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PR1^TEMPS FUNÈBRE

Epître

La basilique d'or luit sur les catacombes,

Sur les os des martyrs monte l'orante bleu.

Le soleil de la foi se lève sur les tombes :

Je suis tombé du ciel avec le monde en feu.

Mes jours autour de moi tombent comme du sable.

Mais mon cœur dépouillé de ma chair périssable

Respire un air de gloire et d'immortalité.

Tout meurt, de ce qui naît du temps et de l'espace.

Mais un regard d'amour, un chant de volonté,

Unissant l'Eternel à la chose qui passe.

Revivent à jamais en Christ ressuscité.

Graduel

Les mondes fuient, l'univers passe.

Mais le Poète est immortel ; Au cœur du temps- et de l'espace Rien ne l'émeut que l'éternel.

Il semble au peuple vain des ombres Qu'avec leur voix sa voix se tait Et qu'il retombe aux gouffres sombres Avec les choses qu'il chantait.

Mais lui, que son art le terrasse Ou qu'il soit maître de son art, Se sait toujours de même race Sous ses visages de hasard.

Qu'il preime la lyre ou la llùte, La même strophe dans son cœur Rythme l'universelle lutte D'où doit sortir le chant vainqueur.

Alléluia

L'alouette chante au midi L'hymne pascal de la campagne, La mer fervente resplendit, L'orgue répond dans la montagne.

Alléluia, dans sa prison L'espoir du gueux se transfigure, Le Christ déchire à l'horizon Le sépulcre de la nature.

176 PRINTEMPS FUISÈBRE

La grande plaine sous le ciel Se répand comme une prière, Et mêlée à l'odeur du miel Je sens l'odeur de la lumière.

Et dans mon cœur reconnaissant Où le monde se précipite Je sens couler avec mon sang Le sang du Christ qui ressuscite.

Evangile

En ce temps-là tout pauvre avait un cœur naïf. Un crépuscule heureux tombait sur la Judée, Mais sur tout horizon durement accoudée Rome bornait le monde à son regard pensif.

Or Jésus s'en allait à travers les bourgades, Prêchant pour annoncer le royaume de Dieu, Divin, très doiix, très bon, guérissant les malades. Et les anges suivaient sa route dans l'air bleu.

Sa bonté le ceignait d'une grande auréole, Les ramiers se posaient contre ses cheveux roux. Et voyant son visage, entendant sa parole, Le peuple devant lui se mettait à genoux.

Et les soleils qui sont à la droite du Père Comme ces simples gens au ciel agenouillés Répétaient avec lui le Credo de lumière, Et Judas rêvait seul dans les champs dépouillés.

Credo

Dans la clairière d'or la lumière ruisselle, Chaque arbre s'agenouille à son prie-dieu vermeil. Je crois à ta splendeur, Eglise universelle, Dont le monde est le temple et l'autel le soleil..

Je crois sur cet autel au divin Sacrifice

Que le Fils de tes fils consomme chaque jour.

Sous la nef des saisons se déroule l'office.

Tout réther retentit des psaumes de l'Amour, Le ciel est le parvis, la mer est le calice, Et chaque siècle sert sa messe tour à tour.

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