UNE SUPERSTITION A SAINT-LAZARE
LES PQISONS DE PAUIS. 143
éprcuTc à satiété. Les trois billets portaient 20 ans ^ perpétuité^ morly et constamment celui portant vingt ans s'est dégagé le premier de son enveloppe'.»
Dans le quartier réservé aux jeunes filles détenues correctionnel- Icment, en vertu des articles 66 et 67 du code pénal', une classification est établie. Les détenues comme voleuses sont séparées de celles qui le sont comme prostituées. Trompé par quelques physionomies jeunes et candides, vous croiriez que ce sont là de pauvres orphelines sans asile ou déjeunes mendiants qui ont tendu la main pourassouvirleur faim ; mais si vous interrogez le livre d'écrou, vous saurez que telle qui n'a pas quinze ans est déjà vieille d'expérience dans le vol, telle autre compte autant d'arrestations que d'années. Presque tons ces enfants de la grande ville ont sucé avec le lait de leurs mères le vice et la corruption. Est-ce bien l'enfant qu'on devrait frapper? La société n'est-elle pas plus coupable que lui ? Cette question si souvent agitée devient banale, et cependant bien des générations passeront encore avant qu'on ait trouvé le remède à cette épidémie morale; cependant, il faut le dire, à côté des paroles des utopistes, il s'est trouvé des intelligences saines qui ont accompli de belles œuvres, et ont sauvé quelques victimes dans ce grand naufrage de mœurs.
En présence de tant de maux , on ne peut oublier un nom illus-
* Quelques mots sur une question à l'ordre du jour.
^ o Lorsque l^accusé aura moins de seize nns, s^ il est prouvé qu^il a agi sans discernement, il sera acquilié ; mais il sera, selon les circonslances, remis à ses parents, ou conduit dans une maison de correction pour y être élevé et détenu pendant tel nombre d^annéps que le jugement le déterminera, et qui toutefois ne pourra excéder Fépoque où il aura accompli ta vingtième année. (Art. 66.)
(t S*il est décidé que Taccusé a agi sans discernement, les peines seront prononcées ainsi qu*il suit :
n. S'il a encouru la peine des travaux forcés à temps, de la détention ou de la réclusion, ii sera condamné à être enfermé dans une maison de correction pour un temps égal au tiers au moins, et à la moitié au plus, de celui pour lequel .11 aurait pu être condamné à Tune de ces peines, etc. (Art. 67.)
a Dans tous les cas où le mineur de seize ans n'aura commis qu'un simple délit, la peine qui sera prononcée contre lui ne pourra s'élever au-dessus de la moitié de celle h laquelle il aurait pu être condamné s^il nvait eu seize ans. » (Art. 00.)
tre qu'une femme au cœur noble a glorifié encore davantage par les actes nombreux de sa charité. Madame de Lamartine prend la libérée sur le seuil de la prison, lui montre la maison hospitalière que l'aumône a édifiée, elle accorde une place à la jeune fille, à la seule condition qu'elle accepte l'apprentissage d'une profession industrielle, et le jour où la repentie peut suffire honorablement à ses besoins , la porte de ce temple-école s'ouvre et rend au monde celle qui peut désormais marcher d'un pas ferme dans la vie.
C'est là une belle institution ; mais l'œuvre isolée d'une femme éclairée et bienfaisante ne suffit pas... Ce noble dévouement mourrait à la tâche. Il faut plus pour guérir cette large plaie sociale.
Nous avons fait l'inventaire moral de Saint-Lazare; son histoire politique aura sa place dans le chapitre réservé à la prison de l'Abbaye. Le drame révolutionnaire s'est joué en même temps sur cette double scène; les épisodes ne peuvent être disjoints.