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AUTRE TOMBEAU

A Madame Marius Girard

0 toi qu'aimait celle que j'aime, Beau vieillard au cœur ingénu, Père du meilleur de moi-même.

Ta bonté faisait ta vertu.

A la bonté de toutes choses

Tu crus toujours comme un enfant,

Et sur la pierre où tu reposes

Le cœur des vieux rosiers se fend.

Toujours à la bonté du monde Ton cœur crut d'un rêve obstiné.

Toi qui dors sous la terre blonde, Dis-nous qu'il ne t'a pas trompé.

i6a PRINTEMPS FUNÈBRE

L'immense plaine est là devant moi. Quelques branches Frôlent ma joue, et l'ombre embaume, je suis seul. 0 poète, là-bas, entre tes quatre planches, A quoi peux-tu songer sous les plis du linceul?

Comme un rêve paisible, autour du cimetière, Revois-tu ta Provence et tes champs d'amandiers? Est-ce un air de Charloun qui vient jusqu'à ta bière T'évoquer une églogue à l'ombre des figuiers ?

Un jour doré descend la pente des Alpilles. Les noirs raisins sont mûrs. De la tombe oii tu dors Entends-tu dans les mas rire les brunes filles? Yendange-t-on aussi dans la vigne des morts?

Lorsque le corps s'en va, repris par la poussière, Lorsque de ce (jui fut un homme rien n'est plus. Notre cœur trouve-t-il des regards de lumière Tour revoir les pays où nous nous sommes plus ?

AUTRE TOMBEAU i63

L'immense plaine est là que hi chantas. Regarde, Le sentier garde encor la marque de tes pas, Un peu de ta bonté dans l'air rêveur s'attarde. Mais ta fille te cherche et ne te trouve pas.

Sous ces pins, dans le creux de toutes ces ravines, Tu t'assis, et tu bus à tous ces puits ; un peu Du thym de ces coteaux, de l'air de ces collines. Mon père, est avec toi dans le soleil de Dieu.

M'entends-tu ? Car voici que comme un grand visage Tout le pays s'émeut, une ombre prend ma main. Et voici que s'endort l'infini paysage Avec, au fond des yeux, quelque chose d'humain.

Est-ce vrai que tout meurt ? Par delà les étoiles Un silence éternel berce-t-il le néant ? Ou bien l'esprit des morts court-il à pleines voiles Sur les flots sans écueils d'un mystique océan ?

i64 PRLNTEMPS FUNEBRE

Une unique ferveur, une volonté sourde,

Un éclatant désir anime-t-il le cœur

De ces mondes légers qui rient dans la nuit lourde

Et qui sur l'horizon viennent danser en chœur ?

Les morts se penchent-ils au-dessus des nuages, Nous suivent-ils des yeux quand nous pleurons sur eux ? Revivent-ils perdus dans l'odeur des feuillages, Errent-ils sans rien voir dans nos champs ténébreux?

0 vous tous qui m'aimiez, vous dont ma vie est faite, 0 mon père, ma mère, Hugo, me voyez-vous? Banville, chantes-tu dans l'éternelle fête. As-tu trouvé Ronsard fidèle au rendez-vous ?

Et toi qui le dernier, bon vieillard au cœur juste, As fermé tes yeux clairs sur les choses d'en bas, Je connaissais ta foi mistralienne et robuste. Tu m'aimais... Es-tu mort? Ne répondras-tu pas?

Silence dans mon cœur. Silence dans le monde. J'ouvre les yeux, je sors de ma douleur. Le soir Tombe du ciel fermé. Le couchant qui m'inonde Empourpre les cyprès... Que voulais-je savoir?

AUTRE TOMBEAU i65

Les vergers d'oliviers près du fleuve s'embrument. Une charrette crie au détour d'un chemin. La terre dort. Les toits du vieux village fument... Et je me sens honteux d'avoir un cœur humain.

A LA MÉMOIRE D'HesRI BaUMANN

Asperges me

Au grand soleil pascal toutes les cloches sonnent, Tous les cœurs de mâles frissonnent.

Les lauriers fraternels sentent des mots humains

S'échapper en chantant de leurs branches froissées. Suivez-moi, vierges angoissées.

Tout le peuple de l'air tremble sur les chemins.

Alléluia ! Sentez dans les sèves confuses S'incarner le divin Amour.

Que Christ à mon autel soit servi par les Muses Pour chanter la Messe du jour.

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