‹ Les prisons de l'EuropeChapitre 4 sur 32 · M LES PRISONS DB LVHIOFB · texte numérisé non relu

M LES PRISONS DB LVHIOFB

L'huissier eut beau implorer le nom du roi, menacer, protester, il fut cruellement maltraité. Plusieurs hibloriens disant qu'il fut mis à mort par ce farouche tyran de la Gascogne.

Le roi, iurieui , et excité par le parlement , éctmi à looi^ dain de l'isle pour lui promeltredesi cruelks représailles que ton s'en souyiendrait longtemps dans le pays.

— Bon 1 dit Jourdain à ses parents et à ses amis; an-dessusdn roi il y a le pape , et ma lomme est sa coubiuô. Je suis cousin du pape. .

^ Od, lui dit na sage conseiller ; mais le roi de France t

une foule d'archers qui ne sont pas sujets du pape, et qui Tiendront démolir ?otre donjon; vous courez grand risquAd'y être brûlé vif... Faites ce que le roi vous demande ; allée à Pftris, comparaissez devant ne fameux parU'ment.

Que j'aille me jeter aiusr dans la gueule du loupl

— Ce serait une folie si tous y alliei seuL Emmenés tons ▼os amis, qui sont les grands d»? province, cela fera un cortège respectable : le roi et le parlement y auront ég^uraU

— Vous mit pardieu raison! J'y songerai.

A force d'y songer , Jourdain se leva une petite armée de gentillÂtres et de parents ; puis il vint à Paris, comptant qu'il en serait de lui oomme de Robert d'Artois, à qui Philippe VI avait pardonné si facilement.

n comparut devant lo roi d'abord ; mais ce prince lui tourna le dos, le fit arrêter dans le palais même et jeter dans ses prisons. Cest pour oéla que nous inscrivons id son histoire. Jourdain débuta par un cachot de la Conciergerie. Renvoyé devant le parlement, il fut écmié au ChAtelet.

Il eat beau répéter que ses vassaux étant vilains n'étaient

LA œNQELGtiHlK.

lien; qu'ils lui appartmaieiit oomiue propriété, que los tuer c'était faire ouge de sa propriété, les voler rentrer iam son bien : le parlement, qui ne goûta pas cette manièio de se défendre, le condamna comme un viluiu k la peine du mort.

— le sole gentilhomme 1 a^écria Joiiidain*t. je suit^oiim du pape...

— Gela nous est égal, r^ondii le roi*

— Mais la religion...

La religion dit :« Tune toempaa. »0r, voosAffii tué souvent...

— On ne condamne à mort qu'un iélon; jen'ai paaooœioii dsfftome.

— Vos vassaux sont mes sujets. Abusant de votre droit, tous aves fait maudire mon sceptre qui vous confère ea droit. Vous êtes félon.

Jourdain espérait beaucoup en ses parents. Ceux-ci voulurent, en effet, plaider pour le principe beaucoup plus que pour l'homme. Charles le Bel, qui était dans ses bona mooMts de justicier, demeura inflexible.

— Quoi! mourir pour si peu? répétait Jourdain.

--Et mourir pendu I murmurait le populaire» naamm» mesùi flatté de l'humiliation du seigneur gascon, et qui se prea* aait dans le prétoire.

£n effet, le parlement avait condamné Jourdain au gibeit ni plasni moins qu'un des plus minces mananto.

Au jour dit, Jourdain fut conduit au pilori, puis hissé ù une potence, aux applaudissements du public, qui aûluait à Paria {NNir voir k bonne Justice dn digne roi» inaiift toofi^ «I Iw^ fowre peuple.

Nous ne retrouvons dans aucun historien la Conciorgerie, qui, eu sa qualité de prison, dut jouer un si grand rôle pen« dant le quatorzième siècle, li ne serait pas naturel que les cachots eussent été vides à une époque où lu France, envahie par les Anglais, en proie aux discordes intestines, se débattait tour à tour contre ses rois, contre ses ennemis , contre ses amis» contre tous les malheurs imaginables. Nous ayons hésité à inscrire sur le registre d'écrou de cette prison les deux femmes complices de Robert d'Artois, la Divion et sa senrante, qui» en 1332. avaient produit de fausses lettres, scellées d'un faux cachet royal, pour faire rendre à Robert le comté d'Artois. Ces femmes, excitées par l'appât d'un gain considérable, ne reculèrent pas devant ce crime. Robert d'Artob, prévenu par le roi, ne voulut pas avoir l'air de craindre un procès , et le procès eut lieu. Jeanne de Divion, sa servante, et un ouvrier qui avait filsifié des registres oucontrefidt des titres de chancellerie, fur rent traduits devant le parlement. L'ouvrier s'élrangla dans sa prison. Les deux femmes furent condamnées à être brûlées vives, ce qui fut exécuté. Quant au comte Robert d'Artois, banni du royaume, il devint le plus cruel ennemi de la France, passa aux Anglais, revint avec eux ravager la Bretagne , et fit presque autant de mal à son pays les armes à la main que Charles de Navarre devait lui en faire plus tard avec le poison de la plus infâme politique. La Divion avait certainement été emprisonnée dans la Conciergerie, prison du roi.

Louis X avait fait arr^ M arigny , Charles IV la Guette ; il était donc bien difficile d'arrêter encore un trésorier sous le règne de ce dernier prince. Aussi attendit-on qu'il fût mort; mais A peine eat-il fermé les yeux, oue, 'le besoin d'argent se

. U CÛNqiQElGERIE. m

faisant sentir, Philippe de Valois , régent (c'était le fils de ce Charles de Valob, enneod mortel de Harigny), s'aperçut que la dameur publique aoonsail Pierre Remy de inaWenatioiM, concussions, etc. Une grande preuve de l'animosilé populaire, c'est qu'un jour on a?ait trouvé sur le pilori de MontOsLUcon ce distique éerît par quelque derc :

En ce gibet, icy, cmmy, Sen peudu Pierre Reinj»

Or, Philippe de Yaloia savait que Remy était fort riche; et

défait cela ne pouvait surprendre. Voyant qu'on pendait, coupables ou non, tous les trésoriers les uns après les autres, Bemy eût été un trésorier bien sot de ne pas se donner les bénéfices en courant la chance de subir les charges. H possédait douze cent mille livres lorsqu'on l'arrêta pour lui iaire {(Ml procès.

La somme était eioibitante. Maître Remy ne put en justifier

l'origine, et immédiatement il fut condamné à être pendu. On assure que la chose ne le surprit pas, et qu'il avoua au bourreau ce qu'il n'avait pas voulu dire aux juges , à savoir, que,

dans la gestion de certaines aiïaircs en Gascogne, il avait plutôt soigné ses intér^ que ceux du roi. Cela valut un degré de plus de punition k son cadavre, car de la potence des halles on le traîna au grand gibet de Montfaucon, où on le pendit le 25 avril 1328.

Remy avait aussi fiait réparer ces fourches patibulaires. I*le

dirait-on pas que les surintendants des finances . ayant à cette

o|>oque le privilège d'user les potences, se croyaient obligés

de les entretenir?

Pourquoi n'i^jouterions-iions pas tout de suite que sous le 111. T

LES PRlSOÎfS SB LTHROPE.

règne suivant, sous Philippe VI, deux autres trésoriers furent encore confisqués et pendus ; l'un, Nacé de Mâches, en 1331 , Tautre , ^éné de Sîran, en 1383? OodleTigHanee de la part des rois! Qu'on vienne se plaindre ensuite des truituuls qui dévoraient la subsistance des peuples !

La Conciergerie reçut la phipart de œa prisonniers, aoit avant, soit après le jugement. Jamais siècle ne dévora plus de souflrances, — dévorer est le mot, puisque son histoire regorge tellement de malheurs publies qu'elle ne peut donner place dans fes annales aux misères particulières. On atail eu les Pastoureaux, gens de campagne, que la misère avait poussés hors de leurs eabanes, et qui, d'abord mendiants, puis pillards, ayaient trouTé des armes, raTagé tout le pays , tué les juUli, forcé Paris, pris le Chàtelet, et campé dans le Pré-aux-Clercs! Philippe le Long dut iîaire quelques prisonnien parmi tant trahiards.

Il y avait eu ensuite les lépreux ou mésiaux. Ces malheureux malades, objet d'hoireurpour les populations, qui redoutaient jusqu'au regard de l'un d'eux, avaient été accusés d'èlie soudoyés par les juifs pour empoisonner les sources, les fontaines et jusqu'aux rivières. Il s'agissait, disaitron, de rendre lépreux tous les chrétiens.

On se mit alors à tuer lépreux et juift ; ces derniers surtout; les prisons leur furent un asile d'où ils purent s'échapper, moyennant la rançon que le roi voudrait bien exiger d'eux à cette occasion.

L'opinion la plus accréditée était que les Maures, furieux de leurs défaites en Espagne, avaient formé avec les jui& une alliance hébraîco-mahom^taue, en conséquence de laquelle on*

LA GONCIERGt< HiË. 61

détruirait tous les chrétiens par maléfices. Ainsi, la Chronique . d» SaitU'Dem râooiile que Philippe k Long étant eu PoitoUt apprit Vheareuae noaTelle qu'oa venait de bràler tout lea lépreux du Languedoc. Il demanda pourquoi. Parce que, loi dit-on, ils ont contessé avoir voulu délniire et conckÈerdeméselU' m loua las ahrélien». La an^iaur da Parihenay envoya an roi l'aveu tout scellé d'un lépreui de qualité, qui avait reçu dôme livres et du poison d'un juiX» avec prière d'engager les autres lépreux de sa coonaÎManea à en iaire auianl» moycnoanl la même indemnité d*ar^t et de poison. Or œ pmson , d'aprda l'aveu du mésel, cousisluil en un mélange « de sang, d'urine, de trois sorlea d'herbes qu'il ne voulut paa nommer, et dn toipr de Jétu^Cknu. » La font, bien séché et réduit en poudre, était mis dans des sachets et jeté à l'eau. Ainsi s'empoisonnaient les fontaines et les rivières. Un chroniqueur de l'époque pré^ tmd avoir ^ un da «a aaobatat aaia il renfermait bien d*au- Ires ingrédiens que ceux du mésel de Parthenay.

« Une iemme méselle» ùii-il, passait sur le chemin. £Ue avait . grand' penr d'étie priée, te la vU jeter damèreeUe un paquet qu'on s'empressa de porter à la justice. Il contenait la téte d'une couleuvre, les pattes d'un crapaud, des cheveux graissés d'nne liqimr pnante» «fcaii AerriliJe ètair H àêÊiUir. Le tout jeté au feu ne brOla pas, preuve aAre quo e'étail un riolent poison. »

OneQflqpNtdf«etofei«éoteparderigpafeaiioafe11fb, rebrouisât cfaennn piéeipitunoient, et donnât ordre qu'on prit et qu'on jugeét tous les lépreux du royaume.

€e fiit alon qnf oa déoeuvrit k A>r»idablo allianee des juifii al dea mahoanélani. leajuitiin wdant paa donner dVr-

mes contre eux, étant déjà suspects, poussoienl en avant les lépreox, et ces derniers tinrent des conciles oii ils déclarèrent, a dit sérieusement un historien, que si tous les dirétiens étaient lépreux, personne ne serait plus déprisé ni expulsé pour celte cause. Aussi accq>tèrent-ils les ofûres des juifs.

loi rhistoire devient tellement ilid>le paérile que les eommentaires seraient superflus. Les juifs, d'après celte ridicule accusation, furent persécutés dans tout le royaume, et Philippe le Long leur oflfrant la faculté de se racheter, par de l'argent, de réchafaud, de la prison ou de l'eicll* tira d'oui eent cinquante mille livres , somme énorme ; mais en môme temps il laissa entrevoir le véritable but de la persécuticm. I^es plus lépreux n'étaient pas certainement les mésiaux physiques.

Faut-il ajouter que la Conciergerie doit avoir vu bien des juifs et bien des l^reux!

Après les lépreux on avait en lôB Angilaiset les traîtres. Philippe VI avait dû faire décapiter Olivier de Clisson, convaincu d'avoir voulu livrer Nantes au roi d'Angleterre. 11 avait, dans la môme année 1S43 , fait renfermer dans sa prison et déca* pi ter pour le même crime de trahison, douze nobles, dont sk chevaliers, messires Geoffroy de Malestroit, et Jean son fils, Jean de Montalban, Guillaume d'Ëvreux, Alain de Calilac, nis du Plesns, Jean de Séné Havid; puis, trois mois après, trois chevaliers normands.

Puis, il y avait eu Charles le Bfauvais, roi de Navarre. Ce dernier fléao valut à la Fkanoe autant de malheurs que toutes les calamités ensemble. Avant de passer à l'énumcration de ces maux, parions d'un autre Ûéau qui ût bien des victimes.

Cétait pondant la captinlé du roi Jean; triste époque^ oh le

LA CONUERGERIE. 63

soleil de la France paraît toujours obscurci d'un voile funèbre.

Tandis que les seigneurs fatigués de la guem , dégoûtés par leurs pertes, peetlsaient me TAnglais, ou essayaient de remplir hîurs coffres vidés, le pauvre peuple de France, affamé, abandonné, près d'être livré comme un bétail aux Anglais, ses noaraux maîtres» s'éomt à son tour àa malheur de la nation.

t( Dans un petit village près de Beauyais, dit un bistorieit dont le réoit est simple et clair, mais dont Topinion n'est pas

favorable à la cause populaire, se manifesta une fureur maniaque, qui, semblable à une maladie contagieuse» infecta rapidement k Picardie, la Champagne et rile-de>Fhinee, et # dont on ne put arrêter les fureurs qu'en détruisant les fiinatiques. »

Cette fiirear maniaque était la laim, le désespoir; et le remède, hélas! ibt doux en comparaison dn mal.

« Des paysans, en sortant de vêpres, s'entretenaient des malheurs du temps, de la captivité du im, qui occupait alors et affligeait toute la France.

— C'est, s'écria l'un d'eux, la faute de ces grands seigneurs, de ces nd)les, de ces chevalieis, qui auraient dû le défendre jusqu'à la mort, el qui Tont'laissé prmidre. Et quels efforts font-ils pour le délivrer? à quoi sont-ils bons? A tourmenter les paysans, accabler leurs vassaux de corvées, abuser insolemment de leurs fbmmes et de leurs filles. Pourquoi souffiririonsnous plus longtemps ces excès? Armons-nous, nous sommes plus nombreux qu'eux. — Tuons, massacrons, anéantissons cette race maudite j»

Us s'arment en effet de fourches, de faux, de fléaux, atta*

us msam de l*buiiopb.

quent le château le plus Toisin, embroebentto migêim* et, dit l'historien, le font rôtir,

Àtt bout de quelques moiSt il» élaient eeni nilto hammm, HTaîent un chef qui s'appela iioniqueiiieiit Jacques BoiduMimiA. La Jacquerie était née.

Us pillèreut el brî^lèreut le$ QbÉl0«9x. Uiève&t les seigneurs qui, de leur côté» s*alliant entre eux, les joignirent sou?eiit et 4cs taillèrent en pièces. Mais le nombre suppléait à la tactique. Cent couiea'^''* finiiflaiwit par crawior uo^ Uou dans une armure de fer.

Il faut avouer que ces pauvres gens, dont les excès furent horribles, agissaient pour une cause bien touchai^le. lis défen» datent le roi» ils défendaient leur liberté, teur «istanee. Mais l'orgueil de quelques succès et le d^ut d'organisation tal

perdirent.

Une de leurs bande» vint jusqu'à Uem» oil était la oour. Da Paris s'élancent ausntôt les vendianla, les fm» •▼^i fléau des capitales : ils Tont opérer leur jonction avec l'armée de la Jacquerie ei menacent la ville d'un siège. las feoua^ et les filles des nobles et des prineessalamentaientetsecroyaienft perdues. Mais plusieurs chevaliers, parmi lesquels était Grailli, captai de Bucb, Anglais, revenant d'ooe 4»pédition lointaine avec une troupe considérable» offrirent leurs servioes à ces dames et donnèrent bataille aux Jacques, Ces malheureux furent écrasés par les chevaliers armés de toutes pièces, et sept mille périrent en astte journée. Bientôt la léigent en tna plus de vingt mille, et le sîre de Couci les détruisit oitièrement dans ses terres d'Artois et de Picardie.

banûda Navarrei Charles la Maov^, éternel aanamî du roi

U CONCIEBGEanL M

de France quel qu'il fût, regardait ces massacres ayec l'intention de profiter de la victoire. U yU la Jacquerie perdue> et bien qu'il l'eût ÙTorisée d'abord, il se hAta d'aider à la ruiner complètement, n prit vis-à-vis d'elle, pour firctoxtn de sa déloyauté, le meurtrexie quelques seigneurs M6 ftmis, qu6 le& Jacques n'avaient pas épargnée par irréfltnoiL

Charlcsle Mauvais convoitait le trône de France, mais il voulait le prendre sans l'usurper, et travaillait à se le faire oilrir. La oaptifité du roi Jean favorisait son pian: mais après le roi Jean restait la dauphin Charles, beau-frère de Charles le Mauvais. Après mille félonies pardounées, ce prince infAmo osait ▼enir caresser le fils d'un rai dont il allait voler ThéritagiB, et 4 le dauphin, trompé par la repeotirapparent, parle dévouement hypocrite de son beau-frere, vivait oveclui dans une^orte d'intimité, l'admettait k sa tahla et mangeait cbes lui.

Charles le Mauvais emfMnaonna le dauphin dans un de ces repas ; le poison ne devait pas produire un effet immédiat. C'était une de cas savantes conpositiona italiauncs qui produit la maladie d'abord, puis la mort sens apparence do crime. La vigu<3ur du tempérament de Charl<3S dauphin triompha de ce poison. U fut malade ; ses ongles, ses cheveux tombèrent, ^ ses jours ftvent certainamoit^régés par cette tentative d'assassiiiàl. (Jiarlos le Mauvais était bien capable d'un tel crime, lui qui, pour se délivrer d'un capitaine gascon, lequel voulait lui vendre trop cher tâtronpoife gendarmes, l'empoisonnait à sa table même, sous ses yeui^ et le regardait mourir sans ma- , nifester la moindre émotion.

Charles le Mauvais fiit l'inttigateDr 4n prév6t Marcelt qui voulut livrer Paris aux Anglais et proclamer roi de Franpe ce

66 ' LES PRISOfiS DE L*EUROPE.

tyr.ui lii(l< ux. H (^choua, et, fàrîenx doublement de tadéDiite cl du triomphe de son ennemi, demanda grâce en rougissant au dauphin, devenu Chartes V.

< Je n'aime pas le roi de fhmoe, dkaiillà ses confidents: quoique belles paroles qu'il m'ait dites, j'ai toujours entendu» par toutes manièra que j'ai pu, lui Mte grief et dommage; et, si je pourais, je mettrais Tolontien peine à sa destraction, b

En effet, Charles V marchait de succès en succès... Son oncle» l'empereur Charles IV» accompagné du roi des Bomains Veo* ceslas, était venu accomplir un pèlerinage à Saint4llaiir4e»- Fossés. C'était grand honneur pour la cour de France, c'était un oommencement d'alliance entre la France e^ l'Alleauigne contre l'Angleterre, l'unique espoir de Charles le Mauvais.

Charles le Mauvais n'était pas superstitieux. Rarement les grands scélérats ont-ils ces faiblesses. Mais il avait une swte de confiance dans les veines de succès ou d'infortune, suivant les chances, comme le fhii un joueur. Charles V perdit sa femme, Jeanne de Bourbon, qu'il aimait tendrement. Cette princesse venait d'accoucher d'une fille. Le roi de France était en matH vaîse veine. /

Ce fut vers cette époque que le Navarrais tint conseil avec ses afiidés. Ce dut être quelque affreux conciliabule comme cehii de Satan et de ses ministres.

Un soir, ua homme descendit d'une péniche qui abordait furtivement au rivage de l'un des petits ports de Normandie. L'histoire ne nous a pas conservé le nom de ce pays. L'étranger, après avoir donné un ordre à ses rameurs , alla droit à une maison du village, où deux hommes attablés dons une salle basse l'attendaient avec impatience.

LA GONOERGERIB. ïïl

Cet homne portai le oostume des Navarrais : berel d'oh pendait labaode d'éloÛe aux couleurs de Charles, longue roi- •'^ qui indiquait une profeakmadenUûqii^ Un seul serviteur compagnait, portant une longue boite fermée de plusieurs sei^ rures.

— Me foid, maître AngeU dit-il en entrant dans la salle...

— Entrai, mesnre Dutertre, aaseyes-TOus. Nous tous atten-

. dions par cette marée.

— On eût pu me voir sur les chemins; mais sur l'eau» pas de traces. ]*ai préféré venir par mer,

— Comment, sur les chemins? Venir d'Angleterre par les diemins ? Comment faire pour venir d'une lie par la teixe^ dit rapidement et avec malice un petit homme vétu d'une robe bariolée comme en portaient les juifs, et coiffé du bonnet de forme caractéristique que la loi imposait aux Israélites à cette époque, comme un signe distinctîf de leur odieuse religion.

— Vous voilà bien avec vos questions, messire Angcl, et avec vos yeux pétillants de malice, répondit le nouveau venu. Ne dirait-on pas que je vais en être transpercé jusqu'au fond de l'àme?... Qui vous parle de l'Angleterre , messire?...

— Pas de détour, messire Dutertre; car si vous vous méûes de monsieur mon voidn, c'est à tort. Sire Duruc, montres au digne sire Dulertre votre créance et votre pouvoir, dit le juif Angel.

Alors l'homme qui n'avait encore rien dit se leva, tendità Du-

tertre un parchctuiu scellé des armes de Navarre. Dutertre le lut avec atlenliou.

— Ce n'est pas tout, dit-il.

— n y a encore ce cachet, répondit Angel, qui tira de Tau-

nu 8

LES PRisom rm l*eubopb.

mônière d» wa voisin im oadiet (faigeat «fw «iiBiltfîie particulière.

— Fort bien, dit Dutertre. Je reconnais messire pour mon ami... Messire...?

— IKinic, répondit le voisin du juif...

— J'ai beaucoup entendu louer ce nom et celui qui le porte. Prudence» audace, philosophie, tellee sont les wtlm qa^ùa lui attribue... Messire habite près du roi de France?

— Oui, messire. Je suisipiasi plénipotentiaire de notre seigneur Charles de Nawre.

Qu'on appelle le Mauvais, dit ÀugeU et qui est certainement le meilleur...

— Vous devez le savoir, dit Ihiterire, vous son médeeiiL £t il se mit à rire avec une bruyante ironie.

^ Pourquoi me dite»vous cela? demanda Angel. - — Parce qu'un raédecinest quelque peu apothicaire, et que depuis peu de temps notre seigneur Charles de Navarre a eu bien des malades autour de lui... pour exercer sa seBsibililé... Sa femme d'abord... Comment va-t-elle?

— Elle est morte, dit tranquillement AngeL

— Vous la soignies? répondit Dutertre.

— Hélas i oui, ût le juif.

— Mais ce n'est pas tout... Il y a œ digne cardinal de Bon* logne, conseiller intime de notre maître...

— Ah I ne m'en partes pas... Monseigneur Guy d'AuvargneasI mort bien malheureusement.

— Oui; eh bienî j'étais chargé de demander pour lui l'abso-

lutÎM k aotit saint père (ké§Mx^ XI. Go sait tirap li^ Mais

U QOMCOBaBBlB. 59

parlons du préseDl.«. Qm veut k roi de ?Iâviine?<é. Où m e&i la France?

Répoodei^lM d'aborài dit AaseL...« (Ni en «Bt TAn-

glelerreî

— le leTenx bien, dit Dutertre.^. Tout est pour le aïeux, le traité avee Édmiaid eit eomhi; je l'apporte dans eette cassette. Les Anglais s'engagent à envahir toute la Normaudie, à

propager la guem dyile à servir de tous leurs moyens la

eause de notre gradelkx souTctaiB.

«^Admirable résultat 1 dit Angel... Mais la signature d'un traité pareil a dù ooca&ioaner un bruit énorme? Les An^Uûs sTen doutant La leâ de Franee le aaunt...

— Je ne crois pas, répliqua Dulertre. Pour qu'on sache une cbose* il faut l'avoir apprise. Or« à moins que le roi Edouard et leroi deNararrenaoonfeBaentrua et l'Autre lettr alliance, je ne vois pas de possibilité à ce qu'on l'apprenne.

^ Laisses donc^ dit le juil aveo malice... Vous ! un ambassadeur, tous dttarquez aveo un navire en France, et vous ne tfojfeipas être trahi par un malelot sur dix!

Dutertre se mit à rire avec un édat sinistre.

^ fous ^ariM eonmia un bomM qui n'aurait jamab connu ' notre gracieux maître Charles le Mauvais cl sa loriuritî lidèlc. Des matelots! des traîtres 1 Ah! messire Angel... il en est des eipéditions aaaritimes diiroi de Navarre oomme de ?os prépa» rations pbarmacitttiqaea... Nul n'en sait au juste le résultat, excepté nous.

Ang0l el Donc le legardèNBt aorpris.

Sans doute» eontinua Dulertre, le secret se fût divulgué si j'eusse amené des matelots el un grand navire; mais je suis

Tenu sur une petite barque montée par deux rameurs et mon valet...

— Cest impossiMe, 8*éerîa vivement An^; je sais qu'un

esquif monté par vingt hommes a été mis à votre disposition; je le sais... vous vous en êtes servi»..

» Je ne dis pas, measire Angèl, qœ cet esquif ne m'ait pas seni ; je dis qu'il ne me servira plus. £n mer, nous avons essuyé une violente tempête...

— n afidtle pins beau temps du monde.

— Ici, peut-être ; mais au-dessus de l'esquif la nuée a été terrible.. Cet esquif s'est entr 'ouvert... Âux premiers craquements, j'étais descendu par pmdence dans la chaloupe avec mes trois serviteurs... les autres ont été engloiitisiim kniv^.

Angel et Duruc échangèrent un regard d'admiration craintive»

— Ymlà» dit le juif, un événement bien providentieL

— Pourquoi donterait-on de la ProfMencet répliqua aiida» cieuscment Duterlre... N'est-ce pas, messire Duruc? vous de- V€K pratiquer cette maxime, vous? car bien des événements vous ont oidtf, n'est-ce pas, depub que vous négocies pour Charles de Navarre à la cour de France?

Duruc réfléchit un moment. Sur ses lèvres fines erra un sourire qui contrastait singuliàremeint «vee Vombre de tristesse qui venait d'envahir son front intelligent.

— Oui, répondit cet autre agent du Navarrais; j'ai eu les séditions du populaire» les complots du piév6t Étieone Marcel, ce déloyal fVançais qui a tant de fois servi la Navarre, j'ai eu la famine qui dévorait les Parisiens, j'ai eu le meurtre des conseiUeis fidèles du dauphin et les lécoodliations fréquentes de notre maître et de son ennemi. léconmliations qui amenaient

U OORCIERGEBIB. 41

foi^ouis quelque festin soit à YhàkX de Nesle, soit au palais... Âh ! messire Angel, à tant de &Yeun providentielles il ne manquait que vous.

Le juif fit un mouvement.

— Nous sommes dignes de nous eomprendre, ajouta Pierre Du tertre en se levant pour vider un hanap d'bydromel dont pétillait récume dorée. Maintenant vous sara les affoires d'Angleterre» raoontei-moi celles deFranee.

— Messire, dit alors Duruc à Dutertre, je vous attendais. Vous allez demeurer ici, en NormandiOt et eipédier le traité fait a?ec ringleterre è notre maître de Nawre. Moi, je demeure à la cour de Charles V, selon mes instructions La

suite nous sera dévoilée en temps utile...

— Et T«DS, sire médecin? dit Dutertre.

— Moi, dit Angel, je n'ai rien à faire; je flotte. Mes services passés m'ont acquis le droit de me reposer. Or, je vous avoue que le repos m'estnécessaire. Je vais gagner la Touraine, pour y vivre obscur; je ne suis pas, comme vous, une téte de diplomate placée sur les épaules d'un homme d'armes, ie n'ai que ma science, et c'est peu de chose pour me rsssuier quand j'ai peur.

* — Quand vous avez peur? dit Dutertre avec surprise... Que signifie cette énigme?

— Oui, quand j'ai peur, murmura le juif en regardant fur* tivement autour de lui et dans les coins obscurs de la salle, comme pour s'assurer qu'il n'allait pas sortir de l'ombre quelque iàntAme accusateur.

— Eh bien! sire médecin, reprit Dutertre en s'animanl, VOUS êtes dans l'enreur quand vous parles de repos» et ce mot-

LES P1U80N8 DE L*E(JBOPE.

là sonne mal dans la bouche d'un senriteur du roi di Navarre... Se reposer quand tout re»te à faira l

— Tout, dit Angel arec timidité... lontT Mais le plus important n'est-il pas conclu?... Cette alliance avec l'Anglais...

£st inutile, dit Uutertre eu r^ardaut Duruic» si le roi de France peut tenir une épée» lever aa bannière et crier : « A moi» mes barons! »

Angel tressaillit... et ton œil vacillant se ferma comme vaincu par le regard fier et dilaté du aoéléiat qui le fucinaii.

Or, continua tranquillement Dutertre, nous acmmes ici trois amis du roi de rsavurre. L'un, messire Duruc, a travaillé am négociations de la cour de Fianoe; moi» j'ai pratiqué les relations extérieures; vons, maître Angel* vm n'avei esom rien fait qu'en Navarre. A votre tour. ^

— Ala bonne heure, dit An^; mais j'attendrai ksordies de notre gracieux souverain.

— Les voici, d i Dutertre eu tirant à son tour un parchemin de son aum6nière. Usez.

Angel prit la parchemin aw impiiétude, et reconnni k main du roi de Navarre.

« Vous êtes un grand derc, écrivait le prince, mattre Angel. Vous saves rhébreu. legrecet la latin; tous êtes physicien, légiste et moult argumentalif. Charles V airi^e fort les savants, il vous recevra tout gracieusement. Une foiikroi deFrance mort..,9

Id s'arrêta Angel, pétrifié de douleur et de crainte...

— Continues, dit Dutertre, d'autant plus qu'après ces mois vient l'accomplibsement du souhait que vous avez formé, «i Le roi de France morti vous pourrez choisir telle résidence qu'il 10US plaira; vm bien&its vous y suivront. »

U CONCIERGERII. 61

Angel suffoquait de rage. Tant qu'il avait pu exercer son horrible science dans les états mêmes du roi de Navarre, sous la protection immédiate du bourreau couronné, \ngel avait fait preuve de complaisance et servi un maître qui ne laissait pas le choix entre la désobéissance et la mort. Mais aller s<jul, chez un prince qui l'accueillerait avec faveur, se voir renié et perdu sans ressources après la perpétration du crime, c'était une destinée épouvantable. Pendant quelques secondes le juii resta sans force et sans voix.

— Eh bien? dit Dutertre.

Angel releva la téte. Il avait pris sa résolution.

— Eh bien ! dit-il ; c'est un ordre dilTuàle à exécuter; mais j'essayerai.

— A la bonne heure, maître Angel. Donc nous voilà bien concertés. Messirc Duruc retourne à la cour de France. Moi je reste en Normandie. Mailre Angel se fait précéder d'une réputation merveilleuse, grèr^ à quelques cures faites en cheuiin, et on lui ménage chez le roi une réception triomphale. ïl a pour intermédiaire direct messire Duruc, auquel il communique les progrès de l'entreprise. Leroi mort, je donne le si;;nal, car j'aurai été instruit d'avance, — et à peine Charles ferme-t-il les yeux, que l'Anglais débarque en Normandie, au milieu de la confusion inséparable d'un interrègne.

^ Projet mirifique! dit Duruc.

— Projet sublime, dit Angel, qui ruminait le sien.

Tout Charles le Mauvais était en eff»;! dans ciis plans de Dukrtre. La ruse odieuse , la violence combinée de deux trahisons, le crime partout.

Quand les trois brigands eur<'.r ' cjusé quelque temps en*

us FRISONS DB UEOflOFE.

* cm, et passé en lerae les principales calamités de ee trista

siècle, Angel parla de dormir le dernier. Ne s'agissait-il pas d'être prêts à partir le leademain de bonne heure, et la soirée n'était-elle pas avancée?

Dotertre et Duroc s'étaient compris dès les premiers regards. Décidés à tout, froidement endurcis dans l'obéissance, ils avaient envisagé avec inquiétude les hésitations imperoeptibles du médecin juif. En vain Angel s'efforça441 pendant le reste de la conversation de détourner les lâcheuses idées qu'il avait pu faire naître. Ce ne lut donc plus lui seul qui dissimula, n croyait avoir à tromper les autres; mais on le sai^ veillait.

n gagna sa chambre après un bonsoir cordial adressé anx deux confidents de Charles: on put le croire endomli. Au bout

d'une heure sa lampe était éteinte.

Mais il ouvrit doucement la fenêtre de cette chambre placée au premier étage, se chargea de l'or qu'il possédait, et de certains papiers précieux, puis se pelotonnant avec l'habileté d'un gymnaste, il ^uta de façon à tomber sur les orteils, pour faire le moins de bruit possible. Une fois dehors» il prit son <tenin vers la mer.

— Oh( non! se disait-il , asses de crimes. Tuer le roi de ï^cel tuer le protecteur des savants I couvrir d'exécratioii mon nom que j'espérais illustrer par des actions généreuses... Cela n'arrivera pas. Charles de France sera prévenu; il apprendra enfin quel monstre est le roi de Navarre, et peut-être en ma faveur soulagera-l-il un peu mes coreligionnaires opprimés par un fanatisme absurde... Allons!

Et Aiq;^ redoubla de vitesse.

U CONCIERGERIE. 66

Voici quel était son plan : congédier les matelots de Duterlre, en leur montrant le sceau du roi de rsavarre. Une fois privé des ressources de renÀarqaement, Dutertre, isolé dans le royaume de France . serait facHemetit arrêté. L'arrestation se forait ainsi : Angel allant trouver le gouverneur de la ville la plus prochaine^ lui demanderait assistance contre les assassins du roi.

Déjà il apercevait le long de la jetée en madriers de chêne la petite barque de Dutertre balancée par les flots de la marée liante. Aii fond de l'esquif dormaient couchés sous les bancs deux hommes enveloppés dans de larges cabans de peaux de mouton. Angel les appela, mais d'une voix étouffée par la crainte d'une surprise. Lèvent l'empêcha d*étre entendu. H se décida alors h descendre dans la barque; ce qu'il fit au moyen d'une rampe de fer destinée à cet usage.

Les hommes, éveillés en sursaut, se piécipitèrenit sur lui. Il les eut bientôt calmés par l'explication satisfaisante dont nous avons parié. Ces hommes obéissants promirent de s'éloigner, pour ne pas comprometire leur chef, ^t d'aller attendre à quelques lieue» les ordres de Dutertre.

Angel terminait à peine son exhortation, et il allait reprendre le chemin du port, quand une secousse violente fit trembler tout k coup la barque. Une autre secousse acheva de po^ ter le trouble dans l'esprit du médecin, qui, se retournant, aperçut à sa droite Dutertre, à sa gauche Duruc. Les mate* lots stupéfaits regardaient altemativement Ang^l et les deux hommes.

— Qu'y a-t*il7 que faites-vous ici? demanda Dutertre à Angel, dont la pâleur livide était rendue plus efirayante encore

ItL •

(19 CES PR180N8 BB L'ÉDTKlOPB.

par le reflet d'une lune sangliinte sur laquelle passaiéht de gros

nuages.

Angel ne répondit pas.

— Et vous» parlerez-TOusT dît Duruc aux matelots.

En peu de mots ceux-ci doDniTcnt l'explication si terribliî pour Angel. Duterlre et Duruc récoulèrtjnt avec un sileucc sinistre.

— En mer! cria Dutertre; en mer sur-le-champ.

Duruc s'assit au gouvernail, Dutertre Timita, et força de s'asseoir le juif, qui les étudiait d'un regard épouvanté.

— Nous partons? dit-fl... Pourquoi partons-nous?.. .

— Parce que nous avons soulevé quelques déliances dans le village» répliqua sèchement Duruc.

Angel s'apprêtait à pousser un cri pour éveiller les guetteurs; mais Dutertre appliqua sa large main sur la buui he du juif, et bientôt après le hàiUonna d'un mouchoir. Pendant ce temps, sa barque, poussée au large par deux rameurs vij^oureux» s'enfonçait insensiblement dans les ténèbres.

Duruc, accroupi sur le banc du milieu, travaillait à quelque ouvrage que le médecin juif ne pouvait bien distinguer, tant ^a terreur était grande. L'expliciilion ne se fit pas attendre. Uno corde garnie d'un nœud coulant s'échappa des mains de Duruc; Dutertre la passa au col d' Angel, et line des lourdes pierri's runnant le lest, étant précipitée à la mer, entraîna par dessus le plat-bord et la corde et le malheureux juif, qui glissa de son banc dans les flots. Ses vêtements s'emplirent d'eau, ses bras battirent pendant quelques secondes la couche inférieure des vagues, puis un bouillonnement étrange eut Ueu k celte place, et ce fut tout.

^ X^k le seorei de notre mattre enseveli, dit Dutertre, et Teilà jQotrc sûreté k tous Qouquia^ pour un assez long temps.

— Le sot! ajouta Duruc, hésiter au milieii de la route...

— Oh! messire,,iiimraMilil Dafei4i«», il n>ût rien perdu pour attendre, et son obéissance n'eût pas mieux valu pour lui. £ft(^ que vi(,4VAiHi Oit porte eu ton seia de» sécréta comme ceux-là?

— Croyez-vous quQ cos paroles soient rassurantes pour nous? dit Durtt<w ep«y^t,4«^«(wire.

— le ne tous crois-^is plus eoA que moi, répliqua Dutertie» car je n'ai pas riqtentioD de retourner près du roi de Navarre si ce triomphe n'est pas assuré. Ouaod on commet des crimes pour les girandS|.il)|m( P9!^oiç te dire à lout te monde, et porter dans sa poche l'absolution et le remerclmept.

^ C'es4 ju^^te, dilDuruq, Uaii^teiisgat rentrons au port. La nuit est iroide. Diable de juif! Ta l Commant ailouft-nous iair^ ' à présent?

A terre ! cria DuterU'e aux rameurs; et rappelez-vous que le silence est une des vertus indisppju^çs au; serviteurs du roi de NaVarre.

^ L'eiçmple est convaincant, répliqua l'un des matelots.

^ £b bienl messire Duterlre, reprit Duruc, justice e^iaite; mais qw donc ftippoifHiaWT^ te r<M dfiFraaoft

— €ûnsult<^ les in^lructigns. Vous savez que le roi de Navarre prévoit tout. Mais d'abord, emmenons ces hommes, un inmleu» de l')i^<^y^ 9(4H.)M9Mf 0rill^>)w feront oublier le côté triste du spectacle que nous leur avons donné tout à l'heure. Ag^aj;^ ji^rgUQi q)e4 |)?aves, et soupons!

Les matelots ne se firent pas prier. Dutefi^e les eiùytat te| lit

coucher, tona solidement la porte de la maison, et revenant près de Duruc, il ouvrit la boite que nous l'avons vu apporter, et en tira plusieurs notes. "

— Messîre, dit-il, écoutez les instnictions : ^

« A délaut du médecin juif, s'aboucher avec le maître-queux du loi de France; cet officier lest paient 4ii falet de chambre de Charles le Navarrais. j» *

— C'est votre affaire, messire Duruc. A vous la lettre de recommandation, à vous aussi ce petit paquet cacheté si soigneusement... èt que voici au fond delà bdttë:

— Ah! ah! dit Duruc... Me voici, je crois, au même point qu'était Angel tout à l'heure...

^ Sauf l'hésitation, je suppose, dit Dutertre.

— Certaineéiéiit;

— £t par conséquent sauf la pierre de cent livres et les vingt brasses d'eau s&ltte. ' • . < •

— J'aime h le croire.

— Lisez bien la note, messire mon conlrère, et que le diable vous inspire heureusemenL "

— Merci.

Duruc lut le parchemin avec une attention que l'on corn* prendra.

—C'est facîleà ftfre, dit-il; cm pèutètre pëndu,'j[»r exemple.

^ l\;iidu OU noj u , c'est toujours la suffocation , répliqua Dutertre.

— Vous avez , marfoi , raison, coiifitère, dit philosophique*

meut maître Duruc.

Ils se serrèrent cordialement la main, et Duruc au point du jour partit pour Paris.

U GONOBEGERIB. '

Un mois après, un offiéier des cuisines dn roi entrait furlîvement dans le logis qu'habitait Duruc aux environs du palais. L'agent du Navarrais semblait attendre cette ?isite avec impar lienee. ll aeeneilltt l'oQcier ën hofnme que l'on mt gagner à une cause épineuse.

^Des scrupules I lai dit^il;iidicule faiblesse!... Votre cousin est «n fmar inès dé Charles de Namre. Vous n'avez qu'à paraître à la cour de ce prince pour y faire une brillante fortune. Me parla pas de trahison; ce n'en est pas une, car le toi dë IVaviirrè éftl aussi tà prince fiaiiçaîs, et ilabeaucoop de partisans à Paris. Qui vous défend d être un de ces partisans?

^ Obi e'esl toujours on crime qoe d'enclianter« d'ensorceler un roi !.. . son ttiaître.'

— Ce n'est pas un crime, c'est une épreuve que d'ailleurs TOUS ne feret pas Tous-méme» c'est moi qui opérerai.

L'officier demanda encore des éclaircissements.

— Je ne veux rien vous cacher, dit Duruc. Charles , surnommé le Mauvais* — - c'est bien à tort, hélas 1 — ne croit pas à la sincérité du pardon que lui a accordé le roi de France. Voilà son unique tourment , sa vie en est empoisonnée. D'où rient cette défiance du roi Charles V? d'un manque d'affection.

— Sans doute, répliqua naïvement l'officier.

£h bien! il s'agit de lui rendre cette affection qu'il por tait naguère è son beau-frère de Navarre. Et comme les événements n'ont pas eu ce pouvoir, comme les hommes y ont échoué, ne faut-il pas user de moyens surnaturels? ^Sansdonle.

LE& rjuso^s w umfi^

— Or quoi da plus efficace ^'oq ^biVise, q^'um W9ifw\'

A U magique?

— Vous me persuadez.

— A la Imm heure, s'écrin 4)anK raffavx-M* h qimi

lYpreuve?

— Miij^lori^u'il vous plaira^.. ÏQUtefQjs, doooei^-oioi^ucore satisfaction sur 9e poiot... quoi m CQiPfimv» l'épFWmî

Duruc, comprenant que le momepl d^|^:iiteîtiftiaril^ pesa la valeur i)e chacune ses paroles.

— Presqiie rien, diUl., le^ ^timm (91^^ ^ ^0"!^ sortes de façons* Une amulette #poi^ 4w .(^ haluta du

roi, un parfum brûlé dans ses appartements, suffiraient h

coinblef tgutcs noâ t^péroAces. w^Uuap^f^mept vous n'êtes ni le Talet de chambre ni le parfuptvew do pptn» g^and

roi.., Il faut donc user des moyens qui sont en notre pouvoir. J'ai sr»ii :é à la plus simple môliiode. £Ue (^jviùât^ ^ su^cr If mets favori du prince ayec m.wo d^liçtoux, qud l'oi^ DOtnme parmi les gcn^ de l'art poudre ie lympaMifii ^ Pr quoi de plus l'ii^i' pour li; m iîlre queux de Charles YV ILû'y,^ pf^ mèim i W b irras de l'opér^lip»,.. je la Içrai fl^qfc^inhpe. . . .

— Oh! maïs c'est merveilleux, répondit J'pfliçijçr-i. Essayes, messin*; emp^^yez voire poudre (ie ^mpqthic. }q pr^^LiUe demain h notre maitre un gâteau de nouvelle invention. C'q4 i|JMI pâte exquise arrgsée de senteurs et do fl(UI$tq|f||^<;l)OÎsîeSw. A'cnez aux ci;ii>iii»'S... à rolfice.

— J'irai, dit Duruc. Â quejlcbeuret

— ,Une heure avant le dîner de notre w^; dmiMOt ^ onze heures.

— Je serai exact. Vous verrez, notre ami, l'e^t^gi^ve^lkui

liA GONUERGERIB. 71 '

de ce charme ; Charles de Navarre rentrera heureux dans Paris; Charles, son beau-frère, ne s'y opposera nullement; ce sera un grand triomphe pour bien des intérêts qui ont souffert depuis longt«Qps«. Votre fortune est fuite.

— Oh l je suis modeste, dit l'oflicier*..

^ Fussies-vous ambitieux, tous serez satisfeit. La parole est* elle donnée?

— Elle est donnée. A onze heures* demain.

L'officier partit ayec une impassibilité qui fit bien riro Duruc.

— Cuisinier 1 cuisinier 1 s'écria-t-il» tu peux être habile à confectionner les gâteaux et les sauces, mais tu gardes bien mal la vie des princes .. Il est neuf heures, j'ai le tumps d'écrire à Dutertre par un courrier qui arrivera celte nuit. Le poidoa n'a d'effet qu'au bout de trente^ heures, c'est assez pour que Dutertre fasse aux Anglais le signal convenu.

Duruc se mit en effet à écrire à son confrère de Normandie, en attendant l'heure du rendez-TOUS à l'oiBce de Charles V.

n est rare qu'un homme conserve la prudence avec l'orgueil. Duruc était fier d avoir mené à bien son entreprise. Il écrivit à Dutertre en vainqueur. £n eiibt, de quoi s'agissait-il désormais? Deux heures au plus séparaiént le criminel de son triomphe. Pas d'obstacles : toutes les portes ouvertes. Duruc, introduit par l'oftider dans les ouiaiiieB, acctnapiissait k crime, revenait chez lui , enlevait un coffre plein de ses principaux papiers» et fuyait vers la Normandie sans crainte même d'être poursuivi. Ce fut donc avec cette assurance presque toujours pernicieuse, cur elle est folle, qu'il écrivit-à Dutertre le plan et le succès de la scène qui allait se passer au palais.

Ensuite, il ouvrit ua coflret caché dans une boiserie secrcte, en tira le poison que Charles de Nararre aTsit envoyé à Ihi-

tertro pour Angcl ou son successeur, et, aux premiers coups de Oûzc heures, s'achemina vers les cuisines du priais situées ea face de la Conciergerie • '

L'oIfickT reçut Duruc avec la même bonhomie, le conduisît à l'ofiice, et se mit en devoir de lui laisser aoopm'plir Tœuvre magique à laquelle deux princes allaient devoir le retour d'une iiiallérable amilié. Duruc feignit <ie se livrer à qurlijuos grimaces préparatoires » ouvrit le paijuet fatal, et en saupoudra l'appétissant gAteau, sur lequel comptait l'officier pour réjouir les yeux et délecter reslouiac du roi son seigneur.

Duruc avait versé la moitié du contenu sur le plat; il tonait encore à sa main l'autre moitié, lorsque tout à coup le

mailre-queux passant de la naïve crédulité à lallitude la plus

menaçante :

— A moil cria-Vil en saisissant vigoureusement le poignet de Duruc, et en lui portant sous le nez la lame d un large cquteaud'offijoe.

— C'est pour plaisanter? dit Duruc, tremblant et pâle.

— I^ous allons le savoir» poursuivit l'officier.

Quatre officiers d'un rang subalterne vinrent se ranger nutour du I^avarrais , et le forcèrent à une parfaite immobilité.

—Qu'on essaye ce gâteau sur un'des dogues delà cour, dit l'officier. Si la substanre est purement magique, le dogiic sera pris d'une amitié subite pour quelqu'un, pour vous peut-être, messire Doruc, et par conséquent vous vous trouverez sauvé

par lui, sou témoignage vous absoudra.

lA OONCIERGEIUE. 9»

Celte tenrible raâl€rie redoubla les transes de Durais H se ▼it perdu.

— Si, au contraire» continua roffîcier, cet ingrédient sym« palhique n'ayait pour résultat que la mort du dogue, ma loi... tant pis pour vous, mon compère.

— FauUil commencer l'épreuTe? dit l'un des assistants.

— Oui, car j'ai promis au rd, notre cher sire, de ne pas le ùire attendre.

Une seule chance restait à Duruc. Si l'on n'oilrait au dogue qu'un faible morceau de gâteau, sa mort ne serait pas subite. Mais eette espérance ftit de courte durée. Le dogue était en appétit ; lodeur du miel parfumé l'affriandait. £n une minute fl eut déYoré, englouti l'énorme gâteau, non sans des témoignages d'une satisfaction qui durent flatter l'amour-propre culinaire du niaitre-queux.

Quant à Duruc, le dogue fut moins flatteur. Au moment où il léchait sur l'assiette d'argent les dernières parcelles de hi poudre empoisonnée, ses yeux devinrent fixes, sa langue épaisse, il fut saisi d'un vertige de convulsion, et expira deux heures après dans d'horribles souffrances.

Duruc , incapable de se défendre, fut conduit â la Conciergerie. L'excuse de magie n'était plus admissible. Pendant qu'il tombait lourdement du haut de ses réfes de fortune, le roi Charles V, instruit du complot, faisait chercher dans le logis de Duruc des preuves à l'appui de l'accusation. La première •le toutes, c'était le départ d'un couiner que les voisins avaient vu monter h chefal une heure auparavant, après avoir reçu de Duruc une lettre renfermée dans un sachet de peau, selon

l'usage d'alors» •

la iO

LES PRISOrSS DE TEUROPB.

Trois des meilleurs cavaliers du palais se mirent à la poursuite de cet homme qu'As lattrapèrent à Hantes. La première pensée du roi avait été de fidre arrêter oe messager, pour s'emparer de la dépêche. Mais on préféra tenir jusqu'aux fils les plus éloignés de la oonspiiation. Le messager eut ordre, sous pdne dela?ie»decontinaersa route et de remettre k lettre

au destinataire.

Dutertre était demeuré en Normandie dans une ville de l'ap mage du rot de Navarre. Chaque jour avançait le terme de cet eiil : en attendant la glorieuse nouvelle, il mettait ordre aux moindres détails. L'Angleterre se tenait prête; Charles de Navarre devait s'acheminer vers Rouen.

Parmi tous les instruments sur lesquels comptait aveuglément le Navarrais, l'un des plus fidèles, les plus importants peut-être, était un homme distingué par sa noblesse, un chevalier sans reproche, un jeune homme de haute vertu; c'était le comte de Beaumont, fils atné du roi de Navarre.

Ce jeune prince avait toujours considéré son père comme un homme calonmié par des ennemis. Doué d'une intelligence su* périeure • il n'avait pas laissé l'esprit d'intrigue envahir pea à peu tous les bons instincts de sa nature. On eût pu le comparer à ces lis éclatants de blancheur qui se dressent ms|ies* tueux et parfumés dans la ftmge impure d'un bourbier*

Charles V chérissait tendrement ce jeune homme, qui était son neveu. Il le traitait comme un fils ; il se plaisait à oublier» en l'admirant, tous les sujets de haine que Charles de Navarre

lui avait doimés. Le i\avarrais, habile à profiter de tous ses avantages» se servait donc du jeune comte de ^HtfiMTOOPf pour

lACQMCBMMB. 75

■ttiauT tes aflbti delà TODgeiace ipie tAt ou tard Charles V

exercerait contre la Navarre.

Ia oooate de BeauttuMii visitait poor aon pèra toa places fortes qu'il possédait en Normandie, lorsque fut découverte à Paris

la conspiration de l'empoisonnement. Duterlre fit hommage au iiia de son maître, et s'applaudit d'une piéieDce illustre qui le garantissait, Ittf , Ms de dangersi et ofiirait un point de ralliement aux Anglais aussitôt qu'ils pourraient débarquer en France. Ce voyage du comte de Beaumout en Noraumdie n'était done pas sans utilité pout* la cause du roi de Navarre, et en cela comme en bien d'autres occasions, le jeune homme était complice involontairement de son père.

l>utertre faisait Sa cour au côitttA dé Beaumont lorscfbe la lettre de Duruc lui fut remise par le messager. Le scélérat n'éproova qu'un regret au milieu de sa joie, c'était de ne pou> Toir communiquéf au comte de Beaumont la nouvelle d'un événement qui allait faire passer la couronne dans sa famille. Hais Dutertre ne jugeait pas le jeune homme capable d'apprécier une pareille fortune; c'était le plus bel hommage qu'il pût rendre à sa vertu.

— Ce message est bien pour vous? dit l'envoyé à Dutertre.

— Oui. Pourquoi cette question?

Parce que je craindrais de commettre une erreur.

— Je ne vous comprends pas, dit Dutertre.

— Jù m'expliquerai si vous me permettez de vous dire quatre wêM en particulier.

Dutertre obtiùt cette permission du jeune prince, et suivit Vanvoyé hors de la salle*

— Parlei maintenant... Cest messîre Durnc qui mt m*

voie... a-t-il ajouté quelque chose h la missive écrite?

— - Oui, messire..... il m'a chargé de voua dire ^'il est Arrêté.

— Arrêté!... s'écria Dutertre avec épouvante ; anèlél

— £l vous, continua-t-il en arrachant des tremblantes mains du scélérat la lettre de Dunie* fous auaû je fOus anéte.

Ihitertre ne pouvait concevoir l'idée de résisler. Ce messager était un chevalier du roi de France, qui découvrit les fleurs de lis de sa poitrine : six lances brillaient dans le vestibule.

Mais après la première émotimi» Dutertre mouvra un peu de présence d'esprit.

— M'arréter 1 dil41; vous n'y songez pas : je suis ici sur les terres du roi de Navarre, mon maître, mon seul seigneur.

Un sourire méprisant fut la réponse du chevalier.

» Monseigneur 1 monseigneur I cria Dutertre en appelant le comte de Beaumont... trahison l trahison I

Le comte, prompt comme un jeune homme, s'éhmca hors de la salle aux cris du serviteur de son père.

— Des lances 1 des épéesl cria4-il avec surprise... quoi! de la violence chez moi!

— Monseigneur, répondit le chevalier, voici l'ordre de notre maître le w de France.

— Mais vous êtes ici chez le roi de Navarre* répondit le prince.

— Le suzerain est maître partout, «youta le chevalier.

— le me plaindrai au roi Charles de cette violation de mon

droit, s'écria le jeune homme bouillant de colère. ^Nous ferons escorte honorable à votre seigneurie» lé^

LA C0NGIE1IOBR1R, 77

pliqua le cberalîer. Et quant è Hiomme que tous fnrotégez si

généreusement, ajournez votre jugement, monseigneur; vous savez que le roi de France s'appelle Giarles le Sage i

le comte de Beaumont se erojail outragé par cette eipédition poussée jusqu'en son palais. Il ne savait comment condlier un procédé pareil ayec l'accueil si tendre que Charles V venait de lui faire récemment à Paris.

Echauilé par l'indignation hypocrite de Dutertre, il suivit le détachement d'ardieis et d'hommes d'armes qui emmenaient à Paris Duterlre, tandis que deux conseillers fouillaient ses papiers et sa correspondance.

Sur le passage du jeune prince» les gouraneon des villes

relevant de Charles le Mauvais arrivaient par curiosité d'abord, puis demeuraient par respect, et lui formaient un cortège assez imposant pour nuaner quelque peu Dntertre.

£n deux jours l'escorte arriva sous Paris.

Aux premières paroles de reproches que le comte de Beaumont adrema devant la eoup'à son onde, Charles Y s'approcha

de lui, et lui prenant la main :

— Beau neveo, dit41 modéres-vous; c'est dans votre intérêt même que je vous parle.

— Ce ne peut être dans mon intérêt, sire, que l'on arrête les •orfitean de mon père>

— Ne parlez pas si haut, cher neveu. L'homme dont vous déplorez l'arrestation est coupable, et vous le défendriez mal dea crimea qu'on lui ingrate.

— J'ai à défendre avant tout, cher oncle , les droits de mon père et les miens, reprit le jeune homme avec hauteur.

LIS PliaONt MII.«IIOfl.

— EsMTei alors, dit CharlaB Y en lyi prétoitiiil It Mied»

Duruc saisie enlre les maius de Dutertre.

Le jeune bomme parooiiroiceUeleUra, eifonTÎMgBaeoou* Tiit d*iuie pâleur mortelle.

— Quoi ! pourriez-vous croire à ces horreurs? dit-il.

— Venez y beau neveu; gagnons un endroit plus retiré; TOUS eonnattres alors la vérité tout entière.

Le comte de Beaumont se soutenait à peine. Mais l'indignation était encore son impression dominante.

— Pareille calomnie! répétait-il... de roi & roL.. un semblabîr' crime... mais c'est impossiblel

Charles emmena le jeune bomme au fond de son refrateS. dont les fenêtres, au tnidi, dônnalfefit sur tes jardins ouverts de feuillages, et divisés en losanges, plantés de légumes et de fruits comme un jardin potager.

— Voyez, lui dit-îl , beau neveu, ce resplendissant an soleil; la nature y déploie ses riantes richesses. Le raisin mûrit sur les treilles, les fletirs grimpent âtt trône des artifes. Ne respirez-vous pas lé parfum ét la vie par cette ftnèHeT....* Venez maintenant de ce côté, ajouta le sage roi«

Et il oonduisît le comlA à «ni lèaêtiè oppoiée qà ouvrait sur la Seine, au nord.

— Ici, dit-il, pas de soleil ( l'ombre £roîde« la piwie nue : voyei rouler la rivière aux flots profonda. Tout è Tbam fom avez conlcuiplé l'image de la vie, effrayez-vous à l'image de la mort* Si dans ce palais» à quelques pas de distanoe» ûbaage ainsi Vaspecf de la nature, ne vous étonnes pas qu'il y ail dans l'àme humaine deux faces bien différentes. Oui, l'homme renferme en lui-même ces ûaurs et cette poésie riantes, oei

LA CONCIERGEBU. 9»

nWmes et cette glaciale nudité. Votre père , mon dier enflmt, r( s. cmble à ce palais. Ici le dehors éblouissant, là le sombre intérieur : la surface fleurie, tous la eonnaisses ; le gouffre épouvantable, tous allez le connattre.

Charles, qui était le plus éloquent , le plus habile politique de son temps, retraça en peu de mots au jeune comte ses luttes incessantes contre le roi ^e Nayarre, ses trahisons toujours nouvelles, toujours pardonnées; ses alliances avec les ennemis de la France, sa part dans les guerres ctTÏles ; ses crimes do? mestîqoes, que devait couronner le dernier attentat médité par Dutertre et Duruc.

— J'ai accusé, dit-il au prince écrasé par la vérité de ce ta* bleao; je vais prouver maintenant.

Il mit alors sous les yeux du comte de Beaumont les lettres, les poisons, les traités saisis chez Dutertre, les notes de Charles sayies ehei Duruc; toute la correspondance de Charles de Na* varre avec Marcel, l'ancien prévôt des marehamb de Pàris; ce u]isérable qui, sous prétexte de servir la cause du peuple, ouvrait aux Anglais les. portes de la capitale. Il lui dépeignit ses amis, les maréeliaùi de €hampagne et de Normandie, égorgés \ SB vue par les ordres de ce Marcel , dirigé lui-même par Charles le Mauvais. £nfin il déroula lentement, avec art, cette loagoè suite d'atrocités qui suffirait è souiller cent eilstences de scélérats.

— Voilà, dit-il en terminant, ce qu'a f&ii votre père au roi de France.

Le comte de Beamnont avait ^Missé de l'indignation au plu» TÎolent désespoir. U pleurait, il suppliait; il se jeta aux pieds

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