre qu'en dehors de son sein elle demeure absolument irréalisable. Cette notion de l'Église est parmi les catholiques certaine de la certitude d'un article de foi divine. Elle devra donc être également admise par les Régalistes1 s'ils tiennent au titre de catholiques. S'ils refusaient de l'admettre, pourtant, il faudrait cesser toute discussion avec eux. Car on ne saurait discuter les droits d'une société avant d'être tombé d'accord sur la nature de celle-ci. Ils seraient donc, dans ce cas, incapables de discuter et passeraient immédiatement au rang des hérétiques et des infidèles, qui n'ont d'autres relations avec l'Église que celles de rebelles ou d'ennemis. S'ils sont catholiques, comme ils le prétendent, ils doivent accepter la notion de l'Église, que nous venons de donner. Mais celle-ci

| La qualification de Régalistes est très usitée dans la controverse religieuse. Nous 1 avons conservée par amour de la brièveté, mais en étendant sa signification. ISous appelons Régalistes (de rex, roi), tous ceux, qui, sans vouloir cesser d'être chrétiens, exagèrent les droits du pouvoir civil vis-à-vis de l'Église, et amoindrissent les droits de celleci vis-à-vis du pouvoir civil. {Noie du traducteur.)

— Saune fois admise, nous montrerons tout [à l'heure que les deux propositions suivantes en découlent naturellement : La lre que l'Église de J.-C. est une société parfaite. La 2e que relativement aux autres sociétés, elle occupe le rang le plus élevé, c'est-à-dire qu'elle est une société suprême.

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