FORCE
El Bf. de Hulbières, marchant am côlé^du imu^içipalt cendit au greifQ,
Une heure apiès, oq irint «pp^l» IL 4a («i Chemiqfe. Il m 1)âta de demander, ayant d'obéir, où était M. de Ruihièra.
— Soyez tranquille, répondit le geôlier; il est à l'À^baye.
En effet» )e préaidei^t ATait(nrci^oacé la {atateiorP>(uK C^H* de Rnlbiètes avait été ina8sa(7é. Tel tutanasile sort de la Chesnaye.
Ces deux gentiUhommes étaient accusés d'avoir combattu |q lieuple ai} IQ août. Ce crime était irrémissible, l^r i^(errqa gatoire et leqr jogemept fai le même ; maîa lenr mort fnt biep différente. Rulhières, quand il se vil hors du guichet, devant lon^ue^ file» 4e massacreur», rappela tout son courage el (Qple «t fi»r^| et engagea nn combat 4ésespéré, GeuJi «pu l'as raient amené , comme s'fls Tonlaient seuls eq yenjr k bout, Qren( fÂ^^ aux autres de ne pas bouger, et se jetant sur lui, le
teims^ï9l^ A voulurent le dépouiUer de sea b<^ila ; maîa Rut* bièr^filt la foffce de se relever, et parvint même h se dégager 4e leurs n^ains. Alors, à moitié nu et déjà cquv^ 4^ i\ a'^langa rftpidemeQt au milieu de la double haie 4ea massacreurs, espérant dans nne fuite miraculeuse. Chacun 4e e&ax devaut lesquels il passa, lui asséna un coup de son arme terrible; au dij^ièmet il M)inba; on tenta de le relayer encore ppur lui foire reprendre sa course ; i) ne put faire un pas de plusfA fut achevé à l'instant. Cette lutte dura plus d'une demi-heure. H. 4^ la Ql^^aye, au contraire, à la vue du sang, des cadavres et des iwrmes qu'on brandissait anfour de l|ii, poussa un cri d'épouvante et se couvrit les yeux avec le9 mains, €'e§t dana ceUe position qu'il fut frappé.
Bientôt François Gentilhomme, Heudey, dit (4l|enu|n4t
André Rouaseyi Simoneau, Étienne de Roacièie etd'autra, furent aussi mis à mort, tandis que Decombe, de Saint-Geniès, Benjamin Hunel, dit la Vertu, Guillaume Lainé, notaire, Duvoy, Chamilly , ?alet de chambre du roi, ei autres» étaient élargis aux cris de « Vive la nation ! »
Cependant ces cris, ceux des condamnés qu'on entraînait vers le guichet, dans la prison; ceux qui partaient du dehors* avaient été entendus des prisonniers et les avaient glacés d'épouvante. Dès lors, on éprouva beaucoup plus de peine à les fiiire descendre quand on les appelait. Ce fut pour cela qu'à la pointe du jour plusieurs hommes armés se transportèrent dans les chambres afin de hâter la venue des prisonniers et de voir si on n'oubliait personne. tour de Weber arriva. Quand on appela son nom, il ne répondit pas ; désigné par le geôlier, il refusa d'obéir, et se retranchant derrière son lit, menaça de la plus vive résistance. Les gens qui venaient le prendre s'élancèrent sur lui, l'enlevèrent sans lui faire aucun mal, et le portèrent devant le tribunal. Quand il j comparut, les membres qui le composaient n'étaient plus les mêmes: celui qui le présidait, et dont il ne nous a pas laissé le nom, était, dit-il, gros, replet, en uniforme de garde national et revêtu de Técharpe tricolore. A côté de lui, debout, était Ficflc, greffier de la prison; autour de la table, péle-méle, assis ou debout, étaient deux grenadiers, deux fusiliers, deux chasseurs et deux forts de la halle. Parmi les spectateurs, étaient un grand nombre de Marseillais et de fédérés. A son arrivée, le plus grand silence succéda à l'espèce de tumulte qui régnait. Le président commença l'interrogatoire avec ce calme qu'aucun de:> juges ne démentit jamais.
A FORGE. Ci
— Gomment foos appelei-vous?
— Weber.
^ Quel est votre pays?
— L'Autriche.
Depuis combien de temps ôtes-vous en France?
— Depuis le mariage de la reine Marie-Antoinette. —Quel motif ▼DUS y a attiré?
Weber hésitait à répondre à cette question. Le président reprit au Ji>out d'un instant de silence :
— n faut tout dédarer devant le Irilmnal do peuple, si vous voulez que bonne justice vous soit faite. N'ètes-vous pas le frère de lait de Marie*Antoinette7
»Oui.
Un murmure accueillit cette déclaration. « Frère de lait de madame Vétol » iépéta-t^>n de foutes paris, tandis qu'mie fCRx, sortie da milieu des spectateurs, s'écria :
— Cet homme-là a bu en bien mauvaise compagnie.
— Qu'importe, dit le président d'une voix sévère» que cet homme ait été nourri dans son enfance avec l'Autrichienne? La justice du peuple en doit-elle être moins égale? Est-ce le frère de lait d'une rdne ou un coupable que nous cherchons? Pourquoi avez-vous été mis à la Force? continua le président en s'adressant à Weber.
— Je l'ignore» répondit celui-d.
En même temps le président examinait le livre d'écrou et le faisait lire à son confrère.
~ AYe»'TOus conservé des relations avec les ennemis de la
France? Avez-vous reçu des lettres depuis que vous êtes ici? «Mon.
U8 PRISONS DE UEUROPE.
Le président se tourna vers le greffier, qui fil un signe confirmant la réponse de Weber ; puis, jetant un regar4 |ur ses confrères, il se leva, 6ta son chapeau et dit:
— Je De vois plus la moindre difficulté à proclâmQr Vinnocence de monsieur. Vive la nation l...
— ViTe la nation I répétèrent tous les assistants.
— Monsieur, reprit le président, le tribunal du peuple, en vous rendant libre, donne un ^nd eiemple de sop imjMirtialité* C'est à vous & reconnaître cet acte par votre loyauté et votre franchise, et à ne pas abuser de cette lit>erté que npu^ vous donnons, en la touniant contre nous. Vous ailes jqrer de vous enrôler dans nos armées pour défepdre nos frontières.
— Mais je suis étranger, répondit Weber, et je ne §aurais Sjervîr d^ns les rangs de Yvvfià française.
Cette réponse excita un nouveau murmvire. Le pr^ident reprit aussitôt :
— Tous êtes grenadier de la garde nationale de P^s, et
vous savez que cette qualité emporte celle de soldat, si Icss dang^fs de la patrie l'exijieaient. H fallait ces réflexions avai^t dQ revêtir cet onifiorme.
— Cependant, reprit Webçr, hésitant encore, comb4ttre mçs compatriotes.^.
— Aucun reftis n'est possible de votre part* S noibs tous
laissons la vie, interrompit |e président, qui voulait évidemment le 9^uver, ai^cqn scrupule n'est admissible. Vpus n'êtes plus Autrichien, vous êtes Français. Depuis longtemps voqs ^ve; adopté cette patrie qui vous a nourri, comblé de l)iens et de riches^. Ce n'est pas à la reine que vous deves tqut cela, c'est à la France. La nation a plus fidt encore : elle vo^s a re-
LA FORCE. U
ooxiau citojfen français» et vous avez accepté ce titre en revêtant l'unifonne de la tulioe nationalek Aiyourd'hui rennemi eiiTa • bit nos frontières; la France appelle tons ses enhnts bous les drapeaux. Où sont vos frères? dans les rangs de l'enneoii ou dans eeux des hommes qui vous (mt ouyerts leurs foyers» qui ont partagé aveô vous leur pain, leur amitié, qui étendent aujourd'hui sur vous leur protection, et qui vous donnent la vie en effort «e titre d'étranger et tous considérant comme un des leurs? Choisissez, mais choisissez TÎte: car d'autres prisonniers» car le peuple du dehors attendent la justice du tribunal.
— Je jure de m'enr^ler dans les numi de l'armée française, dit Weber.
Aussitôt un nouveau cri de vivb la nation se fit entendre : on entoura Weber» on lui serra les mains, on l'embrassa* et la joie illumina toutes ces figures sinislres.
Un fort de la haUe» fendant alors la presse, vint à lui et lui dit en le prenant par la mmn :
— C'est moi que cela regarde maintenant ; c'est moi qui suis cbaigé de vous.
Aussitôt il Venlrilna vers le guichet, en ayant soin d'envoyer quelques hommes en avant j our prévenir les massacreurs du jugement qui venait d'être lendu. Le ghichet s'ouvrit, et Weber fîit aeeueilli aux cris de jeie du p«'uple mille fois répétés. Tous les massacreurs brandissaient dans les airs leurs armes sanliantes, riaMntdeplaisir* dansaient dehonheur en accueillant le prisonnier proclamé innocent. Les femmes surtout étaient aussi extrêmes dans leur joie qu'elles lavaient été dans leur «manté.
Au iqu e Voyer, qui n'avait cessé de se tenir k côté de
LES PfilSONS D£ L'EUROPE.
Weber, voyant qu'il était troublé et marchait au hasard sans regarder & ses pieds, chaussés de bas de soie blancs» cria au tet
de la balle :
— Prenes donc garde, tous ailes foire marcher monsieur dans le ruisseau.
Ce ruisseau était une mare do sang.
En effet, le fort de la balle précédait Weber et lui avait dit de le suivre. Ils traversèrent la rue des Ballets. C'était là, à son entrée dans la rue Saint-Antoine, comme nous l'avons dit, qu'on avait amoncelé les cadavres des prisonniers massacrés. Arrivés à ce point, le fort de la halle cria d'une voix retentissante: '
— Haltel... Tout le monde s'arrêta.
— Chapeau bas, conlinua-l-il, et tout le monde se découvrit. Alors, prenant la main de Weber et l'étendant sur cette montagne de débris hunudns, il lui fit prêter serment d'être fidèle à la nation et de mourir à son poste en défendant le nouveau sjTBtème de la liberté et de l'égalité. Weber le jura d'une voix asses assurée, et reçut l'accolade fraternelle de ceux qui l'entouraient. Ensuite le fort de la halle le conduisit, comme il en avait reçu l'ordre, à l'église de hi Culture SainteClatherine, oh étaient, comme nous l'avons dit ailleurs, les prisonmers aux* quels on avait craint de rendre la liberté sans caution. Weber parvint à se Caire réclamer par quelqu'un de sa section et fut rendu à la liberté sur l'heure. Il quitta Paris le 11 septembre et parvint à l'étranger. 11 vivait encore en 1822.
Cette scène est remarquable dans ses moindres détails. Après Weber, Malhou de la Varennes comparut devant le tribunal. Il était resté dans sa chambre avec trois autres compagnons seu-
lement : Constant le Saofage, un nommé Gérard, et un troisième dont il ne s'est fM» rappelé le nom. Effrayés par les cris qu'ils ayaient entendus au dehors, et par les propos dt>s hommo ' qui paroomraîent la maison, ils n'osaient bouger et demeuraient concbés à plat ventre près de leurs croisées , pour voir sans être vus. Baptiste, leur porte-clefs, venait d'entrer et de leur diro qu'ils avaient été oubliés, lorsqu'ils entendirent près de leur chambre des pas d'hommes» et l'un d'eux qui disait à haut» voix :
— Remontons dans toutes les chambres ; il iaul que pas un n'échappe.
L'instant d'après, leur porte s'ouvrit et on leur ordonna de descendre ; mais sur les quatre, on ne conduisit que Mathon de la Varames devant le tribunal ; Constant le Sauvage, Gérard et l'autre, sans donte peu importants, tous trois, du reste, condamnés corredionnellement, furent mis en liberté sans jugement.
Leprésidentda tribunal était encore changé quand llatbon de la Varennes comparut devant lui. « H était boiteux, assez grand et fluet de taille, dit41 ; il m'a reconnu et parlé sept ou huit mois apfès* Quelques personnes m'ont assuré qu'il étaitfilsd'un' ancien procureur et se nommait Chapy. »
Le président fit à Mathon de la Varennes les trois questions suhranteB:
— Comment vous nomme-t-on? Quelle est votre qualité? Depuis quand étes-vous ici?
Mathon de la Varennes répondit :
Mon nom est Pierre-Anncî-Louis Mallion dp la Varennes ;
je suis ancien avocat et détenu depuis huit jours sans savoir IV. 8
U8 PR150N8 DE L*EUROPB.
pourquoi; j'espérais ma liberté samedi dernier; les affaires publiques l'ont retardée.
Le président cessa \k ses qoestions; il ouvrit le registre d*é- Crott, le lut attentivement et dit ;
— Je ne vois absolument rien contre lui.
Aussitôt la même cérémonie qui avait eu lieu pour Weber recommença pour lui, si ce n'est qu'on ne lui fît pas promettre de s'enrôler : la république ne voulait que de beaux hommes; mais on exigea de lui le serment sur les cadavres, et on allait le conduire à l'église, lorsqu'un de ses clients, nommé Golonge, fabricant de cordes d(3 ^ io^ons, qui passait par là, le reconnut, se donna pour caution et le ramena chez lui. Mathon de la Varennes est mort en 1 SI 6 à Fontaindl>lean.
La différence de ces deux acquittements est aussi très-remarquable. Mathon de la Yarennes, dans les mémoires qu'il a publiés et dont il a fiiit plusieurs éditions qui ne sont pas ioujouB d'accord, affirme que c'est surtout à sa mise qu'il dut son ao quiltement. Il était en bras de chemise quand il descendit au tribunal sa chemise était sale et grossière, sa culotte râpée, et il n'avait pas de souliers. On vient de voir cependant que les bas de soie blancs de Weber n'avaient pas empêché son acquittement.
La personne qui suivit ce prisonnier fbt une femme, la seule
qui nit été massacrée : c'était la princesse de Lamballe.
Marie-Thérèse Louise de Savoie Carignan naquit à Turin,' le S septembre 1749. Élevée ft cette cour par sa mère, elle acquit bientôt les talents et les qualités qui pouvaient distinguer une personne de son rang. Belle et jolie a la fois, elle fixait tous les vegaids, et sa main était enviée de tous les princes. Ses pa-^
UfOlUX
Mis dumtêùU Camille U arriTe souvent» celui qui devait la
rendre la plik» malheureuse, ce fut le pi'ince de Lamballe, fils du duc de PfinUûèm. Le prince de Lamballe, perdu de déteiiebea» ioarmenta sa j uue épouse par sa conduite indécente, 6l«u bout de peu de temps de mariage, mourut des suites de son libertinage* à l'Age de vingt ans. La princesse en avait à peine dix-neuf à cette époque, et dégoûtée du mariage par le tri&ie apprentissage qu'elle en avait fait, elle résolut de re^ t veuve. EUe vint se fixer à la cour de France, «près le temps do mu deuil, et Vest là, au milieu des fêtes de la fin du règne de Louis XY, qu elle coulracta c tte étroite amitié duiit elle donna tant de preuves k Mari^Àntoinette^ alors madame la dauphine. A 8<Hiavénement au trône, la reine de France la nomma surin toudanie de sa maisida. Jiadame de Lamballe n'usa des préroi^aliffas de sa chaige que pour faire du bien. Sans cesse auprès de . Marie-Antoinette, elle savait faire pcDélrer jusqu'aux oreilles tle œUe reine k voi^ de# malheureux* Aimable, bonne, et dans tout r^klat deia beauté, elle devint un des ornements de cette conr contre laquelle la misère causée par les deux règnes qui avaient fréaédé se soulmit de toute 9»n ii^dignation. Aussi ne tarda* t«lle pas il être confondue dans la haine populaire qni grondait déjà dtins leioinl4in- Son attachement à la famille royale, dant elk denoait abaque jour des preuves ostensibles, le parti de lâMir qu'elle avait embrassé hautement, ne firent qu'augneaier cette aversion qu'on éprouvait déjà pour elle. Ce fut la prioceae de Lamballe qui, ayant fait sortir Mirabeau de Vineennes. comme nous l'avons dit dans l'histoire de cette prison, profitdde âon iismidant sur cet orateur pour le gagner au parti de la aeur% Hîrabeau mourut • et il ne resta de lui que Tamor-
eo
us PUISONS DE L'EUROPE.
tume de son apostasie, et la princesse de Lamballe qui l'avait provoquée. Lalamilleroyaleet la cour se montrèrent même ingrates un instant envers cette princesse. Un refroidissement sensible éclata entre les deux amies, et madame de Lamballe quitta la France avec une douleur résignée. £lle se réfugia à la cour d'Angleterre, oh elle Ait aceudllie avec le plus grand empressement. L'orage révolutionnaire avait éclaté en France pendant ce temps-là. Louis XVI, toujours iaible et indécis, laissait perpétuer cet état de choses, tandis que Ta reine» se mettant à la lèfe du parti de la cour, voulait agir avec vigueur. Ce parti, on le sait, avait surtout recours, dans ses projets liberticides, ani baïonnettes étrangères. Il avait besoin de pouvoir ourdir ses intrigues dans le reste de r£urope, il avait besoin d'agents influents auprès des rois. Marie-Antoinette songea à la princesse de Lamballe, qui était à Londres, et, au nom de cette
qui les avait si longtemps réunies» lui demanda de devenir son intermédiaire. La princesse accqita avec empressement ce rôle, qui la rapprochait d'une amie qu'elle n'avait pas cessé d'aimer; dès ce jour elle devint l'agent le plus actif de la famille royale; mais peu ftife, comme die le disait, pour iormer et comprendre ces intrigues, elle ne demandait qu'une chose, c'était de témoigner à la reine le vif attachement que le malheur de la fiimille royale ne faisait qu'accroître dans son cœur. La fuite de Varennes fut combinée. La princesse de Lamballe, sans en apprécier la gravité, organisa tout ce qu'elle put pour la faire réussir. Elle devait aller joindre les iugitiis à Montmédy. La fuite manqua, comme on le sait; la fàmille royale fut ramenée aux Tuileries, et dès lors aucun mo^en ne lut laissé au roi pour tenter de fîiir une
LA FORGE. ei
aeooiMle fins. A la noavelld qu'en reçut la princesse par une
lettre confidentielle de la reine, elle partit sur-le-champ pour la Fiance, et vint s'installer auprès d'elle, il y avait du courage dans cette résolution. La princesse de Lamballe était en sûreté k l'étranger; elle n'ignorait pas les dangers qu'elle allait courir eu France. Elle était aimée, considérée, heureuse, À Londres; elle allait se livrer à Paris à la haine et à l'aversioo du peuple; mais elle allait être auprès de cette reine qu'elle aimait, dont elle était peut-être en ce moment la seule amie véritable; malgré les instances» les craintes, les conseils de son entourage, la princesse n'hésita pas un instant. Admise à Paris dans les comités les plus secrets de la famille, initiée à tous leurs projets, elle devint l'instrument passif de la reine, qui l'employa à toutes les négociations pilleuses. La princesse de Lamballe ne craignit jamais de se mettre en avant , et ne raisonna pas plus son dévouement que ses démarches. Cette conduite la compromit aux yeux de la nation, dont nous avons déjà expliqué la suspicion légitime dans l'histoire de la prison du Temple. De sa volonté, la princesse s'était rendue inséparable de la reine par son affection , elle le devînt aux yeux du peuple par la réprobation publique et les fautes qu'on reprochait à Marie- Antoinette. Aussi, le 10 août, ce fut après l' appartement de la reine celui de cette princesse dans lequel le peuple assouvit surtout sa fureur.
Mous avons vu dans l'histoire du Temple comment la prinr cesse de Lamballe suivit la reine à l'Assemblée, aux Feuillants, et enfin en prison. Ce fut le 19 août, à minuit, qu'elle en fut extraite avec mesdames de Tourzel, de Navarre, et Hue, le valet de chambre du roi. La Commune avait pris cette mesure
LES PRlSOfiift ne L'EUROPE.
mien eUs è «anse des fektîoofi qu'^ entretenait a« dt^hors, el dt MB eomapoudanee» «veo l'élnigtr, fat» àum la siliiar tm d«s dboàms Paient Ute-éMigeraiiaBs pour la France.
€tt fut à minuit que les prisoaniars sortireat du Temple. Oa j ktMéiiiKtè rii64el de filW» oh îk aubiraDt un iii|eiio|9itaive. ia {trinesHa de Laniballa fut iaterrogée avec plut de
sévérité que les autres. Manuel , procureur syndic , assiiîtait à aeftto seène. il s'enleiidaii avae lea {Nrisoimien du leoiple, et aivit prottia à k reina de tauvar la princesse. Il joua le rôle que BOUS lui avons déjà ?u faire, c esl-à-dire que sous une apparente ngiditék il cacha ses intentions secrètus. Il Ait dur en apfMraice am la priaeesse, et peur éfilar tout àliit les leproehes de ses collègues, il voulut qu'on la fouillât. Il ne arojait pas que, dans la situation oii elle se trouvait, elle eût eu k makdraïae de «onsaror aucun piqpiflr ^ pût k comprolÉettre; il se Iranpaît. Àprès avoir fouillé les poches de madame de Lamballe, où l'on ne trouva rien, on lui 6ta son boni^e^ et découvrit dans rùitérkar, attachées ATeo dm ^ingks* Irou kUraa trèe-eeopioaietlaQtes, dont une de k reine, qu'elle avait reçue en Angleterre» et qu'elle avait œnservée on ne sait pourquoi; et une autw dtt|»rince de Gonti, qu'elle ^ya^t fe^% tout réoenment. Manud fiit désolé du mauyais succès sa ruse; mais n'en conservant pas moins les apparences, il trouva cela Irès-grav is et délibéra avec ses collègues.
Madame de LamMk wiatappur partagsr la captirité de k reine, comme on k lui amt accordé d'abord, excipa courageusement de sa parenté, pour avoir droit de rester auprès d'aUe, préférant, disait- eUe, la prison avec k reine è la liberté pour elk seuk. Mais ces paroles, peu adroites dans ce
UFOnÇE. 6|.
niQlliefit, p'étment pas failea pour attirer rindulgçi^ce de la Commune; aussi {iluuuçl lui rjipuadit-il qu'elle smi( re^^Mô ^ prison iosqu'k mmjel ordrt, et Im Um»ii le choU 4^ \fi Sal-
pê(ri^re ou de la Force. Au qom de la Salp<^lricrp , qi^i était
l'Usilç 4^ P^d^ÇS, )# priApesi^^AQ ^#^Uq ne put
letenîr un mouvement d*horreur, et demanda, malgré Yvp^^.
tançe çja Manuel» d'être con(juite à la Force, Qn fit vonir
m^qibrû d^ la C;çwwwpq; mm i pei^e furepWih foute, que le peuple, eji^ Igqutil la présençe la prjftc^ k l'iiôlel 4p
nlte (FPipNrt» 9wtU fiei^e vQi(u^ (m p^ili^ de lu n^it.
e( qpntrftigpit 4^ ^'arrêter Varcadçi Sa^Ww» déjà tér mm de plus 4'uuiç Ye?igea«qe popijlaiir^, U fi^^ttr ^t^it nft^ïih
84fi 9u flo^tr» Vimie., mi ?m ^ }àt\9Kfi 4h
temps, la complice de Wjlrie-A^tqi^ette. La priqcesse de Lapafetflçi flui flUûiïitré te courage ^^ déyoMpmeut ppi^r la reîQ^ n'm a? ait pu? pp^r ^^1Y9^* Trpul^léQ <m deriMer pobi^
qj> entendant les meqacQ3 terribles qu'où proférait autour
Asm^^ À F^tPtiru^ ^ l'bcttel d^ vil^» où |# présQ^ee N^Hel la vas^pinill. L'ofQcîer municipal qui la fîour 4uisait envoya sur-le^!^aïnp prévenir la Coromunc de cet inci-
4»i4« ^ piw4ine s^s ordrei^. PeB4aat ce t^fnps le§ iiienf^ces pt I98 cils i^ptiny^iiept 4e la p^rt du peuple, et Toffieier munir cipal, monté sur le siège, étendait sur la voiturt^ soq ^b^irpe feicplor» Wnr PIK>tégBr irâmièr^* Enflp rioiiivoj)^ revînt 4j^ç qMç la Commune ordonnait de ocmduife sur l'heure la princesse à la Forpe, A c^ de ^ouyeay^ cris éclaijère^^ Bbr^ <iif7d»le8 «^'4|iM9«v«^, ^t un bon^p, «'él«wu)| la
— Nous sommes sous l'arcade SainiJean. Il iaut dérouiller le réverbère de 1789, et y pendre la Lamballe.
Mais au mouYement qu'il avait fait, l'oÛicier municipal s'était élancé k son tour, et lui présentant le ruban magique,
l'avait forcé de reculer. Puis, haranguant la multitude, il lui dit :
— Ce ne sont plus ici les prisonniers faits k la Bastille, qui
ont Hà pris les armes à la main; celte femme est sous la sauvegarde de la Commune, qui m'a ordonné de la conduire k la Force. Je l'y conduirai , et si quelqu'un tente de s'y opposer, je l'arrêterai de ma main, je le ferai mettre hors la loi, conmie rebelle au pouvoir élu par le peuple , et je le ferai pendre k ce même réveibère dont on ose menacer quelqu'un qui est sous ma garde. Marche, cocher, ajouta-t-il d'une voix forte; et vous» laissez passer la justice de la Commune.
A ces mots le peuple s'écarta , et la voiture partit rapide» ment, laissant derrière elle la foule, qui n'osa plus la suivre.
Remise de sa frayeur, la princesse de Lamballe témoigna sa reconnaissance à l'officier municipal. Celui-ci causa longuement avec elle des événements qui venaient de s'accomplir. Dans la conversation, il lui dit que la conduite du général la Fayette, après l'affaire du 20 juin, avait fait plus de mal à la cour que l'opposition du roi et de la reine. La princesse répondit aussitôt :
— Mon Dieu, pourquoi ne l'a-t-on pas su ! on aurait pu s'entendre. La cour ne tenait pas à M. de la Fayette. Vous n'aviei qu'à parler, et on vous eût sacrifié le général.
Ce mot, qui, dit-on, peint l'ingratilude royale, tombé des lèvres de la princesse , prouve aussi jusqu'à quel point elle
était rinstrament aveugle de la cour; mab il prouve en même
temps combien le peuple devait l'en croire complice.
Madame de Lamballe fut conduite à la prison de la petite Foroe, oii étalent les fémmes, et remise à la garde de madame Héandre. Le lendemain on permit à sa femme de chambre de rester en prison auprès d'elle pour la servir. La princesse de Lamballe passa là de tristes jours sans nouvelles de la reine, sans aucun moyen de s'en procurer, ce qui était pour elle la plus vm.pdne, outre Finoertitude de son propre sort. Elle ignorait pourtant les dangers qui la menaçaient dans les sanglantes journées des 2 et 3 septembre, et l'espérance venait quelquefois lui sourire» comme il arrive toujours k la créature quand elle sent sonnéant, car alors l'espérance pour elle c'est Dieu. Mais bien des personnes, qui savaient les-périls qu'elle courait, soccupaient d'elle et de son salut. Manuel* d'abord; puis son beaupère, le duc de Penthièvre, qui n'avait pas quitté Paris; enfin madame de Lowendal, qui s'y prit au dernier moment. 'Manuel avait juré à la reine de sauver madame de Lamballe. Le duc de Penthièvre, à son tour, avait promis, dit-on, cent cinquanle mille francs à ce magistrat s'il parvenait à la soustraire k la mort.
C'est dans ce dessein, assure- t-on, que Manuel inspira à Du*
val et à Truchon de faire sortir les femmes de la petite Force,
missiott qu'ils accomplirent en partie, ainsi que nous l'avons
vu; mais leur dit-il d'en faire sortir la princesse de Lamballe.
Et oeux-ei l'ont^ls oubliée? C'est ce qui est resté us mystère.
Obéissant à une influence, ont-ils an contraire laissé tout
exprès la princesse dans sa prison? C'est encore ce qu'on n'a
jamais pu expliquer d'une manière certaine; mais ce qui est
9è LES PRlSCWi BP i;moPB.
des premières vicli mes.
Oa a é- iis diverses opinions à ce sujet. Les uns ont préteqydu
qiM o'éMt pat lui du duc d'Orléon» qa« iii«daine de Iwlle était restée pour être massacrée , aûu qu'il gtigner par ^ umk uoâ souiOM» de çciat mille écus qu'il a?ait à toucher wr le doiMÎie 4d •» fenuiie, fUle du 4uc <to tm oat dit que sft nort avait été résolu» par Bobeapierre, Danton et PétioQ, qui vouUiunt se de ce qu'ils u' avaient pas f par «Ht entremiae deYew miiiiaUe» de Uni» XYI « Mm lw>iaièMB (7) aoutiaBt que c'est Robcspltirre aeul qui «wt oombiné le meurlro, parce qu'elle avait refusé de le faire nommm piéeepteur du daupkûu. U deuiier, enfin» assure <pe. limial» SéioR al Keisaint Tout laissée périr pour épouvantoK le roî, et lui tirracher par la la l(itlre au roi de Prusse, par kquaUa il l'eagafeeil 4 retirer de Verdun. Pour celte coftaanon, asi Innb eoofaBlionnele aureient pramia d'eaipéchec k mort daLouiftXyi. La lettre aurait été donnée à 6âlaud*Vftrenna», un des ûouuuiiisaiiea envoyés aui ^o^es, qui l'aurait pratàa giattiifi jounaprèe les ipassecrea de septmbre' Cesl ea flourenir de la promesse faite par les trois personnes (^uu noua?enoBS de désigner que Louis XVI aurait dit ;
^ Jô mis aêr que Mmuiel m votera pa^ U neri.
IneM» DÎhiî BiKersaÎAivela ¥otèfffliit,miai&iln'eu(utpas de même de Pétion. et liilliiud-\'arennesle lui aurait lu^ruckc.
■ Sana voidoir noua arrêter beaucoup 4 cea aw^tiap»» wm^ myoM deimkadétiuioe et eonsigm ici notre pe|i^ ff4 WÛÊfàto des faits et des probabilités.
Le duo é'ûriéaiiaa'avail aufiittintérÀt à^kWAct dflUiH^
UFOHCB.
cesse de Lamballe, en vue dos cent mille écus (Jtii pouvaient lui revenir penonnelleiii^t. En pMii^ Ueû» Sttt betiti'f IM extsiait eiieotv, et ânrâit hérité de «a fille; en second, le duc d*Orléans était séparé de biens d'avec sa femme, par jugement antèriettr du i5 Juillet 1792. Cm^ulte cétte «imbitioii de DeniOll, Pétion et Robespierre, d'ôtre les ministres de Louis XVI, n'est nullement probable à cette époque et n'est surtout pas prouvée; la brochure qui avance ee fitit n'eêl pas signée, d Tofi en edn^
naît aujourd'hui les auteurs, fort inconnus d'ailleurs, qui sont des personnes nommées Seriejs et André. Quant au fait {Nirti<< culief k fiobespie^ de voulofar être lé préeepteiilr dd dHùphin, il est encore plus étrange, et, outre qu'il est avancé par un au* teor suspect en cètte matière, il est eertaili que Robéspftire n'eut auciine participation aux massacres de sept^tnbre. Il'fi'é^ tait à cette époque qu'un des deux cent quatre-vingt-huit mem* bres de la Commune nommés par les setSUona» et tt'avait d'autM part âu mouvement que celle de son nom et de sa répulrttioii d'intégrité. D'ailleurs» s'il faut en croire mademoiselle Chaf^
lottè Rebéspierfe, et opposer les toits aux éolts» ëUe dH dam
les mcuioires qu'elle a publiés sur ses deux frères:
a Quelques jours après les 2 et 3 septembre, PétioU vint Voir mon frère. Matilnillen avait désapprouvé le massacre dès prk sons, et aurait voulu que chaque prisonnier fût envoyé devant des juges élus par le peuple. Pétion et Robespierre s'entretitpi^ Vent des derniers événements. J'étais présente à lanr entrrti^, et j'entendis mon frère reprocher h Pétion de n'avoir pas interposé son autorité pour arrêter les déplorables excès des 1 et ) septembre. Pétion parut piqué de Ce reproché, at répondit Usez sèchement :
m *^'**^USFII180MBI«L*lin0fB.
Ji — Tool oe que je pub vous dire» e'est qu'tuciiiie puissance humaine ne pouvait les empêcher.
N II se le?a quelques momento après» sortit, et ne revint plus. Toute espèce de relatkiii cena à partir de ce jour enlro mon frère et lui. Es ne se revirent plus qu'à la Convention, cil Pétion siégeait avec les Girondins et mon irère sur la Montagne. Il
Pour ce qui regarde Kersaint, Pétion et Manuel, nous avons
k lettre de ce dernier à Marie-Antoinette, que nous avons déjà citée dans k TmpU; eusuite le témoignage de Qéiy, qui affirme dans ses mémoires que jamais Louis XVI n*a écrit, à sa connaissance, au roi de Prusse pendant sa captivité.
Ce ne fut pas plus la prétendue lettre de Louis XVI que les deux millions que madame de Créquy soutient avoir été donnés par la Commune au roi de Prusse qui firent retirer ses armées; aveugle qui ne voit pas dans cette retraite le résultat des massacres eux-mêmes, qui firent reculer une armée d'étrangers devant la détermination énergique et terrible d'un peuple qui lui annonçait ses projets sur elle en dévorant ses propres «niants.
Nous ne pouvons croire non plus que oe fiit pour la promesse
de cent cinquante mille francs que Manuel se soit engagé à sauver la princesse. S'il eût été un homme v^ud, dans la place qu'A occupait fl e6t en mille occasions de s'enrichir, et Manuel est mort pauvre. Ce ftit donc pour un plus noble motif qu'il avait l'intention de faire sortir madame de ïiamballe de la Foioe.
Quelle qu'en ait été la cause , on a vu que ce projet avait manqué dès le 2 septembre. Quand il l'apprit. Manuel allait
donner de nouveaux ordres; mais, sachant le tribunal installé et jugeant déjà, il redouta que la princesse aperçue ne fût tuée snrienshamp. Il avait dans ce moment Fenroyé du duc de Pènthièrre auprès de lui, qui partagea son opinion, et conTÎnt qu'il était plus prudent de laisser la princesse dans la prison que de l'exposer ea la faisant sortir. Us eoieot som d'établir tiois dianoes pour qu'elle fftt sauyée : la première était qu'elle fût oubliée dans sa chambre, et ne fût pas appelée devant le tonible tribonal; la seconde qu'elle Kit acquittée» et la tioîaième qu'elle fût sauvée devise force.
Pour les deux derniers moyens, outre l'influence que devait exercer Manuel, le duc de Penthièvre envoya la plus grande partie de tons aea domestiques déguisés se mêler aux massacreurs, au cas où la princesse paraîtrait devant eux. Il fit en môme temps prévenir madame de Lowendal, qui, avec un eoongB et im dévouement au-desaus de son sexe, se mit ellemême à la tête de ses propres domestiques, déguisée en femme de la halle. Manuel fit aussitôt remettre à la femme de chambre de la prineeise anbiUel conçu en ces termes :
c Soyes tranquille. M... a promis la vie à celle qui vous est chère. Dites-lui que, quelque chose qui arrive, elle se tienne renfermée dans sa chambre, et n'en descende point »
La princesse suivit strictement le conseil qui lui avait été donné , et malgré le bruit et l'agitation qui régnaient autour d'elle, se garda bien de se montrer. Elle passa paisiblement la sait dn S an 3 septembre, et se croyait sauvée, lorsque le matin, à huit heures, pénétra dans sa chambre un homme nommé le grand Nicolas, qui venait la chercher, disait-il, pour la con- ' duiie à l'Abbaye.
LES PRWra DE L'EUROPB.
Mmi pour primi, j'tiM antiiil «ellMi, tétNjniil la prificem en ee nppclini l'avisée MaiiiNl, et die lilkM 4»
suivre cet homme.
Legnnd NicolaBieittiniiDtiii8iflir»etkpiliH^
tinua à se cacher dons sa chambre; mais oette liéttHifohê provvaii déjà que sa présenoe dans la prison était connue. Les pt^ tisioDs de Manuel et son inflaenee élaieiit déjcméas aur eè pr 'mier moyen ; car si on ne revint point tout de suite h elle» t'est parce que les juges étaient occupés par d'autres prison^ niers au greffe de la grande Foiee» k oam heures lo grand Nicolas se prc^senla de nouveau. Celte fois il était e8(»rlé do plusieurs hommes; il dit à la princesse, d'un ton impératif, de desooidre pour parler m eomadasaiies qui rattsnditoit U princesseï ne pouvant plus refuser, demanda quelques instants pour fiiire sa toilette, et sans conoevoir la mohidra inquiétude, se revêtit d'une rdDe blanche el boucla ses longs ehefeut Hnnds dont la beauté était devenue proverbiale en France. S'appuyont ensuite sur le braa de sa femme de chambre* éQe descendit, suivit le grand Nicolas et ses hommes, et se rendit À la grande Force, oh ib la précédèrent.
Voilà la Véritable stgniHealion da ee transfert mentionné sur
l'écrou, et non celle que donnent les historiens en prétendant qu'elleliitréellement transférée à la grande Forée, emprisonnée là et jugée plus tard. 9i Ton réfléchit à la eonteature de Vécfnn que nous avons rapporté, on verra que le concierge n'avait pas autre chose à feire qu'à inscrhre son tranfert sur le Um» eilr on ne rinsMsait pas d'autre chose, sinon qu'on renaît Ohef^ cher madame de Lamballe pour l'emmener h la grande Force. Voilà pourquoi aussi on n'a pas mis par quel OtfdfO Oe tlansfert
u FORGE. n,
ami été Pfécé, ce 4|a*on awt mentionné m 1» vitres, parce
qu'on CQiuuûsBaii les commissaires et qu'on ne connaissait pas les massacreurs, auxquels pourtant il fallait obéir. Cette explication oalureUe détruit tout ce q;n'Qn a ^ulu inférer de la ré* daetion de cet écrou ; olle prouve encore une chose très-impor* taate» c'est que madame de Lamballe fut la seule femme qui cQoipanU devant le terrible tribunal; le& autres n'y forent pas appelées : elles forent mises purement et simplement en liberté à la petite Force, comme cela est inscrit sur le registre; sans cela, il eût mentionné leur transfert à la (/rande Force, ou eût laissé des blancs» comme il j en avait sur l'autre registre, ainsi
que uous le verrons. Ces diverses circonstances prouvent évidemment que madame de Lamballe était seule et d'avance désignée^ et laissent davantage dans le vague U main qui l'avait marquée de mort.
lâ princesse^ en traversant les cours, aperçut pour la première fois du sang; h cette vue^ elle recula involontairement» glacée d'épouvante, et entendant les cris des massacreurs du * dehors, faillit à se trouver mal. Les hommes qui étaient autour d'elle s'avancèrent pour la soutenir et Fentrainèrent presque sans connaissance jusqu'au milieu du tribunal populaire. Il était présidé dans ce moraenl-là par Hébert, dit le ppre Duchesue; avec lui siégeaient LbuiUier, Monneuse et Danger, commissaires de la commune. Les uns prétendent qu'elle (ut intenogée par Ceyrac ; d'autres par Fieffé, greffier de la Force. Quoi qu'il eu soit , cet interrogatoire ne fut pas long : il tendait simplement à constater son identité i on lui dît ensuite de prêter serment de fidélité au nouveau gouvernement et de haine au roi et à la reine*
71 LES FaiSONS DE UEUaOPB.
» le SUIS prête à faire le premier serment» aurait répondn la princesse; quant au second, je ne puis; il n'est pas dans
mon cœur.
Cette réponse, rapportée par plusieurs historiens, put être faite dans ce sens, mais ne fiit pas formulée en ces termes : la princesse était trop émue pour chercher une phrase dans ce moment; si émue, qu'elle n'entendit pas un de ses valets de pied qui, déguisé en massacreur et se tenant à c6té d'elle, lui dit plusieurs fois :
— Jurez donc, jurei donci où tous êtes perduel...
C'était pourtant dans la fermeté de ses réponses que ses partisans espéraient pour la sauver. Le courage exalte le peuple; cdui qui en donne des preuves devient pour lui un objet saint et sacre qu'il respecte souvent Dans ces jours terribles, plus d'un exemple eut lieu dans ce genre ; mais la princesse de Lamballe, faible femme, tombée tout h coup si bas de si haut, n'ayant au cœur que son amour pour la reine, sans la conviction qui seule donne la force, sans la conscience qu'elle sauvait son amie en se perdant, ce qui eût peut-être excité en elle l'énergie, ne ressentit en ce moment que l'épouvante et la stupeur.
À son immobilité et à son silence, le président prononça cette sentence dont on connaît déjh la terrible signification :
^ Conduisez madame à l'Abbaye.
Aussitôt elle fut entraînée hors du greffe par plusieurs personnes, au norubre desquelles se trouvait le grand Nicolas et le valet de pied. Chacun d'eux la tenait par un bras; elle était pAle, chancelante et prête à perdre connaissance. Les deux chances qu'elle avait pour elle s'étaient déjà évanouies; on ai lait tenter la troisième.
UfORCE. W
On la conduisit au guichet. Le valet de pldd, voyant qu'elle fMinltBait insenaîUe» lui sena fortement le bras et lui dit de nouveau :
— Cries vive la nation.
k cette pression, la princesse se ranima on instant; mais en
levant la tôle elle aperçut du sang et des cadavres. lerriûée à cette vue, elle s'écha aussitôt :
— Fil l'horreur I je suis perdue!
Et elle s'évanouit aux bras de ses conducteurs. H y eut un moment d'arrêt pendant l6<iuel les massacreurs semblaient se complaire à la regarder en silence, jouissant à l'avance de leur triomphe. La princesse de Lamballe, c'était pour eux la beauté des grandes dames dont ils étaient jaloux , leurs richesses, leurs désordres, dont les éclats les insultaient : c'était le despotisme et l'abus dont ils avaient tant souffert; la tyrannie et l'arbitraire qui les avaient navrés ; les serments du roi tant de fois trahis, l'hypocrisie de la cour tant de fois éprouvée .* c'était l'agent de l'étranger, l'alliée, la parente, l'amie, la pensée de la reine, à laquelle ils altribuaient tous leurs maux. Alors se présentaient à leur mémoire tous ces pamphlets publiés contre ces deux femmes, tous les faits dont on les accusait, tous les blasphèmes prononcés contre elles, et ne les désunissant pas dans leurs idées, et croyant frapper dans une seule personne tant de forfaits et tant de vices, croyant venger tant de maux et tout éteindre dans son sang, ils le répandirent jusqu'à la dernière goutte» et firent autant de blessures qu'ils reprochaient de malheurs.
Le valet de pied, occupé à soutenir la princesse, ne put d'abord faire les signes convenus aux domestiques dont nous avons IV. 10
LB8 FBflOMS Dt LVDiOnt.
parl^, \Km anootmis pmir la ianver d quf B*é(&9ofii fiôsiè» le
plus près possible. Il donna pourtant le signal ; aussitôt les do- 'mestiques s'élancent» ks armes hautes, pour la frappe^» en apparence, tandis qu'en réalité c'était pour la sauter; nuns un mulâtre, nommé Delorme, élevé par les soins de la princesse de Lamballe, ivre de sang et de vin dans ce moment, se présente le premier, et voulant lui anracher son bonnet aved la pointe de son sabre, dirige si maladroileinunt le coup, qu'il la iruppe rudement au front; le sang rougit aussitôt sa robe blanche, et les blondes nattes de ses dieveni tombent sur ses épaules. En cet état, rapide comme Vèelair, Grison, dit la Pofce, saute d'un bond derrière elle, et posant sa main sur sa léte, t'écrie atee un rire affreux :
Camarades, cette pelotte doit èttB dévfdéa. Un dernier et terrible cfTort est tenté alorâ par les domestiques; mais c'est en vain. Us avalent compté que la princesse eourrait au milieu d'eox pour fuir, dt eUe ne pouvait faire un pas. L'un d'eux pourtant, s ciant fait comprendre d'un signe par le valet de pied, se baissait pour la soulever, lorsqu'un tambour noomié Chariot la ftappe d'un Coup de bûches k princesse tombe et roule dans la boue et le sang, échappée aux mains de ceux qui la tenaient. Dès ce moment, toutes les armes se lèvent sur elle, pèle-méle, confbndueSy pressées, enlacées; ceux qui étaient venus pour la sauver sont forcés de se retirer, et quelques-uns, sur l'énergique invitation des massacreurs, de frapper comme les atitres, pour éviter un sort pardi à celui de la victime. Dès lors ce M un spectacle horrible : C'était à qui Jui porterait les coups les plus forts. Ce massacre dura plus •longtemps que les autres, parce que les baleines du corset de la
^niNKm tisMient i^ùm coups, L'Italien Batondo, la puUMro Moni|8, Griaoïii Gonot , terrassien du faubourg Saint»
Antoine, se iireot distinguer dans cet assassinai. Les femmes p^aniausfi oiMéfis mu bominei et agissaient a?ec plus d'àcharnament, Angélique Voyer lui arracha ses Tétements et couvrit son corps de sang et de boue. Entre la peau et la cha- IBÎsa «Ue UrouTa un petit portefeuille cootenont des lettres, qu elle porta plus tard à la section Popiacourt. Grison sépara aussitôt la t4ie du tronc ; Fcnoi et Petit Mamin lui déchirèrent b {Mitrioa, an arrachèrent le cœur et le mordirent aux yeux de tous. Son corps fut porté h la fontaine de Birague, existant alors dans la rua éiaint-AxUoine, en face de l'église SaintrPaul, et OB a'anpmsa Je le laver pour mieux en voir la blancheur; puis on le traiua par les rues. Au muiutnl uii il passait rue SliiiUkfloAPr^ à l'endroit qu'on appelait la barrière des Ser» gssfa, un mardumd de volaillas ambulant qui stationnait se précipita vers ie cadavre el le frappa de son couteau, aux ap-
plaiidiwiiinenta de la^oule. Ce fut un nouveau signal : dès oe momanto» mutila le corps à plaisir, on en sépara les membres ^ ou ûnit par les jeter sur les cadavres gisants au grand Chàlalat, 4*«^ ila fièrent miloYés et précipités avec les autres dans le» eataeenbes. Ceat au moment où Ton emportait le corps à ia foniBJAa qu accourut une nouvelle bande de peuple, ayant
k 9Êk Ma Wia kmm qui k iûrigaait s c'était madame de Lovan-
dal et ses gens qui arrivaient. Cette dame aperçut la iéte de Sun
Attte qu QA promenait au bout d'une pique.
; ' Ea eflfot, QfiaoB* aprèi l'avoir coupée, était allé ches un
marchand de vins de la rue des Ballets, h, jjosaiit cetlo tôle SiAglaiitosiiv la comptoir, avaitforcé le maître da lui verser à
76 LES FEISONS D£ L*KUROPE.
boire. Après de nombreuses libations, il avait mis cette tète an bout d'une pique, et marchant à côté de eelui qui portait le
cœur, il avait pris le chemin de la place SaintrÀntoine.
Madame de Lowendal n'était pas la seule femme amie de h princesse de Lambane que ce sinistre spectacle eftt frappée: une dame, nommée madame Lebel, femme d'un peintre dis* tingué, qui devait son état et sa léputation à la prineesse, ne cessait, depuis son arrestation, de rMer autour de la Force pour en avoir des nouvelles. Ce jour-là, plus inquiète que de coutume, elle allait vers cette prison dans le même but, quand elle vît la tête, que les longs cheveux flottants lui firent reconnaître d'abord. Epouvantée et folie à ce spectacle, elle prend la fuite et se réfugie chez un perruquier de la place Sainl-Anloine pour éviter ce terrible cortège ; à peine y est-elle arrivée, qu'un grand bruit éclate au dehors; le bruit approche, grossit; la foule se précipite, et au travers du vitrage de la boutique madame Lebel aperçoit de nouveau cette tête qui semblait la poursuivre. Glacée à cette vue, elle tombe sans connaissance contre la porte de l'arrière boutique; la porto s'ouvre et madame Lebel reste évanouie, couchée de tout son long. La porte de la boutique s'ébranle en même tomps : le perruquier croit qu'on en veut à madame Lebel: mais Grison s'avance gravement, et lui présentant la tète, lui ordonne, au nom du peuple, de la friser et d'en poudrer la blonde chevelure. Le penroquiert avec un sang-froid que l'extrême courage peut seul donner, fiût aussitôt ce qu'on lui ordonne sans dire un mot, sans faire un gesto, sans manifester la moindre émotion; mais tout en remplissant cette afihreuse cérémonie , il cadie derrière lui le corps inanimé de madame Lebel, recule à mesure en le poussant
UFOBCB. 77
me son pied, et finit par le soustraire entièrement à la vue des massacreurs, dont les cris et les rires féroces font retentir les au8«
AinsHAt le cortège se remet en route pour se rendre cette fois chez madame de Beauyeau, ancienne abbesse de l'abbaye Saini-Antoine. Dans la route les massacreors se relayent pour porter le sanglant trophée, et quelquefois arrêtent les passants, et les forcent à sanctionner leur œuvre en leur imposant l'obligation de port» à leur tour la pique au bout de laquelle est attachée la tète on le cœnr. Un jeune homme qui avait reconnu ' les traits de la princesse de Lamballe, fuyait rapidement dans la rue Saint-Antoine. Grison l'aperçoit et crie après lui en le désignant. On Tairéte, on Tamène, et Grison met entre see mains la temhle pique et le force de marcher à ses côtés. Muet, consterné, ce jeune homme, âgé de vingt ans, fait machinalement ce qu'on lui ordonne et suit d'un pas chancelant le cortège qui l'entraine. Ce n'étaient ni l'effiroi ni l'^uvante qui l'agitaient en ce moment : c'était la douleur la plus prolonde, cette douleur qui parasse jusqu'à la pensée.
Dôme ans a^mt, un eniSuit de huit ans jouait avec tout Tabandon de son âge devant la boutique de son père. Tout à coup passe un brillant équipage, aux chevaux ûers et hardis , aux riches hnée». L'eniant interrompt ses jeux, regarde, bat des mains, sourit, et montre une double rangée de dents Manches. Aussitôt l'équipage s'arrête; un valet de pied vient respectueusement pvendre les oidres à la portière, n s'avance ensuite vers Fenfont, l'emporte dans ses bras, l'asried dans la Toiture, aux côtés d'une belle dame qui l'embrasse, et, rapide comme le veot, l'équipage se dirige vers le bois de Vincennes» au m^
7a LES PRISONS UK l.*|UBOPB.
lieu d'un nuage de poussière. Au retour de la promenade, la ' grande domo s'arrôtfi, dépose reofiwt dan» la boutiquû de »m père, et laisse à la famille des marques de ses bienfaits; puis elle fait élevgr cet eniant, le joigne» le dirige» et ((limid il ^t en âge lui forme un établissement.
la grande dame était la princesse de LambaUt: Veabnt était le jeune homme dont nous parlons ; et la première reneoniru s'était passée dans la rue Saint-Antoine t à 1a plaee même oii l'on contraipait maintenant celui qui deyait tout à cette femme d^ porter sa tcHe, dout le $ang tachait m maiu^
SatiaCsits de sa eomplaisanee» les massacreurs, m bout de
quelques minutes, le délivrèrent de son horrible fardeau. C'est alors qu'ils marchèri^t droit au Temple, lions ayons dit dans rbistpire de cette prison ce qui se passa alors. C'était dans ce
moment Charlet qui portait la IlHo, et Grison le cœur. Tous
deux étaient montés sur un tas de pierre, et liaisaieiU les plue grands efforts pour eibansaer leurs sanglants trophées jusqu'à
la hauteur des croisées. Lorsque les députés des massacreurs qui avaient pénétré jusqu'auprès du roit sortirent et ^nApxicérent que personne ne pouvait plus wtrêr dans le Temple, la foule rugit et voulut enfoncer les portes. Ou sait que ce lut uu ruban triccflore qui l'arrêt». Sur ce ruban on avait écrit ees mois ;
«« CUoifmiMt vmffuià mepiUê tMngrefliicfi «i^as aUkr tmmm de i'orikfin respecta Cfiite barrière ; elk ^ néom^k^ à r)a(re m-
Ii*écharpe triooloie ami sauvé la princesse de Lamballe sous l'arcade Saint-Jean; Iç ruban tricolore sauva cette fois la mille nqrale. Ces çiioQpatancea sont trtefemaïqnabiea m m lieu de la lage aveugle qui animait les mas^^creunu
LA FORCE. W
Us rapeotèrent donc celte barrière, et voulurent poursuivre leur promeiiade. Un seul cri s éleva alors : À 1^ hôtel de T(mimmi à f MM i$ IMmê t CéCait là qu'habitait le duc de Fealbîèvrc. Co vieillard» qui| par set> ver lus privées , avait échappé à la pfOMriplîdm dttS autM princes du sang* était resté à Paris spectateur impassible de ce qui se passait autour de lui, indif« fésGoi k tout» excepté aux dangers qui menaçaient sa belle-fille. Nous avons tu les efforts qu'il avait laits pour la sauver. Ces efforts avaient échoué. Il aval, appris la mort de la princesse, . et les profanations dont ses restes étaient devenus lobjet. 11 ne lui restait donc plus qu'un espoir et une consolation, c'était de recueillir ces restes et de les arracher à la fureur populaire. 11 avait donné ses ordres à cet tlTet, et les domestiques déguisés en massacreurs étaient revenus danâ leurs rangs, pour pouvoir accoiiiplir par un moyen qiu l conque cette dernière mission. Us étaient au milieu d'eux, quand on proposa d'aller à | VhtitA de Toulouse, aujourd'hui la banque de IVanee, et sni- ' virent le cortège; mais en route ils parvinrent à détourner les massacreurs d'exécuteir ce jprojet, et leur proposèilent en • échange de ê% rendre au Palaift-Royal , où était le dua d'Orléans. Le cortège continua donc sa marche par la rue Sain^ Amoré. Au milieu de nette rue, il tenocmtiia une jeime pereonne liée avec la princesse de Lamballe, et qui, revenant d'Italie avec un domestique» descendait à Tinsiant de dili» genae. Le we deeattt tèlè lui fit une telle impression qu'elle en mourut six heures après. L'homme qui portait la pi(iue peise si pièe des deux voyageursi que les bouoles des longs cheveia de la prinoesse s'entortillèrent dans ka boulons de l'bebit du domestique. 11 fut obligé de couper cette boude, et
èè LES PRISONS DE L'EUROPE.
il la donna depuis à son maître, qui la conserva comme une leliqae (9).
Quand les septembriseurs arrivèrent an Palais-Royal, le duc d'Orléans était à table, avec Agnès de Buffim, belle-fiUe da oa» turallste. Au tumulte qu'il entendit, le duo se leva de table» et regarda au travers de la croisée. Agnès le suivit.
— C'est la téte de la princesse deLamballe, dil41; je la re* connais à ses longs cheveux.
Mais Agnès s'était évanouie à cette vue. Lorsqu'dle revint à
elle, elle dit :
~ Qui sait, eioepté Dieu, si ma tôte ne sent pas aussi qud*
que jour promenée dans les rues?
— L'infortunée, reprit le duc, après un moment de silence» si elle m'avait cru elle ne serait pas là I
Le cortège termina sa sanglante procession à l'apport Paris. Un boucher iptii le cœur, le coupa par morceaux, et voulut le partager entre ceux qui étaient là. Sur leur refus, il saisit ces restes et les jeta au milieu des assistants terriûés, en disant :
— Puisque peiaonne n'en veut, que les cUens s'en noup» rissent.
Tel ftit le dénouement de cet horrible dnme. Nous ne l'avons écrit avec autant de détail que pour fixer un point jusqu'ici indécis dans l'histoire contemporaine. Nous avons déjà démontré que les intérêts privés ou les vengeances pemmelles ne pouvaient avoir été le mobile de ce meurtre. Maintenant nous demanderons si la conduite des mAsacreurs, telle que nous venons de la présenter avec la fidélité historique, peut être celle d'assassins soudoyés; si l'on ne voit pas dans cette
u FORCE.
rage, dans cette cruauté, dans cette barbarie, l'aversion, la haine, la vcDgeance d'un peuple, qui, prenant au hasard la ▼ictime qui se présente, la frappe d'autant de coups qu'U compte de souffrances? La princesse de Lamballe, comme nous l'avons dit, était inséparable de la reine dans la réproba^ tion populaire; la frapper, c'était frapper son amie, pourru que son amie vît les blessures qu'on lui faisait. De là cette idée d'apporter sa téte sous les murs du Temple. La princesse de Lamballe était de la famille d'un de ces rois dont les années menaçaient d'envahir la France. Ces armées étaient à Verdun; on leur jeta cette tête pour les faire reculer. La princesse de Lamballe était alliée à cette famille royale de France, prisonnière au Temple et protégée par la Commune; c'était la seuls à laquelle le peuple pùt atteindre , le peuple la tua. Voilà les mis motifs de ce meurtre, et non l'or jeté aux assassins pour assouvir une Tengeance particulière, une haine personnelle, pour protéger un intérêt. L'or ne fait pas comraellre de si grands crimes. Pour cela il n'est que deux passions, le fanatisme ou la politique. La politique seule eut part à celui^.
Disons maintenant combien fut regrettable la fatalité qui empêcha de soustraire cette princesse aux massacres; disons combien furent affligeantes et sa mort et les circonstances qui la suivirent, et donnons comme palliatif à cette belle cause révolutionnaire qu'un lait isolé ne peut ternir, la fin de quelquea-uns de ses assassins.
Delorme, oe mulâtre qui frappa le premier oélle qui fbt sa bienfaitrice , périt sur lécbafaud après les journées de pias» rial, en l'an m.
Grisou, devenu ^ef d'une bande gui désohùt la Champa-
Diyitized
I^e, fyA également condamné à mort, çt exécuté à Tlrojes dans
\g8 premiers jours de janvier 1797.
Charlet, reçu dans les rangs de nos armées , fut massacré par 969 caiiM^ades eux-mêmes , en peine du talion , lorsqu'ils eurent appris sa conduite dans les journées de septembre
Ë9£n« ]fi iqarchand de volailles qui avait donné un coup de çoifteau au cadavre de la princesse, étant parvenu à obtenir le ^rvice des cuisines impériales, jouit du même privilège au retffqif d^ Bourbopa; mais dénoncé à la duchesse d'Angouléme, 9 se vit retirer cette riche fourniture» et ayant fait de mauyaises I^I^s, il se brûla la cervelle.
IlqDS 1(1(0(04 ce. que devinrent 1q corps et le eœuc de cette p^nc^se. Quant à sa tête, diverses versions ont été faites à i^t, ^gyd. yoici la seule vraie , car elle est appuyée sur une i|i)t)if^tiqife. Après. la scène du boucher, Charlet contîà promener l^ tète dans Paris; mais le peuple était iatigué, il (|ya|tfaim, il se retira, Charlet resta seul avec les émissaires
di^ç d^ f eit^tl^èYre, qui, le conduisant de cabaret en cabaret, le ûre^it bpire jusqu'à ce qu'il eût perdu la raison. Il laissa sa piquai tôl^t à la porte d'un m^M-chand de vins. Alors
l)iOi|pDé Jafsques Pointel prit la téte, la mit dans une serl^e||te, et l'apporta au comité des Ouinzc-Vingts, pour la l'aire iphn^er^ f^it i;é$u^te du procès-verbal suivant, publié daps 1% f^evvfi r^rofpepftve, tome 3, page 152. Les termes de oe procès-verbal, émanés de la section la plus révolutionnaire, sont triè^rfff^jït^b^, ^( dû^fiit bea}|COU(f k réfléchir sur les motçjijr^d^, mfussacref.
« Section des Quinze-Vingts. Comité permanent.
I, Ifl l'an iv de la liberjlé, et le i*' de T^^alité.
% l'edtojTh Jacques Pointe), de la ïîalîe nn\ Bl<*s, Vué des PetiU-Champs, 69, est venu au comité nous reqaérilr; poùif fiiire inhumelr là iMe llfo h d-din^l fMrindsîteé de Uta&faàHe, dont il était venu à bout de s'emparer. Ne pôUVâiit (JU'applAudir au patriotisme et à rhumanité dudit citoyen» nous noiÉA kdtû* mes thiâ^pioMéd Aîr4e-«hAtli|>v M )iTt>hft M ifittlrtffë^ diihs le cimetière des Enfants-Trouvés, voisin de notre comité, et 8ut notre seciion, ladite téte, et avbiis donni^ le ^rirèsenl poof lid seryir dé déobaifei etyaloir oe que de raison.
M Fait au comité, le jour et on que dessus.
M DttnrotnLLBt oDmmissàiffe des Quimfe-Vingls; » Pour exiraii conforme : Rb¥bl, sous-greffier. »
Le duc de Penlhièvre obtint de faire exhumer le lendemain oeti» titè. ËUe (Ul mise dans une boite de plomb) il entojrée à lkma\ 0% éiâit la sépulture de la famille.
Nous avons dit qu'il y avait quelques prêtres à U Force; et nmed aims Mi cdnnaitre presque tous les lioiiis. Leur tour arriva de comparaître an tribunal. Les abbfes de lîotlex ét' Flanst n'y aiaient pas encore été appelés; instruits tout ce qm se paMait, ils Blutaient préparés à la morit poit; par «ne liieur d'espérance, ils avaient ugilé le cas oîi le tribunal prononcerait leur acquittement.
— Dans ce eas, disait l'abbé Flaust, on nous detdaiidcrait b serment qu'on fait prêter aux autres.
— fit nous detrions le refuser, répondait l'abbé Bottet;
— Ifôus è$i4l permis de di^Hiser ainsi de notrb tie, par nn acte qui sera du courage aui yeox des hommes, mais ( pii pourrait êtrè de la faibiesdb nm yeux de Dielif car le piièlè« doit s'humlliët et subir les souffrances qu'on lui impose.
m LES PRISONS DB uBuaora. ^ ^
— Màb ce tenneiit n'est-il pas le mâme qoe oeinî qoe nom afonsreflisédéjà?
— Ce senuent s'appUqœ à rhomme et non au prêtre.
— Le prêtre marehe ayant Ihomme* et le mar^ esl lait pour lui.
— M'est martyr que celui qui meurt pour la cause de Dieu. lé e'est pour la cause des hommes, et le prêtre, si fixrt anodessus des choses de la terre, doit-il sacrifier sa mission céleste en prenant parti dans les querelles des peuples et des rois?
En ce moment les corridors retentirent du nom de Botta. Celui-ci, se levant aussitôt avec courage, embrasse Flaust, et lui dit :
— Mon heure sonne. Adieul mon frère; pria pour moi si
}e meurs; priez pour moi si je vis, car si le Seigneur m'inq)ose le iàrdau de la vie, notre mission de?iendra pénible dans ca temps de trouble et de malheurs.
L'abbé de Bottex se rendit au devant de ceux qui l'appelaient, et l'abbé Flaust , resté seul dans sa chambre, se jeta à genoux et se mit en prières ; mais tout en implorant le ciel pour son ami , il roulait dans sa téte les divers motifs qui le poussaienlàprâterouàrefuser le serment, si le peuple le lui demandait. Absorbé par cette idée, il cessa malgré lui de prier, et s'abîma dans des réfiexioiis profondes, lorsque tout à coup un long cri de rage le fit sortir de sa rêverie, et il vit devant lui quatre hommes qui venaient le chercher à son tour.
Le cri qu'il avait entendu avait été poussé par les massacreuis, qui hnmdlaient Tabbé Botta.
Conduit devant le tribunal, Bottex fut acquitté. On le conduisit alors en triomphe, comme les autres, devant le monceau
LA FORCE. J
de cadawes, et on exigea le sennent. Là Bottex refusa avec énergie. AiuritAt un eri de fureur se fit entendre , et Bottex tomba peroé de coups au pied de ees cadavres , dont il vint grossir le nombre.
L'abbé Flaust était l'agent du prince de Gondé. mais le registre d'écron ne menticnmait pas cette, accusation. Il fat acquitté comme son confrère.
Au moment où il allait être conduit au guichet et mis en liberté, des acmpnles sur le serment qn'on allait exiger de lui lui arrivèrent tout à coup. Voulant se soustraire à la c(^rémonie, il demanda à remonter dans sa chambre faire ses préparatife de sortie. On le lai accorda fiidlement; ensuite la besogne qoi restait empêcha de plus penser à loi. C'était ce que voulait l'abbé Flaust; il espérait, une fois le calme rétabli , pouvoir sortir sans prêter le serment; mais le lendemain, dans la nnit, il fut aperçu dans la prison, repris et reconduit au tri* bunal. Pendant qu'il attendait son tour un des chefs des massacreurs le reconnut :
— Que diable fldtes-vooB td? lui dit41; on dit que vous avei déjà été jugé.
— Oui, et absous, répondit l'abbé ; on m'avait mis ici dans un lieu de sCkreté.
— Belle sûreté! Vous «vei eu tort de ne pas sortir hier. Puis il lui conseilla de dire au tribunal qu'il avait été déjà
jugé et acquitté, et de ne répondre à aucune question. C'est ce que fit l'abbé Flaust, et il fht absous une seconde fois; mais il ne put alors éviter la cérémonie du serment. Nous allons le laisser parla luî4néme :
« réfais comme stupide et hébété d'horreur. Tout k coup
m us PRISONS m vB\mn.
mftcoBdiKteiiit s'anéteat. 1% me tttum dêmie% te^s fî^i (imes qve reooumit It troue sais tète de BMdune de Lem^
iNtlle, la poitrine couchée, et les bras étendus sur ce monceau de morts; tout le bas de ce cadavre penché de moiie6lé« k plante de ses pieds touchant presque les miea^ (10). Vingt-six heures de trouble» de frajfeur, d'angoisses» d'horreur, et ce spectacle sous les yeux pour couromier mon agoniel Le 8e»> ment de la liberté et de l'égalité avait lui de ma pensée. C'est alors que» me faisant lever la main sur ces cadaYres^ mon eon* duelenr pnmonee et m'erdoone de prononcer avee lui de serment. Je veux me recueillir avec toute la vitesse de l'éclair; je rappelle ees raisons que | avais alléguées pour me peiSttader que je pouvais jurer; je Taveue, pas une de eelles qui pouvaient me dissuader ne se présente à moi; je crains en refusant d être mirlfri non de la I6ii mais d'une single opinion, i'faéstta cependant. le sais qu'alors les glaives s'évaneèrent; je ne m'ed aperçus pasi je jilraii Je ne sais si ce fut machinalement, oit) comment. La foule s'ouvre; on me permet de me fetirer; b raison et la réflèxion arrivent. QU'ai-je fait! Mon Dieu! si ce serment est contre votre loi, je m'en repcns» je cours le rétradter» Mais le doM-je, et senije pirudent? et eetie rétractation suffit-elle pour faire de ma cause celle d'un martyr? 0 Dieu! que n'ai-je été conduit et que ne auis-je mort aux Catmes avec flUkfrèreÉl »
La différence d'opinion et d'action de ces deux prisonniers devait être consignée) elle n'est pal moins étonnante que leur acquittement par le tr&umd. Un troisième j^étre^ un mairsi fut aussi acquitté. 11 déclara devant les juges qu'il était fils d'un paysan, fu'if ant refusé [^e serments son père s'était jeté
aifdtmwl de kn pwi le protéger, et qu'il «y^it massskca^ sous ses yeux. Ce récit toucha les mçm^i^^ (i^ irib^^^l,
die daa luète de eokkit.
Quand à l'abbé Ftaust, cpiisidéré comm^ ft^ii le lef-
mnit, a Itil WBVBÂ 4 le em é^J>m9^!fW vf/W^. '^V^vnA pee devoir açcepter, et se rendit à loodrai» il resta avec ses C(mfrères. Ce piètre était très-lié avec VeU^ 9Dula];igef . 44teui4 OMoanAliii|iSAi])A-Fimia»oàikAaiii4^^ ip^r^samort oa trouva sur lui la lettre suivante de l'abbé ^lau^t, dont le tûSL de plaisanterie e4 de douçe résignation çpnl^^te.si lort aveç. !■ iBuÉté dflA éiàneBifiBie oui eaivin&l :
(f Mon cher ami, » YoQS eayei flans doute que je soie dane la yoMèie de la
Force, où il y a beaucoup de pigeons. iNous voltigeons le jou» daDelaeotir,etlanuitiious80iBmeB eneagéedansiioliecédiiil bien verrouillé. Nous sommes dix à doue pî^eoM bous de notre race , et beaucoup de pigeonneaux qui voltigeaient jadis ifams la voU^ des Tuileiies. (MneloiiiiiiliiicbèDevisiiîiieii» pas même de l'eau pour leiiFniraiekir le gosier, à moins qu'ils n'aient en échange la monnaie courante. Haillerie à part, ja suis ki depuis l'Assomptioii, autant gai> autant content ^'on peut l'être quand on n'a pas la def des champe. Foint de messe, mais en revanche il me reste mon bréviaire, qui iait ma eonso]ati<m. Geounent seporte M. ¥w... (François, IL le ah*!... (le chevalier de Villette), et tous vos respectables commun naux, etc., etc.
A Je vous aine tei^oiint
\ LES PBISONS UE L*EUROP£.
Les jugemenls et les massacres se prolongèrent jusqu'au 6 septembre à la Force. Ce ne fiit pas que le peuple se num- Irât plus cruel dans cette prison que dans d'autres, et fît plus de victimes; au contraire, ce lut que les jugements du tribunal fendirent leurs débats plus longs qu'ailleurs.
Dès le 5 septembre, et eeei est important è remarquer, deux commissaires furent nommés dons la séance du soir du conseil de la Commune» sur la demande de la section de l'Arsenal, et autorisés k fure transporter h Sainte-Pélagie les prisonniers acquittés et renfermés à Saint-Louis la Culture. Les commit»saires étaient Lecamus et Baudouin. Ce ne Ait que le lendemain, 6, qu'eut lieu la visite de Pétion dont nous ams parlé, qui chassa les massacreurs des prisons.
Plusieurs prisonniers parvinrent à s'échapper de la Force sans être jugés. La plupart durent leur salut au concierge BauU; on cite entre autres le maréchal de Ségur et Dupont de Ifemours» ancien avocat.-
Si l'on en croit un écrit publié en 1817 par la veuve Bault, son mari fit évader plus de deux cents prisonniefs, et s'enAiit avec eux. Ce récit, que n'appuie aucune preuve, est évidemment exagéré et aussi dénué de fondement que de vérité» comme on le verra par le chiffre exact des écious que nous allons donuer.
Deux traits saillants marquèrent ces journées sanglantes : A la séance de la Commune du 3 septembre au soir, un
nommé Louis Berzet, prisonnier de la Force, dont l'innocence avait été proclamée, fut remis entre les mains d'un nommé Tripier, demeurant à la foire Sain^Laurent, qui s'ofirit à lui
donner asile, et à fournir à ses premiers besoins, bien qu'il ne
« ... ; • .» • • 'Il
le connût pas. A la soite de cette énondation, le procès-yerbal
porte ces mots , remarquables dans les circonsiî]g:iç^. et l'assemblée oà ils étaient écrits:'
« L'bumanité de M. Tripier et sa sensibilité obtiennent les plus vifs applaudissements de l'assemblée, et la mei^tionjbo^qrable de sa conduite est consignée au procès-yerbal. . -,
Au plus fort des massacres de la Force, on vit avec étonnement un homme occupé h dessiner ces scènes sanglantes., ll^n député de l'Assemblée législative vint è ^sser, ^l'i^pej^çut, et courant à lui, lui dit : ■ .: «
— Que faites-vous donc là, monsieur David? . ... ;
.'" t i'*!" ■ ' ' •il''.''''. /..î>l 1
— Vous le yojez^ répîqndit le peintre, je saisis l^,(ferQier9 mouvements delà nature dans CCS scélérats. ^
David rendit inséparable sa carrière d'artiste et de tribua. Où sait que/meinbre du comité dé sûreté générale, f l^^^Bgif en signant les mandats d'arrêt ;
— Broyons du rouge 1
n nous reste à dire maintenant le nombre de prisonniers
massacrés à la Force. MM. Barrière et Benillc le portent à 1386; l'abbé Barruel, dans son Hittoiredu Clergé, à 600; Mathon de la Varenne, qui a donné une liste nominative des vie* times, à 167. Bûchez et Roux s'en réfèrent à ce chiftVe; Peltier donne celui de 164. M. Barthélémy Maurice, dans ses Pritona iê la Sém»t &iunt un calcul de proportion, pense <iue le nombre des morts n'a pu excéder 120.
Comme MM. Bûchez et Boux, et comme M; Barthélémy Maurioe, nous avons vérifié le registre d'écrou, et nous sommes d'accord avec eux. Il y avait à la Grande-Force , le 2 septembre, S75 prisonniers. Cette constatation détruit déjà les deux
91 un nwm m vvmsnu
premiàm amrtioiis que nom Tenons de mentionner. Lts S75 écrous sont suivis d'autant de blancs; de so^ ({ue. rien ne |Mot faire présumer m le legistre les acquittements ou ks «léeutioiis: mais d'après la mardiê générale de ce tri()tmal, les
nombreux acquittements qu'il prononça en altendanl que les commissaires de la Commune fussent installés, nous sommes disposés à croire que le pombre des irictimes n'égaU pa*» ^ beaucoup près, celui des gens acquittés, et, sans pouvoir poser de chiffres certains, nous croyons quQ c'est entre les. ^eux ()ei^ mers qu'il fout cherdier la vérité.
Ainsi, ri ces massacres forent terribles, et si, en historiens impartiaux, nous n'en avons pas dinûnué l'horreur, nous constatons du moins ayec joie je petit nomtnre (fes Tiotivues* ce nombre, en effet, tout regrettable qu'il est, devient petit à côté du chiffre énorme et exagéré que les eauemis 4^ la ution onl inscrit partout.
BfçpMt^ dt ynl^jhrf f- CbifTre eiaet des prUonoierf darant le goateroemint de
iâ Convention.— Tour joué par Champagneux à Lequinio et Lebon.— Champagneux à la Force. — Physionomie de cette prison. — Les chiens geôliers. — Combat de l'un d'eux avec un prisonnier. — Le duc de Villcrol ses doi^eitiguc».— L# fen^Ue Vandeniver. — Le jeune Sombreuil et sa femme. — Uiw dnidllée de priMNmiM* — Arrestation dea aolumte-lrei». — Btlllltiar k«r «çliftii. — «• «5e«pâlla»§ 4ee priionnleM, — Jm d'écjieei léiolvtiODiiaire. — |a pn^ de boMon. - Onc^ falk- Vifià-^i«iiland. - Airtndi.-!)^^ -Clwtellain. - Grande ni- - tM IW fMfr — I/4^fatM de puchàtalet. - Adem Lut. — Sa collaboraiton avec OMBpagneux. - Drame sur Charlotte Corday. - l ettre de madame Roland. - Héritage dé Vergniaud. — Péripétie et dénouement du drame. — Mot de Liuguet. -Empoisonnement de Duchàtclet, - Ecrou de Volney. - Batterie de cuisine de Kersaint. - Madame KoUi et ses en(anU. — L'égout de la Force. — D^W* U U Convention concernant les enlants des condamoéi i mort. — Tranrferl de q^irt»-
miu, * pour U noiuiilwe dM ptUosofan. — Effet matériel du 9 ther-
mUttr dtnitMYtilOfik. — TaMmu dé foutes les prisobs de Pàris eu 8, au 10 et au |0«iimHir.>GompanisoD «vmIb ^Ifttii^ld^ffilMMiwk dHpdMMkit MM la DiiMloirai
Le i^peffteûxe ^néral des prisonniers de la Force, par tettie dpbflbétiqii», ocmtiaQi à to date du 7 cette énonciation aussi jemarquablB qu'étrange; nous copions textwUfittent :
f Ai MluMi 7 1792. lin la réiHilulion.
n LES PRISONS DE L*EUROPB. ,
Voulant nous rendre compte du nombre des prisonniers enfermés dans cette prison pendant la durée du gouyeruemenl de la Convention, nous avons minatîeiisemeiit dépouillé oe répertoire, et nous sommes arrivés à un résultat certain. Depuis le 7 septembre 1792 jusqu'au â7 octobre i7d5 (5 brumaire an IV), jour où le Directoire a été établi, c'esiMire pendant trois ans un mois et vingt jours, 7,922 prisonniers ont été mis à la Force. Ce chiiire, tout excessif qu'il puisse paraître, nt peAt servir idê ferme de comparaison pour les autns prisons. H est à remarquer, en effet, que beaucoup de prisonniers de la Force n'étaient là qu'en passant et n'y séjouinaient que pea de temps. La plupart, venus d'autres prisonsir tofteimit de là pour aller dans de nouvelles. Le chiilie des prisonniers semblait donc grossir à mesure, tandis qu'en réalité il était pNi> que lé méme.'Plusieurs relations qui nous ont été laissées contiennent le récit de la captivité des mêmes individus au Plessis» à la Forceraûx Madelonnettes, à l'Abbaye. Cétait le même prl* soonier qui venait augmenter le nombre des éerous , et qui a été compté comme nouveau. De là provient sans^dpuda Je oMIpft «uigéi^'des prisonoiers pendant la révohitioii; qœ Ibs liistoriens ont donné dans les divers écrits publiés sur cette époque.
'"Pour' la Force seule, Champagneux, dans ses mémOirès
qu'il a mis à la suite de ceux de madame Roland, dit que six mois après son arrestation, janvier 1794, ils étaient plus de dix^îDlilê pirisonnim. On vient de voir que les trois aiinées'dn règne de la Convention n'avaient pas même atteint ce cbi£fre. 11 est millé*erfeurs de ce genre que nous jSurions à vûlovèr; ai le temps et l'espace Hotisie pbilnbtt«fielit/Nôi» dous llXM^^
Oigitized
• : UFOIGB. n
è oeDe-ei qui estiimyortwDtej apcèB^évôi» pôsÂlé'iiembre «sact . auquel âu ue. peut rkn ajouter. Du reste, nous consignons ici des jObsennitMmiqm- doirait s'i^pliijpitrià loiilea.ks piisons de Paris pendant celte époque. . . ;» ii • •
. On comprendrif tAcilâment qu!il nous.estdmpossible de menr Ûgimf piitifutièmii^^i^Am jepl mitts ynaoniiei» in»crils sur les écrous. H en est une partie que nous négligeons à dessein, parioe que ]»ous les cetrouymns dans d'autres prisons, joù I^ liii!loiie esl.D^^ nous ne parlerons que des plus intéressants par leur position ou pur l^ éyifiw^ qj(M/lW. arrivèrent, à la Forée. :; i: i:
Le 2 août 1793t Gollot d'Herbois» Lebon et iLequinio, après çiToir copieusement diné, se dirigeaient en chancelant vers le lamist^d^yintérjuMir. .Arrivés à cet hôtd, ils demandèrent k ministre Garât, qui était scvti, et entrèrent dans le cabinet de Çhampagneux, son secrétaire. Cbampagneux s'était rendu sus- PQCH deiHua kmi^lempi par son attacbement à Bokmd et à sa ieomie, incarcérée depuis plusieurs mois. Cette dernière correspondait a?ec lui, e^ lui avait confié des fragments de ses niémoûras.oCtliipp90Ma lui .iai^vt en .outre de fréquentes visites k l'Abbaye d'abord, et ensuite à Sainte*Pélagiet où elle était en^ioe.ix^Qment. Une suspicion légitime planait.:donc sur lui dans œ. duel à mort .des girondins et des montagnards , et quoiqu'il fût dans les rangs de ces premi^ par ses opinions et ses relations, il avait conservé sa place, et personne a'avait oeè le déaioxieor.iiiieévir ceiitre.lai..Gaiat,' suspect lui-même à bon droit à ce parti, protégeait son secrétaire de son iuiluence. et souffiriût.cejÇQnynfiiKce,.^ auquel, il^ n'osait s^ ostensi- Uementi maie qu'il approuvait en secr&L Les trois repiésea*.
u» PEimi M L*iimon.
iÊBto, «(Nrèt Mte m/Mé^éÊmlt bmm de Chstopagneni» lui parlèrent de choses et autres; mais bientét ia conversation fpitt w atftre IM.II yj^iait mr sa lal^ des tmprniétf une série de ^{aestions dont on «Hak Um renvoi à tontes les munidpalités de France. CoUot-d'fierbois prit cet imprimé, 1» int, le eoHDMÉita afeeeeseoUfegees, el finit far aeenser Champagneux.
CeiuifOi se défendit d'atxMrd ferment; mais bientôt, éehaufiTé Ini-mtee, il tiMt lèle am tréiseonTentiennflis, elCollot, se levant tout à (<oup» s'écria :
— Tu n'es qu'un miskable grondin; je vais te fûfe arrêter. La Iriboiial débroe^ra ton BÊÊBÔié.
Recommandant aussitôt à l^bon et Lequinio de le retenir, tt courut au cemité de sûreté générale, pour obtenir Tordre dé •tel «rrestatloii. IMIé Mil aveeleddeM tefftéseMHito; €kta^ pagneux voulut appeler ou tenter de fuir par force; mais, bien fue prisée «fiB, Le^nîeetiiebon duiBut Tèn^inpèeher. Alon^ eenaie«viiemÉlié'q»l<(W Télifne4<soii-ae>% âkampag^ett stt et eut l'air d'attendre avec patience.
•---<)e'U M abeud^aw Ion beroalil dtt^efUBio» l'étouffé; dit Cjebon; f ai aieereasiil.
oeki m tienne, répondit Gbaeipagneuii si vous foukBvdiii>iiipaiebir»fai dans- ma èhambtef qid4eii6beà mon cabinet, de quoi VOUS «tli&faire de toutes manières, du yin et
dakfiralobeuf*
Voyons^ dit iebon en aeleiafil, mentieiifiMtt le obemk.
Champagneux se leva h Sun tour, et marcha vers une porte qu'il onvitl, puis reeulant et s'inolinaat devant les deux fepf4> tealttits» il leuT'M :
Esi-€e que Ui refiens aux manièm des d-devani? Um
4it LQtK)u en jetant sur Iiii vui regard couicoUQé, ei il pfi^
•T» l'^i toqjouzs pen^é quç Ui étaift UA aj^lpcpyte» dit {«equînio ça sqiyai^t {itpxi cpU^vie^. . .
— Où eal ton vin? demanda LeboiL
7* \ki instant, interrompit Lequinio en gtassqdwtf i)i^;iÎKWi8 ui^ peu. Il a rfti^Qjçi; ici noM» ij^oumieiH «^u feais,
— 1^ bj^.l jeflit^j^ ^;éoria ClMU^P^v^t 4^ MaH demeuré daas i's^i^ pièoç* çt 8'en^>fe88a de {çrm^ la porU^ è dçui^l^ tpu^-.
— ^ miséraUe I il not» enfenne, crois, s*^ria Lscpiinio*
r- Vojlà ce que c'est d* avoir voulu suivre les mant^ de ï^jm^ fiô^me, dit {^eboQ? Si 90W» it^ti^is pas pa«s4i. ^ piieDiier^*^.*
Et s'avançant aussi vers la porte, il frappa violemment, et IK(HS8a deis cr^ ii!»l(â«ti8W C^inp«\|;aett«, d^ çk^ le eo])ci»rge dç l'hôlA «Tftîl pr^vf^tt de ne pan iiionler $m et au bruit qu'on entendrait. Las de crier et de frapper, Iç» deux représentants niaudiren| ét^ boa Oûdur teur. (Hi^è^^e t^loti qui était longtemps 2^ revenir. Fripant ensuile leur mei( en patience, ils. ^ jetèrent sur le lit de Champagneux, et s'endor-
miient d'vit profond sommai. C>t dans cette (H^fition (fue GoUot-d'Herbois les trouva lorsqu'il revint avee les gendapoea pour arrêter Çbainpagaetu. 11 rit de bon cour du tour joué k se^ çc^^f^i^ n^is n'en pour^vit pas moins (^lui qii'il cherchait. Vp^^^ d'arrestation uvait élé signé par le oomit^ do ninUé g^fèis4% ^ fut mis à ^cation le 4, 4^U4 im^
Ge jour-là Champagneux fut conduit à la Force. Voici son écrou: ' •
«r 4 août 1793. — Cbampagnenx, Ioiii»>Aiitoîiie, âgé de ({aarante-neuf ans; l'un des chefs de bureau du mini8lèreâe1'iiité>
• rieur, rue Neuve des Petits-Champs. — Détenu par Tole de police et de sûreté générale» jusqu'à ce que son affiilie soit édaircie. i»
« Ces terribles portes qui se fermaient pour la première lois sur moi, ditril, m'inspirèrent une horreur q[ue j'anr&is de la ' peine à décrire. Il iSiut avoir passé pér cétte sîloation^tNMir fèn faire une idée juste. On me conduisit d'abord dans une cour qui sert de heu de promenade aux prisonniers. Là je vis la ' 'réunion d'une centaine d'individus qui lûe'paniient aussi dissemblables par leurs figures que par les sensations qu'ils semblaient éprouver. Je reconnus dans le nomfbre le générkl M(i- ' landa, Custines fils, le général Lecnyer, Adam Lux; Vag^àlaiiâ ' etYalâié: • ' ■ ' '
• ' » Ge qui m'étonuait, c'était de voir tant d'états divers, de -'mcnus' dissemblables, d'opinions disparate^ associées dans '
une même proscription ': Tulasé, parini W fermier^ génériià; '
Vergniaud à côté de Linguet, etc. » ' ' ' *
C'est, en effet, l'aspect dé la prison de la Force que àous ' trouvons décrit avec le plus d'ièdpârtialité parmi fes'yifiénihirea ' du temps. Le comité de sôreté générale confondait toutes les opinions dans ses mandats d'arrôt; un seul crime lui sufTisait, c'était celui de ne pas adopter franchement les principes 'répii- ' blicaîns. De là le spectacle dont Champagneux Vétonna tant. *
w A peine ce ramas de prisonniers, continue-t il, se fui-iren- * fin assis dans les cachots de la Force, que l'on vit left |èilk, les '
LA FORCE. «I
repas» et la recherche de toutes les jouissances» se rendre Yoth jet priocipal des désin et des soUiciUides de presque loos ke fedns.
M L'appel d'un des acteurs des di?ertisseineiits de la Force au Iribunal révolutioiuiaire, c'est-à-dire à la mort, ne causait d'autre interraptioii dans les jeux que celle du tempe nécc» saire pour lui trouver un remplaçant, n
Ces deux paragraphes omiplètent la physionomie decelte prison, qui» du reste, était la même à peu près partout, «nseplé à la Conciergerie, comme on l'a vu.
Il y avait à la Force une formalité qu'on ne manquait jamais de remplir, c'était d^ lûre. flairer le nouveau prisonnier par le» deux chiens de gardOir Dès cet instant, les geôliers dormaient tranquilles : aucun prisonnier ne parvenait à s'évader. Le soir, quand l'heure du eoucher était sonnée, les deux chiens parcouraient les corridors de tous les étages , aboyant après les retardataires et quelquefois les tirant par leurs habits pour les faire rentrer dans leurs chambres, mais sans jamais leur fidre au0ttn mal. Un prisonnier s'étant une fois caché dans l'espérance de s'évader, un des chiens le découvrit et le ramena à son maître par le poignet, sans que la pression de sa gueule lui eût bit ressentir la moindre douleur. Ces deux chiens laisj^ent plusieurs fois par jour l'inspection des prisonniers ; ils paraissaient au milieu des cours, et d'un coup d'œil voyaient ceux qui mamjpiaient; alors ils parcouraient les chambres» les dortoirs, les corridors, et dès qu'ib avaient vu les hommes qu'ils cherchaient, ils redescendaient tranquillement et continuaient leur tournée. Ces deux chiens étaient monstrueux. Les geôlien prétendaient qu'aucun homme ne saurait venir à
US nUSONS DB LtotOFB.
bout dé l'un d'eux. Un Bostonien» qui était détetiù à là IWoe, soutint le contraire, et ofiHt de combattre de sa personne. Lq
maitre du chien le plus fort y coiisfatit. Les paris s'ourrirent aussitôt» et le combat eut lieu dans la cour, au milieu des prisonniers, formés en haie autour du champ réservé aut dent champions. Le geôlier excita vivement son chien et le lança furieux contre le Bostonien; celui ci soutint le premier choc el resta ferme sur ses pieds. Le chien le saisit au collet; mais l'homme, passant adroitement les doigts dans la gueule de ranimai» la sépara, et saisissant vigoureusement la mâchoire inférieure et supérieure» allait déchirer la tète du chiten» lorsque le maître l'avoua vaincu et demanda gn\ce. Le Bostonien gagna son pari; mais dès ce jour les geôliers redoublèrent de sonreillance, et les deux chiens perdirent de leur impoHanod et de leur réputation.
Tarmi les prisonniers qui se succédèrent à la Force pendant la période révolutiobnaire de la Convention, odi IréXnarqiie le duc de Villeroi. Ce grand seigneur a?ait adopté h sa manî^ les nouveaux principes : voulant surtout aider à la réhabilitation des domestiques, qu'on n'appelait plus dans ce temps-là que àes offfkem, il avait augmenté le nombre des siens, avait doublé leurs gages en les dis[)eusant de tout service auprès de sa personne» et ne les avait obligés qu'à une seule chose» à nanter exactement leur garde comme membres dé la gardé iiA^ nale. Lorsqu'il fut arrêté, ses doiu. sliquesVacrompagnèrenl en pleurant jusqu'à la Force. Ils ignoraient si leurs gages Couraient encore. Le duc de Villeroi lut écrouéà peu près ti kmème époque que la famille Wendt niver. Elle était coirt'pÔSéc du père» é^à avancé en âge» cl de bcs deux lib>. Weadeniver était
U FOHCI*
UP 4^ iMPqui^ de la cour. C était à poa prè» k fl6i^ des ppîfonnim qui se UviAl au désespoir pour le aoit qoi Vattanclttt; le jour , «ombre et lacilume ; la nuit, en proie à des révcs afbewk qui r^veilUieui m voisiiia. U pA^se peu de tempe à k Foioe et eonpeiut bientôt devant k trikuial ié?ohitio»* nairo, IHous le retrouverons sur k charrette avio madame du £arr|.
Le 6k Somlireiiil vinl à son tour, f tranger à k politicpie, i avait cherché à se laire oublier eu menant une vie dissipée et oteîre; itiaia à oette époque oii on avait anrtoul pow principe fmm^l^n'mlfatamnm^ea(m»nwm,lÊ, deSombreuil, qui» par son âge et la oarriàre qu'il avait embrassée, aurait dù être tus arvéea, parut auipect et daogereui. Son oisif été denJl être un crime dans un moment oit tous les Français défen* daioat pied à pied les irontières. l^oué à k Forcd, il y liil daiigeveoiement makde pendant les premiers jours de sa eip» tivité. Sa feminti, jeune et jolie personne, qui l'aimait tendrement, venait k vour tous les jours; car à cette époque k plus gMnda liberté ékit laissée aux prîsomiiets pour reoevoir des visites de l'extérieur. Le voyant en proie à une fièvre chaude qni nécessikit qu'il gardât le Ut, cette jeune femme parvint à se levétjr d'un coftnme d'honmie dans k prison» et passa treia jours et trois nuits auprès de son mûri sans être reconnue paf les c^Usrs ni par les ehiensde garde.
Ihie eban^rée de prisonniers ékit formée, è ettls époque, de la manière suivante (U) : Brochet de Saint-Près, ancien maitaredes'iBquétes» frondeur et original, égayi|it toute k ehanir èfée pe» ses bons mots; Custine (!k, jeune, intésessant et \n» struit, captivaiipar sa conversation, tandis que Charost-Béthunei
LES PRISONS nn LTUROPK.
plein d'espérances folles et téméraires, étalait l'ignoraiioe de k noblesse la plus reculée» et dérangeait sans cesse Brochard de Saroa» grand asteonome qui s'eiUait de la km pour TOia^ar dam le eîél. Gamacbe poursuivait de tes diseoura ampoulé» el insipides les deux constituants Lcvi-MirefK)ii et de Bruges. LamaieUe père et ûls, Meuard de Ghotsi , Fleuri, Dwral» de Beaumonlel, fiiiaaient galerie et écoulaient eu ailenoe. Enfin trois autres prisonniers formaient un groupe particulier. C'étaient l'abbé d'Kspagnac, Guanan et le fameux baron de Trenek. Gea trois penonnes donnaient en prison le scandale de la débauche la plus éhontée. L'abbé d'Espagnac, immoral comme un prêtre doit l'èlre quand les mauTaises passions dominent cbei lui, n'a?ait pour contre-poids à son libertinage que son amour esoesaif pour le calcul, auquel il se limit plusieurs heures par jour. Dom Guzman, £spagnol, que» selon toutes les tpparencea, les étrange» avaient envoyé en Fkance pour organiaer la guerre civile, avait figuré comme président dn comité d'insurrection de la Commune de Paris avant le 31 mai. Mercier l'appelait dom Jocstiiot, et c'est k lui que Marat écrivait quand il Ait bkiaé mortellement dans son bain.
« Personne n'était moins populaire et ami de l'égalité que lui, dit Cbampagneux; il vint nous offrir en prison le spectacle de la débauche et de la crapule. Il avait pour mattresse une
des plus jolies femmes de Paris, à qui l'on accordait l'entrée de la Force moyennant de fortes rétributions. Guzman faisait avec elle et d'autres débauchés reclus des orgies d'oii il ne sortait qn*lk minuit et quelquefois ph» tard; mais toujours dans un état d'ivresse bruyante qui le rendait fort incommode à ses voisins.»
LA FORCE. m
Quant au baron de Trenck» nous réserrons son histoire pour SaînWLazare, où elle sera mieux à sa place.
Tous ceux que nous venons de nommer périrent sur l'échalaud.
Ce fiit dans les premiers jours d'octobre 1793 qu'eut lieu
l'arrestation des soixanle-lreize députés signataires de la protestation contre les événements du 31 mai. Vingt-deux lurent
d'abord écroués à la Force ; plus tard un nombre égal vint les y joindre, et l'on compta par la suite jusqu'à quatre-vingts députés dans la prison, ou aux Madelonnettes.
Les premiers vingt-deux députés furent d'abord placés au dernier étage du bâtiment neut de la Force ; il y avait déjà une cinquantaine de détenus dans cet espace étroit, oii pour tout lit les députés n'avaient que des crèches garnies de paille. Celui qui fut le plus incommodé était Mercier, l'auteur de l'An 2440 et deplusieuis autresouvrages.Qudques prisonniers, rayant entendu nommer et le connaissant de nom et de réputation, lui arrangèrent un lit oii il pût dormir. Blanqui, reconnu aussi» accepta. l'oflke qu'on lui fit de venir dans une chambrée convenable. Le lendemain on logea les députés d'une manière moins incommode; on les divisa : une partie fut envoyée au département de la Yite-au-lait; l'autre resta dans le . bâtiment neuf. Dans la Vite-au-lait ils curent une seule et même chambre, au-dessous de laquelle était une auge à cochons qu'il fàDait traverser pour y pénétm.
i( Dans une position aussi terrible, nous ne cherchions qu'à nous égayer, » dit Blanqui, un des députés, dans son Agonie de Mx mot» ou Souffranm des lotflMfifNrnM ddIpitfÀ» et auquel nous empruntons ces détails.
US8 PRlSQKâ ^ (. EUROPE.
i'^taiii depuis dfi^ jupis à la Force, dit Champqgneux » lorsqu'on y amena une grande partie de^ députés sigpMairea d'uue protestation contre les événements du 31 mai. Cette protestation, qui devait être envoyée à tous les départements, resta cachée dans la poche de ûupenet, sur qui on la de son arrestation. De là accusation des soixante-treize.
n Les soixante-treize, yms de près, ne méritaient pas leur réputation de courage. S'il eût été au pouvoir delà moitié d'eoilr^ eux d'anéantir cet acte, ils l'eussent fait. »
Le plus repentant était Auhry : il regrettait SMftout une petite fBh de service dont il était épris. Toute conunuiiicatîon afee le dehors ayant été ialcrclite, il montrait ayec désespoir et les lary^ux* sa culotte décbirée h Quunpagn^qX| en lui disant qu'il ne pourrait plus la faire raccommoder par Siiyetle,
c Je ne pus m'ernpéclu r de rire de ^n prétendu embaira^ dit ChampagueuK, et je lui ol)senrai un pei| iwdioiei|BeiiieDt que Suxette pourrait tout nussi bien raccommoder les mai|?aise9 culotte^ hûfs de la (^laittga, e( qi^e l{t d^^Q^Q s'éteint pa| jwqve-M. «>
Ce fut le rn^me Aulry qui, devenu pli^ t^d ?ûipi&t?Q de )a guerre, reiusa du bcryic^ à Boaaparte,
Pi^nd^nt la captivité de ces députés op îqteidit toutes mtee du dehors, ou défendit aux prisonniers les tables particulières, pi^ y suiisùliia les tables çofpoiiipe^; la dépense des prisonnien fut bornée, et on leur enlevé toute somm^ aurdenua de dnquante francs et tout ce qui avait la physionomie d'armes quelconque^- j!^oufi jrevjendroos plus tard sur ces mesures; pour le moment, nous dirons qu'elles elfrayèrept 4'autant plus les prisonniers, qu'on apercevait souvei^t M^Hf^d et Qébert à
bert mit fin à C66 toiitg «nistra. Ceptodant les plus timiésê n'élMcart pas «mm nniréi) bI {iiél^^ teite d'une conspiration, mk allait de nouveau déet'n^r les ^ sonniers. Dès oei iosiant iU résoloreat. powr ne pas don&eir prâe à Imu» auMÉiii^ dé fMMBor leM jounéea aona la» youk de leurs gardiens, occupés k des jeux ou à des travaui qui pussent témoigaer de kmr iadiffiéreaca politique^ «ûa €f«it tt» en «vaut le Jan dê ta ^alaoli^ tlll Maâ^
Dussaulx, le vénérable Dussaulx, notre collègue, qui, par son grand âge, semblait être au^teM de ees «nfanttesv «e dédaifpMM péi d*èm de la partie; fl était ttitaie des ^|)f<oniiM à mettre tout en mouvement. Par là, les uns eioi jouant, les autres eft MijUdttt joQer% diam était oMpév *
Cependant Daasauh, qui est le même électeur qni avaît iMM coopéré à la prise de la Bastille en 1T89, priait è tout les jsttxiAaeartflB, etae lirait à wtla pasnon aivise me ¥éiilftMtt frénésie. Gela paraissait d'autant plus élonnaiit, quil avait pu» Mié contre les jeux et les joueurs un fort beau livre qui avait finIbestiMMp de iMvât. Damân^ iMjnoaae fNMà at véÉéebiv iui demanda un jour comment il se faisait qu'ayant peint avec lant d'éloquence les dMigers du jeu et les vices diu joueur, il semblât s^^adcMUM^ fl ^Rftle pasiAon*
— C'est parce que je suis joueur, lui répondit Dossaulx, que j'ai si bien fiiit mon livre. Pour bien peindre les dangers (IIîbnic h» -atelr eonras. Le feti est pour moi rknpénftenee %ntA^ et je me vois forcé de répéter celte phrase banale d'un ci-dev«^
LES PRISONS m L*EUROPE.
« Le Dombre des prisonniers augmentant tous les jours , ixmtinoe Blaïuiiii, ilMutafoirieoounàd'aiitiwgeiiEesd'oeca|Mitioii8 : ViDlérieur de la pnmeoade était enoombié de
pierres, de briques et d'autres décombres ; on proposa de la dé- \ bli^er pour la rendre plus libre. Chacun mit la main à lou-
on dressa des autels le long des allées ; au fond do jardin un grand dossier embrassait trois sièges à la fois; le tout surmonté de leirasaes où iuraiil fitantés des ailHittes» te Fautes, des fleiin, da gaioii. Un prisonnier, k l'ode de son seal couteau, Qi d'une pierre brute un buste de Linnœus (célèbre bolamste)» qui fiit placé an oentre.
» €e tratail eiefça les prisonnim pendant pinsienrs dé» cades; ensuite le jeu de ballon continuait du matin au soir; aehii des danie«9 du trictrac, des échecs et autres» exécutés en public» ele. »
Les prisonniers ne pouvaient jouer au jeu d'éehecs qu'en employant les termes nouveaux que la révolution avait mis en usage. Or voici qasH» étaient ces termes : on avait supprimé la dénomination d'échec et on T appelait det eamps ; le roi était le porte-drapeau t la reine V adjudant, les ,1ours les canom, les fous les dro^ouf , les pions, les funlisn, et les chevaliers les eovoiiers: au lieu du mot roquer, cm disait ftall0rÎ0 on dnqwmi; au lieu de pat, blocu»; au lieu d'écliec, au drapeau; enfin, au lieu de mat» mol qui en persan signifie le roi est pris, on disait vMfoirs.
Le 6 octobre 1793 trois prisonniers avaient arrangé une table autour de laquelle ils avaient mis quatre chaises, et se préparaient à lûre une partie de boston. Ce jeu était toléré dans les
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