EUTERPE
Déjà les monts fervents sont sortis de la brume, Le Jour laborieux, débouta l'horizon, Mesure le travail qu'il faut à la saison, Et l'aube dans les blés l'entraine et le parfume.
Descendons avec lui la pente des vallons, Allumons les foyers, dirigeons les charrues. Un Virgile ignoré qui nous a reconnues Se détourne à demi derrière ses sillons.
Descendons, tout le ciel est moins beau sur nos voiles Que tous ces coeurs humains qui ne battent qu'en nous. Descendons dans les bras enlacés des époux, Ils ont déjà donné nos noms à des étoiles.
Venez. La mer est là qui nous ouvre ses ports. Une autre mer roule ses blés dans les campagnes, Midi fauche en passant les ombres des montagnes, La terre aux bras du soir prolonge ses transports.
LE CHÂIST DES MUSES 119
Là-bas des forgerons forgent sur leur enclume
Un glaive que la Paix couronnera de fleurs,
Ils chantent, des enfants mêlent leur chant aux leurs.
Et derrière eux le soir de la cité s'allume.
O premières lueurs des fermes, ô flambeaux. Les chariots, chargés de foins, frôlent les meules. Et c'est l'heure où pour nous les courtisanes, seules, Savent sous les parfums rendre leurs corps plus beaux.
La mer va s'endormir sur l'épaule des îles. Et les hommes comme elle appellent le repos. Ils ne travaillent plus, ils mangent, des échos Traînent encore en eux, ils s'endorment, tranquilles.
Mais il est, je le sais, sur des lits éclatants, Malgré le poids du jour, de beaux corps qui s'unissent, Descendons, ô mes sœurs, des âmes nous bénissent Tandis qu'errent leurs mains dans des cheveux flottants.
Sous nos regards heureux le cœur du monde s'ouvre. Le visage de l'homme est notre seul autel. Du chaos est sorti ce peuple à notre appel, En nous l'humanité se cherche et se découvre.
PRINTEMPS païen
Les Muses
0 Paix, divine Paix, que nous leur accordons, Avec nous, dans le cœur des hommes, prends naissance- Descendez sur le monde, o mes sœurs, descendons, images de l'amour et de la connaissance.
Erato
Amour, lorsque la guerre a dévasté les champs, Dans la sérénité des larges nuits tranquilles Tu viens, et lentement tu repeuples les villes, Tu viens, accompagné par le rire et les chants.
Les vierges devant toi brûlent sous leur ceinture. Et mêlant cette flamme à notre austérité Nous t'attendons debout sur le grand lit sculpté Par les désirs errants de toute la nature.
Viens dans mes bras, mes sœurs, ô maître, chanteront. Tu veux que constamment le monde entier renaisse : C'est de nous qu'il reçoit l'éternelle jeunesse, Quand notre chant mourra les astres s'éteindront.
LE CHANT DES MUSES
Les deux peuvent passer et les astres s'éteindre,
La terre s'abîmer sous le soleil brisé,
Le néant révolté peut fuir sous ton baiser
Et l'abîme des jours refuser de t'étreindre,
Mais moi, moi que ton feu tout entière remplit, Qui t'adore, désir, source, raison, semence, 0 principe, de qui tout coule, où tout commence. Que mon cœur, que mon corps sans voiles soit ton lit.
Autour de nous mes sœurs chanteront, la matière Est telle que ta joie, ô Souverain, la fait, Viens, ramenons le monde à son ordre parfait. L'avenir brûle en nous dans sa splendeur entière.
Viens... Tout mon sang est plein du désir de t' avoir, Dans mon sang c'est le monde entier qui te désire. Est-ce moi qui te veux, ou la mer qui soupire? L'univers s'ouvre en moi pour mieux te recevoir.
0 mes sœurs, le voici, chantez... 11 m'environne. C'est lui, l'ardent néant impossible à saisir, C'est lui, le créateur, la fin de tout désir... L'univers avec moi dans ses bras s'abandonne.
PRINTEMPS païen
Nous roulons sur le lit des astres... Je le vois. 0 connaissance ardente, unique joie, extase. Il m'a prise... Je nais... Chantez, le ciel s'embrase. Que naisse un nouveau monde autour de votre voix.
Les Muses
Cime des bois, lumière, ô fleuve, chair des hommes, Coulez entre nos mains, l'air est beau, palpitez, Nous vous aimons. 0 cieux, chantez ce que nous sommes. Nous sommes la beauté du monde ! Cieux, chantez.