III
LES FUSONS DR LWtOPB.
m limmt leBemt de sa retraite qu'il ooimissait Mais le par rent si reconnaissant conta aux juges ce qu'il savait de l'intégrité, de robligciince du picvùt, et, nu bruit des applaudissements de toute la ville indignée à juste titre d'une des plus effroyables iniquités qui eussent épouvanté la société» Capetal» extrait de la Concier^cTie du palais, lut conduit à sou tour aux halles de Paris, et, par sentence du parlement, pendu haut et court, sans que personne se présentât pour le suppléer dans cette triste cérémonie.
Philippe V SX donner k la iaoùUe du malheureux écolier toute la Ibrtunedu prévit, qui s'était enrichi dans l'impunité de beaucoup de crimes du même genre. Quanl au riche, que sou argent avait sauvé de la mort, l'histoire ne dit pas ce qu'U deviut.
Quelques historiens placentaussi à la Conciergerie ledénouement d'une tragi-comédie qui occupa le peuple et le parlement au milieu de l' année 1323.
Uneeîgaeur gascon noounélourdain de l'Isle, exerçant» selon l'usage, droit de haute et de basse justice sur ses terres, ne se contentait pas de ravager juridiquement son canluu; peu soucieux d'aller guerroyer contre les infidèles» s'inquiétantpeu des Anglais» fl était lui-même l'ennemi le plus féroce de ses vassaux.
Armé de pied eii cap, suivi du tous les va^;djonds et voleurs du pays qu'il avait enrégimentés, il courait sur ses terres et sur ' celles de ses voisins plus faibles, rançonnant les voyageurs, pillant les couvents-, déUousSiUit les marchands luraius. Quant aux iemmes du pays, elles n'étaient pas plusen sûreté dans leur propre patriequesi elleseussentété transportées chez le Sarrasin.
Lorsqu'on foisait à ce brigand quelque remontrance :
«— Bahl disaivili que voules-vous qu il m ariive? — J'ai du
LA CONCIEBCÎEBIE. AS
fer et des soldats contre les surprises ou les violences. Quani au roi, il me doit le respect, puisque je suis seigneur ohei moi et bon gentilhomme. Pour la religion, si elle s'en mêle, vous savez bien que je suis parent par ma lemme de notre saint père le pape Jean XXII.
Cela dit, il riaif, commandant de nouyeaui pillages, de nou'» Tcaiix meurtres, et rentrait dans son cbAteau4ort comme un vautour dans son aire.
Après bon nombre d'indendies et de mamcres, le peuple du pays s'avisa qu'il payait au roi do France, son premitT nioilrti assez d'impôts de toute nature pour être un peu protégé. D'ail* leurs TinsCant arrivait où, à force d'avoir été volé par IcrafdaiB» le vassal serait hors d'état de payer aucune taille.
Le brigand n'avait pas fait ces réflexions. Mais les habitants de son malheureui domaine n'ayant pu ou n'ayant voulu s»» tisfaire les collecteurs de l'impôt , des plaintes vinrent jusqu^aa roi, et le parlement se trouva saisi de l'affaire.
Ce parlement, dont nous donnons en quelques mots Vent gine et fa constitution, fut d'abord une assemblée de barons et de prélats, que le roi désignait pour chacune des sessions, à l'effet de discuter les grands intérêts politiques du royaume*' Puis la nécessité d'accaparer l'eierdce de la justice engagea • les rois à déférer à un parlement couslilué en permanence les plaintes de tout sujet du royaume. Ce parlement fut simple* cent d'abord le eoïiséil qui accompagnait le roi dans sas voyages, et ne prit le nom de parlement que parce qu'il repré^ sentait les anciebs parlements politiques.
Hais Philippe le Bel fixa.le parlement à Paris, dans ton pa» lais, et ordonna qu'il se tiendrait deux fois l'an, aux octavea.
de Pflqnes et de la Toussaint, et que chaque séance serait de
deux mois.
Bientôt, les lois romaines s'étant introduites dans notre jurisprudence depuis la découTerte des Pandectes de Justinien» il fut impossible à des guerriers, à des dignitaires ignorants, de siéger raisonnablement pour l' interprétation d'un code aussi compliqué. Il Mlui leur adjoindre des lettrés pris dans les classes inférieures; car Vétude , douce consolation , est née au sein du peuple, et lui a conquis une véritable noblesse. £n effet, les sayants devinrent peu à peu les juges de leurs semblables, et ce fût devant leur tribunal que comparurent les puissants eux-mêmes. Cessermt arma togœ, — l'épée céda au livre.
Le parlement, constitué comme on le voit, prit plus tard un développement nécessaire. En 1344, Philippe de Valois l'organisa selon des formes qu'il a conservées presque intactes jusqu'à sa clôture définitive, arrivée à la ûn du dix-huitième siècle. Ce tribunal reçut le nom de eour, et le lieu de ses séances celui de palaU, parce qu'à cette époque il siégeait effectivement à la cour même et dans le palais des rois. Trois chambres le composaient à l'origine, et il en comptait cinq lors de son extinction. Chambre de plaido\ ( r ou grand'chambre , — chambre des enquêtes, — chambre des requêtes, avec trente juges moitié clercs , moitié laïcs pour la première, — quarante à celle des enquêtes, ~ huit À celle des requêtes. Tel était le parlement de Philippe de Valois. — Grand'chambre avec dix présidents et quarante-sept conseillers. ^ trois chambres d'enquêtes avec deux présidents et vingt-trois conseillers par chambre, — une chambre des requêtes avec deux présidents et quatorze conseillers, en tout cent trente- huit
LA CONaERGERIB.
juges y sans compter les princes du sang et les ducs et pairs qui avaient droit d'entrée, sinon de délibération» tel était le parlement lors(]u'il cessa d'exister en 89.
Revenons à Jourdain de l'Isle.
Le parlement ou conseil du roi Charles le Bel pria ce prince d'envoyer un huissier au brigand pour le sommer de comparaître à la cour du parlement. C'élail pour le pauvre messager une triste comoiission.
Jourdain le reçut avec les plus grands honneurs lorsqu'il sut que le roi le lui envoyait; puis il le pria d'exposer le but de sa risite. L'huissier déroula, son parchemin,
— Oh t oh I dit Jourdain, qu'est-ce cela? le parlement?
— Le conseil du roi, messire.
Fort bien. Mais le roi ne sait-il pas que je suis maître chez moi? Est-ce que; par hasard, j'aurais touché à quelquesvnes de ses prérogatiTCs?
— Je l'ignore, messire. Vous avez connaissance des ordres du Toit TOUS êtes prérenu.
» Aller à Paris I moi I quand rien ne m'y force!
— N'y pas aller c'est désobéir, messire.
<— Je crois quece maraud me menace I dit Jourdain de l'Isle. Et quittant aussitôt ce masque d'aménilé qu'il aTait eu tant de peine à prendre, il appela ses g(?ns.
— Fustigez-moi rudement ce drôle, dit-il, car il rient de m'ÎDSulter.
— Craignez le roi! craignez mon maître! s'écria le malheureux huissier.
«—Crains-moi plutôt! dit Jourdain en riant; c'est moi qui suis ton véritable maître en ce moment*