‹ Les prisons de l'EuropeChapitre 27 sur 32 · L.iyui^ijd by Googl · texte numérisé non relu

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tM LES PRISONS DE LEUHOrE.

tour. Voici le leiraiu de k première, qui lui fuite par le président 8

Quand la folie A l'Entonnoir

Chacjue soir Nous rallie*

Lltfgnirw wfenififr

HtÊh

Chaque sociétaire portait pour décoiatîoa à sa boutonniiro UD petit enloDnoir suspendu à un ruban lie de TÎn.

Ce fut le 28 juillet 1808 que le fameux Jamet» bwan, négo* ciant américain • fut écroué à Sdint&>Pélagie pour la somme de 6S5,640 francs. Détenu comme étranger» il n'a?ait pas le bé*

néûce du lerme de cinq ans comme les nalionanx. Aussi resfa4-ii en prison durant viogirdeux années* 11 en sortit an bout de ce temps, jour pour jour, le 88 juillet 1830, lorsqoe

les portes de la prison lurent ouvertes, comme noug le dirons plus tard.

James Swan possédait treis ou qoalie millions de fortune» et pouvait, sans se gêner le moins du monde, payer cette dette de six cent mille francs; mais il prétendait qu'il ne devait pas cette somme, que la dette se réduisait à six à sept mille francs, qu'il offrait à son créancier; et comme oelui*ci ne s'en contentait pas, il le ûl emprisonner. James Swan résolut de protester par la captivité de toute sa vie, s'il le fallait, contre une seafence qu'il trouvait injuste. En oonséquence, il fit d'abord signifier k sa femme et à ses enfants que s'ils payaient la dette réclamée, il les désbériteiait» et fNrit tous ses arrangements pour lester en iprison. B loua 4lans k me de le Clef^ vit4^ de

CUCHT» 251

Sainte-PélAgie, un afipafteiiieiit qu'il fit réparer à grands frais. ' n y a?ail remises, écuries, cuisines» etc.; il logea là ses mattresses, ses amis et ses gens. Il mit à leur disposition deux Toitures dans lesquelles ils se rendaient k la promenade, au bal, au spectacle, le tout en son nom; ils donnaient de grands dtners, auxquels était toujours sa place marquée et vide. Quant à lui, couTcrt de baillons, laissant croître sa barhe, il semblait beureux de brater ainsi dans sa prison son créancier et ses juges. 11 n'en sortit, le 28 juillet, que pour faire comme les autres, et, fidèle à son système de protestation, il retournait à Sainte-Pélagie trois jours après, le Si juillet, pour se recon* slituer prisonnier, lorsque, frappé d'un coup de sang, il mourut subitement dans la rue de rËcbiquier» où il s'était momentanément letbé.

À côté de James Swan, nous placerons pour mémoire M. Ouvrard, dont on a lu l'bistoire dans ia Conciergerie, et qui habita quelque temps Sainte^élagie. Ge fut à celte derDière prison qu'il paya lu dette du tailleur, son voisin, pour ne plus être inoommodé par les squs de sa Ûûte et agrandir son apparfemenL

Parmi les célèbres étrangers emprisonnés, on compte !e phnoe deKaunitz,beau4ière de M. de Metternich, incarcéré le 87 septembre 1890, pour la somme de 400,000 francs, è k requête d'un marchand de joueu d'enfantt. Ce prince , que l'on rencontre à toutes les premières représentations de nos théâtres, resta six ans dans la prison pour dettes; il en sortit vers la fin de novembre 1836, faute de consignation d'aliments.

Après lui on cita un autre nom que la contrainte par corps n'aurait jamais dA atlsîndre« que son créancier n'aurait pas dû

VA

IXS PRISONS DE UEUROPE.

faire incan érer : c'est Auguste Dante, comte de Foscolo, patriarche de Jérusalem. Il fut écroué à la requête d'un des ciide Paris, pour une somme de tOO,000 francs. Il sortit aussi faute de coosigDatioo d'aliuients. Quand il fut libre, qu'il put faire ses affaires, user de ses ressources, et que rien ne le contraignit plus k acquitter sa dette, il en paya intégralement le capital au curé. Celui-<;i perdit les irais. Il n'aurait pas dù s'exposer à celte leçon.

Des quatre prisonniers que nous Tenons de citer, deux étaient pour ainsi dire prisonniers volontaires et ne cherchaient pas à faire usage de leur or ou de leur rose pour s échapper de prison ; mais d'autres détenus, à qui la captivité était insupportable, trouvèrent moyen de s'évader.

Eu 1808 dix prisonniers se procurèrent une corde, et avec son aide se laissèrent couler dans un jardin, oh ils trouvèrent la liberté. Cette corde était neuve, et ils n'avaient pas eu la précaution d'y faire des nœuds pour retenir le poids de leur corps qui les entraînait, de sorte qu'arrivés sur le sol ils avaient les mains horriblement déchirées. Cependant pas un cri ne fîit poussé par eux, pas une plainte exhalée, tant ils craignaient que cela ne donnât l'alerte et n'empêchât leur liberté. On n'appnk ces détails que quinze ans plus tard par un des évadés qui fût de nouveau incarcéré. Il ne parlait jamais sans frissonner des horribles suuiliances qu'il avait endurées, et déclarait qu'il ne voudrait plus de la liberté à ce prix.

Une autre évasion eut lieu en 1838. M. Sharerer, revêtu du costume de garde national, vint visiter son frère, détenu pour dettes à Sainte-Pélagie. Quelques heures après, le garde national se présente à la porte, réclame son permis, le prend et sort

CUCHT.

aussitôt. C'était le détenu qui, ayant cbangé de Têtements avec son irère. Tenait de s'évader. On ne s'en aperçut dans la prison que le soir au moment du coucher des prisonniers : M. Shft* rerer frère réclamait sa liberté, établissant son identité et déclarant ce qu'il avait fait. Le directeur ne voulut pas obtempérer à cette demande et retint le frère en prison toute la nuit, voulant en référer le lendemain à l'autorité supérieure; mais le lendemain le détenu évadé vint lui-même délivrer son frère. Mettant à profit les quelques heures de liberté qu'il avait eues, il avait arrangé ses afikires, ce qm. prouve que ce n'est pas sous les verroux qu'un débiteur de bonne foi peut trouver les moyens de satisfaire ses créanciers. C'est à cause de cette évasion que dans le règlement de Gichy se trouve un article qui défend d'introduire des visiteurs en costumes de maçons , charbonniers, forts de la bulle, gardes nationaux et autre$ travettU" ieamti.

A l'entrée delà nuit, le 28 février 1832, on écroua h Sainte- Pélagie le docteur Dubois pour une somme de 12,500 francs. Le docteur, comme tous les nouveaux arrivants, paraissait profondément affligé et se cachait la figure de son mouchoir et de ses mains. Le directeur n'y était pas et les greffiers respectèrent la douleur du docteur. A peine installé dans sa cellule, celui-ci s'enferma et refusa d'ouvrir à aucun de ses compagnons d'infortune. Le lendemain une grosse bonne Flamande se présente pour visiter son maître et remet son permis ; on la laisse entrer. Quelques heures après elle veut sortir de la prison et réclame son permis; on le cherche partout et on ne le trouve pas; on la laisse pourtant sortir. Le soir le docteur Dubois manque à l'appel; c'est lui qui, sorti le premier sous le costume de sa

LC8 nilSONà M L'EimOPB.

aervaoie, qu^elle avait revêtu en doubla, avait emporté le per> mis. M. tepreai, directeur de Sainte Plagie, court au»itÔt à

la (jréfcclure de police douoDcer le fait On lui dit qu'il est responsable. De là il se transporte ches rincaroérateur, auquel il annonce cette nouvelle.

— J'en suis ravi, répond celui-ci. Tavais un mauvais débileur, maintenant j'en ai un bon.

H. Lépreux est au désespoir de cette aventure. H court, il s'informe, et birntôl il ap[)rend qu'au homme, qu'il croit ôlre le docteur, s'est retiré à Cbatou avec sa femme sous un faux nom. n y court, arrive h la maison indiquée, monte, sonne et trouve un monsieur qui lui ouvre et se disposait à partir pour la promenade.

— Monsieur, qu'y a441 pour votre serrice? dit Tinconnu.

— Docteur Dubois, répond M. Lépreux, j'ai bien l'bonneur de vous saluer.

— .Monsieur, vous vous trompex; Je ne m*appelle pas Dubois: je suis monsieur... monsieur Mum.

— Il a buit jours, n'est-ce pas, que vous êtes dchort; je viens vous remettre dedans. Moi, je subie directeur delà prison pour dettes.

— Monsieur, par égard pour ma femme, doimez-moi dix minutes.

— Bien volontiers; je suis prêt k faire tout ce qui vous sera

agréable, excepté de payer 12,500 francs pour vous.

Et le docteur rentre dans son appartement, et après avoir ' présenté à sa femme le directeur de la prison comme un de ses

amis, cherche à se soustraire à sa surveillance; mais c'est en vain ; M. Lepretii le suit de chambre en chambre, de cabinet

CUCHY,

en cabinet, et ces deux personnes renouvellent la scène de Vamiinlime, où tout le monde a vu et applaudi l'inimitable Po* tier. Au bout d'une demi-hfure le docteur Dubois Ait oontraint de suivre dans son cabriolet M. Lépreux, qui le reconsUtua h Sainle-Pclngie. Le docteur n'en sortit qu'au bout de trois ans.

Celte même année il arriva une évasimi qui ftit plus fatale à celui qui en était responsable. CétaH le docteur Bermer, qui avait une maison de santé rue d'Ivry. Voici à quelle occasion t

Le 10 avril 1832 plusieurs cas de choléra s'étaient manifestés à la prison de la dette. Cinq ou six prisonniers» transportés à l'hôpital de la Pitié, y étaient morts. L'épouvante et l'effroi s'étaient emparés alors du ceui qui restaient à Sainte-Pélagie. Un tiers d'entre eux, les plus riches, avaient obtenu leur tranafé* rement dans des maisons de santé ; tous réclamèrent la mémo faveur ; mais il y avait une grande diCQculté à vaincre : il fallait une somme de quatre cents francs par chaque prisonnier pour frais du transfert. Dans cette triste situation tout le monde déploya un zcle que nous aimons à constater ici. M. Debelleyme tenait les référés nuit et jour et permettait qu'on lui présentât requête pour dix à douze détenus k la fois. Les greffiers, les employés, les gardt!s du commerce, en appelèrerit à l'humanité des créanciers. Le roi envoya une somme de 1 ,500 francs ; enfin on parvint k accomplir cette bonne cravre, et bientôt le quartier de la dette se trouva vide. Il se passa alors une chose mémorable dans les fastes de iSainte-Pélagie : un garde du commerce profita de cet hitérlm pour visiter la prison, dans laquelle ces messieurs ne sont jamais admis; car ce lieu devient pour eux aussi sacré que le sérail du grand seigneur pour tous autres que pour les eunuques Tous las pfnMMmieit pour dettes «lièrent

LES PftlSONS DE L*EIIBOPI.

donc dans diverses maisons de santé. La plupart» en gens d'honneur, ne profitèrent pas de la liberté qu'on leur laissait d'aller quelq[aefois par la ville; mais douze s'évadèrenl et ne iîurent jamais rattrapés. Parmi ces derniers était un nommé Leroy, ex-notaire, éeroué pour trois ou quatre cent mille francs, qui se sau?a en Bdgique. 11 était dans la maison du docteur Beniier. L'incarcérateur prit le docteur à partie, lui fit vendre son établissement, le mina, et bientAt ce fîit H. Bemier luimême qui gémit sous les verroux de Sainte-Pélagie. Quand nous disions que cette catégorie de prisonniers est la plus iutéresp saiitel...

Les événements de la révolution de juillet ouTTÎrent aussi les portes de Sainte-Pélagie, comme la prise de la Bastille avait lait ouvrir les portes de la Force. Le 27 juillet il y a?ait dans cette première prison deux cent cinquante-six détenus. Le 28 des combattants du dehors avaient attaqué le poste de garde. Les prévenus et les oondamnés se révoltèrent dans la prison, brisèrent les portes qui les séparaient du quartier de la dette, et ensuite les portes de la rue. Cent soixante-huit deniers s'évadèrent aussitôt; soixante-trois ne sortirent que le lendemain; vingt-six restèrent, peu curieux de voir ce qui se passait dans Taris, peu désireux de recouvrer leur liberté. Le 31 juillet dixne^î rentrèrent volontairement ; quinze furent de nouveau arrêtés par suite de mandats du nouveau préfet de police, et cent et un furent repris à diverses époques par les gardes du commerce. Il n'jf en eut donc que quatre-vingt-seize qui restèrent en liberté.

II nous reste une dernière anecdote à consigner dans ces pages. I^ous l'empruntons à M. Barthélémy Maurice,

CUGBT.

« De toutes les légendes de la dette» ditril, la plus intéressante est celle de Kallewig. Nous allons tous la raconter teUe qu'on la dit à Glichy.

» Kallewig était un noble suédois, fils d'un chambellan da fiemadotte. Son père, en Feinroyani k Paris, l'avut associé areo un homme paissant dans le corps diplomatique. Malheureusement il plut à la femme de son associé ; il était jeune et beau, ff Yengaance de marit dil le proverbe italien; le diable ne Tinmterait pas, parce q[a'il n'a jamais été marié, n Or donc, le diplomale présente au jeune homme une balance en vertu de laquelle celuinâ Iniiedeml i50,000£nuK8»elle 10 octobre 1829 il le fiiéoroiNr à Sainl^Pélagie. Xlyyarsabien des larmes, le beau Suédois: mais enfin le 28 juillet suivant, les événements que TOUS sayei le lendiaeni à la liberté* Deux ans il séjourna à l'étranger, ne s'éloignant jamais de la frontière de cette Fkance où il avait laissé la meilleure portion de lui-même , ses premières illusions, ses amours de jeune homme. £DÛn vint une lettre de femme. ttaSA-ee nne inttme trahison, ou la malheureuse y avait-elle été contrainte par la force? Nul ne le sait. On lui disait dans cette lettre qu'on brûlait de le revoir, que tout était oublié, qa'il pouvail revenir. H revint. Le noble comte, son emiemî, l'invita à dîner au Mais-Royal, pour le désigner mieux aux gardes du commerce , et le leur livrer. Le 3 novembre 1832, il était réintégré dans sa prison. I^eiie mois plus tard une bièie en sortait. Kallewig n'avait plus en qu'une pensée, et ç'avait été une pensée de liberté et d'amour. £nfin après bien des efforts infiructiieax» il était parvenu à le procurer une longue corde; il avait scié un barreau des fenéira da quatrième; il detait s'élancer dans la rue; tout fut découvert»

et tans lui rien dire, on le changea de cellule. Sans rien dire non plus» i) t'y rendit; mais Is leadfwiam laatm, quandil n eut pas réponda à T appel et que le greffier, inquiet» iiit accouru dans sa chambre, il fit de vains eiToris pour le roTeiller. Dans ses maiBi ^it on porUrait, daoi lea jeux fiiee des traœs de larfliee; à ses pieds un Ébnniera* et des oImiImmis et des cendres. Kallewig, le beau «Suédois, n'avait peut-être pas cessé d'aimer, mais il avait cessé de souiihr» »

A cette Insloife tonchanle al ai siiipleMl itoontée M. Bai^ Ihélemy Maurice ajoute la note suivante ;

a Cette anecdote a été l'objet d'une lettre piéleodue reotificatîTBdans les jonmaun feitreîiet h Cmmmoi et cependant nous y avons mis quelques ménagements. Nous eussions pu ajouter que le noble incarcéruteur s est fait rendre au greffe les qnelquflifrancenon employée de aa deiwévaeona^natNii» qu'il refùsa de reoonnaHre une avance de trsnte ftmiè iiite par le greffier au malheureux Kallewig ; qu'enfin il s'emporta contre le directeur, le menaçant de se plaindre 4 Vantarité supérieure de ce qu'il se fût permis de proeftder h Vinhumaticai sans l'en prévenir, et l'eût ainsi privé du droit de Toif kl cada¥re..«.« Était-ce là un simple créancier 9 »

Voilà à peu près tout ce que noua «vnne à dire sur Sainte- Pélagie, avant de parler de Glichyi dont nous aUon^ nous occuper.

L'hôtel SaiUaid» situé à l'extiémilé de k fue de Glidiy, était

adossé aux jardins de l'anden Tivoli. Cet hôtel, comme celui de la Force, a une origine étrangère à sa destination actuelle. Son aowrenir le plus remarquable est oelui qui raf^lle le mm elnb des elicbyens, dont une de ses vastes salles devint

l'asOe. Sous la restauratioD, la ducheue de Beny avait accepté pliisiean fêtes du mattra de ce beau palais, qui est aujourd'hui yne prison. Ce fut en 1825 que la ville de Paris acheta cet hôtd pour en hire la prifon de la dette. Le prix d'acquisition el tea noa?elle« couitnictioiisnéeessaiies s'éle? àrent à la somme do deui ipmiai^i Oq pratiqua un chemin de ronde de (juatorze pieda quî mutouia atiti^imneat la maison. Pour ceUu on fût Qb1i{[é d'abatlie tous lea hâtimeats en façade sur la nie; fl ne resta debout qu^ te (>etit h6tel« coa^ne celui de Brienne à la Force,

Nom? alloua doup^r )a deioriptien de h prison téDe qu'elle

était à cette époque. Nous dirons plus tard, en rendant compte de notre visitai les cliangements et les.an^éliorations qui y ont été fidts et dont l'expérience a démontré l'utilîté.

Dans le petit hôtel se trouvaient les appartements du directeur ; en face, à droite, en traversant la cour d'honneur, le logement des employés; à gauche, la lingerie et le quartier des femmes ; au delà de cette première cour est le greffe, et c'est alors seulement qu'on s'aperçoit qu'on est dans une prison. Le ^cflb est une vaste et belle pièce attenante au cabinet du direoteiir. Par les deux croisées on peut voir le jardin, vasle, aéré, bien tenu, dans lequel on voit jeu de siam, jeu de boules et jeu de quilles.

En sortant du greffe on traverse le poste des surveillants, qui est à gauche et aboutit au promenoir d'hiver. C'est une salle immense de cent quarante-troia pieds de long sur dix«huit de large ; elle est ornée de dix-huit colonnes et percée de quatre larges portes et de seize fenêtres ouvrant sur le jardin h droite. A gauche on trouve une rangée de cellules de neuf bMi M '

LES PRISONS OB L*£UaOPE.

demi de long sur sept pieds deux pouces de large ; les cellules ont quatre étage ; elles sont au nombre de cent 8oiiantfr«epC. Les couloirs en sont fMrqaetés ainsi que le grand promenoir; le tout est chauffé par un calorifère commun (\ui coûte d'entretien ou d'alimentation douze à quinie mille £rancs par an. On ne doit aux détonas pour dettes qne les quatn mnn. Chaque prisonnier peut meubler sa cellule ainsi qu'il l'entend; mais les trois quarts se font fournir les meubles par l'admînislration, dont les prix sont ainsi eolés pour disque jour :

Une couchetle en fer 1 centime

line paillasse (renou?elée tous les six mois)* 3 cent* 1/2 Deux draps fins (renouvelés tous les fiogt

■ jours) . . • • 5

Un oreiller. * .' ' .'^V i

1^ taie d'oieiUer. V'. . • • i

Unechaise. • . . ' t

Une table. . ' .1

Une coayertuie de laine. ... ; • 2

Une serviette % cent. 1/S

Un torchon. . • . ... . . • 1 cent. 1/2

Le mobilier d'one celMe revient donc à six fiancs par mots^ L'administration fournit gratuitement nne grande armoire en chi^ne. Les dôlcnus, quand ils reslent dans leurs cellules ou qu'ils y reçoivent leurs amis, peuvent fermer leur porte au verrou ; lorsqu'ils sortent de dies eux, ils peuvent apposer à la* porte un cadenas; mais le soir tous les cadenas sont enlevés et les prisonniers sont enfermés jusqu'au lendemain matin. H y a en outre de œs cellules un grand dortoir qui peutconleDÎr taOeUtsJ

cucHT. m

D'autres adoueissemenU sont donnés encore aux habitants

forcés de celle maison : dans le promenoir on trouve des jeux de tonneau, d'échecs, de dames, de (lictrac et de palets; il y a en outre un cabinel de lecture pour lims et journaux. Les prisonniers ont la faculté de dîner ensemble, de se réunir, de iaire de la musique, etc. Le travail est iacultatii ; toutefois on n'a autorisé, pour empêcher la concurrence, <iu'un seul détenu de chaque état à travailler pour ses compagnons d'infortune; il y a un bottier, un tailleur, un pharmacien, etc., et c'est encore un détenu qui tient le cabinet de lecture; il a pour cela une cellule supplémentaire ; au milieu est la table classique, lecouferte d'un tapis vert et surmontée d'une lampe, il va sans dire qu'on n'y lit que les journaux de l'opposition. D y a encore une cellule du rez-de^ihaussée destinée au barbier. I.a place de cet artiste est gratuite ; il prend deux sous par barbe et dix sous pour la coupe des dieveux.

Il y avait dans le principe à Clichy un restaurant public Les détenus y passaient tout leur temps et y dépensaient beaucoup d'argent. H a été famé par ordonnance du 1** août 1838. Depuis ce moment les prisonniers viennent commander leurs repas au restaurant. On les sert dans leurs cellules, oh ils admettent tel nombre de convires qu'ils désirent, tant du dedans que du dehors. Le traiteur était M. Dubois. î,a ville lui roiunit le local, à la condition de nourrir huit auxiliaires et de se conformer au tarif arrêté, dont les prix sont très-modérés pour les consommateurs.

Le reste des prisonniers qui reçoivent du dehors des aliments qu'ils doivent fiûre cuire, sont admis à le faire à un grand fourneau alimenté aux irais do la Société PhUaiUltroyique. Cijsi

LES PRISONi 01 L'EUROPE.

aussi oette soeiélé qui paye les douie francs exigibles par le détMiu pour sortir de CUchy lorsque les aliments ne sont pat consignés; car en France, avec notre système judiciaire, il en ooûte pour tout, pour entrer en prison coHime pour en sortir.

Les détanns abandonnent dîi eentimes tous les trois jours, en receranl leurs aliments, pour subvenir à l'eiitNtiiâ du jap> din et de la baignoire.

visites ooinmiieeni à Qiflky à hoil OQ à dii Iwam et tsminent à quatre ou à sîi, suivant la susaii. La moyeMie des visiteurs est évaluée à huit cents par jour. Les hommes peuvent recevoir et admettre danaknrs efaambras, s'ils k veulent. Lea détenus pour dettes ont à peu près «ntsnt de parentes que let prisonniers politique.

Le quartier des femmes» sitnédanata pramièra oour» est un bâtiment entièrement isolé; aBea eomauniqusnt aveele tnii» teur par un tour; elles ne sont pas chauffées par le calorifère; mais elles ont des cheminées dans leurs ehambres et on leur fournit du bois } elles ont un petit jaidin; eUsane peuvent recevoir les visites dans leurs chambres et sont obligées de se rendre à un parloir eu vue de tous las gardiens. Cette distino» tion est peu flatteuse pour eilea s aDeaentendsntk aeswdans une tribune grillée.

L'infirmerie est en harmonie avec le reste de la maison; maib peu de détenus a'y rendent quand ils sont maladaa; i)a erai* gnent l'isolement et préfèrent se Uin soigner dans leurs ehambres; dans ce cas ils payent les médicaments, il n'y a guère ^'une seule dasse de délenus qui habitent invariaUamant l'infirmerie : e'est eeik dea iwméfateuia, lenque k peine du talion lei envoia eux-mèmaa à k priaan pour detks. Aim il

GLICim

est dangereux pour eux de rester parmi let prisonniers, soit que leurs TietimesperBonneUeB y soient oBeoro,soitqa'eUein'y aieni laissé que le souvenir et le nom de leur créancier. Nous pourrions oonsig;ner ici des exemples de ces faits, si notre respect pour léB noms propres n'allait pas jusqu'à l'exagération, pub* qu'il nous fait respecter même ceux de ces gens-là. Nous ne ûomiiierons donc personne, mais nous enregistrons le fait.

Ce fut dans la nuit du 3 au 4 jauTier 1834 que les détenus pour dettes furent transférés de Sainte-Pélagie à Qichy. Le transfert eut lieu dans les voitures dites panien à taiade. Un événement dont on a gardé la mémoire signala oe foyagp. H y avait à Sainte-Pélagie un chat que Magallon avait élevé durant sa captivité et qui avait adopté le quartier de la dette; il s'appelait Camkëf il flairait les détenus pour dettes, les devinait et s'attachait à eux. H les prenait tour à tour en amitié, vivait dans leurs cellules, et parvenait quelquefois à les distraire par les tours auxquels il était drossé» C'était le pensionnaire» l'hôte» l'ami des dettiers. Quand les prisonniers forent arrivés sur les quais, ils s'aperçurent qu'on avait oublié leur compagnon. Dès lors ce liirent des cris, des lédamations. dea prièrea» et cédant h tant d'instances, on retourna h SainteMagie, on fit monter Carabit en voiture, et l'on arriva sans encombre à Oichy. Les dettiers trouvèrent leuvnewiUe prison un paradis tenrestieen comparaison de celle qu'ils quittaient. Gela devait être et cela était en effet. Un seul hôte s'y déplut, ce fut Carabit. Il ne retrouvait plus dans ce vaste jardin, dans ces cellules ooqnettea» dans ce beau chauffoir, ses vieux murs, ses meubles vermoulus» ses noirs corridors et sa cour étroite. Les chats s'attachent aux maisons et aux murailles plus qu'aux bonnes. Carabit ne |Hit

m us PBISONS NE L'EUROPE.

lenoneerà SainteMlagie; amn trois jouis apfès, plus hemeiix

que ses compagnons, malgré les verrous et les grilles, il sortit de Clicby, dont le mode lui était insupportable. 11 traversa tout Paris et rentan à Sainte-Pélagie. Les gardiens le troufèient installé dans la cellule prétendue de losépbine, la dernière demeure qu'il avait adoptée, et où il mourut de vieillesse peu de temps après.

Le personne! de Clichy était composé d'an directeor, deux greffiers, un brigadier, six surveillants, quatre garçons de service, huit bons pauvres auxiliaires du dépôt de Saint^Denis, une fouilleuse» une lingère, un aumônier, un médecin et ses aides. Le corps de garde est composé de trente bommes commandés par un offîcier.

Malgré le peu de temps qui s'est éooulé dqiuis Touferture de Clichy, cette prison a déjà fourni quelques anecdotes intéressantes que nous allons rapporter.

Le comte de Monte-Albanoétaitprisonnierpourdettes depuis treize mois, lorsqu'il mourut à la prison le 7 mai 1835. Cet bomme se donnait pour un personnage mystérieux et mystique à la fois. Ceux qui étaient dans sa grande confidence avaient appris de lui qu'il était fils naturel de Charles IV d'Espagne. Deux jours avant sa mort, et jusque dans son agonie, il ne cessa de répéter aux compagnons qui étaient autour de lui :

—Mes amis, quand je ne serai plus, qu'on visite attentivement mon corps, on y trouvera quelque chose qui révolutionnera le monde.

n avait prononcé ces paroles avec tant de conviction et de solennité, que le directeur crut devoir prévenir l'autorité compétente, qui ordonna l'autopsie. £Ue se fit en présence deplu-

CUCHT. • T «W

sieurs détenus, attirés ]Mar la curiosité; mais éDe ii*amena rieo, à leur graud étonnement. Le corps du comte de Monte*ÀlbaQO élait en fout point semblable à oelui des autres honunes, et Ton est encore à chereher à CUcfay les causes de oetle mystification

d'outre-tombe.

Is SRT novembre 1 837 on écroua à Qichy un noble étnmgo^ dont la majestueuse mélancolie avait frappé tout le monde : cet homme était le comte Francesoo Roberti, ûls d'un général italien mort an service de France.

Roberti, arrivé à Paris, était devenu éperdument épris d'une actrice française dont il fit sa maîtresse d'abord, et plus tard sa femme légitime; mais ce titre de comtesse qu'il lui avait donné, cette position et cet amour incessant, plein d'abnégation et de dévouement» ne suffisaient pas à l'actrice. Au contraire de ses compagnes, ordinairement reconnaissantes d'une pareille preuve d'affection par leur bonne et franche conduite, celle-ci continua à traiter son mari en amant, en exigeant des dépenses aurdessus de sa fortune pour satisfaire à toutes ses folles fantaisies, à tous ses caprices de coquetterie. Uoberti fit des dettes et par suite fut mis à Gichy; mais dans son malheur il lui restait la consolation d'avoir prouvé à celle qu'il aimait qu'il était allé jusqu'au sacrifice de sa liberté pour la rendre heureuse, et la mélancolie qu'on avait lue sur son visage ne provenait que du regret qu'il ressentait déjà de ne plus pouvoir vivre avec elle pendant toutes les heures delà journée.

Triste et pensif, il attendait à chaque instant la visite de celle pour laquelle il souffirait ; elle ne vint pas le premier jour ; elle ne vint pas le second; elle ne yint jamais.

AkNCS cette Ame ardente» qui ne savait qu'aimer ou halir, ne

poinrant trouver un alniMBt h son aiDoiir, -éprou?a toutes les

fureurs de la jalousie. Hoberli icnsa que sa femme avait un amant; il chercha qui ce pouvait êUre, et réunissant mille cià* constances, indifiérenti autrefois, il les trouva toutes graves et pnsitiv( s, et prononça \v nom d'un riv*»l. Il crut que ces deux êtres, se jouant de son malheur et de sa misère, Jouissaient en liberté de la faculté que leur laissait son absence» pour se lir^ vrer à leur coupable passion. Il crut plus encore : une idée in» fernale lui traversa l'esprit : c'était sa lemme elle-même qui avait fait acheter par son amant les titres à Taide desquels (m l'avait emprisonné. Dès lors Roberti se livra à un désespoir qui épouvantait t>es compagDOos de captivité : tantôt sombre et pensif, il passait des journées entières enfermé dans sa cellule ou se promenant à l'écart, évitant tout le monde et ne daignant pas répondre aux questions qu'on lui adressait; tantôt, au contraire, courant de l'un à l'autre, il les prenait sous le bras« les entraînait à part et leur racontait avec cette vivacité italienne, effrayante parfois, son m ilhi ur dans les plus grands détails, prononçait le nom de celui qu'il croyait son rival, disait ses souffrances, dépeignait ses tortures, et savourait à plaisir l'espoir d'une vengeance qui lui faisait encore supporter la vie. Bientôt il cessa tout commerce avec ses compagnons, il se relira dans sa chambre et n'en sortit que pour aller à la cantine acheter h chaque heure du papier. Sur ce papier il jetait tout ce que son coeur, dans ses mouvements tumultueux, lui inspirait de rage et de désespoir ; et, sur le point de l'envoyer à sa femme, il le froissait, le déchûrait, parce qu'il trouvait trop faible l'expression de sa douleur et de sa vengeance. Cependant un tel état n'avait pu échapper aux cheis de la

CEJCBVi

]i||iÎ8(m..Roberti était l'objet d'ui^^ sarreiUaiioe ipédale. Jjè

3 août on s'aperçut qu'il avait dégradé le plafond de sa cellule avec un couteau et passé la nuit à tenter de brûler une poutre. Sa chandelle, entièrement consumée, témoignait de ce dernier fait. Sa cellule était située au quatrième étage; il espérait s'ouvrir une route par les toits pour s'évader. Quelques instants de liberté lui suffisaient pour surprendre les deux coupables en* semble et les poignarder. H voulait à tout prix sortir pour ce seul motif.

Franant en pitié son état, le directeqr rei|onça aux punitions

qu'il pouvait lui infliger, et se borna à le faire descendre au second. Dans le ca^ oii il eût renouvelé sa tentative, ceux qui étaient aoHiessus et au-dessous l'auraient empêché d'accomplir une évasion dans laquelle il aurait infailliblement trouvé la mort. lioberti vit avec une sombre douleur ces précautions prises contre lui, toutes humaines qu'elles étaient. Le 5 août, vers les quatre heures du soir, se tenant près de la table oh le Cantinier distribuait les portions, il parvint à s'emparer, sans cpie personne s'en aperçût, d'un couteau de cuisine ; il le cacha sous sa redingote et courut aussitôt dans sa chambre ; lÀ il se plongea ce couteau dans le bas-ventre jusqu'au manche. Il ne poussa pas un cri, ne prononça pas une parole, et mourut quel* ques heures après, malgré les soins q[u'on ne cessa de lui prodiguer.

Cette mort émut tous ses compagnons d'infortune. Le malheur de Roberti avait intéressé tout le monde. Ses compatriotes sollicitèrent et obtinrent du directeur la permission de lui rendre les honiieurs funèbres suivant l'usage de leur pays. Us lavèrent son corps, le parfumèrent, le mirent sur un lit de parade» en»

Sn us PBBONB DK L*IDBOR. \- 4 .

toiiré de derges qoi ne oenèrent de i)rùler» eeig^^

d'une couronne de fleurs. Ce iîit Vemblème le plus yrai de cette

cérémonie; emblème de joie, de consolalion et d'espérance; emblème d'une «ûslence meilleure. Roberti ne venait>il ims de l'acquérirT

Après avoir passé la nuit en prières auprès de son corps, ses compatriotes le transportèrent le lendemain à la chapelle. Pantaleoni chanta la messe de Cherubîni, et Giaiiani tint le piano. Tous ses compagnons, mornes et pensifs, assistèrent à cette triste cérémonie et pleurèrent sur cet étranger, leur frère d'infortune, mort loin de son pa^s, de sa funille, victime d'un amour méconnu, victime d'une loi mal appliquée, si elle n'est pas injuste. Roberti était jeune, il avait de l'avenir devant lui. La prison pour dettes dévora tout en quelques mois.

La dernière cérémonie fut plus triste encore : ses compagnons escortèrent le cercueil jusqu'à la dernière grille ; là, ils s'arrêtèrent, ne pouvant suivre leur ami jusqu'au cimetière. Un discours touchant ftit prononcift par un des prisonniers. La grille s'ouvrit pour donner passage à celui qui était entré vivant dans cette maison et qui en sortait mort; puis elle se referma sur ceux qui étaient derrière, comme si c'était une prédiction sinistre qu'ils n'en sortiraient que dans cet état.

Une collecte des prisonniers acheta une place au malheureux Italien et fit élever une modeste pierre sur sa tombe. On y voit souvent une femme prier en sanglotant, et des fleurs fraîches et riantes l'ornent dans tous les mois de l'année.

Après cette légende qui sene le ccMir, voici une anecdote plus gaie et plus originale.

Le comte Bujowich, noble dahnaLe^ fut écroué à la prison

GLKHf,

pour dettes le S mai 1 888, par im laSIeiir éa k me da Helder» pour la somme de 6»000 francs. Il fit dans cette prison cinq ans moins quîiise joins, car il n'en sorHI que le 17 Umet

Le noble dalmate passa tout son temps dans sa chambre» sans Jamais paraître dans le Jardin, sans Jamais adresser la parole h personne, sans jamais lire ancon livre, aneun fommal, sans rien faire enfin autre chose qu'une toilette très-soignée. Tons les matins il s'habillait comme s'il devait aller au bal; après cette cérémonie il restait tonte la journée dd>out et si* lencieux devant sa fenêtre. Si par hasard un de ses compagnons lui adressait la parole, il répondait avec politesse, mais de manière à lure voir qu'il ne désirait pas continuer la oonrersation. On a remarqué que pendant ses cinq ans le comte Bn-^ jowich n'a pas pris un seul bain ; il n'a reçu que deux visites et n'a écrit que deux lettres, toutes deux à son créancier.

Au bout de deux ans il manquait de linge ; mais il avait conservé ses bottes vernies, qu'il faisait soigner tous les matins par un détenu qu'il payait à cet effet, comme s'il devait sortir le jour même. Ce lut à peu près à cette époque qu'il fut demandé par son créancier, au greffe, car les créanciers n'entrent jamais dans la prison. Là eut lieu la conversation suivante :

— Monsieur le comte, dit le tailleur, vous m'aves fait l'honneur de me faire appeler ; que puis-je pour votre service?

— Monsieur, dit le comte, j'ai épuisé mes ressources per* eonnelles ; un homme comme moi ne saurait vivre avec quatrevingt-cinq centimes par jour. Puisque vous me croyez bon pour TOUS payer 6,000 francs, je vous payerai aussi bien une somura! plus forte quand j'aurai vendu mes domaines en Dalmatiei

f70 LES PRISONS DE LTDROFS.

Gela me jjMiatt jqstBi monsieur Iq QQQtfe ; combien ittà»

vous?..,

— Je voudrais cinquante francs par mois en sus de mi^ aliment^.

Vous les aurez. Trop heureux de tous étire agréable. Est-ce tput ce que vous dédirez?

— Atool^ment M>ut, Qt je tou$ suis fort leoomuôssaot

— Ne parlons pas de cela, je tous pri^ mon çher mQnsieqr le coiQte ; jç suis bien votre seryileur.

Le créancier et le débiteur se séparèreni après s'être saluée le plus poliment du monde. Le débiteur continua sa vie uniforme etcoDtciïH)lative, el le créancier remplit fidèlemei\t l'en- |i|geipent des cincjuante francs par moi^ de supplément.

Le 17 fénîer 1843, le créancier se préseuta de nouveau au greiïe de la prison. 11 amt'nail avec lui deux commissionnaires, porteurs d'une lourde malle. C'était la répoAse à la seconde lettre du comte. On mimda çelui-d 8ur-l&«hamp, et 1^ taillear s' empressa de lui dire :

— Mûiisieur le comte» j'ai reçu la lettrç iQni vous m'avez hoiioré» et j'accepte ?gs propositions. Je toqs rends la Uberté, el vous apporte une malle d'effets en rapport avec votre rang; j'y ai joint montres, épingles» lorgnons, baguçs, tout ce qui se fait ifi plus élépnt. Voici dans cette bourse cinq[ oents francs en or pour les quinze jours que vous désire^i; passer à Paris, pour IPOUS décarèmer uq peu , o\i plutôt pour faire votre carnaval. Ces dnij cents francs sont upiquemçnt pour tos menus plainrs, car j'ai pris la lilHvté de payer h l'avance le logement et le domestique que je vous ai retenus à l'hôtel des Princes. Mon notaire va venir, et nous passerons un petit acte qui m'assure

CUCUT.

le recouvrement de toutes mes avances, s'élevant aujourd'hui il dix-huit mille francs, auxquels il conviendra d'eu ajouter trois mille, que je lemettrai à son second clerc, qui veut bieh partir a^ec vous en poste dans quinze jours, se charger de payer partout, et de me rapporter mon argent.

Le notaire arriva; l'acte fut passé» le reste des oonvoitions s'accomplit fidèlement; c'estè-dire que le noble Dalraate pa^ ses quinze jours entiers à Paris, et dépensa scrupuleusement ses cinq c^ts francs. Le seizième jour il partit avec le clerc de notaire pour la Dabnatie, dans une bonne chaise de poste. .Le voyage fut charmant, et au bout de quelque temps le clerc de notaire était de retour en France. Il se loua beaucoup de son Toyage» de la noble et belle hospitalité qu'il àTait reçue; U assura le tailleur que le comte Bujowich avait des propriétés admirables; mais il revenait les mains vides, et avec celte assu-

rance presque formelle qu'à cause des majorais et des hypothèques, le créancier aurait peine à redrei^ cinq cenis francs des vingt et un mille francs avancés au débiteur.

Voici un trait plus original encore :

Le 15 décembre 1843, un marchand était écroué II Clîchy pour la somme de cinq cent soixante-seize francs. La scène se passait au greffe de la prison. Le malkeureux marchand s'emportait, comme il est d'usage, contre le garde du commerce.

— Vous avez tort , répondait celul-ci : je ne suis pas plus coupable dans cette affaire que le président qui a signé votre jugement C'est iïlcheui; Inftis c'est mon état.

— Je vais manquer ma vente du premier de l'an, s'écriait ie marchand avec désespoir; j'aurais payé» bien sûr, car Je suis honnête homme.

LES PBISONS DE L*£(JROPE«

— . J'ensuis persuadé; mais je suis responsable. Croyez-vous que cela m'amuse de tous arrêter? DoimexHOoi une bonne caution, et je tous mets en liberté*

— £t où voulez-vous que j'en trouve ime caution? Quand on est dans le malheur on n'a plus d'amis. J'aurais pourtant payé si on m'avait laissé libre pour ma Tente du premier do

l'an. Mon Dieul mon Dieu!...

U y avait dans le fond du greffe un homme occupé à écrire, et qui n'avait pas l'air d'entendre cette conTersation. Cet homme était un huissier qui venait de signiûer un acte à un détenu, et terminait le nécessaire. A la dernière exclamation du marchand, il posa la plume, et s'adressent au garde du commerce, lui dit :

— Mon cher monsieur, si ce brave homme vous o£ûrait une caution, quel délai lui accorderieï-TOUsT

— Un mois, répondit celui-ci.

^ Ce n'est pas assez; si tous trouvez la mienne bonne, accorde^lui^ trois , et puis passes à l'étude, et je tous payerai. Je Tais signer ma garantie.

— C'est inutile, répondit le garde du commerce, la parole d'un homme capable d'un pareil trait Tant mieux que toutes les signatures du monde*

Le marchand, se croyant sous l'illusion d'un rêve, se précipita vers l'huissier, et, dans le délire du bonheur, lui exprima sa reconnaissance en (ennes énergiques, et prononoés à haute voix.

— Assez, asses; plus bas, dit l'huissier; tâchez de payer; mais surtout ne parlez de cela à personne s si l'on saTait que

je liais de ces choses-là, je serais ruiné. \

cLuar*

Puis il 86 remit à écrire limiquinemeot.

Nous lu; rioiiimerons aucun des acteurs de cette scène. Seulement nous dirons la coiiduâonderaûairepour rendre justice à qui de droit. Gettefois ce fut cbezles deux officiers ministériels qu'on trouva le plus de générosité et de cœur. Le créancier ne voulut pas obtempérer au délai accordé par le garde du commerce, qui fut obligé, à Taide de l'huissier, d'acquitter immédiutemenl la créance, et à l'époque oii nous écrivons ces lignes, le marchand n'a pas encore remboursé celui qui a payé pour hii.

Un trait moins caractéristique, mais qui rappelle un peu celui-ci, a eu lieu aussi en 1844.

Un ancien huissier fut arrêté et écroué à €Gdiy dans le coulant de cette année. Sa femme était accouchée de la veille, et le nouTeau père avait eu à peine le temps d'embrasser son enfuit. On juge de sa douleur. Son état intéressa le greffier de la prison, M. Léveillé, humain et bon dans rexercicc de sa charge. Il s'adressa à la chambre syndicale des huissiers. Le président de la chambre en appela à tous ses confrères. Un plateau passa de main en main; chacun y déposa son offrande, et le lendemain l'ancien confrère était libre. 11 n'avait subi que huit jours de détention, v

L'année 1 843 a vu mourir à Clichy Prosper de Lassalle, dont le nom a été attaché à tant de journaux. 11 y est mort au bout de trois mois de détention d'une hydropisie de poitrine, qu'il avait apportée en y entrant. Comme presque tous ses compagnons d'infortune, il ne voulut pas aller k l'infirmerie, et rendit le dernier soupir dans sa cellule. On lui fit un service con« venable dans la chapelle, et à l'aide d'une souscription ra-

ÎFS PRISONd tt ^EUROPE.

massée panni les détenus, U fdl inhumé dans im tamin pte

ticuUer. ^

L'année 1844 a présenté ceci de particulier et de rare, que dnq prisonniers pour dettes ont été atteints d'aliénation mentale. Toutefois il n^sulle de nos informations que ce n'est pns la prison qui leur a causé cette cruelle maladie. D'alKirdt st r les cinq, Tun avait été déjà traité pour oda. Ensuite, c'est au bout de deux ou trois mois de captivité que la folie s'est déclarée chez eux, depuis avril jusqu'à juin, au reiiouvellement des saisons. Sur les quatre aliénés» il a été reconnu que dem, l'ui^ paveur, Vautre marchand de charbon de terre, avaient été amenés à cet état par l'abus des liqueurs fortes. Lo troisième éUiit un officier russe; sa folie était le mutisme» n païaail des Journées entières h regarder à terre, sans proférer une paroln^ et ne reconnaissait personne. Il paraissait plutôt slupida que fou. Cet état indique asses la cadse qui avuit pioduit snn maL Le dernier avait eu la téte dérangée par suite de mauvataos aildires. Il avait apporté à Clichy le germe de sa maladie.

Celui qui avait été déjà traité était un lipnune de lettres, ia folie était de se croire le duc de Reiehstadt. H prenait toujout« le litre de François Napoléon. 11 ne voulait jamais se persuader qu'il était à la prison pour dettes, et prétendait être captif, o cduse de son nom et de aa naissanoe. n passait la journée h écrire, et arrivait parfois à faire parvenir ses lettres au dehors. 11 écrivait presque toujours à des fournisseurs. Voici deux de ses lettres. La première est k M. Bottsvri, dont il cnfait sans doute que le restauraniK)mnibu8 existait encore « Monsieur,

j> l'ai su que tous conaentiei quelçiefoîsàeBvi^ermiiiitil

cuonr. m

dîner en ville, quand il s'agissail de servir des personnes qui U6 pouvaient sortir de chm, elles, et qui d'ailleurs vous étaient oonaues. Je vient vous prier de m'en? ojer chaque jour à quatre heures et demie très-précises, rue de Clichy, 68, ancienne maison dV'ôt poui dettes, un dîner de deux couverts, du prix de quarante francs (vingt tmm par lAte)» tout mvice compris. Il ne faudrait pas que j'eusse, comme vous le pensez bien, à m'en occuper le moins du monde. Toutefois, si votre sommelier veut venir s'en entendre avec moi, je le recevrai dans la matinée à l'heure qu'il voudra. Faite»-moi savoir de toutes ma* liièree si je puis compter régulièrement sur le service que jo vous demande.

» Il est entendu que la nourriture sera saine et abondante, que les plats seront assez nombreux pour qu'aucun ne soit trop eopîeux, que le tin aere pur: je nd veiii qil'uiie bouteille de bon vin de Bordeaux ordinaire : de temps en temps une bouteille de vin de dessert, et habituellement un verre de madère après la soupe, et une demî-bouieîlle de rfi^mpfg"^ (vin de «hampagne mousseux de Montébello).

» Le service serd toujours bourgeois; je suis dans une maiscm où je ne veux pas paraître tout ce que je suis, ni attirer les w garJs; cependant je porte mon nom, et François peut demander à me voir; il s'adressera à M. Léveillé, et arrivera jusqu'à mm sans difficulté.

» J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur, avec une cousin dération très-distinguée.

« Votre Irèsrhiimble el trèsKibtissaiit serviteur^ *

J» lÉAKÇOlS 2HAP0LÉ0N. J»

La seconde est à un tailleur.

LES nUSONS OB L^EUBOn:

«Mmineur,

» H me faudrait quelques habits de ville; j'ai la confiance que TOUS me servirez bien, et je viens vous prier de venir me présenter ce que TOUS jugeres à peu près être &it à ma mesiire. Vous vous adresserez rue de Clichy, numéro 68, ancienne maison d arrêt pour dettes, à monsieur, etc. »

Au bas de cette lettre est écrit au crayon:

M Je n'ai md êMiamt dùpombk, et ne peiU fownàr ion aJUem. »

Le prisonnier dont la perte de sa fortune avait commenoé à déranger la téte possédait un genre de folie poussé à l'eitréme*

Il se croyait 1 empereur de la Chine, el correspondait avec ]>ieu. Nous avons sous les yeux une lettre de lui, dont voici la suscription :

« A la divinité de Dieu le Père, le premier des trois dont la Trinité se compose, dans son palais, au cieL m

Celle lettre est do six pages. Elle commence ainsi :

'< Depuis que vous m'avez entretenu de vos projets pour le boxiiieur des humains, etc. »

n croit que Dieu l'a choisi pour changer les hommee el leur annoncer sa volonté, et il accepte cette mission; mais une chose l'embarrasse , c'est le moyen de se faire comprendre de tous les peuples dont il ne sait pas parlor le langage. En conséquence, il demande à Dieu de lui octroyer le don des langues» comme aux apôtres; puis il le supplie de lui accorder deux jours pour se rendre à Londres , afin d'y conclure une ailaire majeure, avant de commencer raccomplissemeni du grand œuvre. Cette allaire est une nouvelle iiivcnlion de cheminées sans tuyaux pour laisser échapper la fumée, ce qui doit éviter

CLICIIV,

fous les accidents eulraincs par ces tuyaux que le vent renverse sur les passants.

« Lorsque toi s-allei lire les chUTres énormes qae nous au« Tons en quinze j( urs , écrit-il , cinq millions six cent vingt-cinq mille francs, et même somme l'autre quinzaine; le second mois sera double, et en quinze mois nous arriverons à avoir six cents militons, rien qu'à Londres et à six villes les plus cons»> dérables d' .\ iigle terre ; vous jugerez mieux que moi, ô mon divin Maître, d'une a£Eaire qui doit nous mettre une fortune immense avec laquelle nous pourrons faire tant d'heureux , et je vous assure que les absences si courtes que je ferai à Londres ne letaideroni pas les changements à iaiie à l'hu* manifé. » ^ ,

11 termine ainsi :

« J'attends, avec l'espoir que votre bonté infinie me donne» renvoyé qui doit m'apprendre qu'à sept heures et demie ou

trois quarts du soir il me tirera de celle prison où, si vous me 'ordonnez, je ferai tomber k foudre et soulever les caves, de &çon qu'il n'y ait plus de prison pour dettes, etc. »

C'est après avoir écrit cette lettre, dont il attendait la réponse , que ce prisonnier fut trouvé un soir se cachant parmi les dahlias, au moment où les gardiens Hidsaient leur ronde pour que tous les détenus rentrassent dans leur cellule. Us l'interpellèrent, et le prièrent de faire comme les autres: mais il refusa obstinément, et, pressé parle ton impérieux qu'on commençait à prendre, il se jeta à genoux, et dit à l'oreille du gardien :

« Mon ami, laisses-moi encore ici quelque temps. Vous voyez bien ce mur (c'était le mur de ronde) ; à huit heurt» dix

Oigitized

LES FRISONS DE UëUROFB.

toinules un sn^o doit l'escalader, et m'enlever avec lui dans les airs pour me mettre en liberté. La Divinité me prêtera un petil tôdnëtré» Mèe lequel j'anéantirai la prison, et n v6tli êtes complaisant, je vous sauTerai de la catastrophe. *

Comme on le peuse bien, le gardien ne se laissa pas séduire éi lë pium fou fut enfermé dans sa cellule. Le lendemain il 8ë plaignait de eetle fiitalité, que les aJQges ne pussent tenit H) chercher qu'après huit heures du soir, quand il n'était plus ddnslejaidill.

Aussitôt qu'on s'aperçut è CUcby des marqdes dë iblle que commençaient à donner ces cinq prisonniers, on les fit surveiller et traiter parlieulièremelit. Qualid Olilpit (|be le ma) peiséaérait et empirait, on en fit on rapport à qui de droit, et cinq prisonniers furent transférés h Charenlon Ou h Bicètre. responsabilité da directeur fut mise à couvert. Aujourd'hui liresque tohs sont entrés dons des maisons de saUté, Où lelié IHmille les fait traiter.

Nous avons dit plus haut que brsqu'tm incaroérateur arrivait à Clichy, il passait son tedips à l'infirtn^lèj par crainte ûéh niantais traitements des incarcérés. Un fait récent a prouvé ce que nous avons avancé; mais un fait plus récent encore semble devoir amener un tout autre résultat

n y a peu de temps un incaroérateur a été écroué, par suite d'affaires malheureuses, quelques jours après celui qu'il avait lait écrouer. L'aduUnislration a t»té?enu rinearoéré qu'elle le rendait responsable dë tout ee qui arriverait à rinearcérateor, s'il était dénoncé par lui aux autres détenus. L'incarcéré n'a rien dit. Ces deux hommes Së trouvant fitee à sous le poids dn même malheur* sous le nimu de k oaotMté» onrès s'être

évités les pMBllen j<Niii, <mt ini p«rt9ftpiiiooliflr« parie plaindre, par s'entendre; eltoas dein, Tmi par l'antre, en

s'arrûDgeant sur leurs créances, sont parvenus à être mi^ en liberté;

La dernière évasion de GHdqr i^ait eCfectnée le t5 noveni»

bre 1844, Elle a donné lieu à plusieurs procès, oîi la qucstiou principale, celle de la responsabilité du directeuri n'est pas encore vidée dans cette espèce.

Un Anglais, nommé Kaing, était détenu k Clichy, pour la somme de cent trente mille francs. Cet Anglais ne savait pas un mot de français. Il tronva dans la prison nn de ses oom» patriotes, nommé Bowers, qui, au contraire, était très-fort sur la langue française, qu'il parlait sans faire l^op de barba* rismes. Ce Bowers devintrintennédiaire de son compatriote en* vers un des employés. Moyennant une forte somme d'argent, cet employé consentit à faire évader Kaing. L'évasion s'opéra en eilet, à l'aide de fsiusses dafs. On était loin de soupçonner cet homme, qui depob dnq ans remplissait ses fonctions i Clichy avec zèle et probité, et qui avait pour antécédents des services honorables dans l'armée et notamment dans la garde municipale. Hais après l'évasion, l'encpiéte fit découvrir ce que nous venons de révéler, et une somme de cinq mille francs fut trouvée en sa possession. Ces divers faits, dénoqcés aux tri» bunaux, ont amené la condamnation de l'employé à une année d'emprisonnement, et celle de l'anglais Bowers h une année de prison également, et de plus à cinq ans de surveillance* Mais la question de la responsabilité du directeur est restée tout entière, et se poursuit dans ce moment. Sans vouloir l'approfondir, nous ferons seulement ces observations. La no-

BMiutioii des eaipk>yé8 n'appartient pat au dinetour : c'est M. le préfet de police qui nomme à tous les emplois de la prison pour dettes. Le directeur n'a f>as non plus le droit de révoquer quiconque. L'évasion de M. Kaing est le fait d'un employé infidèle; cela est hiea prooré aujourd'hui. Dans cette position il ne nous parait ni juste ni équitable que le directeur devienne responsable du fait d'un employé qu'il ne choisit pas, qu'il ne peut refuser, et dont la probité lui est garantie par sa seule nomination. Il est couvert par l'arrêté de cette nomination, et on ne peut guère, non plus, nous le pensons du moins, exiger autre chose de la part de cdui qui a nommé l'employé que la punition de ce dernier et celle de son complice. Cette question est tout à &it nouvelle. Nous regrettons de ne pouvoir consigner dans ces pages le jugement qui va être rendu à ce sujet; mais nous ne pensons pas qu'il en puisse être autre chose que ce que nous disons.

Notre visite ÀQichy, dans les plus grands détails, nous a mis à môme de constater plusieurs améliorations nialcrielL-'s et morales que le temps et l'expérience ont dictées à une administration soudeuse du bien. Nous allons en rendre compte.

Le grand parloir, autrefois parqueté, est maintenant carrelé en briques sur champ à la manière italienne. La chaleur du calorifère qui le traverse en tous sens détériorait le bois, et c'est ce qui a déterminé à celte mesure. 11 en est de même des couloirs ou sont les cellules, qui sont entièrement carrelés. Au milieu du grand parloir, nous avons trouvé un petit billard, auquel jouaient quelques détenus. Le restaurant est supprimé. Les prisonniers font venir du dehors leur nourriture, et s'entendent entre eux pour cela. Le fourneau général est toujours

OIGflT.

k leur dîsposition pour ftire cuire les alhtieiits. H y a en outre

la cantino, à laquelle, oomme à toutes celles des prisons, on ▼end du pain, du fin, de la charcuterie, elc. Une laitière est établie au premier, et passe sa matinée à dâiiter son lait, comme aux coins des rues de Paris. Ces mesures ont été prises prineipalement pour éviter la trop grande dépense qu'on faisait dans la maison, et les crédits qu'on n'osait refuser, et qui souvent dégénéraient en pertes. On ne permet qu'un demi-litre de vin par jour, et l'on défend absolument les spiritueux. Pendant que nous étions au greffe, la fonilleuse est mue apporter une demi-bouteille d'ean^de-vie qu'elle avait saisie sur une

visiteuse.

Le service des prisonniers è Fintérieur n'est [dos fait par les bons pauvres de Saint4>aii8. On en a gratifié à leur plaee huit

détenus pour dettes, qui n'out d'autres ressources que leurs aliments. Aveo leurs trente francs par mois et ce qu'ils gagnent pour leur service, ils se font quarante sous par jour. Cet argent est bien mieux placé qu'auparavant

▲ la place de la société de ÏEnUnmow^ dont nous avons parlé à Sainte-Pélagie, les prisonniers ont formé entre eux une société philanthropique. Les dettiers ont suivi en cela les progrès et la raison des temps. Autrefois ils se réunissaient pour chanter et oublier leur infortune, aujourd'hui ib ont le courage de la regarder en face, et, au lieu de s'étourdir, ils cherchent k améliorer leur position. Tel est le but de cette société philanthropique , à laquelle chaque prisonnier concourt de ses deniers, au règlement de laquelle chaque membre ed soumis. La société nomme tous les ans un comité qui administre, dirige, et fait

toutes les dépenses. Son essenee est de maintenir les droits de IV. M

LES l>HibU»t» UK L'bbUOPK.

chaoan entert l'adminiitiatioii et la ibdélé elUnnÉaie. Smnito

elle concourt à l'amélioration matérielle de la vie en prison, en entreprenant saule au proût de tous ce que des étrangers entreprenaient à leur propre profit. Ainsi, o'esi la «ociété p)iilantbropique elle-même qui tient le cdiinet de lecture, pour cela elle a acquis la petite bibliothèque qui en (tdi fonds, et paye les abonnements aux joamaux. lin déieim povx deMe^ tient le cabinet littéraire, mais seulement en qualité de commis rétribué pour cela. Les sociétaires payent toujours pour lire les journaux et louer les Uirea, et cette rétiubution vient augmenter le trésor général. La Soaiélé a ainsi acquis les baignoires. Autrefois les bains coûtaient trente-cinq sous k Clichy, aujourd'hui les membres de la Société les prenii^t pour quiiue.

An milieu du jardin est affiché sur un poteau le règleiqenl de la Société en ce qui concerne ce Ueu. C'est uq a¥is aux yisiteurs et aux prjsoimien de ne rien eaeiUir. de ne rien dé^çir, der. Les détenus considèrent à bon droit ce jardin comme leur propriété. En effet, lorsqu'ils ont été transférés de S(Mnte-Pjéliigie À Qichy, le jardin actuel n'était qp'nne CQiir plantép do quelques grands arbres. Ce sont eux qqi, de leurs propres mains, ont dessiné, placé, planté, cultivé, arrosé tout ce qui est venu depuis. Aussi ils y tiennent CQinme à une propriété de famille» et donnent tous leurs soins 4 la culture et à 1^ boniftr cation de ce coin de terre qui leur présente un peu de verdure, et leur permet de respirer parfois la douce émanation des fleurs. C'est surtout au sein du leuillagiB qu'ils dPtvent rérer la liberté. Un détenu pour dettes, payé par ses camarades, est le jardiuK.r de CUchy. £t à proposa de cela» il n'y pip& 4 f'U'

chy, lors de aotre visite, des hoinmes de l'art exerçant ctiaciiu un métier, commë 11 y éii avait dans le principe; mais on nous

a parlé d'un bien autre commerce que tous les soins de l'admînistration tendent À détruire; c'est celui de l'escompte, c'est celui de l'usure.

Qui le croiriiit? à Clichy on fait des affaires, proportion gardée, comme au sein de Paris, presque comme à la Bourse. Billets à ordre et lelt^ de cliange circulent entré les visiteurs cofaiplaisanls et les visités nécessiteux ou de mauvaise foi, car on sait que le billet fait sous les verrous est nul de plein droit. Dans ce cas les signataires ont soin de l'antidater. Que leur importe? A l'échéance ils seront peut-être encore sous les ver rous. On a vu des prisonniers qui, s'établissant banquiers dans la prison même, disaient des opérations à leur dianière. Ces prisonniers , nous l'avoiions , n'excitent aucune pitié dans nos Ames : c'est l'impénitence finale qu'ils traînent jusque dans iës prisons; aussi nbiis èmpressons-nous» après avoir détourné les yeux, d'envisager èeUi qui inéritent nos sympathies

Nous avons visité deux cellules, celle d'un prolétaire et celle d'un artiste.

La cellule du prolétaire , donnant sur le chemin de ronde , ne contenait que le mobilier de la maison, le lit en fer, toujours exigé à cause des punaises, les chaises de paille y la table en bois, et l'armoire, qu'on trouve dans toutes les chambres. Tous ces objets étaient simples, mais propres et de bonne qualité; ils sortent des ateliers de Saint-Lazare, oii est le matériel. Le linge est l>lanc et fin. Le couloir est lavé une fois par semaine.

La cellule de l'artiste, donnant sur le jardin, était fratlssanle

LES PBISONS DR UEUROPB.

à voir. Des meubles coquets, des gravures de goût et de prix; une étagère reoouYerte de Teloim ciamoisi, supporlani d'originales clûnoiMries, des draperies et des portières, tel était l'aspect de ce petit boudoir. Ajoutez à cela la jeune et noble figure de l'hôte de cette habitation» ses manières aisées et polies, sa conversation toute spirituélle et dégagée: et si tous nous avez suivi dans colle visite, vous sortirez de celle cellule, comino nous, le cœur navré par les mille idées qui bourdonnaient dans noire téte. Nous n'avons osé faire aucune question sur le prionnier qui nous avait fait si gracieusement les honneurs de bez lui; mais nous avons appris que celte cellule, aujourd'hui à riante et si parée, avait été habitée il y a six ans par un autre jeune homme qui l'avait décorée bien autrement. Il avait fait recouvrir tous ses meubles et son lit de housses noires parsemées d'os en croix et de larmes en argent. Les murs étaient tapissés de tètes de morts. La fenêtre était hermétiquement fermée, et quatre cierges brûlaient nuit et jour. Cette lugubre fantaisie n'était justifiée ni par l'origine de la dette ni par le caractère et les intentions de l'individu, viveur joyeux s'il en fut cl s'il en est encore à présent, car ce prisonnier a recouvré la liberté depuis longtemps, et l'espèce de tombeau qu'il s'était fait h Qichy n'est parvenu à prouver qu'une seule chose, c'est qu'il était un original.

11 existe à Clicby uu dernier article auquel nous devons initier nos lecteurs, c'est celui des punitions. Ces punitions, que le directeur applique selon le plus ou moins de gravité des iautes commises, ont toutes leurs degrés de sévérité. La pre« mière consiste dans la privation de communiquer au dehors; U seconde est le confinement dans la cellule; la toisième le

CUCHY.

transfèrement dans une cellule de punition, et la quatrième et la plus forte le transfèrement dans une autre maison.

La ph^noDomie de la maison de Qichy ne ressemble, comme oela doit être, à aucune autre prison. D'abord les ?isiteurs qui sont introduits dans l'intérieur donnent un aspect tout à fait noumu à cette réunion d'hommes. En g^éral, l'observation qui nous a frappé , c'est la tranquillité et l'espèce de résignation du prisonnier pour dettes. La plupart semblent occupés du soin des choses matérielles de l'existence » comme s'ils deraient passer là leur vie toute entière. Mais au travers de cette résignation apparente, perce souvent une tristesse profonde, et l'on voit que celui qui se donne tous ces soins le fait principalement pour édiapper à l'ennui qui l'environne. Une autre partie des prisonniers chante , rit , et fait des plaisanteries. On reconnaît facilement la joie factice de gens qui cbeiw chant à s'étourdir» et n'échappent pas aux h^ires de découra* gemmt et de chagrin. La partie des prisonniers qui ne cherche à dissimuler ni sa douleur ni ses peines est celle des prolétaires. Ceux-là sont ostensiblement affectés et solitaires, ou en petits groupes, passent leurs moments avec leurs iamilles ou leurs compagnons de la même classe. Les huit détenus auxiliaves choisis parmi eux sont un bien&it de l'administration.

Le jour ou nous avons visité Clichy (12 mai 1845), le personnel se composait ^ 157 personnes, dont 153 hommes et Atomes.

C'est la moyenne du personnel de cette prison depuis la loi du 17 avril 1832, ainsi qu'on en peut juger par le tableau iuifantt

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dont 7 teiumes.

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dont 7 ieminés (

Cette espèce de régularité est tres-remdrquable; mais voici qui l'est encore plus ; c est la balance des euirées et des isofliés.

Ainsi, en îtei, les énlrées k ClicKy ont de ^(lë, et les

sorties de 432, dont un décès. En i832, 40^ enirées, éi9i5 sorties, doui huii décès. Ën 18^3, iOO entrées, sbfiiés, dont deiîx décès, tin suicidé èl iinë évasion, kn lS34, Ji3é ënlfées. i39 sorties. £n 1835, 4:^9 entrées, 408 sorties, dont lin décès. Èn 1837, i7à entrées, 455 sorties. Ëh 1838, 456 enirées, i7ë sorties, (lonl uii déi-^ et iiii siiiciilè. Eîi lëëtt , Ssst enii^, 500 sorties. En 1843, 574 ëîitrées, 569 sorties. Èniin eu ÏSii^ année qui vient de s'écouler, 541 entrées, dont 40 femmes, â 552 sorties, dont trois aëées par maladie, un suicidë et les cinq cas de foiie que nous avons racontés (2).

Il ne faut pas s'étonner si dans quelques années lés sorties sont piiis nomLrëiises qiié les éiilrées. Cela Hehi k ce qii'il restait dans là prison des déteniis de l'année précédente, ttû reste, ces calculs donnent lon^^ement à réfléchir.

ÇLICJIY* 287

Ypiin mi|fii|0iiaiit Vj|ge des pfjsonnien pour quelques anné^. En 1Ç?7, il y pn avait trente-trois (}e vingt ^ ^jjag^-cinq aD|; en 183(1, soizanl^neuf.qii 1839, soiianteTdftuie: 9^ 1843, qu||^te-si|;« On ypit que V^helle est §sceD(|apte poi4r les jeimeç gens. Et qu'on pe séfenne pas du yoir ^ p|:ispnniers de vingt ani, et non pas de vngt et un, Age prescpit )a loi. Giaqu^ anjiée pn amène à Qichy fie jeunes étourdis gui res^ tent sous les verrous jus<|u'à ce qu'ils aient justifié de leur minorité. S'il en est ai|>si pour l'é^ qui cqmn^enpe, il en gst parfpis de même pour Tâge qui finit En 1833, on écroua à onze heures du soir un ecclésiastique vénérable, vicajre de SaintrMerrY, qui ne sortit qu'à minuit un quart, étant parvenu à prouver (^u'il était presque pctogénaire. Le créancier savait . assure-t-on , et voulut pour la somme de 300 francs se procurer le plaisir d'humilier un respectable vieillard*

En continuant notre statbtique, nous trouvons, en 1837, soixante-treize détenus de vin^t-cinq à trente ans; en 1338, quatre-vingtrcinq; en 1839. môme nombre; en 1843, quatreyÎDgt-quinze.

De trente à quarante ans, en 1837, cent soixante-seize; en 1838, quatre-vingt-dix-neuf; en 1839, centciaquante^sii; en 1843, deux cent six.

De quarante à soixante et dix; en 1837, cent quatre-vingtonze; en 1838, deux cent trois; en 18^9, deux cent trentehuit; en 1840, deux cent vingt-huit.

A cette statistique , pous ajoutons l'état civil des prisonniers pour les mêmes années t

Célibataires, 154 132 165 155

1 usrai

ISQNS DB L*BiniOnL

mi

Téniii flans enfiints^

Veufs avec enfants,

Hariés sans enfants.

ad

Mariés me enfimts.

Divorcés,

De oes tableain, fl résulte qu'A fout égeon fait des Mes, <m

commet des fautes , ou Ton éprouve des malheurs. Mais du deinier» il résulte une chose plus afOigeante encore, c'est que la majeure partie des prisonnien est oomposée de p^es de

famille.

Maintenant, examinons la prison pour dettes sous une nou- Telle kce, et cherchons dans d'autres tableaux pour oes quatre années ceux que le malheur ou l'impuissance de payer cou» duisent à Clichy, cl ceux qui semblent l'avoir choisi pour résidence habituelle.

En 1837, il y a eu de détenus pour la première fois, trois cent quatre-vingt-sept individus sur quatre cent soixante et treize; cinquante pour la seconde ; râgt-quatre pour la troisième; sept pour la quatrième, et cinq pour la cinquième.

£n 1838, il y en a eu pour la première lois trois cent soixantehuit sur quatre cent cinquante-six; soixante-cinq pour la 8»^ isonde; quinse pour la troisième; sept pour la quatrième» et deux pour la cinquième.

£n 1839, il y en a eu pour la première fois quatre cent trente-sept sur dnq cent cinquante-deux; quatie>?ingt-deux pour la seconde; vingt et un pour la troisième; cinq pour la quatrième, et sept pour la cinquième.

En 1843, il y en a eu pour la première fois ouatie eanft

quafre-iîiigt-dix'iieiif mir emq œot «^ante-quafom; cinquante-six pour la seconde; treize pour la troisième; trois pour la qualrième^ et trois égalenient pour la cinquième.

Ces détenus étaient divisés dans la cat^orie saivante, pour la quotité de la dette :

Four l'année 1837, également sur les quatre cent soixante* treixe prisonniers, il y en a?ait cent quatre-vingt-dix-neuf pour des dettes de cent à cinq cents francs; quatre-vingtdix-neuf pour des dettes de cinq cents à mille; soixante et onze pour des dettes de mille à deux mille; quaranl^^rois pour deux à trois mille francs; quinze pour trois à quatre; sept pour quatre à dnq; six pour cinq à six; vingt-trois pour six à cent mille.

Four Vannée 1838, sur quatre cent cinquante-six, cent quatmingt-dix pour cent à cinq cents francs; quatre-vingt-quatre pour cinq cents à mille; cinquante4iuit pour mille à deux mille: dnqnante-trois pour deux mille à trois mille; vingt-sept pour trois à quatre; huit pour quatre à cinq; quinze pour cinq à ôx; vingt pour six à cent mille; un pour cent mille et woc dessus.

Pour Tannée 1839, sur quatre cent trente-sept, cent quatrevingt^ixHieuf pour cent à cinq cents francs ; cent trente-cinq pour cinq cents à mille; quatre-vingt-quatone pour mille à leux mille; cinquante-sept pour deux mille à trois mille; vingt- {uatre pour trois miUe à quatre mille; dix pour quatre mille à ônq; dineuf pour cinq mille à six; quatorze pour six mOle à fient mille.

Enfin pour l'année 1843, sur quatre cent quatre-vingt-dix-'

neuf, cent soixante et treize pour cent à cinq cents; cent douze'

pour cinq cents à mille; soixante-trois pour mille à deux mille, IT. 37

trente-sept pour deux mille à trois mille; vingt-deux pour trois mille à quatre mille; quinze pour quatre mille à cinq; dix pour cinq mille à cent mille.

La loi de 1832 n'accorde la contrainle par corps que puur deux cents francs pour les dettes commerciales; mais pour les dommages et intérêts elle la prononce même au-dessous de cent francs. Voilà pourquoi notre tableau commence à celte somme.

Il résulte de ces cliiffres qiie pén^t les qiiatré années qiiê nous venons de dépouiller, ît y a eii plîis d'iiii tiers de prisonniers qui se trouvaient à Clicbjf pour la première îbis; que pendant les trois premières années, plus de la moitié de ces pifisobîiiéfâ étaient incarcérés pour des deltes dë céiit francs k iiiitle francs, et que la dernière (1843) ils éluieut dans la propurliou d un peu moins de moitié (deux cent quatre-Tingtpcinq sur ciiiq cent quatre-vingt-quatorze) .

Ce calcul est la seule manière d'apprécier ta n^parlilion des sommes dues qui, présentées en bloc, peuvent facilement égarer. Ainsi au l*' janvier 1833, il y avait six cent soixante^sept pi'isonniers pour délies, représentant en niass*' une soi. une de un million huit cent trente-neuf miUe quatre-vingt-dix-sept francs dnq centimes, ce qui disait poiir cliaqué prisdniiier mb moyenne de onze mille douze francs cinquante-cihiq centimes. Qu'on écroue à la pnsou pour dettes un débiteur comme M. Ouvrard, la moyenne sera triplée, et qii*on en fasse tortir un débiteur tel que le prince de Kaunitz, elle sera dimintiée d*un tiers. Il est donc bien constant que ce ne sont pas les plus forts débiteurs qui sont privés de leur liberté, et c'est au moins un point sur lequel la loi contient une lacune.

CUCUT.

Avant de contiijuer notre statistique, nous crojfinii ^oir dire un mot sur la question de la contrainte p^r corp^, telle

qu'elle se préseqte aujourd'hui , car des chiffres que nous ^ allons donner enppre doit résulter une certaine l)4mi^* * La contrainte ^ corps, greffée, comme nou9 Tayn^s tu, sur l'esclavage et la ser\'itude, est devenue aujourd'hui moin| une punition qu'i)))e épreuve, par la limitation flu temp^de là détention. Mlle es^ restreinte aux afifoires oonupflroial^t car nous ne nous occupons pas des cas où elle est laissée à l'arbitraire du jui^<>; nous ne croyons devoir traiter que celui oiielle est obligatoire dai^ la loi. Or, dans cette hyppthè^ |a )pi ao* corde au plus cinq ans d'épreuve au créancier, au bout duquel temps, si le débit<Mir n'a pas payé, il sort de prison, et u§ peut plus être réincarcéré pour cette même dette. Voilà la plavse telle qu'elle se présente dans nos codées. Nous allons la ^aitor ainsi, et sans toucher à cette question préjudicielle, s'il est d'absolue nécessité que la contrainte par corps existe pQur la garantie des affaires commerciales, nous allons la reslreiii^re dans ses limites, et voir si le but de la loi est rempli en cxt;rçant la prise de corps telle qu'elle l'est aujourd'hui.

Pour cela, nous donnerons le tableau de la qualification ^es încnrcérés. Voici d'abord celui de Tannée qui vient de s'écouler (1844). Sur cinq cent quarante et un détenus iocarcéfés dans l'année, outre ceux gui restaient déjà, on compte :

Marchands, négoeiaiits. • • • 175

Entrepreneurs 26

Tailleurs. 8

Voituriers. ••••••• 6

Mécaniciens. •••••• 4

IM LES FHISONS DK L*BI»OR.

Fabricants. ... • ... 15

Architectes • 4

Ingénieurs. 3

Fortenn d'eau et charbonniefs. . 10

Courtiers 10

Ouvriers. 25

Industriels. • 9$

Employés 35

Rentiers, propriétaires. . • • M

Hommes de lettres. • • • • 13

Ex-militaires. • 10

Professeurs. 8

Étudkiiti. ' . ; ... «

ÀTOcats, jurisconsultes. ... 12

Artistes peintres 7

Sans profession 26

Voici maintenant celui des quatre années que nous a?ûns

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