LIBERTÉ, ÉGALITÉ, OU LA MORT
L'accusateur public près le tribunal révolutionnaire, Aux citoyens membres représentants du peuple chargés de la police générale.
Citoyens représentants ,
Li dénonciation qui a été faite ces jours derniers à la tribune
de la convention n'est que trop vraie : voire bureau des détenus n'est composé que de royalistes et de conlrc-révohitionnaires qui entravent la marche des affaires.
Depuis environ dix mois, il y a un désordre total dans les pièces du comité : sur trente individus qui me sont désignés pour être jugés, il en manque presque toujours la demie ou les deux tiers, et quelquefois davantage. Dernièrement encore, tout Paris s attendait à la mise en jugement des comédiens français, el je n'ai encore rien reçu de relatif à cette affaire; les représentants Couthon et Collot m'en avaient cependant parlé : f attends des ordres à cet égard.
11 m'est impossible de mettre en jugement aucun détenu sans les pièces qui m'en indiquent au moins le nom et la prison, etc.
Salut et fraternili^
Signé : Fouqiier-Tixvillb.
La présence d'esprit de celui qui s'était voué au salut des artistes le préserva dans cette circonstance, et dans une autre oii tout autre moins })ien avisé eut été victime.
Une nuit ayant paru favorable aux projets de Labussièrc, il pér nétra, muni de sa carte, au pavillon de Flore, lieu des séances du comité où il avait un emploi. Il monte au deuxième, entre dans son bureau, se saisit des pièces, entre autres d'un petit paquet cacheté de trois cachets, qui a pour suscription : Affaire des ci-decant comédiens français; il les met dans la poclie de côté de son habit, et redescend.
Après cette expédition, il se retirait à pas de loup et traversait un vaste vestibule ou sorte de salle de pas perdus, où venait aboutir le petit escalier conduisant aux bureaux de la police générale.
Labussière avait entendu du bruit. .. il écoute, et reconnaît enfin la voix de Saint-Just, bientôt celles de CoUot-d'lIerbois et de Fouquet-Tinville, l'une venant d'en hûut, les autres d'en bas, de telle sorte que le commis se trouvait entre deux feux.
Un grand coffre, dans lequel on mettait pour l'hiver la provision Je bois, était entr'ouverl : d'un saut, l'ange tutélaire des comédiens s'y précipite, non sans faire lojuber l'une sur l'autre plu->
sieurs bûches, et quelques instants après, Fouquier-Tinvîllc, doclamant contre ses collègues, vient s'asseoir et bouder, sans doute, • sur le coffre. Puis Collot-d'Herbois se rapprocha, prit place près de Fouquia:^ct battit machinalement la générale avec ses talons sur le bahut.
Enfin, après une assez longue conversation, le couvercle sous lequel était emprisonné le pauvre commis fut débarrassé... les interlocuteurs se levèrent, leur voix se perdit dans le lointain. U prisonnier sortit avec précaution de sa cachette, et, après mille difficultés et incidents dont le récit ne peut entrer dans le cadre de notre ouvrage, il échappa à tous les périls, et envoya le petit paquet rejoindre tous ceux qui l'avaient précédé.
Le commissaire de section Marino, dont il a été parlé, avait mission d'établir une sorte d'égalité dans la maison. 11 voulait que les repas fussent pris en commun et que le pauvre vécût aux dépens du riche ; il voulait aussi que les prisonniers de la paille quittassent leurs affreuses demeures, pour occuper des chambres; et vice-versa, il voulait que les suspects allassent prendre la place des pailleux. Heureusement, ce projet n'eut pas lieu ; on lui fit observer que la paille était presque entièrement composée de criminels, de voleurs, fabricateurs de faux assignats, et qu'il y aurait de l'inconvenance, malgré son grand système d'égalité, à favoriser des brigands en déplaçant des citoyens qui n'étaient que suspectés d'incivisme. Marino n'insista pas sur cet objet, mais il donna l'ordre d'organiser les tables communes; puis il parcourut toute la maison, interrogea tous les individus sur leur fortune, et assigna aux personnes aisées des pauvres à nourrir.
Arrivé à la chambre de la Montagne, où étaient ses cosection<naires, ceux-ci voulurent l'entretenir des causes de leur détention; mais Marino, sans les écouter, alla chercher de Crosne, l'ancien lieutenant de police, détenu comme suspect, il l'amena dans celle chambre et lui dit : « Tiens, ^on fils, voilà les hommes de ma section, il faut que tu en aies soin, entends-tu bien ? — Oui, citoyen.— Assieds^toi là. — Oui, citoyen. » En le flattant sur la joue : a Ah çà, tu paieras le fricot, entends^tu bien?— -Oui, cito^Q» *— La chambre, les frais, le vint — Oui, citoyen. — Tiens, voilà
It^ président, en désignant Jousseran, il fera la carte de toute la dépense, entends-tu? — Oui, citoyen. — Tu as de la fortune, ils n'en ont pas; c'est à toi à payer, entends-tu? N'y manque pas, et tu leur donneras le gigot à l'ail, la pomme de terre et la salade. — Oui, citoyen. »
Après ce colloque, il quitta de Crosne en lui donnant le petit soufflet sur la joue, et en passant près des artistes du Théâtre- Français, il dit qu'il leur enverrait un fermier général pour les nourrir, parce qu'il sentait le besoin qu'ils pouvaient en avoir.
Marino était ce jour-là en belle humeur, et sa visite avait égayé les prisonniers.
De Crosne s'exécuta de bonne grâce ; qu'avait-il besoin d'économie? il savait qu'il n'échapperait pas à Téchafaud.
Nous allons revenir sur quelques faits qui peignent la physionomie particulière que le séjour des comédiens français donna à celte prison pendant l'époque révolutionnaire.
Nous avons dit que le docteur Dupontel combattait, par toutes les ressources de son art, la maladie que le défaut d'air et d'espace devait nécessairement engendrer. 11 avait prescrit un exercice violent avant le dîner et le souper. Fleury raconte ainsi la mise en scène de cet exercice converti en promenade militaire.
c< Nous choisîmes nos supérieurs parmi ceux qui avaient la plus belle voix et ceux qui connaissaient la stratégie ; le général Lanoue et Saint-Prix réunirenltous les suffrages, et sous leur commandement, nous exécutions des marches et des évolutions dont se serait fait honneur le corps le plus instruit et le mieux discipliné. « Les exercices du soir offraient du singulier et de Toriginal ; la galerie, faiblement éclairée, ne donnant pas assez de jour, plusieurs de nos miliciens tenaient une bougie allumée : nous participions ainsi de la procession et de la marche guerrière. Ces corridors noircis, ces hommes pâles, ces ombres vacillantes, ces feux follets se croisant, se décroisant, se mettant en ligne, jetant des reflets incertains sur des robes de chambre à ramages, sur des surtouts de piqué blanc, sur des coiffes de nuit, sur des figures qui n'auraient pas ri pour un empire, et d'autant plus comiques à voir que la lumière, ainsi portée à la main, venant de bas en haut, semblait
barbouiller de bistre tous les points saillants du visage pour ne faire ressortir que le regard ; tout ce pêle-mêle d'obscurité et de lumière, de marche et de repos, d'éclats de \oix et de silence^ aurait été d'un effet à saisir pour un peintre habile. La femme du congerge venait quelquefois nous voir; elle prétendait que lorsque nous étions lancés, nous lui paraissions dignes du pinceau de Rembrandt; je pense qu'elle nous flattait un peu^ et le rire du petit Yaubertrand m'a fait croire plus d'une fois que nous ressemblions plutôt à des grotesques à la manière de Callot, surtout lorsque le bon M. d'Âlleray, tenant son bougeoir à la main, allait brûler le menton ou le jabot de M. Fex-lieutenant général de Crosne, lequel ne put jamais comprendre ce que c'était que de partir du pied gauche.
Dans le commun malheur, tout le monde fraternisait. Ceux qui jadis dans le monde avaient joué les personnages les plus brillants se trouvaient fort heureux de venir prendre leur café dans le passage d'un étroit corridor qui servait de chauffoir commun, modestement assis sur une mauvaise paillasse ou sur une pile de bûches.
Quand le petit ménage était fait, qu'on s'était seulement salué, qu'on avait déjeuné en écoutant les bons mots de Champville, artiste du Théâtre-Français, on voyait le ci-devant lieutenant de police, perruque bien poudrée, souliers bien cirés, chapeau sous le bras, se rendre chez les ci-devant ministres Latour du Pin, Saint-Priest, le frère de l'ex-ministre, et puis chez Boulainvilliers; puis enfin chez les ci-devant conseillers au parlement.
De rétour chez lui, venaient à leur tour Boulainvilliers, Latour du Pin, les 'ex-conseillers en grande cérémonie, qui rendaient la visite : c'était là l'occupation de la matinée. Fleury a légué à l'histoire quelques notes sur les derniers moments de l'ex-lieutenant de police.
M. de Crosne jouait au trictrac chez Fleury avec M. de Latour du Pin quand le nom de l'cx-lieutenant de police retentit dans le corridor et glaça chacun d'effroi ; on savait ce qu'un tel appel voulait dire : c Me voilà prêt, s'écria-t-il en se levant comme pour donner un ordre ; » puis s'adressant à M. de Latour et lui serrant la main :
d Adieu monsieur ; et se retournant vers ses compagnons d'infortune et les saluant de ce beau salut parlementaire, si plein de noblesse et de dignité : Adieu, messieurs, je vous remercie de vos soins, vous avez adouci mes derniers moments.» Puis il s'en alla du même visage qu'il devait avoir quand il se rendait a l'audience du roi.
Les Madelonnettes eurent un surcroit de population quelque temps avant le 9 thermidor de Tan III.
On venait de former à la plaine des Sablons le camp des élèves de Mars. Un membre se préoccupant beaucoup des dangers moraux que les jeunes soldats républicains pouvaient courir par suilc de la liberté qui leur était laissée, prit la parole dans le conseil général de la commune, et déclara qu'il était à craindre que les Olles publiques ne corrompissent les mœurs des jeunes élèves de Mars, et ne servissent ainsi les vues des ennemis de la patrie ; il fut décidé et ordonné qnaitmdu que la vertu était à l'ordre du jour y des visites domiciliaires seraient faites de nuit, pour arrêter les femmes de mauvaise vie ou qui ne pourraient justifier de leurs moyens d'existence. Les comités des sections furent chargés de l'exécution de cette mesure, à laquelle ils apportèrent un zèle aussi ridicule que barbare.
Tout devint femme de mauvaise vie, les maisons garnies furent investies de commissaires, et Ton vit dans tous les quartiers conduire de nombreuses troupes de femmes ou filles dans les corps de garde. Et qui avaient été enlevées dansces hideuses recherches? des mères de famille, des femmes mariées, de jeunes ouvrières qui ne pouvant pas rendre raison de leurs ressources aux agents de cette odieuse police, furent impitoyablement arrachées à leurs foyers, traînées à la Petite-Force et aux Madelonnettes, jusqu'à ce que des réclamations jugées valables vinssent les en tirer.
La terreur, qui ne distingua dans son aveuglement ni l'âge, ni le sexe, ni le mérite, mit au nombre des victimes l'auteur du Voyage d'Anachar sis. La fortune attendait les dernières années du vieillard pour le frapper de sa disgrâce. La révolution française, après avoir réduit Barthélémy au plus étroit nécessaire, l'exposa encore à périr sous les coups des bourreaux.
Le 2 septembre, il fut traîné à la prison des Madelonnettes ; les prisonniers qui s'y trouvaient apprenant son arrivée, descendircol tous en bas de Tescalier, et Ty reçurent avec une sorte d*attendrissementmélé de respect. Cependant, il recouvra sa liberté seize heures après Tavoir perdue. Les hommes de tous les partis voulurent venger Toutrage fait à Fauteur d'Anacharsis. Paré, ministre de l'intérieur, vint lui offrir la place de bibliothécaire; Barthélémy la refusa en s'excusant sur son grand âge : il avait près de quatre-vingts ans et ne pouvait désirer que le repos. Ce fut alors qu'il se fit en lui un changement remarquable. «Désenivré de la gloire, dit Sainte-Croix, son amour pour elle s'affaiblit chaque jour; bientôt il ne s'embarrassa plus de l'avenir pour lequel il avait tant vécu. » Il disait, dans ses moments d'humeur, que la révolution était mal nommée, et qu'il fallait l'appeler une ré* vélation, faisant allusion à la terrible expérience qu'elle donnait aux hommes.
En 1795, les Madelonnettes devinrent le dépôt des femmes sous prévention de délits. Plus tard, une partie des bâtiments reçut les femmes détenues pour dettes. Cette double destination fut conservée jusqu'en 1830. Aux journées de juillet, le peuple ouvrit les portes aux recluses des deux catégories, et leur donna la liberté provisoire, sauf reprise nouvelle quand les agents de police et les recors recommenceraient à instrumenter au nom d'une autre royauté.
Une demeure plus vaste et plus saine que celle qu'ils habitaient, ayant été disposée pour les débiteurs prisonniers, les femmes furent transférées des Madelonnettes à la maison de la rue de Clichy. Cette amélioration dans le sort des débiteurs était due en partie à la bienfaisance de la duchesse de Berrî. Le budget de la ville de Paris ne pouvait subvenir à l'acquisition des terrains de l'ancien hôtel Saillard, sur lesquels on avait, depuis longtemps, le projet d'édifier une prison dans des conditions de salubrité jusqu'alors négligées. La duchesse de Berri prêcha l'exemple de la charité intelligente, en donnant cent mille francs sur sa cassette. Quand s'ouvrirent les larges préaux de la nouvelle prison, quand les cellules aérées reçurent les pauvres diables dont la vie s'épuisait dans le méphitisme des sombres chambres de Sainte-Pélagie,
la fondatrice de Clichy était partie pour Texil. La révolution hérita de la dotation^ sans achever cependant l'œuvre de bienTaisance dans tous ses minutieux détails. La ])rincesse eût continué de fournir aux pauvres de Clichy cette subvention alimentaire que, pendant de longues années, elle paya à Sainte-Pélagie aux malheureux détenus pourdetles. Chaque matin on eût vu arriver dans le préau deuxhom* mes de peine pliant sous le poids de deux énormes vases de cuisine en cuivre. Ces deux vases, qu^on avait surnommés la marmite du cAdleau^quoiqu'ilssortissent des cuisinesd'unentrepreneur honnête homme, qui secondait dignement Tacte de bienfaisance de la dur chesse, contenaient, l'un du potage, l'autre des aliments gras, qui étaient distribués avec abondance et propreté aux malheureux sans ressources, ou aux détenus chargés d'une nombreuse famille.
Ce sont là de ces institutions qu'on aimerait à voir se perpétuer, malgré le déplacement des dynasties.
Quand la prison des Madelonnettcs fut allégée de sa population de femmes détenues pour dettes, la maison de Sainte-Pélagie versa dans cette localité ses mouies, ou jeunes détenus au-dessous de seize ans.
Les momes étaient divisés en deux classes, les grands et les petits. Cependant, cette distinction n'était que nominative ; ils vivaient ensemble, ils couchaient dans le même dortoir, soumis aux mêmes travaux ; seulement les grands, c'est-à-dire les plus âgés, faisaient aux petits une guerre continuelle : l'abus de la force se trouve partout.
Les momes étaient réveillés à la pointe du jour, comme les autres détenus. Un employé de la maison conservait, autant que possible, Tordre et le silence parmi eux. La prière se faisait en commun, puis le travail commençait. Les enfants étaient occupés à faire des cardes de laine ou de coton. A dix heures et demie, ils descendaient dans la cour. C'est là qu'ils se dédommageaient du silence qui leur était imposé le reste de la journée.
Leurs jeux ont cependant quelque chose de triste et de cruel, a dit un écrivain qu'une condamnation politique a mis à même d'étudier ces jeunes captifs; ils s'agitent en tous sens, se poussent
l'un Taiilre, se traînent sur la terre, et courent en riant barbouillés de fange. Leurs délassements les plus paisibles portent même une empreinte de ce mélange d'humeur brutale et de passions précoces qui les dislingue. Us jouent quelques petites pièces de monnaie avec l'énergie sombre et l'attention avide d'un joueur qui risque sur une carte fatale la fortune de sa famille et le repos de sa vie. De temps à autre on entend retentir dans la cour des mornes
d'épouvantables jurements. Le gardien, qui se promène au milieu d'eux, armé d'un nerf de bœuf, y fait peu d'attention. Son redoutable fléau ne tombe que sur les joueurs obstinés et sur les vainqueurs de la lutte.
Plus tard, la maison de la rue des Grès, qu'un magistrat avait ouverte dans un but d'expérimentation morale sur les enfants détenus, par mesure de correction paternelle, ayant cessé d'exister, les Madelonnettes recueillirent ces enfants ; mais, comme la population moyenne de cette maison tomba, après plusieurs années, à quinze à vingt enfants au plus, et que sa vaste cour, sa chapelle, son réfectoire, ses ateliers, ses magasins, ses quarante-quatre cellules et ses quatre étages, pouvaient recevoir une destination plus
appropriée à son étendue ; comme, d'un autre côté, ce petit nombre* de détenus coûtait plus de dix mille francs par an à la ville de Parisy quatre cents francs à peine étant portés au budget de ses recettes pour pensions payées par les parents; comme enfin la maison pénitentiaire des jeunes détenus pouvait très-convenablement recevoir, dans un quartier séparé, les enfants de la correction paternelle, l'administration résolut de les placer dans celte maison.
Ainsi donc, aujourd'hui, c'est la Roquette qui est devenue le champ d'expérimentation. Ce pénitentiaire est défendu et attaqué avec chaleur par deux partis qui ne semblent pas prêts à se concilier. A ces deux camps opposés, on peut en joindre un autre et diviser en trois catégories tranchées les systèmes qui se disputent la puissance moralisatrice sur des enfants vicieux, soit qu'ils aient été atteints judiciairement, soit que la volonté paternelle soit venue au-devant des mauvais instincts qui se développaient, sans cependant avoir encore produit la criminalité : — système pénitentiaire, — système de patronage, — système de la colonisation agricole à l'intérieur : voilà les trois régimes en présence.
Les uns attendent des effets décisifs de la séquestration complète des jeunes détenus; leurs adversaires opposent des faits éloquents à des phrases sonores.
c( Je ne sais pas si j'ai bien vu, disait à la tribune M. le marquis de LaRochejaquelein, mais j'ai vu des choses qui, si elles prouvent un grand zèle, prouvent aussi qu'on n'a pu arriver où l'on avait voulu atteindre. Dans ces tombeaux que vous nommez pénitentiaires, vous voyez des enfants rachitiques, scrofuleux, noués aux articulations, des enfants dont les jambes sont gonflées.
« Vous prétendez qu'on a amélioré singulièrement la condition morale des détenus; eh bien! voici la réponse qui m'a été faite par des personnes de l'administration : on me citait tel numéro bon siijet, tel autre numéro bon sujet ; enfin, il y avait dans un des couloirs, dans un de ces longs corridors, sept ou huit enfants qu'on me signalait comme les plus sages, qui s'étaient amendés ▼entablement. Je fis cette question : Dans ce cas-là, puisque depuis trois ans vous avez pu les éprouver, pourquoi les soumettez-vous
4âi LES PRISONS DE PAIUS.
toujours à un régime aussi dur? pourquoi, avant de les faire reutrer dans la société, ne pas les préparer à cette vie en commun à laquelle ils vont être rendus? On m'a répondu que la chose était impossible. — Pourquoi impossible? — Parce que, plusieurs fois, on avait voulu les rapprocher deux ou trois mois avant leur sortie, que jamais on n^en avait éprouvé de bons effets.
« Les enfants qu'on m'a présentés étaient depuis trois ou quatre ans en prison ; ils allaient finir leur temps; on devait compter sur eux plutôt que sur d'autres; ils devaient sortir deux ou trois mois après, et l'amendement moral avait été si considérable, qu'on ne voulait pas même les faire communiquer entre eux, sous la surveillance immédiate du directeur de la prison ou de l'aumônier.
« Il me semble que, quand au bout de trois ou quatre ans d'une épreuve pareille, à laquelle ont été soumis des enfants de treize, quatorze et quinze ans, il n'est pas possible, même sous la surveillance immédiate d'un directeur ou d'un aumônier, de les rapprocher entre eux deux ou trois mois avant leur sortie, il me semble que, à leur sortie, ils doivent courir les plus grands dangers dans la société. Aussi m'a-t-on dit qu'il y avait des récidives en grand nombre ; aussi m'en a-t-on montré qui étaient revenus dans la prison. Et la raison en est bien simple, à mon avis: c'est que lorsque les enfants n'ont aucun bon exemple à suivre, lorsque les enfants sont toujours en présence d'eux-mêmes, rien ne peut les améliorer. »
A côté de ce sombre tableau, les partisans du système de Famélioration morale par la colonisation, placent avec orgueil le récit de tous ceux qui ont visité la colonie naissante de Mettray.
D'après les dispositions de l'article 66 du code pénal, lorsque le prévenu d'un délit, ou l'accusé d'un crime, est déclaré avoir agi sans discernement, il est acquitté ; mais il est, selon les circonstances, remis à ses parents, ou conduit dans une maison de correction pour y être élevé et détenu pendant le nombre d'années que le jugement détermine, et qui, toutefois, ne peut excéder l'époque où il doit accomplir sa vingtième année. Cette recommandation de la loi protège l'enfant qui a failli contre sa
propre faiblesse, et fait ce que Tindifférence de ses parents a négligé de faire* Malheureusement, ces maisons de correction, dont rétablissement devrait être Tobjet de tant de sollicitude, n'existent que de nom» De fait, dan? les maisons centrales tous les vices vivent dans une communauté déplorable. L'enfant qu'on y place pour le préserver des premiers écarts auxquels il a succombé, y apprend tout ce qu^il serait à désirer qu'il ignorât; d*apprenti dans le mal, c'est un mauvais sujet émérite quand il rentre dans la société.
Cependant quelques hommes de bien ont pris cette classe sous la protection de leur philanthropie éclairée. C'est dans le département d'Indre-et-Loire, sous le beau ciel de la Touraine, à Mettray, qu'a été établie une colonie de jeunes détenus. On les y admet jusqu'à concurrence de trois cents. Ils sont occupés aux travaux si variés des champs et des jardins. On n'y a d'abord admis qu'un
petit nombre d'enfants, de manière à discipliner plus facilement ceux qui sont venus ensuite. L'établissement a un médecin , un aumônier, des sœurs hospitalières, si bien appelées sœurs de
496 Lli:S PlUSONS DE PARIS,
charité, une infirmerie, une pharmacie, une lingerie. Chacun des reclus doit se soumettre avec exactitude à Tobservation du règlement; la moindre infraction est punie par la réintégration de Tenfant dans la prison dont il est sorti. A Meltray on trouve de jeunes enfants à.la physionomie riante, enjouée, actifs, laborieux, travaillant parce qu'il y a plaisir pour eux à le faire.
Ailleurs une société de philanthropes, agissant sous Finspiration d'une noble idée conçue par un magistrat, s'est constituée tutrice des enfants condamnés après l'expiration de leur peine :c*estce qu'on nomme la Société de Patronage'
Quoique beaucoup de personnes applaudissent aux efforts de cette société, il est d'autres personnes, encore plus nombreuses, qui nient l'importance civile et les bienfaits de cette œuvre, tandis que les membres de celle-ci s'appliquent à répandre la connaissance de leurs travaux pour accroître leur nombre, et diminuer ainsi, par une coopération plus étendue, les chances de corruption qui me* nacent la population pauvre dans son service. Les adversaires, je ne dirai pas les détracteurs de leur œuvre, déversent le mépris sur les enfants qu'ils ont adoptés par un sentiment de commisération autant que de dévouement à la chose publique. Ils disent tout haut que le père de famille se doit tout entier à ses propres enfants; que protéger des vagabonds, des mendiants, des voleurs en bas âge, c'est offrir une prime au vagabondage, à la mendicité, au vol: en un mot, ils contrarient par des discours imprudents, ou tout au moins irréfléchis, la propagande de charité entreprise par la Société de Patronage pour le maintien de l'ordre et des bonnes mœurs.
ce La philanthropie, dit M* Frégier, est sujette sans doute à des illusions comme les affections les plus honnêtes de l'homme, mais ici les adversaires de la Société de Patronage n'ont pas envisagé sous son Yéritable point de vue l'objet qu'elle s'est proposé. L'amour de l'enfance, délaissée ou flétçie par des égarements passagers, n'est pas le seul mobile qui l'a fait agir; elle en puise un autre, non moins puissant, dans l'intérêt de la grande famille, dont l'avenir dépend de la moralité de la population naissante; c'est ce double levier qui caractérise ses actes et qui attire à elle
les amis de la morale publique. Les enfants qu'elle appelle noblement sa famille, sont nés dans les dernières classes du peuple et livrés, dès Tâge le plus tendre, à toutes les angoisses dn besoin, à toutes les humiliations de la misère, heureux quand ils n'ont pas été entraînés au \ice par les mauvais exemples de leurs parents*
« Ceux-ci ne se font pas tous également un devoir de visiter leurs enfants dans la maison de discipline; il en est qui leur tiennent rigueur, non-seulement durant tout le temps de leur captivité, mais qui, après leur libération, refusent de les recevoir. Que deviendraient ces enfants s'ils ne trouvaient pas un appui dans rin-» tervention du patronage? 11 est de ces enfants qui sont éloignés de leur père ou de leur mère par une répugnance née d'un sentiment honnête, et qu'ils confessent tout haut avec une sorte d'indignation ; cette répugnance vient de ce que le père est un ivrogne et vit en concubinage avec une femme qui, pour l'enfant, est une cause perpétuelle de chagrins; elle vient de ce que la mère se livre à la prostitution. La société ne doit-elle pas s'applaudir de ce que des hommes de bien prennent en main les intérêts des enfants placés dans cette situation, ou dans une position analogue, et se substituent à leurs parents? »
L'utilité du patronage est éminente, son institution est un rempart contre l'immoralité et la dépravation des enfants des classes nécessiteuses du peuple. Préserver la jeunesse de la contagion du vice, en la surveillant dès ses premières années, est un des services les plus signalés que les personnes bienfaisantes puissent rendre à leur pays; mais tendre une main secourable à l'enfance égarée on déchue, la relever de cet état de déchéance et d'abaissement par des paroles pleines de douceur et d'énergie, c'est, je crois, une œuvre sinon plus honorable, du moins plus difGcile que la première, c'est la tâche, c'est l'œuvre sainte du patronage.
c<Je crois à la moralisation par le travail, tt dit un écrivain, quand le travail est bien choisi, bien dirigé. »
C'est justement là le point d'arrêt où devraient se rencontrer les partisans des diverses théories d'amélioration morale ; il en est de certains systèmes comme de ces machines pour la direction desquelles il faut une intelligence, c'est-à-dire qu'il faut autant d'in-
42a LES PRISONS DE PAUIS.
telligences qu'il y aura de copies de la machine. Et c'est précisément par le défaut de bonne direction, que nous sommes menacés de voir avorter toutes les tentatives pour Téducation des classes perverties.
On a souvent attribué au système pénitentiaire des prodiges dont l'accomplissement n'était dû qu'à de certaines conditions provisoires et passagères, souvent même à certaines individualités exceptionnelles. On a attribué à un système le succès qui appartenait a quelques hommes d'élite qui le faisaient fonctionner. On ne saurait trop avoir en mémoire le fait relatif à M. Elam Lynds, fondateur du pénitentiaire de Sing-Sing, aux Etats-Unis d'Amérique, et le redire pour prouver que presque toujours le système de moralisation, c'est Tbomme moral; lorsqu*il meurt, les grands résultats disparaissent.
Quand le pénitentiaire d'Âuburn devint insuffisant pour le grand nombre de prisonniers qui l'encombraient, la ville de New* York se détermina à fonder un autre établissement et l'on choisit Sing-Sing, soit àcause des carrières de marbre qui s'y trouvent, soit a cause de la facile comn^unieation qu'offrait la rivière du Nord.
M. Elam Lynds, alors directeur de la prison d'Àuburn, prit avec lui cent condamnés et les transporta à Sing-Sing, où il n'y avait ni bâtiments pour les loger, ni huttes pour les mettre à l'abri de l'intempérie de la saison. Dans cette solitude champêtre, sans autre moyen de défense que le respect qu'il s'attirait par la fermeté de son caractère, et comme s'il eût dirigé rétablissement d'une colonie pacifique, il entreprit la construction de l'édifice qui devait enfermer les prisonniers eux-mêmes. Les travaux durèrent quelques années, durant lesquelles le nombre des condamnés augmenta sensiblement; et pendant, tout ce temps, où M. Lynds n'avait à sa disposition d'autres moyens de discipline que le silence et le travail, la volonté d*une seule tête a suffi pour conduire tant de repris de justice, sans qu'on ait eu à déplorer le moindre attentat ou le moindre excès.
Lesseulesinstitutionsqui, jusqu'à présent, ont offert en France quelques bons résultats sont la Société de Patronage et la colonie de Mettray; mais qui peut promettre que l'avenir continuera le
LES PRISONS DE PARIS. 42d
passé et le présent? L'engouement et la précipitation empêchent les institutions de venir à bonne maturité; voyez Petit-Bourg, imitation imparfaite dd Mettray, école pratique ouverte à la moralisation des enfants de la classe indigente. C'est un refuge pour les enfants des pauvres familles. Aucun de ses élèves n'a eu de compte à régler avec la police correctionnelle ni avec la magistrature paternelle; les élèves sont de jeunes enfants dont on promet de de faire des laboureurs instruits, de paisibles industriels. Il nous semble d'abord qu'en les enlevant à la famille on aurait dû les exporter dans quelque ferme isolée , asile tranquille et modeste, où l'apprentissage des bras se serait fait en même temps que celui de l'âme, loin de tout ce qui peut éveiller l'orgueil et l'ambition... Eireur; on a logé ces petits êtres dans une habitation presque princière, où les arts ont laissé partout encore le souvenir de l'hospitalité qu'un roi de la finance leur accordait. Le riche spectacle que la nature étale autour de cette orgueilleuse demeure est éclipsé par les ornements que l'intérieur présente aux regards.
Voyez venir à vous un des élèves élégamment vêtu d'une blouse de fantaisie et couvert d'un coquet chapeau de paille, vous vous croiriez près d'un fils d'un lord d'Ecosse.
Entrez au réfectoire, et si vous vous rappelez le régime alimentaire des collèges et même des pensions dont vous avez été l'hôte, vous verrez que la comparaison serait tout entière au profit de la table des jeunes colons, étonnés eux-mêmes du régime savoureux qu'on leur octroie. Je ne connais point le budget de dépense de cette coquette colonie, je n'ai point droit de contrôle en cette matière, mais ce que j'ai pu apprécier en plusieurs circonstances, c'est le sentiment de vanité qu'exalte chez les jeunes colons ce bien-être, ce luxe qui contraste tant avec la position de la famille de chacun d'eux. L'enfant qui aura été élevé ainsi ne grandirat-il pas avec des désirs de rechercher ce comfort auquel il aura été habitué? Croit-on qu'il se résolve volontiers à faire des souliers dans une mansarde, quand il aura fait son apprentissage dans un château? Quand il se rappellera son coquet plaid de campagne, d'une coupe si élégante qu'on croirait qu'un tailleur en renom a
450 LES PRISONS DE PAltlS.
fni3 la main à la conrectibn... vivra-t-il heureux sous la blouse de
bure du laboureur?
Quoique nous blâmions sévèrement le choix qu'on a fait de la propriété de feu M. Àguado pour cette colonie agricole, nous oons reprocherions de nous montrer opposants à la pensée qui a présidé à la formation de cet établissement. Les hommes qui Tad-» ministrent ont donné des preuves de dévouement à la cause de la classe pauvre ; ils se sont égarés un moment, nous le croyons, au milieu des difficultés d'une entreprise naissante; mais aujourd'hui que la sympathie publique est acquise à la colonie, il est facile d'ouvrir une voie à la réforme. Avec la somme qu'aura coûtée en dix ans la location du château de Petit-Bourg, on aurait payé l'acquisition d'un sol aussi propice à la culture et le prix d'une vaste demeure convenable à la modeste position sociale des élèves.
C'est encore à rengoucment irréfléchi que nous avons dû l'édification de la maison cellulaire des jeunes détenus. Ou s'est trop hâté d'agir. A l'époque oii celle classe de prisonniers habitait les Madelonnetles, cette prison offrait toutes les conditions voulues pour faire- les épreuves de moralisation , avec quelque chance de succès. Une partie des bâtiments conservait comme elle conserve encore son architeclure monacale. Quarante-quatre cellules pouvaient être disposées pour un égal nombre de patients. . Il y avait plus que des cellules pour expérimenter le régime de séquestration. Là était un homme doté de toutes les qualités requises pour tenter avec espoir les cures morales. U possède au plus haut degré cette puissance qui force à la vénération et inspire la confiance. M. de Villars, encore aujourd'hui directeur de la prison des Madelonnettes, aurait pu renouveler les prodiges du fondateur de Sing-Sing. Sa haute intelligence descend aux plus basses portées de l'esprit, et une fois qu'il a saisi cette raison rebelle, il la redresse, la grandit, l'élève, au risque d'employer même pour se faire comprendre l'excessive vulgarité de langage, ou au besoin la démonstration matérielle ou mécanique. II n'y aurait eu besoin ni d'architectes, ni de maçons; on eut fait les épreuves en silence, en dehors des com-
LES PRISONS DE PARIS. i5l
mentaires de la publicité, et si les quarante-quatre cellules avaient rendu seulement au monde dix convertis, c'est alors seulement qu'il eût fallu construire de grands hospices cellulaires pour la lèpre morale. On a préféré bâlir, au risque de démolir quand il ■sera démontré que la nouvelle science n'est qu'illusion ou empi<^ risme.
Les Madelonnettes sont devenues aujourd'hui maison d'arrêt^ c'est-à-dire que cette localité sert à l'incarcération provisoire des prévenus contre lesquels ont été décernés des mandats d'arrêt ou de dépôt. C'est une petite succursale de la Foret.
Le tableau que nous avons tracé de celte dernière prison serait la peinture à peu près exacte de celle-ci : même population, mêmes types, même mœurs. Voici quelques traits esquissés par un écrivaiq qui a vécu dans ces lieux ^ :
a Rien de plus hideux que le tableau de cette foule de prévenus. A l'exception d'un très-petit nombre, ils sont vêtus à faire pitié. Ce ne sont partout que des accrocs et des taches de graisse aux habits. 11 y a de ces habits qui sont incomplets, dont on a coupé une des basques pour faire des chaussons dans les temps de gelée. Ce sont des pantalons qui pendent en loques, ou sont faits d'une cinquantaine de pièces liées entre elles par du fil de trois ou quatre couleurs ; des chapeaux qui n'ont plus de fond, des souquenilles trouées.
«Comment se fait-il, après cela, que la plupart des jeunes voleurs se présentent dans une (enuc convenable sur les bancs de la police correctionnelle? L'explication en est toute simple. — 11 est rare qu'il n'y ait pas dans une maison d'arrêt deux ou trois personnes qui prennent soin de leurs vêtements et les conservent. Eh bien ! ce sont ces vêtements que l'on emprunte la veille de passer en jugement. Selon les voleurs, qui sont des esprits forts trèssuperstitieux, il y a tel de ces habits d'emprunt qui porte bonheur, et tel autre qui porte malheur. Selon eux aussi, la bonne tenue influe sur la décision des magistrats avec plus de force que les meilleurs antécédents imaginables.
* Lê9 Prisons de Paris par un ancien délenii (1841).
Ces habillements plus ou moins complets^ qui se promènent si souvent dans les tribunaux de première instance, ne paraissent jamais sur les bancs de la cour d'assises, à moins qu'ils ne soient endossés par ceux-là mêmes à qui ils appartiennent. En voici la raison : — Que les hommes poursuivis pour un délit soient acquittés ou condamnés, peu importe, on ne manque jamais de les reconduire le soir dans la maison d'arrêt d'où ils sont partis le matin. Or, la restitution des habits est inévitable, et on ne court aucun risque de les leur prêter. Mais il n'en est pas de même pour les hommes accusés de crimes. Ils ne rentrent plus dans la maison d'arrêt. Acquittés, on lève leur écrou à la Conciergerie, et, en moins d'une heure, ils sont élargis; condamnés, on laisse s'écouler le délai du pourvoi en cassation, puis, d'un jour à un autre, on les transfère au dépôt de la Roquette* Dans l'un et l'autre cas, le prêteur d'habits ne serait donc pas certain de rentrer dans son bien, et, dans le doute, il s'abstient. »
Là aussi on est assourdi chaque jour par la voix ignoble de l'aboyeur ^ en titre, qui profère ce cri : Hé! un tel du 24, à Vinsiruo^ tionl Hi! un tel eiu 19, à V instruction! Faites halte devant la porte, vous verrez le défilé des paniers à salade qui vont se vider dans la cour d'entrée de la Conciergerie ; et, à ce propos, nous devons dire, à la louange de M. Moreau Christophe, avec lequel nous nous trouvons souvent en désaccord sur des faits et des principes, qu^il a été un des plus chaleureux et des plus persévérants adversaires du transport des prévenus à l'instruction. Pour parer aux incon-* vénients nombreux qui résultent de ce voyage continu des préve» nus de toutes les classes, jetés pêle-mêle dans ces voitures, et de là dans les souricières, et aussi pour rendre à l'instruction sa dignité, sa célérité, ses formes protectrices, M. l'inspecteur général des prisons, dont nous venons de citer le nom, a proposé d'établir des chambres d'instruction dans l'intérieur même de la maison d'arrêt.
c Qu'on place donc à la geôle, dit M. Moreau Christophe, les
* On donne ce nona au prévenu le plus fort en voix, qui se charge d^appeler les autres, soit pour la distribution des vÎTres, soit pour le parloir, soit pour rinstraction.
chambres d'instruction; dépôt d'attente, prison ambulante, infâme souricière, gardes, menoltes, rires insultants, longs jours passés au milieu des souffrances du corps, des angoisses de Tesprit, des douleurs de Tâme, enfin tous les abus disparaissent.
<c Que si Téloignement de chacune des prisons qui renferment des prévenus, et où, dès lors, la mesure serait appliquée, ne permettait pas aux juges de s^y rendre aussi facilement qu'au Palais, qu'on leur accorde des frais de course. Ces frais entreront dans les coûts du procès, et seront couverts, et au delà, par l'énorme économie qui résultera de la suppression des voitures de transport et du personnel attaché aux transférements. »
Nous pouvons ajouter h ces observations que des voitures particulières pourraient être établies pour le service delà justice, et qu'il serait plus digne de notre ordre social de voir sur la voie publique des magistrats en équipage, que des habitués de prison en chaise de poste.