INTRODUCTION
Montmartrey une prison ; au Temple, une prison; a Saint- AtUoine, une prison; h Saint-Lazare, nnr prison; i Sa{nt-D€ni.^l€'la'Chnr^ IrCf une prison; a Saint-Marcef ^ nne prison ; ^a SattU-Méryt une prison; ii Saint-Gervais^ une prison; à Saint-Symphorim^ une prison» Les cachots soulerrains de Umtes ces geôles élaienl les Cftl combes delà pénalité religicnse,
« Dû nombreux sqnelelles encliaînés nous disent assez eë qu'étaient au moyen âge les prisons des rois, des seigneurs et des \illes, Aujourdliui encore^ les plombs de Venise sont la honte de rhnmanilé; mais il faut convenir que les ecclésiastiques étaient parvenus à surpasser tous les autres dans leurs rLiffiuemcnts barbares. Dès le quatorzième siècle, nous voyons dans les monastères de France les carceres dari^ dont le despolisme austro-italien a renouvelé la barbarie en même temps que h^ nom^ Presque pas de couvent d'hommes ou de l'enimes ([ui n eut un vade in pace : c'était un cachot souterrain creusé dans la pierre , d'oii ceux qu'on y descendait ne devaient jamais sortir vivants; quelques-uns y sont morts de faim, mais c'est là une exception : généralement on leur faisait parvenir de grossiers aliments à l'aide d*une corde et d'un panier *,»
S'ilesl vrai de dire que remprisonucmeul, érigé en système p^hial parla vindicte publique, est un progrès dans la vie des peuples, il faut reconnaître bien vile que la civilisation coulait à pleins bords dans reuceinte du vieux Paris, avec la justice des rois, des seigneurs, des prévôts, des prêtres et des moines. Malheureusement, la plupart de ces cunetnis vaincus par lu société, que le progrès <le la loi ou de rarhilrairc daignait confier a des geôliers au lieu de les livrer à des bourreaux, ne conservaient la vie que pour mourir cent fois dans les cachots : la justice de la civilisation féodale les tuait en détail parles tortures, par la mutilation, par le froid^ par la Diim, par la soif, par un supplice de tous les jours \
A Hiiîoire poiUiqut dfs prisons de la Sein*.
^« Un fiblê de Tullo mulitait ses [nïsanaicrs ; kl eiil la lurbaric tie foire couper h rnftln gnucli€ û un tiuniiiHMjui ennvuil uf^pclé uU porliviiienl conhT le^ juges cjni rinajeiil coudiiniiK^ a perdre U îiiniu droîU^. a
{Histoire du ChâltUt H du Parement, <j. Gérant.)
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INTRODUCTION. v
Il nous faudrait écrire plus d'un gros volume, sMl nous plaisait d'arracher à la poussière de toutes les vieilles prisons du bon vieux temps rhisloire de la pénalité féodale et monarchique ; nous n'i* rons pas visiter les ruines de ces geôles royales, nobiliaires et re* ligieuses, où Ton entendit crier si souvent : Laissez passer mon injustice! Nous n^essaierons pas de relever, pierre à pierre, tous les édifices qui ont servi autrefois à la captivité des grands et des petits, surtout les petits; mais rien ne nous empêchera, dans les limites de ce livre, d'assister, sur le théâtre des principales prisons de Paris, au dénoûment des mystères les plus tristes, des drames les plus terribles de la société. Un spirituel moraliste a dit que les prisons étaient une grève où venaient échouer les épaves de la société : c^est donc le spectacle des naufrages de la misère, de la folie, de la faiblesse, de Théroïsme, du vice, deTambition, de Tinnocence, que nous allons demander aux traditions et à la chronique populaires, aux mœurs, aux caractères, à la poésie et au roman de rhisloire.
A côté des ruines qu'il nous est interdit de relever, faute de place, la Conciergerie pèse encore sur de vieux ossements que nous ranimerons, pour leur demander dans quel siècle la torture les a brisés loin de l'échafaud; te Force, qui a oublié les fêtes brillantes de son ancien maître, nous fera entendre d'affreux concerts, interrompus quelquefois parle chant des poètes; Saint-Lazare et les Ma-delonneltes nous ouvriront les portes de leurs ateliers pénitentiaires, où s'est dénouée si souvent la vie mystérieuse des femmes du monde et des filles du peuple; les échos de la place de la Bastille répètent encore les plaintes des prisonniers d'État, à travers le bruit du tam^ bour révolutionnaire ; V Abbaye et les Carmes se souviennent de la tragédie de septembre; le grand et le petit Châtelet se relèveront pour nous montrer ces vastes abattoirs où l'on assommait les principes et les hommes; nous retrouverons quelque ancien geôlier de Sainte^Pélagie et du Luxembourg^ pour l'interroger sur les erreurs du fanatisme politique; la Tour du Temple se redressera devant nous pour témoigner en même temps des excès du peuple, de la religion et de la royauté; la Salpêtrière et Bicêtre nous laisseront voir d'affreux cabanons où se sont succédé tant de générations