US8 PUHMB DE L*EUROPE
. —Oh! giâce pour le rôi de Namfe! 8'écria441; grtoe»
mon oncle I ... il est votre frère. . .
— Ua seul mot, od seul titre peut eocore le sauver, dit Charles Y... c'est qu'il est votre pàre.
Le comte de Beaumont embrassa les genoux du roi.
— Me déshonores pas notie race ! muzmunHril.
— Qier enfant, dit le roi , rien De peut déshonora une no* ble.sse comme la vôtre, je veux dire celle de l'àme. Mais rien ne peut empêcher une dégradation comme celle cpii memice Charles de Nawre, je veux dire le jugement de la postérité...
En attendant cette opinion des 'siècles à venir, Charles V traduisit Duruc et Dutertre devant sa cour de parlement» comme prévenus d'empoisounement, de pamcîde, de iéloaie.
comte de Beaumont, atterré, souscrivit aux ordres de Charles V, et accompagna les capitaines envoyés par Charles V en Normandie pour occuper toutes les places fiirtes que pfV* sédait le roi de Navarre en cette province.
Le procès de I>uruc et de Dulurtre fiit pounuivi aiec méthode et persévérance. H semblait que le parlement lût heureux de mettre le pied sur la tète d'un ennemi tant de fois épargné. Avant Tanét, les coupables ûirent eitraili de la pri-
son pour être appliqués à la torture; et comme ils se voyaient abandonnés à jamais, comme ils sentaient que Charles de I^avarre était bien peidut comme aussi les méchants n'ont pas est orgueil que donne la bonne conscience, et d'oh résulte le mépris des souffrances et de la mort, Duruc et Dutertre s'empressèrent d'épargner à leur corps, par des aveux sans lestriotion, autant de tortures qu'il se pourrait.
périment condanma ces deux misérables à mourir sous
lA OONCBBfiRRIC. 81
U liaclie du boomau. De la Conciergerie, où leur agonie ne
fut pas longue, ils furent traînés aux balles. Une foule immense ▼int jouir de leiv supplice. Duruc et Dutertre, en échangeant un suprême regard d'intelligenoe, regrettèrent peut-être la mort du médecin juif, dont la dernière hésitation avait, suas doute» racheté les crimes près du trihunal de Dieu.
Gomme ils étaient gentilshommes, on leur dressa un échafiiud tendu de noir. C'était aussi pour ajouter de la solennité h l'exemple donné aux traîtres nombreux qui désolaient alors la France. Dégradés, soufiQelés par le bourreau, ils firent amende honorable, atouèrent tout haut leurs crimes et ceux de leur maître. Après quoi, leurs têtes roulèrent sur le plancher aux grands applaudissements de la multitude.
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Cbulei ▼ qoltit U HWifm fhm 8i4ni-M> - 1« fnrnip^ lUiiniaii. «
Robert Woiirdreton, dernier «mpoiMonear du roi de Navarre. — rulifer cl Itodrigo.
— v^s BourgoifnoDi et let Armagnaoa.— Reiaud d*A»0NlMi.<-* Charte» VilH^rs. -
— Jpan de Niellos. — Jran de Nantouilict. — 1^8 dames d'Armagnac Montaiiban, de r.hasti'aux, de Romans, do Quesnoy, d'Anrlus de* lî.irrcs. — -is <î. s nuui^ui-, gnons. — Parallèle de celle époque avec l'époque républicaine. — klargi6»»pniciu do prisonniers. — Départ du duc de Bourgogne. — Fiq tragique die Pierre 4cs Ëuarta.
— Parla Nvré aui Bourguignons par Perrlnel teclere. — Le cooDëUible d'ArmagMC^ lo dMicelier Huit de Mute, rtriipMdiCniiMtii, laptln—li à la Coade^geria, Mastacres du IS juin 1418.MUiiiiplrattoii ea frvwvda Chariei Y|I, ra| tfe Bmrgt»»
— EmprtMMUMinent et mort de Baudran, la riiapellc, Morant, Savin, Perdreau el le Bignput. — Perrette et Péronn<> ions Louis XI. — l.o» oiseaux Mtfa^uea. — leaa Ilardi, euipoisonneur du dur de Bourgogno. — Le dm de Luxembourg ail Paltilb
— Claude de Uiauvreux. — OUf ier le Daiu. — Jeao Dojac. — Daniel*
Charles Vn'étaitenoore que dauphin, etdéjà, las du poids de la guerre cÎTile, avait cherché à s'éloigner des lieux où son en^
fance n'avait eu que de lugubres spectacles. Le Palais avec ses tours sombres, ses salles austères, ses cachots que i on devinait sous les fleurs du jardin, le Palais, rendes-vous des juges et des conseillers sinistres, lui déplaisait. Ce n'était pas cette demeure qu'il comptait donner au roi dans des jours meilleurs.
n fit construire le bel bétel Saint-Paul sur la rive droite de la Seine, l'agrandit par l'acquisition des hôtels voisins, dessina les jardins", désigna ses ornements favoris pour chaque salle et chaque galerie, là il devait avoir sous sa main les vo>, lièros, les chenils» les écuries; puis les cours spacieus<;s destinées aux champs clos, les vastes salles d'armes, les retraits
, U GONClERGBmE. M
ionhrei m Titram coloriés, les terrasses inotidéeBd'iiA soleil pur. Plu9 loin, au lieu de prisonniers, habiteraieni dans les galeries sotttemines, dans les préam écartés, des Uoos, des tîgrss, ménagerie plus intéressante pour les regards du roi que cette ménagerie de rages humaines, sur lesquelles, depuis tant deaièdei» marehaient les rois ses anoèties dans kviem priais doReberin.
Quand les peintres, les doreurs, les fleuristes, les statuaires eurent achevé leurs travaux à l'hètel Saint-Paul» Charles V ear pérapoofoif rim hemanx en oe logis, quCil appelait d'aTance Mamn des esb(tUcmenU du roi,
Geiut alors que la Conciergerie abandonnée devint spécia^» lament prison, oamme le palaia^dsiriiit la maisoft de la Justice.
Charles V vécut doucement à l'hôtel Saint-Paul jusqu'en 1380, époque à laquelle Charles VI, son fils, lui succéda, bien qu'âgé seokinenft de dow ans et qnalM mois» Après le lègne d^ venait le règne du Fan.
On sait les principaux événements de cette époque déplo* rable. Gharlea Vi épousa Iiabean dn Barière, et eut ponr iUr nemi le duc de Bourgogne Jean Sans-peur, nouveau roi de Navarre, c'est-à-dire nouveau fléau pour le royaume de . I^anoe.
Charles le Mauvais avait jeté sa funeste influence sur le règne du ûls après avoir si longtemps essayé de détruire la fortune du père. Sa haine avait passé de Charlea Y à Charles VI. Sur ses vieux jours, Ousies la Kanvaia tenta enoors une kk de décider en sa faveur le destin toujours contrake, et il envoya des assassins au jenna rcû âgéde.diirneuf ans.
On sa mppaito que pour tos MpaiinsM Ohariss Y» iàki
tl LES PRISONS DE L^BUROn.
foulait envoyer le médedn Angel ; un savant , un lettré devait
être bien accueilli d'un prince qu'on surnommait le Sage. Mais pour réuisir auprès d'un jeune prince tout ardent aux fêtes et mumU dêooiietmamplmnn, le Navarrais choisit un émissaire d'un autre genre. Philosophes ou grammairiens étaient mal vernis à la eour de France en 1366. Charles le Mauvais gagna le valet d'un ménestrel &meuz» lui confia ses projets, son poi« son favori, et le chargea d'anéantir non-seulement le roi de France, mais toute sa famille et toute sa lignée.
Robert Woardreton» Anglais d'origine, promit an Ifavamis un résultat prochain. Mais à la veille de tenter l'aventure, il fut saisi , jeté à la Gonderg»ie, et condamné à être éeartelé. L'exécution de cet arrêt, la nouvelle publicité donnée aux crimes du roi de Navarre, réduisirent ce monstre au désespoir» et il mourut peu de temps après.
Mais, nous venons de le dire , avec lui ne devait pas cesser la mauvaise fortune de la France. Il restait Isabeau. On a raconté dans l'Histoire de kBastille et dans œllede Vtncennes les crimes de cette reine et leur influence terrible sur les calamités de ce règne.
C'est vers cette époque que plusieurs habitants du Nivernais» révoltés contre la tyrannie de leur évéque, furent écroués à la Conciergerie.
Quand le roi eut été déclaré fou après l'apparitton du ftn-
tême de la forêt du Mans, le conseil de régence s'occupa de ses propres affiûres, conune font, comme ont £ait, et comme liront toujours les régences. Le duc de Bourgogne faisait la guerre au comte d'Armagnac; et pendant que les deux rivaux ooooentraient leurs loseet sur eoxrmèmeB, on voyait des bande»
U GONaBBGKBili.
de brigands armés dévaster les environs de Paris et venir piller les faubourgs mdmes de la 'lapUale.
Enfin on envoya contre ees ennemis d'un nouveau genre un gouverneur de Paris, le comte de Saint-Paul; un maréchal de France, Boucicaut, et un piévôt de Paris, Bureau deSaint- Gair, qui Tenait de remplacer Pierfe des Essarta» que le duc de Berri n'aimait pas.
€e M en quelque sorte anoombat. Les bandits, mal aimés, mais aguerris, mais retrancbés dims des Imnes et des métairies, se défendaient bien, et se sauvaient encore mieux. Ils étaient commandés par deux chefe appelés Polifer et Rodrigo. Os forent yaincus et traqués par les habitants des bourgs voisins ; on en prit une grande quantité.
La colonne expéditionnaire rentra dans Paris avec cent vingt prisonnievs, qui fàrent répartis dans les différenles prisons. La Conciergerie eut l'honneur de donner asile aui deux chefs et à leurs principaux ofûciers. Le procès fut court. La mort pour tous ceux qui excédaient ^nnie ans, le fouet pour lesenfanis au-dessous de cet âge.
n y avait, en effet, beaucoup de jeunes gens élevés à la façon de Bohême à voler les poules et les quartiers de chair dans les maisons de campagne, à racoler les enfonts comme eux, à couper les bourses dans les foules les jours de fête. Quand il s'agissait de tenir la campagne, ces jeunes élèves savaient donner de fausses indications aux ardiers , ou bien ils se jetaient aux jambes des chevaux et les empêchaient de galoper, pendant que leurs ainés jouaient des couteaux sur les hommes d'armes.
f/exécntion fot multiple. Polifor et Rodrigo, suivis de trente homoies d'élite de leur bande, furent conduits au pilori et
LES ntiSONS 0K L*£UilOP£.
pendus les imt après les antres. On lenr applkiua le mMml
usage dû au repentir de Pierre de Graon , rassasshi du eonnéhle CUsson, c'cst-À-dire on leur permit de se confesser au pied d'une eroix de pierre que oe Craon avait lait élever près do pi» lori, en expiation de son crime récemment pardonné.
Poli for et Rodrigo moururent en gens tout ûers de paraître jusqu'au dernier moment à la tète d'une troupe. Mais quand les trente principaux eurent été pendus, on ne trouva plus asses do potences pour les autres. On les enferma dans des sacs de eoir ou de toile grasse et on les jeta tout simplement dans la rivière, par-dessus le pont au Change. C'était, comme on se le rappelle peut-être, l'usage pour les coupables d'un rang inf^ rieur; c'était aussi le procédé dont usaient las sombtes geôliers des prisons d'état , qui attachaient sur le sac un écriteau : Justice du roi, et envoyaient aux flots un mystère que nul n'osait essayer de pénétrer. Pour les brigands» la justice du roi AU expédilive et généralement appréciée. Les enfants, pendant œ temps-là, étaient fouettés dans les carrefours.
Après cette exécution, dont les ParisientfunDt tiès-glorieux, le duc de Bourgogne, presque maitre de la France, s'occupa de détruire tous les ennemis qu'il avait dans Paris. Ces ennemis étaient les partisans du comte d'Armagnac el dn duc d'Oriéans. n s'appuya sur le petit peuple, et forma un corps de cinq cents hommes, composé de bouchers, d'éoorcheurs, gens de main capables de rendra à la maison de Bourgogne les plus efiksaces services. Il appela cette troupo milice royale, et lui donna pour chefs les riches boudien de Paris. Ces maîtres bouchers, fout-pulssants dans la petite bourgeoisie, fordMient une espèce de société composée de plusieurs familles qui étaient toutes en-
U G0NQEB6EBII. m
flenbleivqiriétaim des boacberies de la porte de Paris et de cettes du cimetière de Saiiit4eaii, et à inesure qu'une de ces
familles s'éteignait faute d'hoirs mâles, le profit tournait h celles qui restaient, à l'exclusion des femmes et des bâtards. G 'était, comme on foit, une aristocratie dans le peuple, et leurs richesses étaient immenses (S).
Ces bouchers, dont les principaux étaient Legoix, Thibort, Saint-Yon» furent ayeuc^ément défenseurs de la maison de Bourgogne, en croyant défendre seulement la cause du peuple. Ils dirigèrent souvent avec habileté certains mouvements populaires, et ne se laissèient pas entraîner, autant qu'on eût pu Tattendre de la barbarie du siècle et du manque dinstruction. Mais l'écorcheur Caboche eut l'honneur de donner son nom à ^ la révolte; les insurgés s'appelèrent Cabocbiens comme ils s'étaient appdés autrefois Maillotins. L'écorebeur eut les privi* léges du maillet de plomb.
La guerre civile organisée, le ducde Bourgcgnedonnale signal. Anéantir tout ce qui avait pu tenir au parti d'Armagnac, devint son unique affaire. C'était bien évidemment la cause du roi qu'il combattait par une spécieuse passion pour la démocratie. Une fois'ies nobles abattus» Jean Sans-peur n'étaitril pas le roi du peuple ?
Paris jouit sous un roi en démence du libre exercice de la puissance populaire. Mais ce fut une horrible accumulation d'excès en tout genre. «W arrivait souvent, dit un contemporain, grands désordres dans lu ville, car les habitants s'y dénonçaient les uns les antres: aucuns méchants du commun s'en mêlaient, qui pillaient sous divers prétexte ceux qui disaient avoir tenu le parti du comte d'Armagnac, et lorsqu'on haïssait un
homme, i) suffisait do dire :R a été Armagnac, et tout préseii-
temenl, à 1 heure même, il était tué sur le carreau. »
Ce qu'il y eut de plus étrange, ce fut de voir Charles Yl, dans ses moments lucides, embrasser le parti des Bourguignonscontre les Aruiagnacs ses défenseurs. Il rétablit la prévôté des marchands, charge essentiellement populaire, et nomma échevins des Bourguignons, Jean de Troyes, Jean de l'Olive, Denis Saint' Yon et Robert de Bellou. Puis il déclara les Armagnacs ennemis de l'état, déploya contre eux l'oriflamme, et alla assiéger le duc de Berri dans Bourges.
Le duc de Bourgogne n'avait encore pu atteindre les têtes royales. Charles VI ne l'inquiétait guère; mais il avait plus dosouci du dauphin, jeune homme fier, quoique indolent, et dont la sortie de Paris eût amené le plus grand désastre pour ses affaires. Aussi le dauphin était-il gardé à vue par la multitude armée; son hôtel Saint-Paul ne désemplissait pas de Bourguignons plus ou moins insolents qui venaient lui faire des discours et lui arracher chaque jour soit une concession, soit un ariii.
Les Bourguignons avaient pris pour signe de ralliement des chaperons blancs; ils en offrirent au dauphin, aux ducs de Berry et de Bourgogne, en les priant de s'en couvrir comme d'une marque à laquelle on reconnaîtrait les amis du peuple. Le dauphin subit cette violence, et ce n'était pas tout. Le harangueur du parti, Eustacbe de PaviUy. lui reprocha en face sa dissolution, ses orgies avec des femmes, sa passion pour le vin et pour le jeu. Le dauphin dissimula sa fureur; mais quelque temps après, un autre chef des révolG^, Jean de TW)yes, célM)re chirurgien de Paris, se mit à la tète de dix mille hommes armés, et vint chez le dauphin à l'hô'ol Saint-Paul.
LA COMOEiiUi^aiË.
Le dauphiu prit i miliative, ets'adressaalàceiui qui portait la {Nurole :
^ Qu'a-t-on fait, dit-il, de mes officiers, de mes amis?
— Monseigneur, expliqua Jean de Troyes, nous les avons mis en prison, et nous venons vous demander la permission de leur fstire leur procès ; même mesuro est requise contre les financiers qui pressurent le peuple.
— ConunentI s'écria le dauphin, mes officiers emprisonnés» jugés! qu'ont-ils fait?
— Monseigneur, ce sont des traîtres qui ont corrompu et oonrompent tous les jours votre jeunesse* n fiiut que le peuple les punisse pour ee crime énorme.
Le dauphin resta pétrifié de celte audace.
— De plus, continua l'orateur, tous ara des parents, des serviteurs, qui sont à bon droit suspects au peuple, et nous voulons leur châtiment.
~ Vous passerez sur mon corps! dit le dauphin pâle et tremblant de colère.
— Non, monseigneur, nous vous aimons trop pour cela, répondit l'ironique orateur.
Au même instant, le capitaine de Pftris, Hélion de Jacqueville, l'un des chcfe les plus populaires de la révolte, entra suivi de seize hommes, et se mit à fouiller les appartements du dauphin. Il fit prisonnier Louis de Bavière, beau-irère du roi, et l'envoya dans la tour du Louvre. Puis on saisit le gouverneur du dauphin. Renaud d Angennes, le maître d'hôtel de la reine, Charles de Yilliers, le chancelier du dauphin et de la reine, Jean de Nielles, Jean de Nantouillet, d'autres seigneurs
et les dames d Armagnac, de Montauban, de Chasteaux, de Roui. . ' .12
LES PRISONS i>£ I^EUfiÛPE.
mans, de Quesooy, d'Anclas des Barres» toiltoi àê k loaiaon de la reine ou de la dauphine.
— \oûd les ver ilaJjles ennemis de i'étal, dit Jean de Troyes
— Où les conduit-ont demanda le dauphin... Leur veut-ou
du mal?... Us sout iuuocenls.
— On les enfermera dans la Conciergerie« réplique Jean de Troyes, et s'ils sont innocents, le peuple le Terra bien.
On ne peut savoir ce qu'il fût arrivé si le dauphin, se voyant le moins fort, n'eût eu recours à la diplomatie. Il remarqua
combii n le peuple élail las de toutes ces violences; mais au plus fort des excès les révoltés sont souvent maintenus dans le mal qu'ils détestent par la crainte même du châtimwt. Le dauphin résolut de mettre à proût celte observation.
Les cheis de la sédition savaient bien qu'il ne pouvait y
avoir d'amnistie pour eux, et que tout rapprochement entre les princes serait cimenté par leur sang. Aussi Caboche» Jean de Troyes, les Saint-Yon, étaient-ils infatigables à poursuivre la révolte. Jacqueville monta un soir à l'hôtel Saint-Paul, oîi le dauphin donnait un bal, et lui Ht devant l'assemblée un affront sanglant. Il lui reprocha ses plaisirs qui ruinaient le peuple.
— Voilà un homme qui parle bien haut» s'écria k ïrémoiile en s'approchant indigné du dauphin.
— Et voilà un homme, répliqua Jacqueville en montrant la Trémoille, que le peiiple de Paris devrait accrocher à qu( U[uo gibet pour la corruption incessante qu'il exerce sur
nos princes.
— Tu en as mentil maraud* s'écria la Trémoille liirieux.
Vraiment 1 £\joula Jacqueville tremblant de colère î eh
U CONXIERGERIE. t|
bien, le cfiAtfTpeQt ne se fera pas atlçiwjre. Tu yas me suivre , corrup(ç\ir- • • et gar^ le gibet,
A ces mots, Jac((i|eTiU9 s'approchait du groupe oii le dauphin, liTÎde, tourmentait la poignée de sa daf^ue. Le capitaine de P^^is ft'eul pft? plus lut allongé 1') ifiûin, que h jeune prince s'élança ^ lui* Op vit hriUet h laqie« et le dauphiu frappa trois fois. Chacun regarda Jacqueville comme blessé à mort.
— Heu^eu§e«^ç^l j'ai m CP^^ miîijlçs, (Jit-il.,. A moi, le guet!
Le guet arriya. Cen était fait de la TrémoîUe, mais le duc
de Bourgogne parut sou^^io et arrêta tupiuUe. soldats
fmn\ çoo|é(tié^,
— Vous le içif^t dit le 4ûupb^^« ▼o? {je^s m'assassioeiit
4^ ma maison.
MoQ^ejgiiQur, répondit le duc de BowTgognai écqutes m peu le pauvre peuple... ou plutôt écoutez-moi...
C'était ce que le dauphin désirait le plus. Les deu^t puissances bellipéraptes promirent de laisser allpr le$ pl)o^es de fiiQon à que le peuple fût détruit pof lo peuple, k ce que l'excès fût éteint par l'excès.
Les hoi^-gepis, au^ premiers ijioti^ (ji]e le dauphin fit circuler de paix et d'ami|istie, relevèrent la t^te, ^ coururent à Vhôtel de ville pour tenir oonsml. Ce n'était pas le compte des chef» de la révolte, aussi ^acquevijle et Simojj Caboche rompirent-ils violemin^t le cqn^ès. Mais n|a)^é au$ (a réaction marchait.
On signa un traité de paix à Pontoise, le 8 aoât 1413, et Toii propaulgya que tous ceux quj n'appronypraicnl pus cette négociation seraient ^emia de l'état et di| rQi.
|)pi)çhep se prônaient aosez forts pour eippécher la rati-
LES PBISONS DE L*£UROPB.
ficalion des traités. Us en appelaient à letm parliaaDs. Les
bourgeois en appelaient au vrai peuple, fatigué de games civiles. Le conseil tenu à l'hôtel de ville fut une des séances les plus orageuses qu'on eût vues depuis longtemps.
— - On nous parle de la paix, s'écria Henri de Troyes, fils du chirurgien . mais celle (jue Ton propose est une paix fourrée d < peau de renard, et le sanf; qa*on ?eat épater ce n'est pas oelui du peuple, mais bien celui des Armagnacs; quant à eux. j'en connais qui ont trop de sang, et les oouteaui seront tirés.
— Délibérons I crièrent les bourgeois.
— Attendons! crièrent les bouchers.
Un charpentier du cimetière SainUlean» quartenier, nommé Guillaume Ciraoe, homme froid et résolu» se leva :
— Délibérons par quartiers, dit-il, et la pluralité des voix décidera. C'est comme cela qu'on connaît les volontés du peuple.
— Pas de quartiers I répondirent les bouchers, ou bien ba- ' taille ) et Ton verra la volonté du peuple en place de Grève.
— Ah ! vous croyez? répliqua Guillaume: eh bien! je vous dis, moi, que la chose se décidera par quartiers; et si vous vous y opposes, souvenez-vous qu'il y a dans Paris autant de frappeurs de coignée que d'assommeurs de boBU&. Nous nous compterons quand il le faudra.
Le peuple et les bouigeois furent âectrisés; ils crièrent : Par quartiers! par quartiersl et se ruant sur les bouchers, les mi* rent en fuite.
La cause paraissait perdue. Jean de Troyes glissa pour mot
d'ordre à ses partisans : Demain, à la Conciergerie. Quand on veut considérer attentivement cette époque, on
LA CONClËfUiËRIE. 95
est frappé des points de ressemblance qu'elle offre avec la période lévoluliomiaire de 90 à 97. Un roi annulé, des di?isiens parmi l'aristocratie, des réactions , des péripéties nombreuses, qui précipitent tour à tour les cbefs populaires les plus aimés. £ncore quelques mots» et nous allons voir arriver les massacres de prisonnim. Un seul trait manque à la révo* lution du dix-huilicme siècle, c'est imvasion étrangère, c'est l'Anglais maître de Paris. S'ily régna, cenefntpasdu moinsavec le fer : Vépée de l'étranger se brisa contre la république de 9S.
Entre autres bénéficiaires derinsuirecUon, Jean de Troyes, le chirurgien, s'était fiait nommer oonderge du Palais. Il tenait done en son pouvoir les prisonniers nobles faite dans la malson du daupbin. Ia Conciergerie regorgeait d'Armagnacs. N'est-il pas un peu pomis de penser que Jean de Th>yes et ses alliés les éoofchèurs se disposaient à faire des ennemis du due de Bourgogne ce que la commune de Paris fit des siens en 92? On vérra de quel cété foi l'intention purement patriotique.
Jean dé Ttùjm trouva le lendemain au rendei-vous donné à tous les Bourguignons une multitude considérable; l'affluence fut telle que l'orateur se vit forcé de conduire ses auditeurs de la place du palais au cloître Saint-Benoit
Là, quand chacun fut disposé à écouler la communication, Jean de Troyes déploya un manuscrit volumineux, et commença la lecture du faictm le plus violent contre la faction orléaniste. 11 espérait l'un de ces succès bruyants qu'il avait souvent obtenus en dévoilant les fautes du gouvernement. Mais la communication parut longue. on laissa passer sans applau* dir les plus belles fleurs de rhétorique.
Tout à coup» à l'extrémité de la rue Saint-Benoit, on vit pa-
nttre des hoquetons am rouleun delphinales, ap cayalier
précédé d'uQe bannière se montra bientôt avep un gran4 QOPoours de bow^eois et de soldats.
Jean de Troyes abordait cette importante partie d'un discours qu'on nomme la narration; ç'étaient les faits et gestes des A^ magnacs dépeints avec des couleurs qui eussent donné de l'indignation aux murailles.
— Mon père, lui 4it Henri de Troues, qui regardait la mas^ des auditeurs ondulant vers la rué Saint-Benoit, et désert(int l'orateur pour le héraut... voilà quelque surprise de nos ennemis. Je vois messire Juvénal des Ursins. 4 cbev^il ; il est biep accompagné* Les boqrgeois l'entourent iivec des figures ra^roi^nantcs.
— Tant pis! répliqua Jean de Trojres... Tant pisl m^ péroimson en sera troublée.
Il disait vrai... Malcré les instances des Bourguignons zélé? répandus dans l'auditoire, le9 ran^ s'éçl^ircissaient peu à peq sur la place du doltre, et d'autant ^ssissait le cor(é|e de Jfurvénal des Ursjns.
Trois spns de trompette ^onc^nt au peuple <|ue le cava> lier allait haranguer à son tour.
— Bonnes gens! s'écria Juvénal des Ursins d'pne voix retentissante» écoutez ceci; je parle au nom 4u roi notre çber et ifénéré seigneur.
Les Irompclles sonnèrent encore une fois; tous les honnpts furent levés en signe de respect. Juvéofil déploya un parchemin» et lut :
a Nous, roi de France, Tpu|aqt éteindra parn^i nps s\ije^ tous bn|i|d<kP8 de guerre iniestipei et rendre à ce loyiiiune h
Diniti?ed by
LA CONCIEUCERIB. «8
paix qui lui est tant nécessaire, déHarons par les présentes afoir juré cette paix me les princes de notre maison ; si voulons qu'elle soit publique , et pardonnons ft tous , bourgeois et manants, les kutes et délits commis dans les excès de la guerre civile. »
A peine ces paroles étaient-elles achevées, que tous les bonnets volaient en l'air. Noël! Noël! cria le peuple; longue vie an roi notre sire I
Cependant Jean de Troyes» impassible au milieu des quarteniers de la cité, reprit sa lecture, non sans frémir de colère. Assesl asaexl crièreiit les qoartenie» eniHnèmes... Noéll
Noël!
Jean de Troycs essaya de ramener raltention; mais la foule se jeta sur lui, arradia de ses mains le mémoire, et le mit en pièces. Chacun s'en retourna vers l'hôtel Saint-Paul en criant : La paix! Noélt la paix!
lean de Troyes, revenu au Palais avec quelques fidèles, avait encore assez de pouvoir pour soulever deux quartiers fort mal disposés en faveur du roi. C'étaient celui des halles et de l'hôlel 4'Artois, dévoués au parti bourguignon.
^ Que faut-il pour un coup de main? se domandiTcnt Ifs chefs de la sédition, une demi-journée. Que trois cents hallebardes envahissent demain la Conciergerie, la Bastille, et nos principaux ennemis ne résisteront plus demain soir. Le duc de Bourgogne tient les clefs de la Bastille, j'ai les clefs de la Conttef{g!sne..«
Ainsi devait finir le drame. Mais le dauphin força le roi h redemander la Bastille dau duc. Quant à Jean de Troyes, qui •Itendait ses amis du quartier des halles, il fut prévenu; mandé
m LES PftlSOIIS 0B L'EDBOPE.
par le roi , I) fut destîtné de sa eharge, et les ardiert dn id rem»
placèrent les Cabochiens sous les guichets de la Conciergerie. Jean de Troyes» a?ec quatre eeots Cabochiens, essaya en Tain de se fortifier dans l'hôtel de Tille ; Ters midi le dauphin, suivi do trente mille bourgeois armés, alla délivrer ses prisonniers de la Conciergerie. Ceux-ci, une fois dehors, devinrent acteurs dans la réaction qui commença contre les Cabochiens.
Nous avons montré dans l'Hittoitô de Vincennes, Jean Sanspeur essflTfant pour dernière ressource d'enlever le roi dans une partie de chasse à Vincennes. Il échoua, et sortit de France* laissant ses amis à la merci des Armagnacs vainqueurs. 11 n'avait réussi qu'à faire égorger beaucoup d'Armagnacs par les Bourguignons, sans compter les Bourguignons qui allaient être égorgés par les Armagnacs. 11 est vrai que l'année 1418 devait lui apporter une revanche.
En attendant , l'un des hommes les plus populaires de ce temps, l'un de ses meilleurs amis, Pierre des Essarts, prévôt de Paris, avait été sacrifié par ce prince sans foi, et livré aux Cabochiens, qui l'accusaient de tiédeur. Sous le banal prétexte de concussion, Pierre des Ëssarts avait été condamné à mort, et enfermé provisohrement à la Conciergerie, en même temps que les prisonniers faits chez le dauphin. Ce fait ressort de la relation même de son supplice.
Il sortit de la grosse tour du Palais le l*' juillet à midi, fut (rainé sur la claie, par le pont au Change, jusqu'à l'hôtel de la Coquille, rue Saint-Denis, et là on le fit monter dans un chariot qui le mena aux halles. Pierre des Essarta mourut avec courage. Sa tète fut placée au boui^ d'une pique; sonccMfS porté au gibet de Montfiincon.
lA concikbgkrh. 97
Ce dauphin dont nouB ayons parlé, mourut quelque temps
après la funeste bataille d'Azincourt. C'était un prince « bel de rûage, suffisant, grand et gros, de corps pesant, tardif, peu . agile, moult curieux, et magnifique d'habits et joyaux, désirant grade d'honneur de par dehors. » Il aimait les moines, il aimait la débauche. Son règne eût été un nouveau ikéau pour la France, et sauf l'intention du duc de Bourgogne, Louis dauphm avait souvent mérité les remontrances des orateurs populaires.
Après la définite d'Azincourt, le duc de Bourgogne voulut ifvenir à Paris; mais Armagnac avait repris sa puissance, s'était fait nommer connétable, et ne laissa pas rentrer son ennemi. Ce iîit un tempsde conspirations : les Bourguignons, confondus avec les partisans de la démocratie, donnèrent beaucoup d'occupation aux Armagnacs, et nul doute que si l'époque eût été plus éclairée, moins subjuguée par le prestige des noms aristocratiques, la cause populaûre n'eût ûni par Uriompher des Orléanistes et des Armagnacs.
Gb fut i^nrès bien des tentatives infroctueoses que Jean Sanspeur fit alliance avec Isabeau , disgraciée et bannie h Tours. Les bourgeois de Paris, qui s'étaient lassés des excès des Cabodiiens » furent bientôt las des insolences du parti armagnac; et, de fait, pendant trois ans, les nobles partisans du nouveau connétable accumulèrent plus de charges et plus d'afironts sur cette triste capitale que les Bourguignons n'y avaient commis de violences. Enfin, tout éclata. Perrinet Leclerc, outré de ressentiment pour une injure qu'il avait reçue de quelques Armagnacs, livra la ville au duc de Bourgogne , dont l'armée y fit son entrée , sous les ordres de VilUers de l'Isle-Adam , le
29 mai, dans la nuit
vu la
Sans répéter cette histoire, qui se tronre complétée dans la
Bastille et le Donjon de Vmcennes, nous remarquerons seulement ' le Wyie qae joue la Condergetie en ces ébats sanglants da vainqueur.
le connétable d'Armagnac, le chancelier Henri le Corgne, dit de Marie» et son fils» l'évèque de Coutances, ftirent conduits à la prison du Palais. Tous les autres Armagnacs forent saisis chez eux, et emprisonnés,, soit au Châtelel, soit au Louvre, soit au Temple. Les prisons regorgeaient à tel point que l'on fût forcé de publier à son de trompe qu'il était défendu sous petwc de la corde d'emprisonner qui que ce Mt sans autorité de justice, n n'est pas sans intérêt de remarquer qu'en ce pteakr moment d'ivresse le peuple emprisonna , mais ne tua point.
Au commencement de l'échaufiburée» Tanneguy Duchétel avait saisi le dauphin dans son lit, et l'enveloppant d'une robe à la hâte, l'avait emporté à la Bastille, puis à Melun. Dès qu'on apprit à Paris la fuite du jeune prince, et par conséquent la probabilité d'une seconde rentrée des années d'Armagnacs , ce fut une exaspération facile h comprendre. Alors commencèrent quelques vengeances particulières, déguisées sous le prétexte de la cause politique. Des bandes années parcoururent Paris, pillant, rançonnant et tuant. Ce fut un carnage des partisans obscurs de l'aristocratie. Les nobles avaient été conduits aux prisons sous bonne garde.
Le peuple avait deviné juste • Tanneguy DuchAtel se mit à la téte de sei2e cents gendarmes, et le 1** juin 1418 força l'entrée du faubourg Saint-Antoine, aVee l'intention d'enlever du Louvre Charles VI, auquel le peuple avait fait approuver toute l'exécution di| 30 mai. Les Armagnacs traversèrent la rue
Là COHCIBNIIUB.
Sunt-Antoine dans sa longueur jusqu'à la place Baudoyer, furieux de n'avoir pas trouvé à l'hôtel Saint-Paul le roi, qu'on trait tranaféré au Louvre, àkn la prévôt dea mmbands et Villiers de TIsle-Adam réunirent des troupes, aûn de chasser les Armagnacs, qui se préparoiant à délivrer le» illustras prisonnéende la Coneie^gane.
La bataille fut sanglante. Mais le peuple tomba de toutes parts sur les gentilshommes dorés, les accula au détour des met éCioUes, Uê dîaperaa» les teaea par le nombre» et leur
fit prendre la fuite. Us se retirèrent en désordre dans la Bastille» laissant daos la rue Saint^Aatoiae, phamp de bataille acharné, quatre cents moils, que la booneau de teis fui chargé de jeter à la voirie. Tanne^j laissa garnison k la Bastille et se replia sur Meaux*
L'odeur du sang, rimminenee du danger, e«r les Armagnalss pouvaient rentrer d'un moment à l'autre, les discours violents des bannis cabocbiens qui reîenaient en £oule, eicitèrent le peuple à une fengeance plus complète, mais moins honora» hle. Et comme il faut que l'historien pèse avec impartialité les motife déterminants de toute opération politique, nous sommée surpris encore îd de trourer une frappante analogie entre les événements du 12 juin 1418 et ceux de septembre 92.
Lee BomguigiM»is , disons mieux, les Cabocbisni, n'araienl de sûreté que dans les otages déposés aux prisons. Ce mot, Im prisomierêt était l'unique consigne» l'unique préoccupation des Parisiens» qui d'ailleun étaient aases habitués aux trahisons pour prendre feu dès la ptemière alerte. Cette alerte fut donnée le 12 juin par un potier d'étain de la Cité, nommé Lambert» qui, de fude à la porte Saintrijitoiae» voient
armagnacs s'approcher de la ville , prit peur, et doublant le poste de la porte, paroourui la ville en criant : Alarme! les Armagnacs! gaidei les prisonniers!
On se souvint que peu de jours avant, cette délivrance des prisonniers n'avait tenu qu'à un fil... On envisagea avec terreur l'avenir qui se préparait pour les Pàrisiens au cas où, le connétable d'Armagnac étant délivré, la réaction se ferait encore une fois.
A peine le cri : Gardes les prisonniers t se fîit-il répété dans
la ville, que les Bourguignons le traduisirent par le sens le plus expéditif : Mort aux prisonniers. On courut donc à la Gonder* gerie, dont les gardes firent bonne résistance, et ces gardes étaient des bourgeois et des artisans parisiens. Mais la populace était irritée et invincible conune une mer en furie. Les portes furent enfoncées, le torrent roula sous les guichets, traversa les sombres corridors, et vint enlever de leurs cachots le connétable, le chancelier, et l'évèque de Goutances, tètes principales dont le salut tenait si fort au cœur des Armagnacs.
Ces prisonniers étaient exécrés du peuple pour la fatigante tyrannie qu'ils avaient fidt peser sur lui à diverses reprises, et notamment depuis la fuite du duc de Bourgogne et des Bourguignons, parce qu'ils étaient les irréconciliables ennemis de Jean Sans-peur. Leur sort ne pouvait être douteux. A cette vue abhorrée, les assistants poussèrent un cri terrible de féroce ressentiment, puis se précipitèrent sur les victimes. Le conné^ table fiit entraîné dafins la cour du Balais , au grand jour, et criblé de mille coups mortels. A ses côtés, on poignardait Henri de Marie, homme intègre, dont le seul crime était d'avoir deviné la politique intéressée du duc de Bourgogne. L'évêque de
tk CONCIERGERIE. ' ÎOÎ
Gootaiioès» jeuie homme dont la douleur fîit inexprimable
lorsqu'il vit expirer son père , tomba lui-même assommé sous les maillets de plomb et déchiré par les épieux.
Cette horrible exécution ne du» pas cinq minutes. H semblait que les assassins fussent pressés , non de tuer, mais de rendre impossible le mal qu'ils attendaient de m» hommes redoutés.
Après le meurtre, vint l'orgie du meurtre. Ces furieux, que Ton retrouve toujours les mêmes à toutes les époques et dans tous les partis, ces démons du carnage , qiii ressemblent aux insectes dévorants nés de toute corruption, vinrent s'acharner autour des cadavres. On les dépouilla de leurs habits, on les attacha tous trois ensemble par les bras avec une corde* et chacun des bourreaux vint donner sou coup de couteau ou de massue sur les restes du connétable.
« Ces cadavres, dit Pierre de Fenin, furent trois jours dans la cour du Palais, et les voyait qui voulait en cet état. £t avait le comte une jambe rompue, et était tranché d'un coutcl parmi le corps, depuis les épaules jusqu'en bas, et là les traînaient les petits enfants de Paris de place en place. »
Les autres prisonniers furent assommés à la sortie du guichet, sous lequel on les appelait un è un. Comme ils étaient
obligés de baisser la tête , les uns étaient percés de coups d'épée, les autres broyés à coups de hache, et leurs corps traînés dans un tas de boue , de peur que ceux qui étaient dans la prison» s'apercevant du carnage, refusassent de sortir. Ces cruautés durèrent si longtemps qu'autour de la prison le sang ruisselait en abondance, et qu'on en avait jusqu'à la cheville du pied.
•iôi • • ' LÈS HUflOKS tm L*EUiOF1L
Aux antees priaoïM, ee fai It mêiM métbodt el I0 nioiil
iicharnemPDl. Les prisonriiors étaient jetés sur des piques, et déchirés en passant de main.enmaia» ÀuiMieiet, oa u'épargoa pas même ks TNritonnîeis pour dettes. On refuea la aépuUure rlirétienne à tous les Armagnacs, surtout aux chefs, qui furent mis ea tena proùuBA à la cultuM de SainlrlIariiiHiesrChAaipSé
Il y eut aussi beaucoup de femmes tuées dans ce massacre* C*é(aieat les dames du service de la reine « et les femmes des priiicifMlUX Armagnacs. Plusimin toent éfe&trées» el les en* lanls dont elles étaient grosses tirés de leurs entrailles, sans que les massacreurs voulussent les laisser baptiser. On rapporte que l*une d'elles ajêni été égorgée, les assassins, foyani son fils qui s'agitait encore dans son sein, s'écrièrent : Regardez donc ce petit chien qui se remuCé Ces tMirbaries furent poussées si loin que les l^helk même en eurent horreur; mds il était trop tard : lu lie était montée à la surface.
L'un des principaux exécuteurs des meurtres avait été le
bourreau Capeluche, partisan zélé du duc de Bourgogne, (^et homme avait donné leçon à plusieurs des égorgeurs en abattant les victimes sur une place, aux grands applaudissements de l'assemblée. Mais le sang versé retomba sur sa téle. Le duc de Bourgogne, feignant Tindignalio^» le ût jeter à la Conciei^ gerie, en attendant qu'on l'envoyât h Téchafaud. Capeluche, condamné à perdre la téle , deiiKinda rébolumcut au duc de Bourgogne, autrefois son compère :
— Qui me coupera la téte d'une façon satisfaisante?
— Je croyais que le bourreau de Paris avaitdressé des valets» répondit le prince.
U CONCIERGERŒ. 101
— ♦ Mes ?aleta les plus habiles ont disparu depuis qu'ils sq aOBi fusnemés de inattro à morlleiir qiattra, Bl«0]iit*)è que jefiois... afee ton épée.«« ^ Gelui»là est un ignorant.
' — Bah f pour HBe fols, répliqua le due en s'éloignant sans
la moindre compassion pour son ancien ami.
Cftpeluche monla donc sur l'échafoud» théâtre de sa lan» glantenrenommée. Arrivé en présence du valet qui fdisait l'office d'exécuteur :
Tb Tas t'y prendre si mal, loi dit-fl, qne ta me feras
beaucoup souffrir, et que le populaire se moquera de loi. Ne Jè?e pas trop l'épée, et la tiens bien obliquement. Le coup lancé, lâche mie des mains; je connais ma lame, elle coupera-
toute seule.
Cette démonstration si calme redoublait la terreur dn yalet, et la multitude né comprenait pas trop le sens de cette scène.
Capelucbe prit alors l'épée» se campa ûèrement devant le billot, et| dans nne attitude académique, dessina lui-même la ligne que devait décrire le coup mortd. —Comprends-tu bien? demanda-t-il au valet.
— Oui, maître. A présent je spis sûr de ne pas manquer.
— Frappe 4opS« dit Capeluche en se plaçant à genouji, le col tend«, \^ jwf fiies. (t ypus, merci, mon Dieu !
Le valet, fiJule à la leçon qu'il venait de recevoir, fit siffler l'ép^ seloa h rè||lât et «bftttit i'm sâi4 coup la t^te de Çapelnche.
Ne trowve-t-on pas dans ces divers féoits l'analogie q^e nous «foo0 voahi (HftUif ei)tre 1^ nmfm»à» UiS et ceu^^ d« ia
m LES PRISONS DE L'EUROPE.
révolution de 93? Ne sont-ce pas le même acharnement, la même inflexibilité des bourreaux et des yictinies? Mais qu'on est heureux lorsqu'on parcourt Thisloire de la grande révolution d'y lire, en traits qui éclatent dans les moindres actes» ces mots : liberté, patrie, au lieu des mois yengeanoe et pillage, qui déshonorent la querelle mesquine des Âimagnaos et des Orléanistes 1
Pour suim pasà pas les chroniques et détailler les événements, il nous faudrait les dix mille volumes qui peuvent résulter des cent énormes in-folios d'écrous que possède la seule Conciergerie. Esquissonsseulement les princq»aui kits d'après les principales figures.
Sous Charles Vil, prince ruiné par les Anglais et les Bourguignons coalisés, et qu'on appelait le rai ée Bawrgap Jeanne d'Arc vint assiéger Paris pour le compte de oe gmfU mot qu'elle avait l'ait sacrer à Reims. C'était encore une querelle des Armagnacs, comme on le voit par k Joumal d'un Bourgeoii 4e Pam. tes Parisiens, effrayés de retomber aux mains du roi Charles, se défendirent si vigoureusement, qu'ils repoussèrent l'armée assiégeante. Mais un complot se tramait à Paris en faveur du roî de Bourges; et, pour la rareté du fait, les conspirateurs, en détendant les droits du roi, étaient animés de sentiments véritablement nationaux. H s'agissait de chasser l'Anglais.
La correspondance s'établit entre Charies VII et ses partisans; mais le porteur des messages, un carme, nommé Pierre Ballie, selaissaprendrepar les Bourguignons, et fut mis àla torture pour d<mner des renseignements précis.
Il avoua tout ce qu'on voulut. £n conséquence, les prisons s'onplirent de prétendus conspirateurs, tous bourgeois et no-
LA CONCIERGERIE. 105
tables de la ville, au nombre de plus de deux cents. La Chapdle, clerc des comptes; Jean le François, dit Beaudran, conseiller au ChAtelet, finent le plus compromis par les réyélalions ■ du carme. Ils furent écroués à la Conciergerie avec Renaud Savîn et Morand, procureurs; Guillaume Perdriau, conseiller au ChAtelet, et Jean le Bigneux, boulanger. Appliqués è la torture, ils ne rendirent que des réponses insignifiantes. Cependant Beaudran ei la Chapelle furent condamnés à être décapités et écartelés, ce qui Ait exécuté le 8 avril 1430; les autres furent seulement décapités aux halles. Beaucoup moururent dans les tourments de la question.
Sous Louis XI , successeur de son père Charles VIT, le nouveau duc de Bourgogne r autrefois comte de Charolais* devint ennemi juré du roi de France depuis l'annulation que celui-ci avait fait faire par les états de quelques articles du traité de GonÛans. Le Bourguignon usait de violence, le roi français d'artifice. L'un prit les armes, l'autre intrigua, et fit sous main révolter les Liégeois contre son ennemi. Cependant Charles, duc de Bourgogne, inspirait beaucoup de terreur à Louis XI, qui, en attendant l'efTet de la révolte de Uége, donna rendezvous à Péronue au Bourguignon pour l'apaiser par de nouvelles perfidies. Malheureusement le duc de Bourgogne reçut à Pô* lonne la nouvelle du soulèvement des Liégeois, et devina l'auteur de cette catastrophe. 11 entra dans une telle fureur, lui (|ui tenait Louis XI en son pouvoir, que le jeune rd dut craindre pour sa vie.
C'était en eiïet le conseil que donnaient au Bourguignon ses
plus fidèles amis. Charles fut assez généreux pour ne pas le
suivre» mais il voulait une vengeance complète, et fit signer à ui. ih
LES PKlSÛiNS D£ L EUUOPE.
Louis XI un traité beaucoup plus onéreux» beaucoup plus humiliant que celui de Conflans. Le roi se croyait déliyrA.
— Pas encore, lui dit le Bourf^iiignon; vous avez fait révolter les Liégeois, vous verrez les résultats de votre politique. Je veux que vous me suiviez devant la ville rebelle, et que vous soyez témoin du châtiment que je leur inflige. Cela vous don-
. nera peut-être quelques remords.
Si Louis XI avait évité les poignards du Bourguignon, il n'était pas quitte avec les Parisiens au sujet de ce traité de Pé« Tonne. Lorsqu'il revint sous la ville pour faire enregistrer le traité par le parlement, les esprits étaient disposés h des manifestations tellement railleuses, que le bon roy en eut peur et n'entra pas dans la ville.
On l'appelait Perretle, du nom d'nnebourgeoise sa maîtresse» et de Perrelle on faisait Péronne par extension. Bien plus, comme s'ils n'eussent pas eu assez de langues pour mystifier le prince, ces Parisiens endiablés avaient fait provision d'oiseaux de toute espèce, pics, corbeaux, geais, chouettes et bouvreuils, qui peuvent imiter la voix humaine, et ils les dressaient à dire du malin au soir :
— //o/tt, Pcrrcltcl Ou bien : Pérotme, fil fil Péronne! Sans préjudice des injures qu'ils accolaient au nom de Perrette :
— Donne à boire à ton paillard, Perrette 1 Ou bien : à ton larron...
Les oiseaux qui disaient ces choses se vendaient fort cher.
Le roi n'était pas Irès-cndurant. Il eut peur du concert que feraient les oiseaux parleurs s'il entrait dans sa bonne ville de Paris, et il lui sembla que, dans le lointain, d'énormes éclats de rire emplissaient les rues et s'évaporaient comme une nuée
U OONCIERGERIE.
iosolçute du fond de ce Paris, qu'il aporccviiit dans la brume. Or. un maUn» Loui$ XI ayant mûrement réfléchi, ût venir un /evfie /Ui de Paris, nommé Henri Perdriel, (ju'il savait intelligent el qu'il affeclionnait beaucoup :
— Mon compaing Perdriel, lui dit-il, tu es bon oiseleur, i\ ce qu'on dit; or, je vçux te charger, d^une chasse qui te fera honueur çt profit*
— Merd. monseigneur, dit le /aime fib.
— Tu vas t'en aller à Paris avec bon nombre de mes hommes d'armes et une grande quantité de cages.,,
Perdriel ouvrit de grands yeux. Le roi continua gravement : «- Oui, mon fils; beaucoup de cages... N'oublie pas parcben^ins et plumçs...
— Pour chasser, monseigneur? dit Perdriel ; des parcheinû^.., des plnmes; et dans Paris! Giasserdans Paris!
-r- Dans Paris. Écoule-moi donc. Tu passeras dans chaque
rua et observeras bien les boutiques et le devant des logis
' Qiaque oiseau que tu apercevras, tu le confisqueras en notant avec soin l'adresse et le nom du propriétaire.
Il n'est pas d'uaage k la cour queVon questionne le roi ; mais louis XI derina la question sur les lèvres du jeune homme. Il lui dit donc avec douceur :
Hoii fils, j'ai signé un traité avec mon cousin de Bourgogne; c'est pourquoi je lui suis obligé,,. Tout prince qui a éoiiangé sa parole contre celle d'un autre prince, ne doit pas souffrir qu'on insulte sop allié. Or« les Parisiens le font, à ce qu'il parait, et souvent.
rr-r 3lais, sire, les oiseaux...
— HiijHSt^meRt; les oiseaux disent toute la journée : Pé-
LES PRISONS DE UEliROPE.
ronne! PtVonne! avec un air de mépris pour mon cousin de Dourgogne; ils ajoutent même quelquefois larron» rihaud, jMnl" lard et aulres vilains mots que je ne puis souifrir lorsqu'il s'agit de Charles mon cousin. Va donc, mon compaing, mets en cage tout ce que tu trouveras d'oiseaux, et quant aux bourgeois qui les ont instruits, nous leur payerons les frais d'éducation. Va.
Henri Perdriel vint en effet à Paris et lit main basse sur les pies, corneilles et autres volatiles dont le bavardage déshonorait si vilainement un grand roi et une pclitt* bourgeoise. L'exécution fit rire d'abord ; puis on réfléchit que le roi voudrait sans doute faire payer la rançon des oiseaux. Alors on ne rit plus. Ce fut Perdriel qui s'égaya le plus aux dépens de son maître, lorsqu'il eut constaté que les pies disaient PerreUe encore {)lus distinctement que Péronne.
L'histoire ne nous apprend pas ce que Louis XI ût de tous ces oiseaux qu'il avait voulu être Apportés devm lut. Mais il garda rancune aux Parisiens, et de longtemps ne put prendre plaisir à séjourner dans leur ville.
Le duo de Bourgogne avait agi en homme généreux à l'égard de Louis XT. Était-ce un calcul? ou eut-il plus tard un remords capable de le conduire à de honteuses vengeances? Toujours est-il que Louis XI accusa ce prince d'avoir cherché à le faire empoisonner, comme Charles le Mauvais avait fait pour Char^ les Y et Charles M. Tradition de la maison bourguignonne.
Le complot avait été conseillé par le duc à un marchand nommé Ytier, lequel, pour éviter de se compromettre, aurait chargé son valet Jean Hardi de s'aboucher avec deux cuisiniers de la maison du roi pour jeter du poison dans un mets destiné à ce prince. Toujours la tradition bourguignonne»
U GONOERGERIE. 109
I Mais ces valets se rappelèrent l'insuccès de toutes les tentatives précédentes. Peut^tre fàrent-ils inspirés par leur amour pour le roi de France, et ils dénoncèrent Jean Hardi, préférant perdre la grosse somme que celui-ci leur avait promise. Le crime devait se commettre à Péronne; l'assassin ftit immédiatement arrêté et envoyé au parlement de Paris, qui le fit écrouer tout d'abord à la Conciergerie, sous la responsabilité du prévôt et des échevins. L'arr6t fat prononcé contre Jean Hardi le 30 mai 1474. Il portait en substance que Jean Hardi, reconnu coupable de tentative d'assassinat sur la personne du roi, serait eitrait de la Conciergerie, traîné sur une claie de la porte de cette prison à la place du Palais, mis en un tombereau sur cette place et conduit à celle de la Grève pour y être écartelé. On planta sa téte sur une pique devant l'hôtel de ville; le tronc lut brûlé, et les quatre membres envoyés à quatre villes frontières du royaume.
Louis XI, devenu plus tranquille à l'eitérieur, s'oocupa de son plan de nivellement, et commença à faucher une à une toutes ces tôies de grands vassaux, toujours agitées, toujours menaçantes au moindre souffle, comme les plus hauts épis d'une moisson. Il sut se réconcilier avec le duc de Bourgogne, 4|ui loi livra Louis de Luxembourg, connétable de France, un des plus dangereux ennemis de sa puisrânoe et de son orgueiL ]je connétable, condamné à mort par le parlement, fut conduit delà Bastille au Palais, od se firent tous les préparatifs de son eiécution. Dès cette époque nous remarquerons les mêmes pratiques pour plusieurs condanmés à mort, et cette cérémonie deviendra un usage.
LerègnedeLonisXI a dû remplir souvent les cadiots de la
m LES PB180NS DK L*EUBÛPK
Conciergerie; mais les justices dâ ce prince étaient éolalautcs pour les. grands, obiourea pour laa peiita. Louis XI méoa* geaît laa appar^oas af60 le peupla. Ce prince dut faire un fréquent usage des grandes oubiiettas adjitcenieî» à la Concier» garie et qui Tenaient eboutit aux grîUaa donnani aous la riviùre. €ea oubliettes joumnt phuiettia un rôle dans rbistoîie de la prison.
Sous Cbarlea VIII« en nul ai| prlsàB» dit F^ibien, à la Con* otergerie, le 1** déeembre 1406» Claude de ChanvreuT» conaeil*
lar clerc au parlement, à causa d'une fausso procuration au moyen de laquelle l'évâebé da JUintea avait été réaigné en eoup de Rome au profit de Pierre de Roobedieuart. Le 18 du même mois, les chambres s'assemblèrent au sujet de la demande que faisait l'évéque de Paris «(u-priaennier, qu'il réel^mait somme clerc, et, par arrêt, Chanmux fiil débouté de sa cléricature. La veille de Noël au matin, le prisonnier fut amené auparquU de la oouff pour aiaister à la prononciation de son arrêt, Têtu d'une robe d'éearlate et d'un obaporon fourré. Il se mit h gt> nom, la tête nue, et, toutes les chambres ^semblées, Jean du la Vaoquerie, ptemier président, lui prononça l'arrêt an vorlu duquel, pour plusieurs faussetés par lui commises, etsubori* nation de notaire et de témoins touchant l'évèque de XainUiS» dont il avait été convaincu, il fiit privé de son oQice de coa< seiîler et de tout autre oflice de judicalure.
Après cela, quatre huissiers le menèrent sur la table de maribie, où sa robe d'écarlate.lui fîît 4tée de même que son oba» peron et sa ceiiilure. On lo revêtit d'une autre robe et il fut ra* mené nu-pieds et nu-tête au parquet avec une torche de quatni livras à la main. U se mi t à genmix et fil amende bonorabk en
LA C0NCIFRGPR1B.
criant : Mnry à Dier, au roi, à In pif^tirr et niijt partit^ intérfsiée$, La fausse procédure fut lacérée; cela fait, le prisonni(T ibt amené en la cour du palais et livré au bourreau, qui le fit monter dans nnn charrette et le conduisit nii ChAtolet, où son arrêt fut crié, et delà au pilori, où on le ût tourner trois tours, après quoi il fut marqué au firont d'une fleur de lis avec un fer ardent, et puis conduit par les huissiers à la porte Saint- Martin pour aller en exil hors du royaume.
Le règne de Charles Vni avait été inauguré par une justice éclatante, véritable progrès sur ces prétendues salisfaclioiis que les anciens rois accordaient au peuple à leur joyeux avènement» ainsi que l'ont prouvé tant d'exécutions de ditaptdateurs.
Le roi successeur de Louis XI était si jeune que la régence .avait été confiée à sa sœur, Anne de Bcaujeau. Cette princesse sentit la nécessité de seidre bien venir du peuple par quelque action d'éclat.
Or, si Louis XI avait rudément persécuté les grands seigneun» Il mit fait mordre cruellement le pi^uple par ses dogues favo* ris. C'étaient de sanglantes dérisions que les amitiés du feu roi pour les seigneurs Tristan, le Dain et autres bourreaux. Ce fut surœs misérables que la régente jeta d'abord les yeux. Avec eux, s'offirait à la haine publique un Âuverguat nommé Jean Doyac, devenu gouverneur d'Auvergne avec autant de raison que le baibier le DaIn était devenu comte de ffeulan.
Le roi mort, ces honnêtes personnages comprirent que leur bon temps était passé. Olivier fit ses préparatifs pour se retirer dans ses terres; Doyac n'oublia pasde se mettre à couvert selon ses moyens en attendant l'orage.
tout était disposé pour la retraite du barbier le Dain,
fis
us PRISONS DE L^EUROPB.
et il calcolait am son yalet Daniel. éle?é h la dignité d'intoi*
dant, les événements qui pourraient un jour le ramener à la faveur, quand la porte s'ouvrit et un homme entra précipi^ tamment chei Olivier; il était en habit de voyage, et sa per* sonne tout entière témoignait par un désordre extrême de l'agi* talion d'une conscience troublée.
— Jean Ooyacl s'écria Olivier, le gouvemenr de l'Auvergne... Ah ! notre ami, soyez le bienvenu à Paris.
— Heureux de vous voir en prospérité, sire comte de Meulan.
— Et plus près encore du bonheur le plus grand que j'aie jamais goûté... Je pars.
. Vous quittes la cour; c'est horrible à penser... Nos sei^ ▼îces sont bien mal récompensés... Hélas! les princes sont ingrats. Ab ! c'est le compère Daniel ; boi^ur. compère.
Daniel n'était pas un valel ordinaire. Le bruit publie TaGcu* sait d'avoir été pour son maître tantôt un espion, tantôt un bourreau, tantôt le plus retors des collecteurs lorsqu'il s'agis* sait d'impôts forcés. Entre un valet pareil et un gouverneur d Auvergne comme Doyac, il se trouvait trop de points d'analogie pour qu'ils ne s'alliassent pas sans étiquette.
— Oui, dît Daniel, nous nous retirons. Cen est M.
— Nous vivrons dans nos terres, ajouta Olivier ; seigneur de plusieurs villages, d'un bourg même; riche et honoré» bien qu'on dise...
— Sans doute; vous êtes craint... C'est le plus grand honneur que je connaisse.
Olirier s'aperçut que celte description d'un bonheur pro* chain iisLisait soupirer Doyac.
LA GONQBRGfiaiB.
fit
— Qu'afO^usy lui dil-il; et ce voyage à Par» n'ealril pat de fotregDût?
— Au contraire ; la cour me veut iaire payer des arriérés considérables... D s'agit même de quelques homieuig partica* liers... Mais je m'en passerai, je suis modeste...
— La régente vous aime donc, vous?
— le suis un homme nécessaire ; et puis, voyes-vous, OU- Tier, ma position est superbe : je n'ai jamais tué ni trahi bien ouvertement; j'ai fait de la diplomatie financière; jamais peraomie ne m'attaquera. Mes administrés sont hirieux de ma grandeur, car ils se rappellent m'avoir vu quitter le pays en jaquette déchirée; mais après fout ils sont ûers d'être commandés par un compatriote. Bref, j'espère beaucoup de notre nouveau règne.
— > Tant mieux» messire Doyac. tant mieux; moi, je n'espère rien*
— Âhl mon vieil ami, c'est que vous... Mais bah! oublions tout cela.
— Que voulez-vous dire, Doyae?... Vous m'effrayez. 5hves-
VOUS quelque chose?
— Ëhl cher ami, lorsqu'on a manié tant d'affaires, connue disait notre bon mettre, il est impossible de ne pas garder au bout des doigts un peu d'encre ou un peu de sang... £hl c'est vrai... 19e vous révoltez pas...
— Du sangl du sang! mais» mon cher ami» la mémoire du roi est là pour répondre...
— Vous parlez comme un enfant... Es^ce que jamab on s'en prend aux morts quand on a des vivants è tourmenter? Estrce que nos eimemis iront faire le procès au bon roi qui