IV
Infeiit les ftmmes ; la ooii?enation s'établit eatie les indlTidOi anidogaes: éQe est dTautant plus débordée, qae eem qui la
tieDnent no sont susceptibles d'aucune crainte; les gestes suppléent aux actions et les fenêtres servent de théâtre aux scènes dn plus inflime libertinage. »
Bfadame Roland n'eut pas à supporter lon^^emps le spectacle dont elle se plaint d'une nuinière si amère. Madame Bouchaud, la femme dn concierge, voyant ce qu'éDe avait k sodErir» sot^ tout de la chaleur, lui proposa de venir la majeure partie de ses journées dans son appartement; celle-ci accepta et fit même Venir son ibrte^iano pour Ihire de la musique. BientAt sa silo»'
tion comme prisonnière chanL'ea encore davantage.
u Ce n'était pas assez pour madame Bouchaud, dit-elle, de m'aroif offert l'usage de son appartement, elle savait que j'en usais avec une grande discrétion ; elle hnagina de me soffir dê ma triste cellule et de me loger dans une jolie chambre à che* Uninée, située an ref-de-cbaussée» au-dessous de sa propre cham* bre. Me voilà done délivrée de l'afteui entourage qui fttsalt mon tourment, après trois semaines de résidence ; je n'aurai plus à passer deux fois le jour au mifieu des femmes de mon voisinage, pour m'éloigner d'eOes durant quelque temps; je ne verrai plus le porte-cleis à sinistre ûgure ouvrir ma porte tous les matins et tirer le gros verrou sur moi, comme sur une crimfaléne qu'il faut sévèrement garder. (Test la douce physionomie de madame lîouchaud qui se présente à moi ; c'est elle dont jesens k diaquo minute les soins délicats ; il n'est pas jusqu'au jasmin apporté devant ma fenêtre dont on garnit les grilles de ses branches flexibles (j[ui n'atteste le désir dont elle
est pénétrée; je me regarde comme sa pensioiùiaire et j'onblia
SAmr&PEUGIB.
ma captivité. Tous mes objets d'étude ou d'amusement sont
réunis autour dt^ moi ; mon forte-piano est près de mon lit; des armoires me donnent la faculté d'ordonner mes petits effets de manière à faire régner dans mon asile la propreté qui me
plaît. »)
Tant que madame Roland parle ce langage» elle est intéressante aux yeux de tous; on plaint sa captiylté, on souffre de ses
souffrances, on admire sa douce philosophie et sa noble résignation : mais du moment qu'elle veut parler le langage sévère delà politique terrible de ces temps-là, juger les événements, les choses et les hommes, tout cet intérêt disparait ; on ne voit plus en elle qu'une fenune qui, presque honteuse de laiaiblesse de son sexe, veut marcher au niveau des hommes les plus énergiques de la révolution, sans être animée d'une de ces passions violentes qui seules peuvent donner à son sexe la force et le courage surhumains. On comprend la maîtresse vengeant son amant, la mère mourant pour son ûls, la ûlie pour sa mère, l'épouse pour son époux'; mais on ne comprend pas la femme qui, ayant d(^jh eu la prétention d'être ministre et de gouverner la France, quand l'occasion lui est offerte de s'immoler pour son mari, détourne sa destination et se pose en victime politique redoutable aux partis. Telle est l'impression que produit la lecture de ses mémoires. £lle ne parle pas seulement comme une femme qui a vu les événements antérieurs à sa captivité, mais comme un ministre qui les a amenés, conseillés, jugés. Elle nomme à peine son mari et sa ûlle, dont elle tenait la place dans la prison, et s'appesantit sur beaucoup de girondins, de montagnards et sur Charlotte Corday. Certes, la mort d'une femme douée de facultés si précieuses est un événement rçgre^
table et que nous déplorons les premiers ; mais elle eût peutéchappé à son sort si elle fût restée épouse et mère; elle a voulu être homme poHtique; elle a fomenté, formé la Gironde; elle s'est mise a la tète de ce parti, ce parti l'a entraînée dans sa chute ; cela devait être. La mort de madame lioland sur l'échafaud révolutionnaire n'était que l'eiéeution d'un ministre de la république qui s'était rendu coupable aux yeux d'un parti triomphant.
Et maintenant que nous avons présenté la vérité dans tonte
sa rudesse pour le chef de parti, donnons à la femme la pitié que demandent ses soufirances, les éloges que méritent son calme et sa résignation, quelle qu'en fût la source.
Madame Roland passa à Sainte-Pélagie quatre mois, pendant lesquels elle vit s'évanouir une à une ses espérances, et ses amis languir comme elle dans les prisons ou mourir sur l'échalaud. Malgré la douce existence que lui avait faite la femme du concierge» elle éprouva encore bien des peines, bien des tourments inhérents à sa captivité. On la força de quitter la chambre qu'elle habitait et de remonter dans le corridor. Là elle trouva cette fois des compagnes d'infortunes avec lesquelles elle pouvait s'entretenir : c'étaient la princesse de Monaco, madame Pétion. la comtesse du Barry et la marquise de Créqui, qui, si Ton en croit ses mémoires, reconnut dans l'épouse de rex-uiinislre la nièce de sa i'emme de chambre.
Madame iioland, lasse de sa captivité et désespérant de son* sort, conçut le projet de s'ôter la vie. Elle avait de l'opium et avait déjà fait tous ses préparatifs et écrit ses adieux à sa ûlle, à sa vieille bonne et à ses amb, lorsqu'on lui annonça qu'elle allait être appelée en témoignage dans le procès des girondins.
SAIIfIB»FBLA(HE.
Hi
Elle renonça dès lors à son projet, soit qu'une dernière lueur d'espoir se fût (vésentée à elle, toit qu'elle pensât, eonuoe elle récrÎTait, que fet êmm qmtmi qttelque grcmdeur dokerU i*auhlier elles-mêmes. £lle continua donc sa Yie paisible et occupée k Sainte-Pélagie. C'est là qu'elle éenvit ses mémoireSy ses notes et ses portraits. Elle fut plusieurs fois malade et contrainte d'aller à l'infirmerie. C'est encore dans ce lieu qu'elle fit un médecin qui lui parla de Robespiene. Sur èetle conf ersalion, ' elle résolut de lui écrire, fit la lettre qu'elle nous a laissée et ne l'euToya pas. Ëniin le jour arriva oà elle fut transférée k la GoBciergerie, d'oti nous l'arais Tue marcher à la mort.
Son écrou porte à la colonne des élargissumenls :
« Di» dixième jour du deuxième mois appelé brumaire de . Fan n de la république, en vertu d*un mandat d'arrêt décerné par le tribunal révolutionnaire extraordinaire établi par décret de kCouTention nationale du 10 mars 1793, en date de ce jour, llarie4eanne Philippon, femme Roland» ex-ministre, écrouée ci-contre, a été extraite des prisons de céans et transférée à la maison de justice delà Conciergerie, n
Un mm apiès que madame Roland lut arrivée àSainte-Pi^ lagie, on y amena madame du Barry.
Cette ancienne maîtresse de Louis XV, moins coupable d'a- Toir accepté le rang et les prodigalités dont elle avait été l'objet que Louis XV de les lui avoir donnés, vivait, depuis la mort du son amant, dans une grande opulence à son magoiiique pavillon de Lueienne, où elle avait néanmoins conservé de nom» breuses relations avec les grands seigneurs, surtout avec la famille d'Aiguillon. '
La comtesse du Barry avait la réputation de posséder les plus
t9t LES PRISONS DE L'EUROPE. ^
beaux diamants de l'Europe. Un premier toI de oes objets lui futlbiten 1776. Elle mi( en fain la poliee en campagoe, elki ne put ni en découvrir les auteurs ni ftebnvrir ses bijoux.
La révolution éclata. Madame du Barry resta en France et se boma à diminoer son nombreux domestique et à eaeher plus soigneusement les diamants qu'elle avait encore ; mais cette (nrécaution fut vaine : dans la nuit du 10 au il jao- * vier ITM on hii vola le reste de ses éerins« Me apprit bieotdt que les voleurs étaient à Londres ot s'y rendit sur-lo-champ; elle revint en France et retourna plusieurs fois à Londres pour le même objet. €es voyages exeîl^ent des soupçons. A estte époque les émigrés remplissaient l'Angleterre et conspiraient. Les rdations de madame du Bakfy firent croire que le»vol des diamants était supposé et loi servait de prétexte pour aller fomenter à Londres la contre-révolution. La lête de Louis XVI était tombée et la terreur eommengait. Madame du Barry s'adressa à l'administration du déparlement de Seine-el-Ois« pour être protégée, et obtint de vivre tranquille pendant quelques mois à Lucienne ; mais au bout de ce temps de nouveaux oragss s'élevèrent contre elle. Le duc de Brissae, son dernier cavalier servant, fut massacré à Versailles, et Mausabré, son aide de camp, lût arrêté à Lucienne, oii il était caehé. Les soupçons reprirent toute leur force, et madame du Barry fut plus inquiétée que jamais. Alors elle écrivit au maire de Versailles pour lui demander une entrevue. Celui-ci, curieux peut^tre de voir tout à son aise une femme devenue célèbre par le rôle qu'elle avait joué, lui fit dire qu'il viendrait la voir et entendre ses explications k son pavillon de Lucienne. C'était dans le mois de juillet 1793, Madame du Barry habitait seule ce pavillon avec '
SA1NT£.PELAG1£
pea de domestiques, une femme de chambre et Zamore, ce nègre que Louis XY avait nommé dans une orgie seigneur de ce lieu. Zamore, au serviee de madame du Barry d( pais son (enfance, comme on le sait» avait M élevé par elle ; elle l'avait fait baptiser et l'avait tenu avec Louis XY. Cest lui qui dans un riche costume indien restait toujours coudié à la porto do la chambre quand le roi était seul avec sa maîtresse. Il avait pris la comtesse en amour, et c'était celui sur la fidélité et le dévouement duquel madame du Barry comptait le plus. Aussi était-ce le seul ancien serviteur qu'elle eût gardé et en qui elle eût mis toute sa confiance.
Le jouroii le maire de Versailles devait venir la vohr, madame du Barrj sentit naître en elle un sentiment de coquetterie qtt'eMe n'avait paa eu depuis bngtemps l'occasion d'éprouver^ Cette eutrevue étttt décisive pour sa vie ; elle devait charmer et séduire le maire, dontelk^ devinait la curiosiié.Biea qu'âgée de quaranto-huît ans à cette époque, elle n'avait ni un cheveu blauc Di une ride. Elle se rappela le mot de Pierre le Grand sur madame de Maintenon quand il vit cette autre maîtresse de roi septuagénaire, et voulut que le maire dt VersaiUes en dit autanL
Quelques heures avant celle du reades-vous, madame du
Barry, enfermée avec son nègre dans une pièce reculée de son pavillon , procéda à sa toilette. £lle avait fait pratiquer dans cette chambre une cadiette» oonmie d'eUe et de taû seul, dans laquelle était un cofiret contenant tout ce qui lui restait de bi^joux. Zamore sonda ks murs* en retira le cofiret, ei madame du Bany Vayani ouvert» y prit la panm qu'elle fOtUàt le jour iMi ^rcM^ntation à Versailles. Elle conkiupia ïm§Jm^ m
' in LES PRISONS DE L*£URÛPK.
ûlence ces riches bijoux qui lui rappelaient tant de souTenirs, et en ayant orné son front et son cou, s'examina dans une
glace avec curiosité. Mais à peine se fut-elle mirée, qu'un triste nuage passa sur ses traits. £lle regarda sa toilette dans tous ses détails, comme pour en chercher les défauts; pois, arec un profond soupir, laissa échapper ces paroles :
— Ma toilette est fort bien; rien n'y manq[ue. Ce n'est pas eiHe» c'est moi qui ne suis plus la même.
A ces mots prononcés ayec douleur, une voix élLaltée répondit aussitôt :
— Maltresse est toujours belle!
Elle se retourna, et Tit derrière elle Zamore, dont le souffle
brûlant effleurait sa poitrine, dont les regards la dévoraient. Elle ne fit aucune attention à son attitude, préoccupée qu'elle était de Tidée affligeante qu'elle venait d'exprimer, et se borna à lui répondre avec un sourire qui le remerciait de ses paroles :
Pourvu que le maire de Tenailles pense comme toi, je
suis sauvée !
L'entreyue eut lieu le soir môme avec ce fonctionnaire, et» soit qu'en effet il fût séduit par la comtesse, soit qu'il crAt à
son innocence, il la quitta en lui laissant l'assurance qu'aucun danger ne la menaçait, et qu'elle était désormais sous sa protection spéciale, feureuse de cette certitude, madame du Bany en témoigna sa satisfaction à Zaraore, et résolut dès ce jour^là de continuer à faire de grandes toilettes, aûn de parler aux yeux.
Ce soiMà elle se coucha de bonne heure, fatiguée des émo-, lions qu'elle avait ressenties; mais au bout de quelques heures de sommeil, elle se réveilla, et ne pouvant se rendormir, alluma
SAIMTE-PÊLAfilE^ 195
sa bougie» et se mit à lire dans son lit. Elle était toute occupée de 8oa Um, loirsqu'un Tacilkment4ffoduit |Mar les rideam, et accompagné d'un léger bmit, lui fit lever les yeux. Elle regarda, et fit au pied de son Ul, au milieu des riches étoffes qui l'entoiiraieiLt, la tète de Zamoro, qui, dardant, sur elle ses regards, et montrant ses dents blanches, lui répéta dans le silence de la nuit ces mêmes paroles : — Maîtresse est toojoun bdkl
Effrayée cfstte fois en voyant l'expression du nègre et en entendant sa Toix vibrante, madame du Bany comprit le sens qu'il attaehait à ses paroles. En effet, bien qa'û ne parlât pas» Zamore exprimait dans son regard, dans son attitude, dans^ gestes, tout ce qui se passait eq^ lui. « Depuis vingt ans je vous aime» semblait-il lui dS^; depuis lîngt ans je ne désire, je ne veux que vous. Je vous ai connue jeune et belle, vous étiez la maîtresse d'un roi, je veillais à la porte pour protéger vos pkî* sirs, et l'amour brûlait ma vie; j'ai subi ce supplice sans minr^ murer et sans me plaindre. Plus tard, vous avez été la mattresse de grands seigneurs; je n'ai rien dit encore, j'ai souffert en silence. Vous étiez trop^ haut pour que j'ose aspirer à yous; je me suis borné à lever les yeux vers le ciel et à vous adorer; mais maintenant vous êtes descendue à mon niyeaa; maintenant vous êtes même au-dessous de moi, car le peuple est maître, et je ^uis du peuple; maintenant vous n'êtes plus belle pour personne» et tous l'êtes toujours pour moi; maintenant l'oserai tout! »
Et comme son regard exprimait cette dernière pensée, il s'a^ vança brusquement vers sa matiresse, qui lui dit» ayant l'air
de répondre à tout cela :
•01 LES PlUSONS DÈ VtXSBXm^
Insolent I ... Un valet i ... Je vous chasse ! âmiiAiit Tiotottitiieat alors le cordon pela à son leeom. Quand ses gen^aecottrnreKit, la nègre était parti. Madame du Oarry, ne voulaut pas divulguer ce qui s'était pasiéy donna on prétaile pour atoir appelé les domestiques, et lesrenviyfa tous» exo^^té sa femme de ehambre, qu'elle retint auprès d'elle.
Le lendemain Zamore ne parut pas de tout le Jour. Madame da Barry pensa qii'il n'avait pas osé se présenter devant eUe. Le
surlendemain et les jours suivants, même absence. Madame du Barry s'informa de lui. On lui répondit qu'on le croyait envoyé en oommission par elle» ce qui était arrivé mainte»
fois. Zamore avait disparu.
: Quelques jours après, au moment oii elle s'y attendait le moins, éUe fdt arrêtée à Lticienne, conduite à Paris, et écrouée à Sainte-Pélagie. Elle avait été dénoncée par Zamore. Le nègre, ne pouvant satisfaire son amour, avait satisfait sa vengeance. H se wBigeait de vingt annéee de tortures.
Madame du Barry supporta assez bien le commencement de sa activité à Sainte-Pélagie; elle espérait encore. Elle fit plu* siems révélations touchant des bijoux qu'elle avait cachés, eroyant par lè montrer delà franchise, et désarmer ses juges mais elle se trompail. Ses voyages ù Londres et son iouuense forlotie» WÊt laquèlle elle avait lait plusieurs opérations, angmentaient les soupçons de conspiration à l'étranger dont on l'accusait. Son diïaire devint très-grave , et les Vandeniver , que BtftaLavoos vus à la Force, ses banquiers et ses correspondants, furent compromis et englobés dans son pro-cès. Madame du Barry fut mise au second étage du quartier des
/eousea de Sainte -Pélagie, dans un dortoir qu'habitaiiini également une douzaine de filles publiques, punies pour des
contraventions de police. Sa position était d'autant plus affreuse que, repoussant malgré elle cette société, elle entendait ses dignes oompagnes. lui reprocher sa fierté mal plaeée, et lui rappeler qu'elle avait iaità peu près leur méiitjr av ant d'être la maitresse d'un roi, £Ue parvint cependant à adoucir sa aituatiox^ m faisant d'énormes cadeaux à ces filles. Tout ce qu'elle avait de chiffons passa par leurs mains, et fut plus tard étalé par elles sur les lM)nle?ards et sur les places publiques. Madame du Barry.s'attendant tous les jours à être interrogée ou jugée, passait sa vie à faire des toilettes eiiraordinaires, ^t abandonnait ensuite sa défroque è ses compagnes» qui avaient fini par b4
rendre la vie douce, afin d'avoir part à sos cudeaux.
Madame de Cféqui donne dans ses n^iéwoijres le détail de sa toilette le jour où la Toiture vint prendre œtte dame poixr la
conduire à la Conciergerie :
« £Ue portait, dit-elle, un iourreau de linon bouflbnt bordé de satm couleur de rose et vert, en découpures ft dents de loup, et ces deuj^ couleyrs altei-nées; 4^$ poeuds assortis sur un iMinnet à k baigneuse, et des sojdier» de aatin rayést epu* leur de rose et gros yert. »
Idadan^e du Barry comparut devant le tribunal révolutionnaire a?eo MMr Vandenirer* et fut condamnée avee eux à ta peine de mort. Son courage l'abandonna entièrement en entendant prononcer son arrêt. Pourtant, pendant le U'ajelg^^ la totale chaiîette» le 9 décembre 1793, elle atait repris du courage, grâce aux exhortations de Vandeniver père, qui patmm^ plua oc^uné d'dl&que de son fils. Ç^l^ descendit d'un
Oigitized
191 US pBooifB DE Lumon.
pas assez ferme sur la place de la RéToltttioii; mais an moment oh elle monfail les degrés de Véchafaud, une vch bien connue frappa son oreille, et cts mots releatirent de nouveau :
Maîtresse est toujours belle I...
Elle se retourna Tivement, et TÎt au premier rang du i h w oie, touchant presque l'instrument du supplice, le nègre Zamorc, qui la fixait encore de son regard ardent. Â cette Tue elle s'ar- ' vèta, et se laissa aller entre les bras de l'exécuteur, qui la porta . jusque sur le plancher; puis, revenant h elle, elle sentit des larmes jaillir de ses yeux, et, au travers du voile qui s'étendait sur sa Yue, elle jeta un regard d'amertume et de supplication «ir celui qui l'avait perdue, croyant peut-ùlre dans son déses^ poir qu'il pouvait la sauver ; mais l'exécuteur s'approcha d'elle et voulut la saisir. Alors, reculant devant lui , et joignant ses mains suppliantes, elle s'écria dans son délire :
— Montiewr U bourreau^ encore un imment!
Et détournant de nouveau la tète, elle implora du regard le nègre immobile au pied de l'échafaud. La seconde d'après, le nègre silencieux et morue se retirait les bras croises ^ur la poitrine; il avait vu tomber la tète de sa maltresse. C'est la , seule femme de ces temps^là qui ait pleuré sur l'édudaud.
Zamore existait encore en 1830.
^ C'est aussi à Sainte>Pélagie que furent emprisonnées les actrices du Théfttre-Français. dit Théâtre de la Nation, en vertu de la loi qui mil en arrestation les acteurs de la ci-devant Comédie-Française. Ce fut à propos de la représentation de PamUa on ht Feitu rkompemée, comédie en cinq actes et en vers, de François de ^euichàteau, ex-constituant.
Déjà huit mois auparavant» ce théâtre avait représenté ïàm
SAINTE-PÉLAGIE. . 197
Lois, de Laya, qui avait excité des troubles. Cette pièce était un appel &it aux timides et aux peureux, qui, n'osant se prononcer ouvertement contré les rigoenrs du nouveau gouvernement, trouvaient plus commode d'applaudir collectivement, ou cachés dans le fond des loges ou du parterre, aux portraits satiriques de Harat et de Robespierre , désignés sous ces deux noms de mauvais goût, Duricrâne et Nomophage, La chose fut portée jusqu'à la Ck>nvention, qui abandonna pour un instant ' la grave affaire qui l'occupait, le jugement de Louis XVI, et prit connaissance de celle-là. La pièce fut défendue. Ce devait être pour les comédiens un premier avis; ils n'en tinrent compte. Le i" août 1793, au moment oîi la Convention, irritée et non effrayée des désastres de toute espèce qui avaient signalé le mois de juillet, acceptait une suite de décrets terribles contre ses ennemis du dedans et du dehors , le Théâtre de la Nation donnait la première représentation de Paméla, pièce remplie d'allusions contre le nouvel ordre de choses. Tout ce qui restait de nobles à Paris s'éliiil rendu à celte représentation , et faisait, comme à l'Ami dm lott , une manifestation peureuse et coupable contre le gouvernement qui existait. Le comité de salut public manda l'auteur, qui, en offrant de faire des cou-pures, obtint que les représentations de sa pièce continueraient; mais ces représentations devenaient de jour en joujr plus bruyantes, et l'audace des applaudissements contre le système en vigueur redoublait chaque soir. Le 2 septembre, la pièce avait été donnée et se poursuivait au brait des bravos complaisants, tandis qu'aux jacobins, qui étaient en séance, un honune en costume d'officier traversait précipitamment la ialle, montait k la tribune, et dénonçait à la société la pièce
s» LES (fiisoNs fifi mim^E.
et les primpos conir^réYolutioimaim qu'dte -coot^Boit* .U ayait Toula protester dans la salle même, et s'était vu xneDaoé.
Robespierre prenait la parole pour soutenir la dénonciation, et le lendemain t 3 septembre, Barrère montait k son tour à la tribimet et annonçait que la nnitmène le Théâtre de la liation avait été fermé, et que l'auteur, les acteurs et les actrices avaient été arr^t^* H rappelait 169 circonstances dans lesquelles ' ce théâtre avait montré son mauvais vouloir h laféTolution»e( terminait ainsi son rapport :
« Si cette mesure paraissait trop rigoureuse à quelqu'un, je .
lui dirais : les théâtres sont les écoles primaires des hommes éclairés, et un supplément à l'éducation publique. »
L'auteur et les acteurs furent envoyés aux è la Bourbe; les actrices à Sainte^Pébgpe,
On lit sur le registre d'écwtt de cette prison, k la date du 3 septembre 1793, le» noms des citoyennes Lange, Petit, Fleitfy. Snin, loly, Devienna» Lachassaipia» Aaucourtai Néfl#ray, etb côté de chaque nom il est écrit :
« Cette citoyenne est asaex coiume pour ne pa& ici son signalement* »
Le 13 septembre, dooi voyons l'écm 4e Lame avec la
même mention.
Du reste, il parait que ce succès avait mis en foùt la» dénoo^ ciatioDs contre les comédians; car, à la date du i septe^re,
un membre des jacobins dénonça également les acteur» du Lycée, établis au Palais^yaU k l'occasion d'une pièce intitulée JMIê ds iSocift o)i l'on trouvait rhistoim des malbeuis delà reine et de son fils. Il demanda qu'on mît en arrestation nonlaulemant autetua» acteurs et actrices»
•IfIfIB-FâUGIB, m
cieDs eux-mêmes, parce quih ie plaisaieru à râder dêi mn chm
VêOm à» emèiéfUB psmàl éB$ pioportioiis sérieiises;
comme il est facile de le voir par l'exaspération des clubs. Collât d'MeriM>ift, ieuf «ooko eonirère, qui ils espéraient, se montra ra eonkam iaaioniUB* et les fil pwinmivro aV«c plus d'acharnement. Mais les acteurs seuls entrevirent ie danger de leur position; lesaiolrioes» soit qu'elles l'ignorassent, soit qu'elles ne le prissentpas au sériem, ne sWafftetèrent pas. Il est vrai que ce furent les prisonnières les mieux traitées dans Sainte-Pélagie. Bnahanléft et curieux de oonnttire ees dames, les administrateurs 4e k prison tecBl renpik de pour elles. Chaque jour c'étaient des soupers au greffe, de la musique* jys^'à des bak. £Uc8seulesa?aieiitlalicultédese promener dans le jardin, tandis que les autres n'uTaient qu'un corridor ou une cour étroite. Lepitre, prisonnier alors comme ellesi les voTaitckaqua jour de sa fenêtre folAtrer dans le jardin. Elles avaient en outre tout ce qui peut adoucir la vie , qui leur était en?oyé du dehors, car ces dames laissaient de nomivBuses afféelions dois le monde, et ees afléeUons leur restèrent fidèles. A peine furent-elles emprisonnées, que le comité de salut publie se vit assiégé par leurs nombreux adorateuis. A toute heure, en tout lieu, c'étaient des instances réitérées.
PaimikBsollifliliHiSf se liîsait remarquer un anden mou»quetaire, amant ou mari de mademoiselle loly» qui ne oessaît de réclamer pour elle. Il aimait cette femme à l'adoration , et publia après sa mort im TûfauR de ?en en son honneur. Sas sollicitations fiireat eouimméei d'un pWn aueois. D iMfail au
2p0 LES FRIbONS DE LTUROPK, *
bout de peu de temps la liberté de son amie, mais h condition qu'elle débuterait sur le Théâtre de la République , théâtre , rival pour l'opiaioa de la Goiiiédie*Firaiiçai§e, et où était alon Talma. Mademoiselle Joly y débuta en effel le 1* janvier, dans le rôle de Dorine du Tartufe; un autre acteur nommé Dupont, obtint la mètae fitteor. Les aatrea restèrent en prison* tandis «lue leur procès s'instraisait. Us defaient tons comparaître le 12 messidor deTant le tribunal révolutionnaire, pour y être jugés; la tradition ^vent que les qnais et les places pnblîqœs fussent inondés de foole le 14, ponr les foir mareberà la guil- ^loline; mais ils ne purent être jugés : le dossier de leurs pièces d'accusation fut soustrait et anéanti par on nommé Labussière, qu'on a appelé le saoTOor de la Comédie-Française, contre Vopinion de quelques-uns qui lui dénient ce titre. Nous donnerons les détails de tout cela dans la prison des comécfiens» auxquels ils s'appliquent mieux.
Les actrices sorlirent de Sainte-Pélagie après le 9 thermidor» et leur aûaire ne fut pas jugée.
On a toujours pensé que la prison de Sainte-Pélagie avait été elioisie pour les aclriccs à cause du rapprochement qui existait par rapport à cette sainte, qui avait été comédienne à An^ tioche. Les actrices se trouvaient sur les tetres d'une ancienne camarade.
Il est encore une prisonnière dont nous avons à parles, et que la tradition populaire et presque toutes les biog^phies mettent à Sainte-Pélagie ; c'est l'impératrice Joséphine , alors madame de Beauharnais. Allez à Sainte-Pélagie, et les gardiens ne manqueront pas de vous montrer la cellule numéro 6, çpmmç ay^t étéj habitée par elle sous la Terreur. Il y a des
6AINT&PEUG1B. SOI
mémomê m oes temps qui, a?ec un eaehet de v^té bîsIxK rique, sèment le séjour de Joséphine h Sainte-Pélagie d'aneedotes plus ou moins piquantes, comme, par exempLe, celle qui eut lieu pour lui annoncer k mort de RobespieRe» en lui montrant de loin une et lui jetant une pierre, etc. Tout eek est coûtrouvé : jamais Joséphine n'a été emprisonnée à Sainte* Pélagie. Son nom manque sur le livre d'écrous. On n'y trouve que celui de sa tante, la comtesse Marie-Françoise de Beauharnais, plus connue sous le nom de Stéphanie ou Fanny de Beauhaniais, écrouée à cette prison, à la date du 4 noTembre 1794, sans cause connue. Elle est morte à Paris en 1813, et Lebrun Pindare a consacré sa mémoire par ces deux Yers ;
Iglé, bell* ei poMt, • dsm petito tnam « Ole fiUt «NiirtMf» <t M fhit pM fM ven.
C'est peutrétre la confusion de persoime et l'identité de nom qui a donné lieu à cette tradition erronée. Quoi qu'il en soit,
celle croyance est tellement répandue, que M. Barthélémy Maurice, infatigable dans ses recherches précieuses sur les prisons de la Seine , n'ayant pas lui-même trouyé Joséphine sur les livres d'écrous de Sainte-Péiagie, n'en conclut pas moins qu'elle a dù y être renfermée, contestant en cela le dire du baron de Coston, dans la Biographie det première$ mmée$ de Napoléon Bonaparte^ qui ne place la captivité de Joséphine qu'à la prison des Carmes:
c L'emprisonnement de Joséphine n'a 'pas duré dii-huft mois, dit-il, et c'est probablement à Sainte-Pélagie qu'il a eu Meu, du moins pour une partie de sa durée. 11 fuit au fond un bruit généralement répandu; il n'y a pas un prisonnier uni peu marquant auquel on n'ait dit qu'il y occupait sa chambroy