‹ Les principes généraux de l'éducation physiqueChapitre 3 sur 5 · LING · texte numérisé non relu

LING

Par ses études approfondies de l’anatomie humaine, Ling se persuada rapidement qu’un système de gymnastique, pour être rationnel, doit avant tout se baser sur la science. Aussi condamne-t-il le principe longtemps en vigueur suivant lequel on classait les exercices de gymnastique d’après les différents engins; et il disait: « la seule et vraie manière de faire une classification des exercices est de prendre pour point de départ leur influence sur l’organisme luimême. Il en résulte que le principal engin de tous est et reste le corps humain ».

En disant que « la gymnastique est une série d’exercices scientifiquement groupés en système, d’après leur influence sur l’organisme », Ling a formulé un des principes fondamentaux de notre gymnastique.

Il ajoute : « le but de notre gymnastique est de donner à l’homme

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la santé et la force, et de mettre cette force acquise à la disposition entière de la volonté. » De plus, la gymnastique doit établir l’harmonie, la beauté du corps. Enfin, les exercices ne doivent être considérés que comme un moyen et jamais comme un but.

Ling a divisé sa gymnastique en 4 grands groupes :

1) La gymnastique pédagogique. But : développer le corps humain d’une manière harmonieuse, selon les aptitudes de chacun : car on ne peut et on ne doit pas dépassser son propre pouvoir; il faut simplement chercher à avoir sous la dépendance d’une volonté énergique un corps bien constitué.

2) La gymnastique militaire (escrime). But : chercher à soumettre la volonté d’un adversaire à sa propre volonté.

3) La gymnastique médicale, par laquelle on cherche à guérir ou améliorer l’état de certains malades grâce à des mouvements spéciaux et efficaces exécutés sous la direction et avec l’aide d’une autre personne.

4) La gymnastique esthétique. But : exprimer ses sentiments au moyen de gestes ou plutôt de mouvements.

La gymnastique pédagogique ou éducative est la base de toutes ces branches de la gymnastique. En voici les principes généraux :

Ling, comme je le rappelais, prétendit que le développement physique de l’homme doit nécessairement reposer sur des fondements scientifiques et que chaque exercice doit être classé d’après l’effet qu’il produit sur le corps; « c’est un devoir de la gymnastique d’obéir aux lois du corps humain et personne ne doit essayer de dépasser son propre pouvoir. » Dans la gymnastique, on ne doit jamais employer d’autres exercices que ceux qui peuvent servir au développement normal du corps et donner la santé ; par conséquent, c’est une illusion de croire que tous les exercices que l'on ne parvient à exécuter qu’après un long entraînement sont bons ou utiles à la santé.

En effet, les clowns et les hommes-serpents, par exemple, parviennent, grâce à un entraînement très long, à faire des choses extraordinaires, merveilleuses meme aux yeux du public qui ne comprend pas ce que c’est en réalité un homme sain et bien de\eloppé. Nombre de ces athlètes, comme le prouvent les statistiques, -malgré leur hypertrophie musculaire, sont atteints de maladies du cœur ou des poumons, et, tout en ayant les muscles pectoiaux considérablement développés, ont une cage thoracique d une capacité très faible. Ces athlètes ont sans doute produit un travail musculaire énorme en exécutant leurs « tours de force. » Mais ont-ils produit

un effet hygiénique ? C’est là le point important. Et c’est ce que recherchent avant tout les Suédois dans leur méthode, en activant les grandes fonctions vitales: circulation, respiration, etc... Car la gymnastique de Ling a surtout pour but d’équilibrer ces fonctions bien plus que d’acquérir des muscles.

D’ailleurs, en faisant trop de travail musculaire, on arrive à l’épuisement organique qui ne se manifeste pas seulement par une diminution du volume des muscles (atrophie) mais également par la dégénérescence des fibres du cœur et l’épuisement nerveux dont je vous ai parlé plus haut.

La gymnastique Suédoise, elle, condamne ces exercices violents, ces « tours de force » et n’admet que les ’ exercices vraiment utiles au développement du corps. Dans ce but elle fait un choix, et les exercices choisis ne sont jamais qu’un moyen permettant d’obtenir un strict équilibre entre les différentes fonctions vitales et non pas un but. 11 faut donc dire :

« Faire de la gymnastique pour vivre » et non « vivre pour faire de la gymnastique. »

Tout mouvement à exécuter doit aussi remplir trois conditions essentielles. 11 doit avoir :

1) une action efficace sur le développement normal des organes internes : organes de l’abdomen et surtout ceux de la cage thoracique (ces derniers, sont mis enjeu par le redressement de la colonne vertébrale et l’augmentation des diamètres du thorax;) c’est là une partie essentielle de la méthode Suédoise.

2) un effet correctif.

3) une simplicité relative.

\ oilà les 3 conditions pour qu’un système de gymnastique soit rationnel. Ce développement systématique de la cage thoracique doit etre, au point de vue physiologique, d’une importance décisive, si nous nous 1 appelons les organes qu’elle contient: cœur et poumons, et les fonctions qui leur sont dévolues.

Le rôle des poumons est, comme nous le savons, de vivifier le sang par 1 oxygène qui a été soutiré à l’air atmosphérique, et la fonction du cœur est d’envoyer cet oxygène jusqu’aux extrémités les plus reculées du réseau circulatoire, d’apporter aux organes une excitation, de les nourrir, d’augmenter leur activité. Le sang ayant achevé son parcours, ce sont encore les poumons qui le dépouillent de l’acide carbonique dont il s’est chargé.

I our se rendre compte de l’importance d’avoir une cage thoracique bien développée et bien libre, il faut connaître le rôle immense

que joue la capacité pulmonaire dans les fonctions de la vie : plus grande est la cage thoracique, plus grands sont les poumons, l’organe interne s’adaptant naturellement au développement de la cavité où il est logé. Si les poumons augmentent de volume, la surface respiratoire devient aussi plus considérable et l’échange entre l’oxygène atmosphérique et le sang veineux dans les alvéoles, devient plus complet. Mais ce n’est pas seulement l’effet salutaire de la respiration que l’on complète par le développement de la cage thoracique; le cœur et les gros vaisseaux sont, eux aussi, efficacement aidés dans leur jeu par une cage thoracique grande et mobile, c’est-à-dire capable d’exécuter de profondes in- et expirations (il y a un lien intime entre le jeu des poumons et les contractions cardiaques).

En résumé, la gymnastique de Ling veut avant tout le développement de la cage thoracique, et s’appuie pour cela sur les données de l’anatomie et de la physiologie; elle y réussit : i) en mettant en jeu les muscles qui contribuent au développement du thorax, 2) par les exercices de respiration, 3) par la gradation dans la difficulté des exercices. Nous parlerons tout à l’heure des grandes classes d’exercices, mais je dirai dès maintenant que les exercices les plus efficaces pour le développement de la poitrine et de la capacité pulmonaire sont : l’extension dorsale, les suspensions et les exercices pour les muscles larges du dos dont la tonicité maintient l’épaule en arrière.

Le système de Ling diffère des autres, en ce qu’il tend à produire la plus rigoureuse symétrie entre les 2 moitiés du corps. Vous savez sans doute, Messieurs, qu’en faisant de la gymnastique on travaille de préférence avec le membre le plus exercé. Dans une foule de positions, on préfère employer un côté et négliger l’autre. Une telle méthode ne conduit certes pas à la symétrie ; il faut toujours au contraire être maître de ses mouvements de n’importe quel côté du corps.

C’est pourquoi en Suède, on apprend toujours l’escrime, par exemple, des deux mains, alternativement. D’ailleurs, chez nous, l’escrime est une partie de la gymnastique au lieu d’être simplement un art comme en Belgique et ailleurs.

Or, Messieurs, comment faut-il comprendre l’escrime? lime semble qu’il est plus logique de voir en elle un exercice de développement, d’adresse pour les 2 moitiés du corps, que de la considérer, comme un sport ou un simple délassement.

De plus, notre gjmmastique peut être faite par tout le monde même par les faibles qui peuvent ainsi profiter des bienfaits de l’exercice.

Elle s’adresse aussi bien aux jeunes garçons qu’aux jeunes filles, aux adultes qu’aux vieillards. Pour qu’un système de gymnastique soit rationnel, ne doit-il pas être applicable à tous? Ce que l’on oublie trop souvent, c’est que la femme a autant besoin d’exercices corporels que l’homme, et les mots suivants du docteur Tissié sont bien faits pour le rappeler: « Nous pensons que le principe de toute force sociale est au foyer, c’est à dire dans la femme, dans la mère. »

Pour remplir ce but, il suffit de faire un choix d’exercices dont l’exécution favorise le développement normal du corps et ne dépasse pas les limites de la force corporelle de chacun. Aussi est-il évident que les exercices seront différents suivant la constitution, le sexe, l’âge, etc... des gymnastes.

C’est là, je pense, une des supériorités de la Gymnastique Rationnelle, car, de cette manière, l’éducation physique prend un caractère général et démocratique .

Notre gymnastique a un caractère éducatif et cela non seulement pour la jeunesse, mais aussi pour tous ceux qui la pratiquent, grâce à la connaissance précise qu’a le professeur de l’effet des exercices qu’il commande. La gymnastique, je ne saurais trop le répéter, nous aide à employer la force et la santé acquises en les soumettant à notre volonté. En disant que la gymnastique a un caractère éducatif, nous voulons également dire qu’elle a un caractère disciplinaire. Le but de toute éducation est de préparer l’être humain à la vie et de le rendre apte à remplir ses devoirs. Pour cela, il faut le respect des lois : aussi bien celles qui régissent nos rapports avec nos semblables que celles qui nous regardent nous seuls, celles qui doivent nous apprendre à nous gouverner; cet enseignement doit commencer évidemment dès l’école, et c’est justement pendant la leçon de gymnastique que l’enfant apprend à se soumettre à la volonté de son professeur et à la sienne propre, apprend l’ordre, l’attention, la vivacité, en un mot les qualités qui peuvent lui servir si utilement quand il sort de l’école pour entrer dans la société.

Encore une qualité très importante de notre gymnastique c’est la gradation dans la difficulté des exercices. On commence par les faciles et on augmente la difficulté à mesure que les forces se développent. Ainsi, on évite les troubles généraux de la santé et l’on rend le travail accessible à tous.

Je dirai à présent quelques mots des différentes sortes d’exercices qu’emploie la gymnastique. Il est nécessaire de connaître non seulement l’effet spécial, local, mais aussi l’effet général, l’effort qu entraîne 1 exécution des mouvements. D’après ces données, on

construit une liste journalière, une leçon de gymnastique où les différentes familles sont groupées de manière à produire un développement intégi al du corps. Ce groupement des différentes familles est essentiel dans la gymnastique de Ling ; il s’ensuit qu’on peut faire quelques exercices de notre gymnastique sans faire pour cela de la gymnastique suédoise.

Chaque famille est divisée en un certain nombre d’exercices qui commencent par les plus faibles et finissent par les plus difficiles.

Le but étant de développer et de perfectionner le corps, c’est lui qui sera le principal engin ; mais on emploiera aussi des engins artificiels qui d’ailleurs sont tous adaptables à la taille et à la force des élèves. (1)

Voici les engins employés en g3unnastique pédagogique: la bomme, l’espalier, les cordes verticales et obliques, les perches, les bancs, les cadres, le cheval, la plinthe. On peut déjà faire un grand nombre d’exercices dans une simple classe d’école, en se servant des pupitres au point de vue pédagogique, cette facilité est d’une grande importance. Très souvent aussi s’emploie l’appui vivant, ce qui simplifie encore le rôle des appareils.

Dans l’exécution d’un exercice, il faut pour que l’effet soit complet, observer une grande rectitude dans les mouvements. Aussi, dans tout exercice, distingue-t-on la position de départ, l’exécution du mouvement et la position d’arrivée : toutes trois ont leur importance. En effet, si la position de départ est fausse, la première partie du mouvement sera mal exécutée ; si c’est la position d’arrivée qui n’est pas bonne,- c’est que la dernière partie du mouvement n’a pas été correcte. En résumé, voici comment il faut faire pour exécuter un exercice : Prenez la position de départ exacte, gardez une attitude rigoureuse pendant toute la durée de l’exécution et ne suspendez pas un instant votre respiration. Puis, tâchez d’arriver à la position finale prescrite. Ces conditions sont essentielles. Rien ne sert de faire des exercices si on ne fait pas constamment attention à l’attitude.

Dans la gymnastique Suédoise, on sépare les attitudes en deux grands groupes : les attitudes fondamentales et les dérivées.

Les premières sont : la station verticale (debout), la station couchée, la station suspendue, la station à genoux, la station assise. Ces 6 positions donnent à la gymnastique un caractère propre. La

(i) La gymnastique Suédoise se sert le moins possible d’appareils, d après le principe déjà énoncé par Ling que le meilleur engin est le corps humain et que les exercices à faire sont fixés d’après le besoin de l’organisme.

principale et la plus difficile à bien prendre est la position verticale; elle constitue à elle seule un des buts principaux de la gymnastique car savoir bien se tenir est très important tant pour la beauté du corps que pour sa santé.

Parmi les positions dérivées de la station verticale, je citerai la station oblique en avant, en arrière, les pieds fermés, la station écartée, etc... et si nous envisageons le déplacement des bras, : mains aux hanches, à la nuque, aux clavicvfles, etc...

Voilà pour ce qui concerne l’exercice pris en particulier.

Le choix des exercices constitue, comme je l’ai dit, une question très importante.

Nous avons déjà signalé le but de la gymnastique. Il y a donc une loi générale qui règle le choix des mouvements; la voici en résumé :

1. Les mouvements doivent développer le corps selon les aptitudes de chacun et doivent corriger les fautes ou déviations dans l’attitude.

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