LE MENDIANT
L'âme des oliviers se penchait vers la terre, Sous les ifs ténébreux j'étais venu m'asseoir Et tout mon sang goûtait la jouissance austère De voir l'âme des morts descendre avec le soir.
Un pauvre qui passait s'arrêta sur la route. Tendre, il me regarda, puis il me prit la main. « Il fait mauvais... Ce ciel est un ciel de déroute. Viens avec moi. » La nuit tombait sur le chemin.
Des agneaux quelque part bêlaient dans une étable.
Le mendiant sourit : « Cesse de t'afïliger.
Pour t'aider à porter le fardeau redoutable,
Je suis venu... Suis-moi, je suis le bon berger. »
ï58 PRINTEMPS FUNÈBRE
Une obscure rumeur montait de la campagne, Dans les oliviers noirs un rossignol pleurait. « Que la grâce de Dieu, bon pauvre, t'accompagne ! Je ne te suivrai pas, allais-je murmurer. »
Mais il me mit sa main de clarté sur la bouche, Dans un sourire douloureux il disparut... Et sous mes oliviers quand le soleil se couche, Jamais plus, ô Sauveur, vous n'êtes revenu.
A DELrHIQlJE
0 Delphique, vierge païenne.
Si ton cœur devina Jésus, Les pleurs de la source chrétienne Baptisèrent tes beaux pieds nus.
Aux murs royaux de la Sixtine, Au chant de l'orgue, sans pudeur.
Tu te plais, Enigme divine.
Aux offices delà Splendeur.
Mais aujourd'hui si ta chair fière A l'horreur des palais fermés.
Viens avec moi dans la clairière Retrouver tes dieux bien-aimés.
t6o PRINTEMPS FUNEBRE
Et ne crains pas d'èlre transfuge, Car sous la voûte des grands bois Tous les dieux cherchent un refuge A l'ombre de la même Croix.
Viens dans ta robe de prêtresse, Porte l'encens pontifical :
Le Christ des sèves dit la messe A l'autel du chêne pascal.