‹ Les printempsChapitre 3 sur 40 · LTIRNE DES SAINTES FEMMES · texte numérisé non relu

LTIRNE DES SAINTES FEMMES

« Voici l'âme des monts, des cèdres et des plaines. »

Et dans la nuit, brûlant des parfums répandus.

Le Tombeau ruisselait devant les Magdeleines.

Le firmament avait la douceur de Jésus.

Moins tendres que ses yeux palpitaient les étoiles,

Et les vents qui soufflaient, des lacs proches venus,

N'avaient pas la tiédeur de ses mains, sous leurs voiles.

Depuis deux longues nuits son corps reposait là,

Et toutes, attendant l'Ascension prédite,

Epandaient les senteurs des urnes qu'il aima.

Sur la pierre parfois une flamme subite

S'allumait au regard des Anges descendus.

Car l'air chargé d'amouv tremblait à leur visite.

Les femmes étouff'aient sous leurs mains leurs seins nus.

a4 PRINTEMPS MYSTIQUE

Tordant leurs bras polis dans les débauches vaines,

Meurtrissant leurs beaux yeux fanes comme des fleurs.

Lasses du poids traîné des misères humaines,

Elles pleuraient le dieu qui naissait de leurs pleurs.

La pierre tressaillait sous leurs lèvres humides.

Et, se montrant du doigt la Mère des douleurs,

Deux soldats, à l'écart, veillaient sous leurs chlamydes.

Le nocturne univers versait en souflles chauds Le baume de ses vents sur l'éternelle pierre. Et comme moissonnés par d'invisibles faulx Les cieux laissaient tomber des épis de lumière. On ne distinguait pas la mer de la forêt, Tout le désert n'était qu'une vaste prière, Le cœur mystérieux de la terre s'ouvrait.

Soudain aux flancs surgis du Sinaï en marche

Moïse s'arrêta...

Du tombeau secoué, plus éclatant que l'Arche,

L'Homme ressuscita !

Entremêlant les chevelures des comètes.

Sur le marbre fendu s'agenouillaient les cieux.

Et le Christ glorieux S'élança dans le cri triomphant des prophètes.

L'URNE DES SAIMES FEMMES a5

Il monta, pacifique, ardent, transfiguré,

Aux plis transparents du suaire.

De ses lèvres coulait un sourire enivré

Qui béatifiait la terre.

Un silence enflammé plana sous ses pieds nus, Les figuiers de l'Eden, les limbes tressaillirent,

Les abîmes s'ouvrirent.

Et Jésus se fondit dans les cieux entrevus.

Et sur le cœur noyé des femmes gémissantes Dont l'angoisse d'aimer labourait l'être en feu Tomba des profondeurs ouvertes du ciel bleu La Voix, pareille au Jour, en strophes guérissantes

« Partagez-vous mon cœur : ce jour est votre Jour, Femmes. Je suis la Vie, et vous êtes l'amour.

«Vous viviez dans la mort quand vous aimiez les choses

Passagères qui font l'univers souriant.

Vous portez dans vos cœurs un intime orient :

Ne vous effeuillez plus, comme en vos doigts les roses.

a6 PRLNTEMPS MYSTIQUE

« Je suis venu bénir la fontaine des pleurs Et vous m'avez ouvert la source de vos âmes.

Je vous aimais, ô femmes, Parce que vous étiez des urnes de douleurs.

« Le bourg de Magdala garde sous ses platanes

Le souffle errant de vos baisers.

Mais j'ai fait de vos cœurs brûlants de courtisanes

Un puits de pardons apaisés.

<( En vous s'étanchera toute soif qui soupire, Mais vous me garderez votre virginité,

0 mes sœurs, la Beauté Viendra s'agenouiller devant votre martyre.

(( Tout mortel sentiment est mirage aux déserts.

Est plus vain que l'écume.

Les hommes dans vos yeux cherchent les cieux ouverts. Ils trouvent l'amertume.

« Et pourtant c'est à vous, c'est à vos faibles cœurs Que je confie, avec pitié, l'âme du monde, O femmes. Les douleurs des hommes sont vos sœurs. Allez, et que ma joie en vos chagrins abonde.

L'URAE DES SAINTES FEiMiMES 27

Allez, je suis la fin suave de l'espoir...

Pour vendanger les fruits de ma vigne féconde,

Que rtiomme en vous repose au lieu de s'émouvoir. »

Et la Voix s'éteignit au sein ému des femmes

Comme s'endort le jour sous les voiles du soir.

Dans la campagne, au loin, erraient de molles flammes.

L'horizon pâlissait, silencieux miroir.

L'aurore attendrissant les collines lointaines,

Du Sépulcre entr'ouvert, comme d'un encensoir,

S'échappait en vapeurs le vœu fumant des plaines.

Jérusalem, là-bas, sous ses roses créneaux,

S'éveillait au matin de sa Pàque perdue.

Sous les rosiers d'Hébron s'échangeaient les anneaux.

Le Liban scintillait sur la morne étendue.

Rassurés, regagnant leurs villages, partout.

Les Juifs, par les chemins, chantaient la Race élue

Et le Temple insulté qui demeurait debout.

Mais autour du Tombeau les pâles ^lagdeleines,

Haletant sous le poids de désirs inconnus,

Ivres de foi, brisaient leurs cœurs, urnes trop pleines.

Et les vents, qui soufilaient des lacs proches venus, De la Terre promise apportant les haleines, Roulaient dans un linceul les Ages révolus, Et blanc le ciel avait le regard de Jésus.

YII

Le vent brûlant des nuits d'amère volupté A fait germer mon cœur au milieu des épines Et je t'ai reconnu, tendre Maître accepté. Amour, sous l'arceau blanc des chastes aubépines.

Je t'ai vu recueillir au sein frêle des fleurs Les pollens enflammés que le désir emporte, Tu fais sourdre des mers de livides chaleurs Et pâmer sous les blés la terre ardente et forte.

Un caprice doré t'entraînait vers les monts, Les taillis retenaient tes pâles mousselines, Quand je te vis, partout, sur le sein des vallons En cascades tombaient les baisers des collines.

3o PRIMEMPS MYSTIQUE

Un croissant rose et fin nagea dans le ciel bleu. Ce fut un de ces soirs d'humanité profonde 0x1 l'on se sent porté contre le cœur de Dieu. Ma souffrance épousa la souffrance du monde.

Lorsque le jour revint, l'inquiet horizon Des paradis perdus naissait de cime en cime. La terre s'accouda, dans un humain frisson, Aux bords resplendissants du lumineux abîme.

Et comme j'élreignais les flancs de mon destin D'une chair angoissée et d'une âme ravie, Je te vis flamboyer dans les yeux du matin, Colère du Soleil, que terrassait ma Vie.

Et c'est depuis ce jour, ô mon cœur, que tu rêves... Mon sang au fond de moi s'enfle comme un torrent. J'ai fait au flanc des pins, pour y boire les sèves. Saigner les dieux. Le bois me regarde en pleurant.

Epiant les désirs des herbes et des pierres,

J'ai vu dans les forêts refleurir mes aïeux.

Je prête aux durs buissons l'éclat de mes paupières.

Qui me parle, du fond des soirs silencieux ?

Après l'heure hésitante où la bergère brune Ouvre aux astres les champs pacifiques des nuits, Je sens brûler mes vœux dans le cœur de la lune. Echo perdu, ma voix répond à tous les bruits.

3a PRINTEMPS MYSTIQUE

Mais j'ai peur d'ignorer à jamais les mystères... Quel dieu viendra souiller sur mon dernier sommeil, Lorsque mon corps en germe au sein des jeunes terres Crispera ses bras froids vers son nouveau soleil?

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