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PRINTEMPS FUNEBRE

A LA Marquise de Magallon d'Argbns

Mon père est mort... Au bord des cieux Transfiguré par la souffrance Le chœur élu de nos aïeux Se penche vers son espérance.

Rois sans sceptre, saints en haillons, Pétrisseurs de pain ou d'argile, Ils descendent dans les rayons De l'universel évangile.

Autour du lit sans oraison Le cierge éteint les illumine Et toute la vieille maison Avec mon âme les devine.

i3o PRINTEMPS FUNÈBRE

Un grand silence consolé M'enveloppe de son suaire.

0 mon père, m'as-tu quitté ?

Tu me souris comme naguère.

Ton sourire délicieux Sur le marbre de ton visage Erre comme l'ombre des cieux Sur la neige d'un paysage.

Et comme l'aube sur la mer, Au bord lointain de ma pensée L'Esprit se lève dans l'éther Et sur mon âme ensemencée.

Sur quels sommets arrives-tu ?

Est-ce ma mère qui t'appelle ?

Est-ce un ange, est-ce une vertu?

Quelle est cette forme immortelle ?

C'est dans mon cœur que tu réponds.

Tout mon cœur me dit de te suivre.

Tu parviens aux pays profonds Oii l'on ne meurt que pour mieux vivre.

PRINTEMPS FUNÈBRE i3i

Les pays d'immortalité Sont devant toi, poursuis ta route, Mais songe au fils qui t'a quitté, Songe à celui qui reste et doute.

Pain de la foi, beau don des morts !

Du sein de ta nouvelle gloire Donne-moi la santé des forts, Nourris-moi du pain qui fait croire.

Toi qui durant tes jours joyeux Pétrissais le pain de ma vie, 0 mon père silencieux, Par toi mon œuvre soit bénie.

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